Chapitre 57 – À la semaine prochaine
« Ah~ C’était marrant de te taquiner, Maki~ Je n’ai pas vu le temps passer~ Hein ? Maki, qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi t’as l’air si crevé ? »
« Devine un peu pourquoi… »
Après que ce bazar a commencé, Umi n’a pas arrêté de me chercher en jouant sur le fait qu’on partageait la même couverture. Dès que j’essayais de sortir, elle me rappelait gentiment qu’il gelait à pierre fendre. Au final, impossible d’échapper à ses taquineries.
…Enfin, maintenant que j’y pense, j’aurais juste pu emprunter la couverture de ma mère, non ? Pourquoi est-ce que j’ai accepté de partager ça avec elle, déjà ?
J’ai même sorti des trucs stupides, du genre que son sourire était plus joli que celui d’Amami-san… Tuez-moi tout de suite.
Je sentais mon visage chauffer rien qu’en repensant à toutes les idioties que j’avais débitées.
« Ah~ Sérieux, qu’est-ce qu’on est en train de faire ? On s’était mis d’accord pour ne plus se voir pendant un moment, et regarde-nous… »
« C’est clair… On est désespérants… »
C’est peut-être pour ça qu’Amami-san a forcé Umi à venir. Enfin, elle avait dit qu’elle ne voulait pas qu’on arrête de se fréquenter. Je crois que je comprends mieux sa réaction maintenant.
N’empêche, on ne peut vraiment pas la sous-estimer, hein ? Son timing est incroyable. C’était une coïncidence ? Ou c’était calculé ? Ou peut-être les deux ? Qui sait…
« Désolée, Maki, je me suis emportée. »
« T’inquiète, j’ai l’habitude avec toi… Et puis, je me sentais seul de toute façon. Un peu de grabuge, ça me fait presque du bien. »
Pour ce qui est de notre promesse avec Amami-san, on a décidé d’en rediscuter avec elle plus tard. On pensait annuler tout le deal.
La journée d’aujourd’hui m’a fait réaliser à quel point nos moments ensemble sont importants pour nous deux.
Évidemment, on essaiera de se rattraper auprès d’Amami-san d’une autre manière. Je pensais la laisser décider de ce qu’on ferait… Et ouais, je suis prêt à assumer tout ce qu’elle nous réserve.
* * *
« C’est bon, on peut y aller. »
« Ok. »
On a quitté la maison ensemble. J’ai inventé une excuse sur le fait que je voulais passer à la supérette pour l’accompagner, mais en vrai, je voulais juste passer un peu plus de temps avec elle.
Dès qu’on a mis le nez dehors, l’air froid nous a frappés de plein fouet.
Même si on n’est qu’en novembre, il fait aussi froid qu’en plein milieu de l’hiver.
« Brrr, il caille ! Faut que je commence à mettre des collants… »
« Ça va ? Tiens, j’ai une chaufferette. »
« Merci… …Maki, toi alors… »
« Quoi ? »
« Non, laisse tomber. Peu importe ce que je te dis, tu insistes toujours sur le côté pratique… »
Elle a commencé à râler en voyant ma tenue.
Je portais une grosse doudoune noire et un jean sombre. Et en dessous, j’avais mis un autre pantalon pour mieux me protéger du froid.
« Sérieux, même s’il n’y a personne dans la rue, tu marches avec une fille, alors fais un effort vestimentaire. En plus, t’as déjà une présence assez effacée, si tu t’habilles comme ça en pleine nuit, une voiture pourrait te renverser si t’as pas de bol. »
« Pff… »
Elle a même ramené le côté pratique dans son argument, difficile de la contredire.
« C’est pas si terrible, si ? …Je veux dire, quand je vais acheter des fringues, il n’y a que les couleurs basiques comme le bleu marine, le noir ou le gris qui me vont. Tout le reste, ça ne m’allait pas, ça me donnait juste un air bizarre. »
« Bon, ton visage est un cas désespéré, donc laisse tomber, mais tu devrais changer de coiffure. Coupe cette frange et réessaie des vêtements, tu verras la différence. Peut-être… »
« Désolé d’avoir une tête pareille. »
« Au moins, ton visage est plus doux qu’avant. Ça ne devrait pas être dur pour toi de changer d’ambiance, t’en fais pas. »
C’est ce qu’elle dit. Je suppose que je vais essayer de la croire.
« Compris. Alors, reparlons-en la semaine prochaine, d’accord ? »
« Ouais, la semaine prochaine. »
La semaine prochaine. À l’heure habituelle, au même endroit, juste nous deux.
Après cette promesse, on a continué à marcher en silence vers la résidence des Asanagi.
« …Umi. »
« Mm ? »
On marchait sur le bord de la rue déserte. À un moment, on s’est mis à se tenir la main, sans raison particulière.
Comme il faisait de plus en plus froid, j’ai tiré sa main pour la glisser dans la poche de mon manteau.
Grâce à ça, nos corps se sont rapprochés.
« Pff… C’est frustrant, cette veste nulle est vraiment chaude… »
« Tu vois ? C’est chaud et je peux y glisser une chaufferette. Le côté pratique est au top. »
« Mm… Bon, je te l’accorde pour cette fois. »
« Merci. N’empêche, faire ça en public, c’est gênant… »
« …Ne m’en parle pas… »
Si quelqu’un de notre classe nous voyait, ça deviendrait vraiment le bazar. Mais même si c’était le cas, je ne renierais plus notre relation.
Je n’ai plus l’intention de me cacher.
Je veux agir naturellement avec elle au lycée aussi.
…Enfin, à part l’appeler par son prénom, ça, ça reste encore trop gênant.
« C’est assez loin comme ça, je vais finir le chemin toute seule. »
Arrivés au passage à niveau, elle a doucement retiré sa main de ma poche.
« T’es sûre ? Ça ne me dérange pas de t’accompagner jusqu’à ta porte, tu sais ? »
« Si tu fais ça, ma mère va te coincer. Elle n’arrête pas de me dire de t’inviter et si elle te voit maintenant, elle te forcera à rester dormir. »
« …Ok, je comprends… »
Je vois tout à fait Sora-san faire ça.
Mais bon, même si elle me donnait son feu vert, il y a d’autres membres de la famille Asanagi dans la maison. Le père d’Umi, Daichi, et son frère, Riku, sont là, et je ne les ai jamais rencontrés. Ce serait bizarre si je m’incrustais.
« Alors, je ferais mieux d’y aller. »
« Mm. On se voit au lycée. »
« Salut. »
Je lui ai fait un petit signe de la main en la regardant s’éloigner.
Ses pas étaient légers. À cet instant, ce n’était pas l’élève modèle Asanagi Umi, mais une lycéenne tout ce qu’il y a de plus normale.
« Ah, désolée, Maki ! J’ai oublié un truc ! »
Juste au moment où j’allais partir, elle est revenue en courant vers moi.
Qu’est-ce qu’elle a oublié ? J’avais bien vérifié qu’elle n’avait rien laissé chez moi avant de fermer la porte.
« Qu’est-ce qu’il y a ? Si t’as oublié quelque chose chez moi, je peux te l’apporter demain. »
« Ah, désolée, c’est pas ça. Prête-moi ton oreille une seconde. »
« Hein ? Euh, ok ?? »
« Alors… »
À ce moment-là, le signal sonore du passage à niveau a retenti.
Puis Umi a murmuré quelque chose à mon oreille.
« —- »
« …Hein ? »
« Allez, bye-bye pour de vrai cette fois~ Prends ton temps, ok ? »
Mes joues ont pris feu alors qu’elle s’enfuyait déjà.
Les vibrations et le bruit du train qui passait secouaient tout mon corps, mais je suis resté cloué sur place, même après qu’Umi a disparu de ma vue.
« Prends ton temps, mon œil… C’est vraiment pas juste… »
J’avais remarqué ses sentiments il y a un moment déjà, mais ça me rend toujours aussi nerveux de l’entendre de sa propre bouche.
Merci de toujours me faire passer en premier… Je t’aime…
Je ne crois pas que je vais réussir à dormir cette nuit…