Chapitre 147 – Le commencement
Ma voix résonna dans tout le gymnase, faisant sursauter les gens autour de moi.
Pourquoi étaient-ils surpris, au juste ? N’était-ce pas normal d’encourager sa propre classe ? Peut-être étaient-ils étonnés parce que j’étais resté silencieux jusqu’à présent ?
Même Umi, Nitta-san et les filles de la classe 11 avaient l’air surprises.
« M-Maki-kun… »
« Amami-san, tu ne te souviens pas de ce que Nitori-san et Houjou-san t’ont appris ? Tu dois garder la tête haute, même quand tu perds ! Le match n’est pas fini, alors n’abandonne pas ! »
« ! »
C’était le dernier conseil qu’elles avaient donné à Amami-san et à Umi lors de leur ultime journée d’entraînement spécial.
Toutes deux avaient mis toute leur énergie à apprendre chaque technique possible pour aujourd’hui, mais au bout du compte, le plus important restait leur mental.
Si elles gardaient les yeux rivés au sol, elles ne pourraient pas regarder leurs coéquipières qui se battaient à leurs côtés. Si elles baissaient la tête, leur vision se réduirait, elles se sentiraient seules et finiraient par croire que la défaite était de leur faute.
À cause de son comportement, Amami-san avait oublié ce conseil.
Normalement, Umi ou Nitta-san auraient été là pour le lui rappeler, mais aujourd’hui, Umi était dans l’équipe adverse et n’était pas en position de la remonter, tandis que Nitta-san n’avait pas participé à l’entraînement spécial et n’était donc pas au courant.
C’était donc à moi de le lui rappeler. En tant qu’ami et allié.
« Allez Yuuchin, accroche-toi ! La première mi-temps n’est pas terminée ! Il reste encore la seconde, tu peux inverser la tendance ! Enchaîne dix paniers à trois points et tu les rattraperas en un clin d’œil ! »
« Ninacchi… »
Nitta-san enchaîna avec ses propres encouragements pour Amami-san, sur son ton habituel.
Quand je croisai son regard, elle me rendit la pareille. Elle leva son index et m’adressa un sourire indescriptible. « Tu m’en dois une », semblait-il dire. J’espère pouvoir lui rendre la pareille un jour.
À la suite de Nitta-san, ses coéquipières commencèrent elles aussi à encourager le camp d’Amami-san.
« Allez la 10, faites de votre mieux ! »
« On passe après, alors chauffez bien le terrain pour nous, d’accord ?~ »
« On ne vous pardonnera pas si vous continuez à jouer aussi mollement ! »
Il n’y avait pas beaucoup de spectateurs, mais petit à petit, de plus en plus de voix s’élevèrent.
Ces encouragements furent le coup de pouce dont Amami-san avait besoin pour aller de l’avant.
« Tout le monde ! … Bon sang ! J’ai été tellement têtue jusqu’ici ! J’ai perdu de vue l’essentiel ! »
Lentement, elle retrouva un peu de son calme.
Elle ramassa le ballon qui avait roulé hors du terrain et s’approcha d’Arae-san.
« Arae-san. »
« … Quoi ? »
« Je suis désolée ! »
Elle s’inclina profondément devant Arae-san.
« Je t’ai dit que je ne voulais pas mêler mes affaires personnelles à ça, mais à cause de nos différends, j’ai causé des problèmes à toute l’équipe, à nos adversaires et même au public… Je suis vraiment stupide, pas vrai ? »
« … »
La réponse d’Arae-san fut froide, mais elle ne tourna pas Amami-san en dérision et ne l’ignora pas comme elle l’avait fait par le passé. Elle fixa intensément Amami-san.
« J’ai essayé de m’entendre avec toi, mais au fond, je te déteste toujours. Je veux dire, je n’ai rien fait de spécial, et pourtant tu as agi comme ça envers moi, mes amies, et même maintenant, tu continues à me mettre des bâtons dans les roues. »
Contrairement à avant, la confusion et la colère avaient disparu de son visage.
« Je suis désolée d’avoir fouiné dans ton passé sans ta permission, mais grâce à ça, je sais à quel point tu étais géniale. Tu étais vraiment incroyable à l’époque, tu sais ? Je ne m’y connais pas beaucoup en basket, mais je peux voir à quel point tes actions étaient impressionnantes. Et pas seulement ça, même dans un match perdu, tu as su diriger ton équipe et refuser d’abandonner jusqu’à la dernière seconde. Je te déteste, mais après avoir vu tout ça, je ne peux pas m’empêcher de t’admirer un peu… »
« E-Et alors ? Moi aussi, je te déteste. »
« Mm, ça m’est égal, tu es libre de penser ce que tu veux, mais… »
Amami-san tint fermement le ballon et le tendit à Arae-san.
« Pour l’instant, s’il te plaît, coopère avec moi. Tout le monde a besoin de toi, Arae-san. Si on veut changer l’issue de ce match, tout le monde, toi y compris, doit collaborer. Alors je t’en supplie, s’il te plaît… »
« … »
Arae-san semblait décontenancée par la franchise d’Amami-san. C’était un vrai match, elle ne pouvait pas trouver d’excuses pour quitter le terrain comme lors du match d’entraînement. Elle devait faire face à Amami-san, maintenant.
« … Je vois ce que tu veux dire, mais pourquoi tu te donnes autant de mal ? Comme je l’ai dit, ce n’est qu’un match de classe, pas besoin de tout prendre au sérieux. Et puis, tu n’as pas vraiment besoin de moi, si on continue avec mon plan, on les rattrapera en un rien de temps. »
« Mais ça ne nous garantit pas la victoire. »
Arae-san réagit au mot « victoire ».
« Tu penses vraiment qu’on peut gagner ? Notre classe a zéro point et la première mi-temps est presque finie. La deuxième ne dure que dix minutes. Tu crois vraiment qu’on peut gagner ? »
« Eh bien~ Ce n’est pas impossible, non ? »
« … Tu es en train de dire qu’on devrait enchaîner trois paniers à trois points ? »
« On ne peut pas ?~ »
« … T’es vraiment une idiote. »
« Héhé, mes amis me le disent souvent. »
« Pff… Je te déteste. Sérieusement, tu te prends pour qui, une héroïne ? »
Arae-san claqua de la langue avant de se diriger vers la ligne défensive de la classe 11, ignorant totalement le ballon dans les mains d’Amami-san.
Au moment où je pensais que les mots d’Amami-san n’avaient pas suffi à la convaincre, Arae-san se mit en position.
« … Qu’est-ce que tu attends, Amami ? Passe-moi le ballon. »
« Arae-san… »
« Si tu as le temps de discuter, mets-toi en place. Il nous reste du temps avant la fin de la première mi-temps. Marquons un trois points avant que ça ne siffle, sinon j’annule tout. »
« L-Laisse-moi faire ! Désolée d’avoir été égoïste, tout le monde ! Allez, on y va ! »
Finalement, la classe 10 réussit à se mettre d’accord à la fin de la première mi-temps et lança sa première véritable offensive.
L’écart au score était toujours important et la remontée s’annonçait difficile, mais je savais qu’elles pouvaient livrer une belle bataille.
Je regardai Umi et les autres membres de la classe 11. M’en voudraient-elles d’avoir fait quelque chose d’aussi inutile ? Après tout, si j’avais gardé la bouche fermée, elles auraient pu gagner le match facilement.
« Idiot. »
Mes yeux croisèrent ceux d’Umi et elle articula cela en faisant la moue. Je lui avais dit que je voulais qu’elle gagne, mais j’avais encouragé son adversaire. C’était normal qu’elle soit énervée contre moi.
Je vais encore me faire remonter les bretelles, n’est-ce pas ?
« Très bien tout le monde, c’est du sérieux maintenant ! On va leur montrer qu’elles ne peuvent pas nous marcher dessus aussi facilement ! On va les faire taire une bonne fois pour toutes, on y va ! »
« « « Reçu ! » » »
Mais le visage d’Umi semblait plus joyeux qu’avant.
C’était enfin le début du véritable affrontement entre Amami-san et Umi.