Il était 19 heures. Le soleil s'étant déjà couché, les lumières des sapins de Noël illuminaient la rue à sa place. Sous ces lumières, Umi et moi marchions vers le quai de la gare, d'un pas plus rapide que d'habitude.
« Hah~ C'était sympa~ Je suis crevée à force de chanter… On a peut-être un peu abusé sur le temps supplémentaire, non ? »
« Ouais… J'ai le corps tout lourd… Je veux rentrer… Mon lit me manque déjà… »
« Pareil. »
On était censés finir à 18 heures, mais deux heures de chant ne nous ont pas suffi, alors on a prolongé d'une heure entière. Mais ça s'est avéré être une erreur. Au bout d'une demi-heure, on a fini par chanter des comptines relaxantes parce qu'on était trop épuisés.
D'ailleurs, Umi avait demandé la permission à Sora-san de rentrer un peu plus tard, mais en échange…
« Ça ne te dérangerait pas de la raccompagner ? »
J'ai dû escorter Umi jusqu'à chez elle, donc mes retrouvailles avec mon lit adoré allaient devoir attendre.
« Maki, tu chantes vraiment bien, pourquoi tu étais si timide ? Ta voix était claire et tu chantais juste. »
« C'est… Grâce à toi, Umi… »
Pendant ces trois heures de chant, Umi a maintenu une super ambiance dès que je prenais le micro. Quand elle ne connaissait pas la chanson que je chantais, elle m'écoutait attentivement et me faisait des compliments. Quand elle la connaissait, elle chantait avec moi.
Même quand je me plantais et que je me ridiculisais, ce n'était pas la fin du monde. Je pouvais quand même m'amuser à chanter avec elle. Umi m'a aidé à sortir de ma coquille et, petit à petit, j'ai réussi à suivre son rythme.
J'avais la gorge un peu irritée, mais je me sentais léger.
On dit que le karaoké permet d'évacuer le stress, et je suis en train d'en faire l'expérience directe.
« C'était la première fois que je chantais devant quelqu'un… Grâce à toi, je me suis amusé, alors… Merci, Umi. »
« Mmh, je t'en prie. Maintenant, si quelqu'un t'invite au karaoké, tu t'en sortiras très bien. Alors, qu'est-ce que tu en penses ? Ça te dirait d'y aller avec le reste de la classe ? »
« Non. »
« Eh, pourquoi ? »
« Comment ça, "pourquoi" ? »
J'ai pu me lâcher aujourd'hui parce que j'étais seul avec Umi. Si Amami-san ou Nitta-san avaient été là, je doute que j'aurais été aussi à l'aise.
Enfin, je demanderai à Umi de m'apprendre quelques chansons "sûres" à chanter, au cas où je me retrouve à aller au karaoké avec un groupe plus large.
« Euh, Umi ? »
« Hm ? »
« Hum… Chanter devant beaucoup de monde… Je ne pense pas pouvoir le faire pour l'instant, mais… »
« Oui ? »
« Est-ce que tu pourrais… m'aider à m'entraîner quand tu as du temps ? »
« …Juste nous deux ? »
« Ouais… Un truc comme ça… »
Je voulais m'habituer à cette sensation avant de pouvoir chanter correctement devant d'autres personnes. Pour ça, j'avais besoin qu'elle ressorte avec moi.
Bien sûr, si je disais que je n'avais pas d'arrière-pensées, je mentirais. J'ai vraiment apprécié notre moment ensemble, après tout.
« Hihi~ Alors, on y retournera quand on aura le temps. J'amènerai Yuu aussi pour notre petite fête karaoké. »
« Amami-san, hein ? …Elle chante bien ? »
« Yuu ? Elle adore chanter, alors… »
« Ah… »
Ça suffisait comme réponse.
Cette fille était tellement passionnée par ce qu'elle aimait. Comme elle adore chanter, elle doit forcément être douée.
C'est Amami-san, après tout. Impossible qu'elle soit mauvaise dans quelque chose qu'elle adore.
« Alors, on fait ça quand ? Les examens commencent vendredi prochain, donc la semaine prochaine, c'est mort… Et pendant les vacances d'hiver ? Tu vas perdre ton temps à jouer aux jeux vidéo chez toi, non ? »
« Bah, ma mère bosse beaucoup, on ne peut pas vraiment partir en voyage en famille ou quoi que ce soit. Et toi ? Ta famille n'a rien prévu ? »
« Non, mon père est débordé au boulot. J'ai entendu dire qu'il allait devoir partir à l'étranger bientôt, donc je serai à la maison pendant toutes les vacances d'hiver. »
Amami-san resterait aussi à la maison pendant ces vacances. Apparemment, elle n'avait pas besoin de rendre visite à sa famille à l'étranger cette année.
On a fixé une date et une heure pour notre fête karaoké après avoir confirmé avec Amami-san. Ensuite, on s'est dirigés vers l'escalator de la gare.
Le temps s'était rafraîchi à la tombée de la nuit et des vents violents soufflaient par moments. Ces rafales me donnaient l'impression que j'allais tomber si je ne faisais pas attention.
« Ugh… Il fait froid… »
« Viens là, Umi. »
« Ah… Mmh… Merci… »
Je me suis mis juste à côté d'elle pour que le vent ne l'atteigne pas directement.
Je ne savais pas si ça allait marcher vu qu'on faisait la même taille, enfin non, Umi était un peu plus grande que moi, mais c'était toujours mieux que rien.
« Maki, je peux rester comme ça encore un peu ? »
« …Bien sûr… »
Quand j'ai dit ça, Umi a serré mon bras contre elle.
« Tes mains… Elles ne sont pas gelées ? »
« Juste un peu… Je peux les réchauffer dans ta poche ?… »
« Vas-y. »
J'ai laissé ses mains se glisser dans la poche de ma veste.
Les vents d'hiver étaient censés être glacials, mais le fait d'être blotti contre Umi comme ça rendait l'atmosphère plutôt chaleureuse.
« Maki… »
« Hm ? »
« Ça me rappelle cette fois-là… »
« Cette fois-là ? …Ah… »
« … »
Elle parlait de la première fois où elle m'avait avoué ses sentiments.
Je me souvenais encore du moment où elle avait murmuré ces mots directement à mon oreille.
« Je t'aime… »
…Rien que d'y penser, mes joues chauffaient.
« …Hum… »
« Mmh ? »
« Maki… Qu'est-ce que tu ressens pour moi ?… »
« …Tu connais déjà la réponse. »
Bien sûr que je l'aime.
Autant en tant qu'amie qu'en tant que fille.
Si ce n'était pas le cas, je ne serais pas en train de chanter devant elle et je ne lui tiendrais pas la main comme ça.
« Oui, mais… Je veux l'entendre sortir de ta bouche… Je peux ?… »
C'est pas juste. Comment je pourrais lui refuser ça ?
« …Je peux le dire à voix haute, mais… »
« Si tu es gêné, murmure-le-moi juste pour que je sois la seule à l'entendre… Exactement comme j'ai fait la dernière fois. »
Umi a rapproché son visage du mien. Elle était vraiment insistante aujourd'hui.
Impossible de fuir, je n'avais pas d'autre choix que de le faire, mais d'abord…
« Il y a du monde ici, alors descendons d'abord l'escalator et cherchons un endroit moins fréquenté, d'accord ?… »
« Tu as juste besoin de me le murmurer, personne ne t'entendra… Bon, d'accord, on fait comme ça… »
Après ça, on a cherché un coin moins bondé autour de la gare.
« Amener quelqu'un dans un endroit sombre et isolé comme ça~ T'as du cran, dis donc. »
« C'est toujours mieux que de me ridiculiser devant toute cette foule. »
« Hihi, je plaisantais. Allez, vas-y, dis-le maintenant~ »
« Ugh… Bon, je me lance… »
« Mmh. »
J'ai posé mes lèvres près de son oreille.
« Nh… Maki, ton souffle me chatouille… »
« D-Désolé… »
« Hihi… C'est rien… À l'époque, j'étais nerveuse aussi… »
Pourquoi j'étais aussi nerveux alors que je n'avais qu'à lui dire quelque chose qu'on savait tous les deux ?
J'imagine que je dois m'habituer à ça aussi.
« Ce que je ressens pour toi… »
Je sentais mon cœur battre à tout rompre. Juste au moment où j'allais lui avouer mes sentiments…
« Maehara-san ! »
J'ai entendu une voix de femme, appelant mon nom au loin.
« …Qu'est-ce qui se passe, Maki ? »
« Quelqu'un a appelé mon nom ? »
Je me suis écarté d'elle et j'ai regardé dans la direction de la voix. Là, j'ai vu une femme qui faisait signe vers nous.
« Cette femme avec des lunettes… Tu la connais, Maki ? »
« Non, je ne crois pas… ? »
C'était une adulte et elle avait l'air assez jeune. La seule femme que je connaissais dans cette tranche d'âge, c'était Yagisawa-sensei, personne d'autre.
Pourtant, son visage me disait quelque chose.
Est-ce que je l'ai déjà vue quelque part ?
« …Désolée, Minato, je suis en retard. »
À ce moment-là, quelqu'un est apparu à l'entrée de la gare, répondant à cette femme.
L'expression de la femme s'est illuminée en entendant sa voix.
« Eh, donc c'est juste une coïncidence… J'ai eu peur une seconde, j'ai cru que j'allais devoir me battre contre une femme plus âgée avec qui tu étais secrètement proche… Maki, qu'est-ce qui ne va pas ? »
« …Cette personne, c'est… Mon père… Et elle, c'est sa subordonnée… »
« …Quoi ? »
Je ne l'avais pas reconnue au début parce qu'elle portait une tenue décontractée et que ses lunettes m'avaient induit en erreur. Mais maintenant, je me souvenais d'elle.
Pourquoi serait-elle avec mon père à cette heure-ci, par contre ?