Chapitre 68 – Demande de coopération
Je me rendais dans une autre salle pour le cinquième cours quand c'est arrivé.
Je me fondais dans la foule tout en observant Umi et Amami-san, qui marchaient devant moi, en train de discuter et de rire comme d'habitude.
« Maehara, après les cours, tu peux passer derrière le bâtiment des clubs ? »
« Hein ? »
Seki-kun venait de poser sa main sur mon épaule pour me poser cette question.
Ce type, c'était Seki Nozomu, un membre du club de baseball.
C'était le seul garçon qui interagissait régulièrement avec le groupe d'Amami-san. Je crois que tout le monde l'appelait « Nozomu » ou « Non ».
Par ennui, il m'arrivait d'écouter les conversations de mes autres camarades de classe et il revenait souvent sur le tapis. Donc, même si on n'était pas amis, je savais pas mal de choses sur lui.
Quand j'entendais un truc marrant, je me recroquevillais généralement sur mon bureau en essayant d'étouffer mon rire.
… Je sais, c'est bizarre, mais faut me comprendre, j'ai été un solitaire pendant une éternité et c'était mon seul passe-temps en classe. Évidemment, j'ai arrêté depuis que je suis devenu ami avec Umi ; maintenant, je suis plutôt sur mon smartphone.
Enfin bref, occupons-nous d'abord de Seki-kun.
Est-ce que c'est le cliché où quelqu'un convoque un autre gars dans un endroit désert pour l'encercler et lui remettre les idées en place ? J'ai déjà vu ça au collège, est-ce que je vais être la victime cette fois ?
Au-delà de ce que j'ai pu voir, je sais que ce genre de truc est assez courant. Certains élèves plus âgés font ça pour discipliner les juniors qui se comportent mal.
Mais il n'a aucune raison de me faire ça, non ? … Attends une seconde, c'est faux. Il y a une rumeur comme quoi Amami-san et moi, on sortirait ensemble. Ça devrait être une raison suffisante pour qu'il me cherche des noises.
« … Hé… Oh, Maehara ? »
« O-Oui ? Q-Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Oh, oh, détends-toi. Je ne vais rien te faire, j'ai juste un truc à te dire. Je ne veux pas que quelqu'un d'autre entende, tu vois ? »
« J-Je vois… »
Dès que Seki-kun, qui mesure un mètre quatre-vingt-dix, a posé sa main sur mon épaule, je me suis senti inutilement anxieux, mais il semblait vraiment ne pas vouloir me faire de mal. Son expression avait l'air sincère, après tout.
Cependant, quel genre de secret pourrait-il bien me confier ? … Attends, ne me dis pas que ?
« Euh… Est-ce que, par hasard ? »
« Bref, rejoins-moi après les cours, ok ? Et si tu peux, ne dis rien à Asanagi pour l'instant. »
« Compris. Derrière le bâtiment des clubs, après les cours ? »
« Ouais, désolé pour le dérangement… Je compte sur toi… »
Après quelques mots de plus, il m'a laissé pour retourner vers son groupe habituel, faisant comme si de rien n'était.
J'étais surpris, sa demande sortait de nulle part, alors j'ai accepté sans réfléchir. Enfin, il avait vraiment l'air d'avoir besoin de moi, alors ça ne coûtait rien de l'écouter. Si je ne pouvais pas l'aider, je n'aurais qu'à lui dire, rien de grave.
J'espère juste que son groupe ne va pas s'en prendre à moi si je refuse sa requête…
* * *
Après les cours, je me suis rendu seul au point de rendez-vous. Avant d'y aller, j'ai prévenu Umi.
Seki-kun m'avait dit de ne rien lui dire, mais je savais que même si elle donnait l'impression d'être toute à Amami-san, elle me surveillait de près. Même si je gardais le silence, elle finirait par l'apprendre et je ne veux pas l'inquiéter inutilement, alors j'ai décidé de la mettre au courant.
[Maehara : Umi.]
[Asanagi : Qu'est-ce qu'il y a ?]
[Maehara : Je ne peux pas rentrer avec toi aujourd'hui.]
[Maehara : J'ai un truc à régler.]
[Asanagi : Hmm…]
[Asanagi : Tu as rendez-vous avec quelqu'un ?]
[Maehara : Eh bien, ouais…]
[Maehara : Je ne peux pas t'en parler, par contre.]
[Maehara : On m'a demandé de garder ça pour moi.]
[Asanagi : Compris.]
[Asanagi : C'est Seki, n'est-ce pas ?]
Elle savait.
Elle a probablement vu Seki-kun me parler… J'ai senti un frisson me parcourir l'échine.
[Maehara : Je ne pense pas qu'il va se passer quoi que ce soit de bizarre, ne t'inquiète pas.]
[Asanagi : Je sais, mais quand même…]
[Asanagi : Très bien, je ne ferai rien, mais fais attention à toi, d'accord ?]
[Maehara : T'inquiète, s'il se passe quoi que ce soit, je te préviens.]
[Asanagi : Ok.]
Umi était trop protectrice. C'était la preuve que son passé la hantait encore un peu.
Ce n'est pas qu'elle ne me fait pas confiance, c'est juste qu'elle doit se sentir mal à l'aise au fond d'elle.
Enfin, je ne peux pas faire grand-chose à part l'aider à surmonter son passé petit à petit.
Quoi qu'il en soit, je suis arrivé au lieu convenu. Seki-kun était déjà là, puisqu'il était parti dès la fin des cours pour ses activités de club.
Je n'étais jamais allé au bâtiment des clubs, c'était toujours bondé, et c'était à l'opposé de mes endroits préférés au lycée.
Il y avait deux bâtiments, un pour le matériel de sport et un autre pour les clubs. Je suis allé au premier et j'ai vu que Seki-kun m'attendait déjà.
« Yo, Maehara. Désolé de t'avoir fait venir ici, mais je devais m'occuper du matériel, sinon le coach et les seniors allaient me passer un savon. »
J'imagine que ce sont les corvées des premières années. Il était en train de polir la machine à lancer poussiéreuse et quelques balles. Il n'avait pas l'air de bâcler le travail, tout ce qu'il nettoyait avait l'air comme neuf.
En classe, il avait l'air vraiment paresseux, mais il semblait prendre ses activités de club très au sérieux.
« Alors, qu'est-ce qu'il y a ? »
« Ouais. J'ai encore du boulot, alors je vais aller droit au but. »
Il s'est incliné devant moi.
« Maehara, s'il te plaît. J'ai besoin de ton aide pour me rapprocher d'Amami-san avant la fête de Noël ! »
« … Je m'en doutais… »
Je savais qu'il aimait Amami-san, donc je m'y attendais un peu.
Bon… Écoutons ce qu'il a à dire, au moins.