Chapitre 194 – Requête d'un cadet
Point de vue de Maki
Une fois son histoire terminée, Riku-san leva les yeux vers le plafond et laissa échapper un soupir.
C'était la première fois que j'entendais parler de son passé. Il semblait avoir connu bien plus d'échecs et de difficultés durant sa scolarité qu'Umi ou moi.
Il n'en avait probablement jamais parlé à Umi.
« Je sais que j'aurais dû accepter sa confession à l'époque... C'est juste que les remarques de certains gars peu fréquentables m'ont atteint, avec leurs discours sur le fait que je devais me concentrer sur mes examens plutôt que de jouer avec l'amour... »
Dans une telle situation, avoir une petite amie à ses côtés pour nous encourager est pourtant ce qu'il y a de plus rassurant.
J'avais Umi avec moi. Grâce à ses encouragements, mes notes se sont considérablement améliorées. Certes, j'ai échoué de peu cette année, mais l'an prochain, je devrais pouvoir intégrer la classe préparatoire avec elle.
D'après ce qu'il m'a raconté, Riku-san était comme moi à l'époque. Avec Shizuku-san à ses côtés, même dans les moments difficiles, elle aurait au moins pu lui remonter le moral.
C'est dommage qu'il ait pris une autre voie.
« À l'époque, ce qui m'obsédait, c'était de ne pas vouloir que la personne que j'aime voie mon côté pathétique. Quel crâneur j'étais. Au final, j'ai lamentablement raté mes examens. J'ai réussi à entrer dans une université privée, donc même si les choses ne se sont pas passées comme prévu, la route n'était pas totalement fermée pour moi. »
C'était un fait, il était un ancien officier des forces d'autodéfense. Il avait fini par réussir ses examens et par travailler avec eux.
Il était loin de se douter que ce n'était que le début d'un nouvel échec...
« Désolé de te demander ça, mais... Pourquoi as-tu quitté ton travail ? »
« Surtout parce que je n'arrivais pas à m'y faire. Pas physiquement ou mentalement, mais socialement. C'était dur pour moi de m'entendre avec mes collègues. J'ai tenu trois ans, mais un jour, j'ai fini par faire un burn-out à cause du stress et après ça, je n'ai plus été capable de travailler correctement... Alors, mon père m'a dit de démissionner. »
« Je vois. »
« Ne me regarde pas comme ça. Je vais bien maintenant. Je suis assez en forme pour être un bon à rien qui joue aux jeux vidéo toute la journée. »
C'était probablement la raison pour laquelle Daichi-san et Sora-san n'étaient pas stricts avec lui. Ils ne le forçaient à rien, ils attendaient simplement qu'il se rétablisse et qu'il fasse le premier pas.
« C'est pour ça que je ne peux rien lui dire en ce moment. Je veux dire, qu'est-ce que je pourrais bien lui dire ? Je suis au chômage, je ne peux même pas m'occuper de moi-même, alors je voudrais m'occuper d'elle ? À quoi ça servirait de lui avouer mes sentiments et de m'excuser d'avoir été aussi minable à l'époque ? Je ne ferais que l'embarrasser. On n'est plus des enfants, on est des adultes. Disons que je lui confesse mes sentiments avec passion, qu'est-ce qui se passera ? Ça ne fera que lui créer des problèmes, surtout maintenant qu'elle a son propre enfant. »
« Je comprends... »
Honnêtement, je ne pouvais qu'être d'accord avec lui. S'il essayait de courir après Shizuku-san maintenant, Reiji-kun serait toujours là. L'obstacle de vouloir être avec une mère célibataire serait trop dur pour Riku-san, qui n'avait jamais fréquenté personne auparavant. Peu importe leur proximité en tant qu'amis d'enfance, Riku-san aurait beaucoup de mal.
C'était la raison pour laquelle il lui avait dit ça à l'époque.
« Je comprends. Si c'est ce que tu penses, Riku-san, je respecte ça. Honnêtement, je pense que tu as pris la bonne décision. »
« Je pensais que tu me gronderais comme Umi l'a fait. Ça ne me dérange pas si tu le fais, je suis bien conscient que tout est de ma faute. »
« Contrairement à toi, Riku-san, jusqu'à récemment, j'étais un gamin qui essayait toujours d'éviter de se créer des problèmes. Je n'ai pas le droit de te gronder pour quoi que ce soit. »
Et puis, contrairement à lui, j'ai toujours Umi à mes côtés. Je ne pourrais pas comprendre la douleur qu'il a dû traverser tout seul. Je n'avais vraiment pas le droit de commenter sa décision.
Enfin, c'était une chose, mais j'avais encore une chose à lui dire.
« On a assez trempé, on y va, Riku-san. Si on est en retard, Umi va s'inquiéter. »
« C'est vrai. Sérieusement, cette fille est beaucoup trop protectrice avec toi. »
« C'est ce côté-là d'elle qui est mignon, pourtant. »
« La prochaine fois, tu me diras que ses crottes de nez sont mignonnes aussi. Enfin bref, prends bien soin de cette idiote, d'accord ? »
« Je le ferai. »
Après avoir terminé notre discussion, nous sommes sortis du bain et nous sommes changés en yukata.
Nous avons tout plié en cinq minutes sans nous adresser la parole, comme les solitaires que nous étions.
« Maki. »
« Oui ? »
« Euh, tu vois... Merci de m'avoir écouté... Je n'avais jamais eu personne à qui parler de ce genre de choses, alors ça me fait un peu de bien. »
« Je t'en prie... Mais mon service n'est pas gratuit, Riku-san. Tu dois faire quelque chose pour moi en échange. »
« Quoi ?— »
« Rikkun. »
Dès que nous sommes sortis des vestiaires, Shizuku-san l'a interpellé.
Elle nous regardait avec une expression déconcertée. Clairement prise au dépourvu par notre présence. Elle ne s'attendait probablement pas à ce qu'Umi nous l'amène.
« Maki, tu... »
« Eh bien, ma requête est la suivante : est-ce que tu dirais à Shizuku-san ce que tu viens de me dire ? Je sais que c'est trop tard, mais mieux vaut tard que jamais, non ? Et puis, es-tu vraiment sûr de vouloir que vos chemins se séparent à ce stade ? »
Je savais que mes actions ne changeraient probablement rien. Je veux dire, si c'était aussi simple pour eux de revenir à la normale, toute cette débâcle ne serait jamais arrivée en premier lieu.
Si, après avoir tout mis à plat, ils décidaient de suivre des chemins séparés, alors on n'y pourrait rien. Mais au moins, cela leur donnerait une forme de conclusion.
Honnêtement, ce que je voulais était simple. Je voulais qu'ils réfléchissent à tout calmement avant de prendre une décision. Régler les choses comme des adultes.
C'était ma seule requête en tant que cadet.