Le match interclasse était terminé et la classe 10 était enfin en paix.
L'ambiance en classe avait toujours été plutôt calme, mais quand Arae-san et Amami-san se crêpaient le chignon, c'était devenu très pesant.
Maintenant qu'elles avaient enterré la hache de guerre, la tension était retombée.
« Salut, Nagisa-chan, il fait beau aujourd'hui, pas vrai ? »
« Je me fiche de la météo... Attends, arrête de m'appeler comme ça, on n'est pas amies ! »
« Je peux quand même te parler, même si on n'est pas amies, non ? »
« Pff... Fais ce que tu veux. »
« C'est exactement ce que je vais faire ! »
Sur ce, Amami-san a rapproché sa chaise de celle d'Arae-san. Même si cette dernière a essayé de l'ignorer, c'était déjà trop tard.
Ça faisait quelques jours qu'elles agissaient ainsi. Elles avaient arrêté d'être hostiles, d'éviter l'autre ou de parler dans son dos.
Les autres filles de la classe avaient été surprises au début, mais elles s'y étaient habituées en deux ou trois jours et avaient fini par intégrer ce nouveau duo.
C'était encore un peu gênant, mais ça passerait avec le temps.
Nous allions rester dans la même classe pendant encore dix mois, elles avaient tout le temps nécessaire.
« Au fait, Nagisa-chan, tu veux déjeuner avec moi aujourd'hui ? Je connais un super coin ! »
« ... Pourquoi moi ? Demande à cette fille de t'accompagner. »
« Cette fille ? Umi ? Mais j'ai envie d'être avec toi aujourd'hui... »
« Moi, je n'en ai pas envie. »
« Allez, quoi ! »
« Roh, t'es vraiment collante ! »
Arae-san a soupiré, exaspérée. Elle avait dit non, mais il était évident que l'idée ne lui déplaisait pas tant que ça. Quelle fille compliquée.
Quoi qu'il en soit, elles s'étaient réconciliées au point de pouvoir discuter normalement devant tout le monde.
« Écoute, je ne déteste pas passer du temps avec toi, mais je suis occupée aujourd'hui, donc je passe mon tour. »
« D'accord. Mais, tu vas faire quoi ? »
« ... Je dois parler à quelqu'un. »
Après avoir dit ça, elle s'est levée et s'est dirigée vers moi sans faire d'histoires.
Je ne lui avais pas parlé depuis la fête d'après-match, je me demande ce qu'elle me voulait.
« T'as un moment ? »
« ... P-Pour quoi faire ? »
« Ne prends pas cet air effrayé, je veux juste discuter un peu avec toi et ta petite amie. »
« Avec Umi et moi ? »
« Ouais, à la pause déjeuner. Ça ne sera pas long, promis... Voilà, à plus. »
Elle est retournée à sa place et a recommencé à discuter avec Amami-san, l'air un peu blasée.
Je ne pense pas qu'elle ait de mauvaises intentions, mais j'ai décidé de rester sur mes gardes, au cas où.
* * *
Pause déjeuner.
J'étais avec Umi derrière le gymnase.
D'habitude, c'est un endroit prisé par ceux qui veulent s'éclipser, mais dans notre lycée, le terrain de handball se trouve juste à côté, ainsi qu'un débarras où les clubs sportifs rangent leur matériel. D'ordinaire, c'est bondé.
Mais comme c'était l'heure du déjeuner et que tout le monde mangeait, nous avions l'endroit pour nous seuls.
« ... Enfin. »
Quand nous sommes arrivés, Arae-san était déjà là. Je pensais qu'elle amènerait Amami-san, mais j'imagine qu'elle voulait nous parler à nous deux uniquement.
« Alors, c'est quoi le topo ? Va droit au but, je n'ai pas de temps à perdre avec toi. »
« Le sentiment est partagé. Bref, commençons par le commencement... »
Elles sont immédiatement devenues hostiles, mais juste après, Arae-san a fait quelque chose de surprenant.
« ... Je suis désolée, pour tout. »
Elle s'est inclinée devant nous en disant cela.
Ses excuses étaient sèches et elle n'arrivait même pas à nous regarder, mais j'étais plus choqué par le fait qu'elle s'excuse réellement que par le reste.
Aussi surpris que je l'étais, j'ai vite repris mes esprits. Umi aussi.
« Je n'ai pas pu m'excuser correctement à l'époque, alors j'ai dû vous faire venir ici... Je suis désolée. »
« Je comprends, mais j'ai une question... Qu'est-ce que tu entends exactement par "tout", Arae Nagisa ? »
« Juste... beaucoup de choses... »
« Arrête de tourner autour du pot, dis-nous exactement pour quoi tu t'excuses ! »
Les mots d'Umi étaient un peu durs, mais j'étais d'accord avec elle, alors je ne l'ai pas arrêtée.
Cette fille en face de nous nous montrait les crocs depuis le début de l'année sans aucune raison.
Essayer de tout balayer d'un revers de main en disant « je m'excuse pour tout » ne nous rendrait pas plus compatissants. Elle avait peut-être une raison d'agir comme elle l'avait fait, probablement liée à son passé, mais ça n'avait rien à voir avec nous.
Elle a probablement compris où nous voulions en venir, car elle a hoché la tête avant de reprendre la parole.
« ... Je suis désolée, tout est de ma faute. Depuis ce jour au collège, tout ce pour quoi j'avais travaillé si dur s'est effondré... J'ai désespérément essayé de m'accrocher à quelque chose pour que ça continue, mais ça n'a servi à rien... À partir de là, j'ai commencé à détester tout ce que j'aimais... Et ça a duré jusqu'à mon entrée au lycée... »
« ... Et quel est le rapport avec le fait que tu détestes Yuu ? »
« ... En première année, j'ai entendu des rumeurs sur elle. Tout ce que j'entendais me répugnait... Quand je l'ai vue pour la première fois en classe... Elle souriait sans se soucier de rien... C'était comme si elle avait eu une vie facile et insouciante jusqu'ici, et ça m'a fait la détester encore plus... Je sais que j'avais tort. Je suis mesquine, j'ai tiré des conclusions hâtives toute seule et je n'ai même pas su juger la vraie nature d'une personne... Quelle pathétique... »
C'était facile de mal comprendre Amami-san. Je ne connaissais même pas les épreuves qu'elle avait dû traverser, ni à quel point sa force mentale était impressionnante pour garder ce sourire devant les autres. Cette fille travaillait plus dur que n'importe qui et elle ne vivait certainement pas une vie sans soucis.
« Au fond de moi, je savais que ce que je faisais était mal, mais chaque fois que je me moquais d'elle avec mes amies, ça me faisait me sentir mieux... J'ai fait de mon mieux pour que ça ne dépasse pas le stade de blagues inoffensives, mais je ne pouvais pas faire grand-chose... Je savais que c'était mal, mais j'étais trop têtue pour l'admettre... Puis on s'est croisées à la salle d'arcade et les choses ont empiré... Je suis désolée pour ça... »
Elle nous a tout expliqué calmement, mais cette fois, je n'étais pas surpris. Étant donné qu'elle était une athlète incroyable au collège, elle savait mieux que quiconque comment se remettre en question.
L'air arrogant qui l'accompagnait toujours avait disparu, remplacé par une certaine sérénité.
Je comprenais pourquoi Amami-san refusait de nous parler d'elle. C'était quelque chose qu'elle devait nous dire elle-même.
« Sérieusement, j'ai dit à tout le monde qu'ils étaient nuls et tout le tralala, mais c'est moi la plus nulle de tous. Vous aviez raison, toi et Amami. Si la moi du passé me voyait comme ça, elle me traiterait de "nulle" aussi... Je suis devenue le genre de personne que je détestais dans mon ancienne équipe... Tellement pathétique... »
Elle a soupiré après avoir exprimé son dégoût d'elle-même.
L'incident au collège lui avait laissé des cicatrices, mais sans s'en rendre compte, elle avait failli faire la même chose à quelqu'un d'autre. Je comprenais ses sentiments mieux que personne. C'était exactement ce qu'Umi et moi avions fait subir à Amami-san à l'époque.
En y repensant, Amami-san était vraiment un ange. Même après tout ça, elle nous avait facilement pardonnés.
« Bref, je suis désolée. Je ne vous demande pas de me pardonner, je n'en ai pas le droit. Je vous promets que je n'aurai plus rien à voir avec vous à l'avenir... »
« Très bien, ça me va. Qu'est-ce que tu en penses, Umi ? »
« Je veux dire, je suis dans une classe différente de toute façon. Mais, qu'en est-il de Yuu ? »
« ... Eh bien, je la laisse faire ce qu'elle veut... Mais, je vous jure, cette fille me rend dingue ! »
Elle a dit ça, mais elle avait l'air heureuse chaque fois qu'Amami-san venait lui parler.
Je ne dirais pas ça à voix haute, par contre. Je tiens à ma peau, merci bien.
« Bref, c'est tout, voilà tout ce que j'avais à dire, alors à pl— »
« Arae Nagisa, attends. »
Juste au moment où elle allait faire demi-tour, Umi l'a interpellée.
« Oui ? Tu as besoin de quelque chose ? »
« Ouais, j'ai un truc à te dire. Je ne le dirai qu'une fois, alors écoute bien. »
Après avoir pris une inspiration, Umi a continué.
« Lors du match interclasse, on a gagné grâce au pierre-papier-ciseaux, mais en vérité, on a été complètement dominés par toi. Tu étais forte. Je suis désolée pour tous les mots durs que j'ai eus envers toi. »
« ... D'accord. J'ai aussi quelque chose à te dire. Ton dernier mouvement, quand tu as percé notre double marquage, était brillant. Si je dois chipoter, je ne peux pas dire que j'approuve le fait que tu flirtes avec ton petit ami en plein milieu du match. »
« ... Argh... T-Tu as vu ça ?!... C-C'est facile à dire, le match était déjà fini de toute façon ! »
« Mais tu étais la capitaine. En tant que capitaine, tu avais la responsabilité de veiller sur tes coéquipières. Pff, qu'est-ce que je raconte ? Oublie ça, c'est agaçant. Je dois encore parler à Nitta après ça, salut. »
Elle est partie après avoir dit ça. J'ai remarqué que son humeur habituelle était revenue avant qu'elle ne s'en aille.
Cette fille ne pouvait pas s'empêcher de sortir des âneries avant de partir, mais ce qu'elle disait était vrai, donc je ne pouvais pas lui reprocher.
« Maki... »
« Hm ? »
« Je déteste cette fille. »
« ... Ouais, je sais ce que tu ressens. »
J'imagine que c'est la vie. On a toujours cette personne qu'on déteste, même si on sait qu'elle n'est pas foncièrement mauvaise. Mais on ne peut pas s'empêcher de ne pas aimer l'idée de devoir bien s'entendre avec elle.
Quoi qu'il en soit, ça devrait clore le chapitre. Je vais enfin pouvoir dormir sur mes deux oreilles.
Allez, donnez-moi de quoi assouvir mon addiction aux gachas.