Chapitre 12 – Asanagi est vraiment cool
L'heure de la réservation approchant, Asanagi et moi avons rapidement quitté la gare pour nous diriger vers le centre-ville.
« Maehara, ça ne me dérange pas que tu marches à côté de moi, tu sais ? Si tu restes derrière comme ça, les gens vont croire que je suis traquée. »
« A-ah, c'est vrai. Désolé. »
« Sérieusement… »
C'était Asanagi qui connaissait l'emplacement du restaurant, alors j'avais l'intention de la suivre, mais visiblement, marcher trois pas derrière elle n'était pas une bonne idée. J'ai soupiré malgré moi.
Je me suis rapproché d'un demi-pas, mais elle m'a rappelé à l'ordre une nouvelle fois.
« Pff, je t'ai dit de marcher à côté de moi, rapproche-toi. »
« Attends… »
Finalement, Asanagi m'a attrapé par le bras et nous avons continué à marcher, pratiquement côte à côte.
Nos épaules se frôlaient à peine. Je me sentais mal à l'aise.
Elle m'avait expliqué que le restaurant se trouvait dans une ruelle étroite. Il fallait suivre la route principale jusqu'à une certaine pharmacie sur la gauche, puis tourner dans l'allée juste à côté. On ne risquait pas de se perdre, l'itinéraire était simple comme bonjour.
« Sérieusement, je m'y attendais, mais Maehara, tu es vraiment un boulet. »
« Je n'y peux rien, d'accord ? C'est la première fois que je fais un truc pareil. »
J'ai regardé devant moi et mon regard s'est posé sur un groupe d'élèves en uniforme, venant d'un autre lycée. Ils flânaient en discutant joyeusement, garçons et filles mélangés, et je n'ai pas pu m'empêcher de penser qu'ils vivaient dans un monde totalement différent du mien.
Puis, j'ai jeté un œil à Asanagi, qui marchait à mes côtés, les mains enfoncées dans les poches de son sweat à capuche.
« Dis, Asanagi, toi et Amami-san, vous traînez souvent dans le coin ? »
« Ouais, souvent. Enfin, on déambule sans but précis. Selon l'humeur, on se fait un karaoké, ou si on a faim, on va dans un café, des trucs comme ça. »
« Hmm… Comme je m'en doutais, je ne peux pas m'identifier à ça… »
Comme je l'ai déjà dit, je viens ici de temps en temps, mais j'ai toujours une raison précise. Acheter des jeux, des livres, ou faire des courses. Même là, j'avais un but en venant.
Si je n'avais pas besoin de sortir, je préférerais largement glander chez moi.
« C'est une façon bien triste de voir les choses. Maehara, tu te prends trop la tête. »
Asanagi semblait avoir un avis bien différent du mien.
« C'est-à-dire ? »
« Ce que je veux dire, c'est que tu n'as pas besoin d'un but précis. Par exemple, si on traînait avec Yuu et qu'elle proposait un karaoké, mais que tu intervenais pour dire qu'un nouveau dessert vient de sortir et qu'on devrait plutôt aller le goûter. Hop, on a un plan. Dans ce cas, "karaoké" ou "dessert", même si on est sortis sans but, on s'amuse quand même. Tu piges ? »
« Ah… Ça… Ouais, je vois. »
En observant leurs interactions en classe, j'avais bien compris que si Amami-san invitait sans cesse Asanagi à sortir, c'était simplement parce qu'elle voulait passer du temps avec elle.
Le karaoké et le reste n'étaient que des prétextes.
« C'est pour ça que même sans but précis, on a déjà atteint notre objectif : passer du temps avec nos amis. Si tu vois les choses comme ça, nos sorties ne ressemblent plus à une perte de temps. »
« …C'est vrai. »
« De ce point de vue, on n'est pas si différents du groupe devant nous. Au fond, on fait la même chose : on traîne avec nos amis. Que ce soit dehors ou chez toi, c'est la même chose. »
Si Asanagi et moi traînions souvent ensemble, ce n'était pas pour « jouer à des jeux » ou « dîner ensemble », mais parce qu'on voulait simplement être ensemble.
« Dîner ensemble », ce n'était qu'un détail.
« Maehara, c'est sûr que je passe moins de temps avec toi qu'avec Yuu et les autres, mais j'aime bien nos moments, même si ça m'énerve quand tu réduis mon avatar en bouillie… Et puis, tu ne t'énerves jamais quand je fais des blagues douteuses ou que je te traite de solitaire. »
« Non, en fait, ça m'énerve, tu sais ? »
Oui, ça m'énervait, mais ça ne me dérangeait pas plus que ça, parce que ça ne servait à rien de répondre.
Après tout, je savais qu'Asanagi plaisantait.
« D'ailleurs, quand tu es avec le groupe d'Amami-san, tu sembles vraiment à fond dans ton rôle, non ? Je t'imagine très bien en costume, en mode manager ou un truc du genre. »
« La ferme… Mais bon, c'est stressant parfois, surtout quand je dois gérer plein de gens en même temps. C'est pour ça que j'ai besoin de ce genre de moments de calme de temps en temps. »
« Et ce moment de calme, c'est… traîner avec un solitaire comme moi ? Ça te va vraiment ? »
« Mhm, ça me va. Tu m'es d'une grande aide, merci beaucoup. »
« Euh… »
« ? Qu'est-ce qui ne va pas ? Tu as fait un bruit d'iguane écrasé par une voiture télécommandée. »
« Non, enfin… Attends, quoi ? C'est quoi cette comparaison ? »
« Merci d'être honnête avec moi » – je ne pouvais pas lui dire ça en face, impossible.
— Sérieusement, cette fille est tellement cool.
Je me détestais de penser ça.