Chapitre 43 – Enfin seuls
[Maehara : Chère Asanagi.]
[Maehara : J'ai ton manuel de chimie.]
[Maehara : Je t'attends dans la cour. Si tu ne veux pas te taper la honte en plein cours, viens le récupérer, idiote.]
C'est ce que je lui ai envoyé. Évidemment, elle n'avait pas encore répondu, mais je savais qu'elle l'avait lu, alors j'étais plutôt confiant sur le fait qu'elle allait rappliquer.
Je l'ai donc attendue dans la cour.
« … Pourquoi elle ne vient pas ? Bon sang, Asanagi… »
Le temps tournait, la pause de dix minutes défilait à toute allure.
Plus que cinq minutes avant la fin de la pause… Trois minutes… Une…
Si elle ne se dépêchait pas, c'est moi qui allais me ridiculiser. C'est la merde.
Mais bon, peu importe, elle serait encore plus mal que moi de toute façon.
« Oh ! Elle a répondu ! »
Elle m'a enfin envoyé une réponse.
J'ai ouvert le message immédiatement et j'ai vu qu'il y avait une image en pièce jointe.
[Asanagi : Idiot.]
[Asanagi : Je peux toujours emprunter le livre à quelqu'un d'autre, espèce d'idiot.]
L'image jointe était une photo d'un manuel de chimie. Elle l'avait sûrement emprunté à une amie dans une autre classe.
Elle vient de me battre à mon propre jeu ?
« C-cette fille… »
J'avais oublié que ce genre de stratégie ne fonctionne que sur quelqu'un comme moi, un solitaire sans espoir. Je ne pourrais jamais emprunter quoi que ce soit à qui que ce soit, vu que je n'ai pas d'amis.
Contrairement à moi, Asanagi fait partie du groupe d'Amami-san, alors évidemment qu'elle a des amis dans d'autres classes.
Je l'ai vue sous son jour négligé si souvent que j'en avais oublié qu'elle était l'une des filles les plus populaires du lycée.
[Asanagi : Allez ~ Tu vas être en retard si tu ne bouges pas ton cul ~]
[Maehara : Connasse, tu vas payer pour ça !]
[Asanagi : Je ne paierai rien du tout, idiot ~]
Après lui avoir envoyé ma réplique de méchant, j'ai foncé vers le labo de chimie.
Heureusement, ce n'était pas loin, donc je suis arrivé juste à temps. Mais comme j'étais le dernier, tout le monde dans la salle, prof compris, m'a dévisagé.
… Sérieusement, pourquoi j'ai fait un truc aussi stupide ? Maintenant, je dois supporter cette honte.
« Euh, tu es ?… Ah, c'est vrai, Maehara. Tu es en retard. »
« … Je suis désolé. »
Je me suis assis précipitamment à une place libre et j'ai tourné mon regard vers Asanagi, assise tout au bout. Elle était recroquevillée sur son siège, et je pouvais voir son corps trembler tandis que sa voisine, Amami-san, nous lançait, à elle et à moi, des regards inquiets.
Ok, là, je suis énervé.
Je te jure que je vais attraper cette idiote plus tard et lui faire payer ça.
« Maehara-kun, pourquoi tu as deux manuels ? »
« Ah, c'est vrai, j'en ai pris un de rechange par accident. »
J'ai continué à fusiller Asanagi du regard tout en sortant une excuse bidon à Ooyama-kun. J'ai posé le manuel d'Asanagi sur le bureau.
Le reste des cours s'est déroulé sans encombre, et la fin de la journée est arrivée.
Comme le croquis était quasiment terminé, il ne nous restait plus qu'à réaliser l'œuvre pour de vrai.
Ce n'était pas difficile de faire une mosaïque. Il suffisait de percer des trous dans chaque canette, de les organiser selon le croquis, de les relier avec une ficelle, puis de les suspendre.
Notre seul problème, c'était le temps. Si on traînait trop, on allait devoir faire des heures sup.
Mais le seul moment où le lycée nous autorisait à travailler le soir, c'était la veille du festival. En d'autres termes, les heures sup n'étaient pas une option.
Cela dit, ça pouvait changer selon la décision du comité. Néanmoins, j'avais toujours besoin de la coopération d'Asanagi pour finir dans les temps. La vraie question, c'est de savoir si elle est capable de coopérer avec moi.
« Salut, Maehara-kun. »
« Hein ?! … Asanagi-san… »
« Pourquoi tu as l'air si surpris ? On a beaucoup de boulot, non ? Je veux juste m'assurer que tu commences vraiment à bosser. »
« A-ah… Je vois. »
Ça m'a pris au dépourvu. Elle m'a interpellé soudainement, mais sur un ton formel, donc on aurait dit qu'elle n'avait pas l'intention de laisser notre petit drame entraver le projet.
Mon Dieu, j'aimerais pouvoir en faire autant.
« Utilisons le nombre de canettes qu'on a pour le moment. Alors, elles sont où ? »
« Il y en a dans ce coin, le reste devrait être dans le débarras à l'extérieur… »
« Ah ! Alors… Il faut qu'on aille les chercher… »
C'est ça. Je pouvais l'acculer comme ça, vu qu'on serait les deux seuls à y aller. Si j'insistais sur le sujet, elle ne pourrait pas esquiver, même si elle le voulait.
« Yuu, t'as une minute ? »
« Mm ? Qu'est-ce qu'il y a, Umi ? »
« Tu peux accompagner Maehara pour vérifier les canettes ? Je dois surveiller tout le monde ici, donc je ne peux pas y aller. »
… Bon, si je pouvais imaginer un plan pareil, elle en était capable aussi, évidemment. Elle a immédiatement appelé Amami-san pour qu'elle y aille à sa place.
Elle essaie encore de se sauver, hein… ?
« Non, non, ne dérange pas Amami-san. Elle a du boulot ici. Allez, on y va. »
« Eh, mais c'est nous qui avons fait le croquis. Au moins l'une de nous devrait rester ici pour surveiller les autres. »
« Ça ne prendra pas longtemps, ça n'a pas d'importance. Pas vrai, Amami-san ? »
« Mhm. On est juste en train de percer des trous dans des canettes vides, après tout. On n'a pas besoin de supervision pour ce genre de tâche triviale, Umi. »
Amami-san a répondu en me faisant un clin d'œil discret.
Amami-san était de mon côté. On coopérait toute la journée. Elle s'était assurée que Nitta-san, Seki-kun et les autres ne viennent pas interférer avec mon plan.
« … Bref, je vais d'abord récupérer la clé du débarras auprès de Yagisawa-sensei. Asanagi-san, attends-moi là-bas, ok ? »
« Attends, ne décide pas ça toute seule… »
« Bah, si tu ne veux pas venir, je peux le faire tout seul… Mais… je serais content si tu venais… »
« Eh… »
« … J-j'y vais, alors. »
J'ai murmuré la partie « je serais content si tu venais » pour elle. Je suis sorti de la salle et je me suis dirigé vers la salle des profs où se trouvait Yagisawa-sensei.
Je n'entendais aucun pas derrière moi, donc Asanagi ne devait pas me suivre, mais je savais qu'elle viendrait au débarras puisque je lui avais demandé de m'aider devant toute la classe.
Elle devait avoir ses raisons pour m'éviter. Néanmoins, je voulais toujours savoir pourquoi.
J'ai pris la clé auprès de Yagisawa-sensei et je suis allé au débarras. Il était situé près de la zone fumeurs des professeurs… Oui, l'endroit où on avait déjeuné avant.
Soudain, la scène de ce jour-là m'est revenue en mémoire.
À l'époque, on était vraiment mal à l'aise l'un avec l'autre, mais on avait réussi à briser la glace en échangeant nos plats. Après ça, on avait commencé à parler cuisine et les barrières entre Amami-san et moi avaient commencé à s'effondrer.
« … Désolé, Asanagi. J'étais en retard… »
« Sérieusement… espèce d'idiot… »
On aurait dit qu'elle m'attendait depuis un moment. Dès qu'elle a entendu ma voix, elle s'est retournée immédiatement. Le ton de sa voix était sec, elle boudait clairement.
J'imagine que ça voulait dire qu'elle n'avait plus l'intention de se sauver.