Chapitre 301
——————
[Traducteur – Seraph]
[Correcteur Draxx]
——————
Chapitre 300
-
Dans les sociétés cultuelles, le poste de Gestionnaire du savoir jouissait d’un statut important.
Le rôle d’un Gestionnaire du savoir consistait à aider le capitaine à mener à bien les missions du vaisseau en toute sécurité.
Pour remplir leurs fonctions, ils acquéraient des connaissances approfondies dans des domaines variés. Ils apprenaient également des techniques psychiques leur permettant d’échanger leur savoir avec d’autres Gestionnaires du savoir.
Bien que le Culte disposât de puissants pouvoirs psychiques, devenir Gestionnaire du savoir n’avait rien de facile. Il fallait consacrer des années d’efforts pour mériter l’honneur d’assumer un rôle aussi sacré.
Le poste de Gestionnaire du savoir était donc très prestigieux, même s’il se situait en dessous de ceux de capitaine ou de chef d’une escouade de guerriers. En termes de stature, ils n’avaient pourtant rien à leur envier.
Charas, Gestionnaire du savoir affiliée au Bureau de surveillance du système stellaire d’Auro, était très respectée par l’équipage. Grâce à elle, le vaisseau avait échappé au danger plus d’une fois.
Pourtant, contrairement à ce que pensait l’équipage, Charas n’accordait pas une grande importance à son rôle. À ses yeux, être Gestionnaire du savoir n’était qu’une étape parmi tant d’autres dans sa longue vie.
Son objectif ultime était de devenir membre du Conseil impérial.
Sans le soutien d’une faction et avec ses simples cornes de chèvre ordinaires, le seul moyen d’atteindre cet objectif était de suivre cette voie.
« Encore un peu de patience. »
Depuis qu’elle avait rejoint la flotte d’élite du Bureau de surveillance, Charas avait accompli de remarquables exploits. Grâce à cela, quelques mois plus tôt, l’une des grandes factions de Verzan02, la Faction providentielle, lui avait fait une proposition.
Ses membres lui avaient demandé si elle accepterait de les rejoindre, ajoutant que, si l’avenir de l’Empire l’intéressait, leurs objectifs pourraient converger.
« La Faction providentielle n’est pas un mauvais point de départ. »
Après l’éviction de Jason, son chef, tenu pour responsable de l’« incident Sacrilège 08 », la faction avait essuyé un coup dur. Mais récemment, alors que le Conseil débattait de la Grande Invasion des Outspacers, elle avait commencé à reprendre du terrain.
L’idéologie centrale de la Faction providentielle était qu’il fallait recourir activement à la puissance militaire pour servir la Providence et protéger la sécurité de l’Empire. Elle s’opposait directement aux Réformistes, qui prônaient le désarmement. Et plus l’Empire devenait instable, plus sa faction gagnait en influence.
Du point de vue de Charas, l’avenir de la Faction providentielle s’annonçait prometteur. En réalité, les informations qu’elle avait recueillies dans le cadre de ses fonctions de Gestionnaire du savoir indiquaient que l’Empire, mais aussi l’univers tout entier, étaient au bord du chaos.
La destruction de la cité spatiale de MegaCorp, les provocations militaires de l’Union stellaire et le récent accident du « Kesha Arma ». En si peu de temps, des événements sans précédent s’étaient succédé.
L’essentiel, c’était que plus l’espace devenait chaotique, plus la Faction providentielle, qui prônait l’instauration de la Providence par la force, gagnait en puissance. Il semblait très probable qu’elle conserverait sa domination pendant quelque temps.
« C’est tout à mon avantage, moi qui débute et dois me bâtir une véritable carrière politique. »
Après s’être brièvement abandonnée aux rêves d’un avenir radieux, elle se remit au travail.
Le vaisseau où elle se trouvait attendait actuellement à l’endroit où un champ magnétique inconnu avait été détecté. Il s’agissait de vérifier rapidement si d’autres anomalies étaient apparues.
En plus de la mission qui lui avait été confiée à bord, le Bureau de surveillance avait chargé Charas d’une autre tâche : continuer à classer et à transmettre les informations liées au « Démon à trois têtes », un sujet qu’elle avait déjà signalé.
Après des heures de travail ininterrompu, elle finit par achever sa tâche. Elle transmit les informations classées au Bureau de surveillance grâce à une technique de communication réservée aux Gestionnaires du savoir.
« Et si j’allais boire un verre ? »
Elle avait peut-être trop sollicité ses pouvoirs psychiques, car sa tête la lançait. Un cocktail façon Verzan02 serait parfait.
En quittant sa chambre, Charas s’imagina savourer le goût sucré du cocktail. Elle n’était attachée à rien sur ce vaisseau, à l’exception des délicieux mélanges servis au bar.
Elle traversa le couloir orné de motifs géométriques, rejoignit le bar automatisé et commanda son cocktail favori, façon Verzan02.
Épuisement dû à sa charge de travail ou mal de tête ? Elle but plus que d’habitude et quitta le bar avec la tête légère plutôt qu’endolorie.
Maintenant que son mal de tête avait disparu, il ne lui restait plus qu’à retourner dans sa chambre pour dormir.
« Ah. »
Il lui restait encore une chose à faire.
« On n’a pas dit qu’il avait été touché par une météorite ? »
En début d’après-midi, elle avait appris depuis la salle de situation qu’une météorite avait percuté la paroi extérieure de la tourelle 15, provoquant une panne du bouclier de protection. Elle avait oublié l’incident, car le membre d’équipage responsable de cette tourelle n’avait fait aucun rapport.
« Quelle plaie… »
Les ingénieurs du vaisseau s’en étaient sans doute déjà occupés, mais mieux valait vérifier. Aucun problème ne devait survenir avant son entrée dans la Faction providentielle.
Elle prit la direction du « Bureau de gestion des boucliers », chargé des parois et des boucliers de protection du vaisseau. Si l’escouade de guerriers avait pour mission de combattre les ennemis qui tentaient de monter à bord, le Bureau de gestion des boucliers, lui, protégeait le vaisseau.
Elle avançait dans le couloir menant au Bureau de gestion des boucliers d’un pas légèrement mal assuré.
Comme le bar, le couloir était désert. La plupart des membres d’équipage étaient déjà allés se coucher.
« …… »
Le couloir ne semblait pas différent de celui qu’elle avait emprunté un peu plus tôt pour aller au bar. Seuls les motifs géométriques des murs changeaient ; pour le reste, c’était le même couloir qu’elle arpentait toujours.
Et pourtant, elle ne parvenait pas à chasser ce malaise qui lui remontait le long de l’échine.
En tant que Gestionnaire du savoir, elle connaissait chaque recoin du vaisseau. Des caméras se dissimulaient dans les motifs singuliers des murs du couloir.
Elle savait que la salle de situation surveillait le vaisseau en temps réel. Malgré tout, ce pressentiment inexplicable lui piquait l’esprit comme une aiguille acérée.
Au-delà du couloir brillamment éclairé, quelque chose d’effroyable semblait tapi dans l’ombre.
Cette pensée lui traversa l’esprit et elle eut l’impression qu’on lui versait un seau d’eau glacée sur la tête ; l’ivresse se dissipa aussitôt.
« Quelque chose cloche. »
En tant que membre du Culte, Charas avait appris diverses techniques psychiques. Elle savait que ce sentiment ne pouvait pas surgir sans raison.
Elle tendit aussitôt la main pour suivre les motifs décoratifs du mur. Un clic retentit et le motif coulissa, dévoilant un petit communicateur. L’appareil était directement relié à l’« Unité de surveillance embarquée », qui gérait les caméras des couloirs du vaisseau.
« Je me trouve au milieu du couloir qui mène au Bureau de gestion des boucliers. Y a-t-il quelqu’un d’autre dans le couloir ? »
« Ici l’Unité de surveillance embarquée. Vous êtes actuellement la seule personne dans le couloir. Personne n’y est passé depuis deux heures. »
« Deux heures, dites-vous ? »
« Oui. Y a-t-il un problème ? »
« Non, tout va bien. »
« Si vous avez le moindre doute, nous continuerons de surveiller attentivement les lieux. »
« Merci de votre attention. Bonne nuit. »
Ce ne fut qu’après avoir entendu l’Unité de surveillance embarquée confirmer que personne d’autre ne se trouvait dans le couloir qu’elle parvint enfin à se détendre. Tant que les caméras du couloir n’étaient pas toutes en panne, ce qu’on lui avait dit était probablement vrai.
Son malaise s’était dissipé, mais un nouveau problème commença à la préoccuper.
« C’est quoi, cette odeur ? »
Une odeur qu’elle n’avait jamais rencontrée de toute sa vie se répandait dans l’air.
Elle était étrangement indescriptible : comme si des insectes invisibles cherchaient à s’enfoncer dans son corps, cette puanteur s’accrochait à ses narines et à sa bouche.
Plus elle approchait du Bureau de gestion des boucliers, plus la puanteur s’intensifiait.
« … Je dois vérifier et rentrer. »
L’alcool ayant presque cessé de faire effet, elle se mit à courir à moitié vers le Bureau de gestion des boucliers.
Heureusement, en dehors de l’odeur, rien d’autre ne semblait anormal. Elle arriva à destination sans encombre.
Quand elle ouvrit la porte, les lumières s’allumèrent en détectant une nouvelle venue. Comme l’avait indiqué l’Unité de surveillance embarquée, les techniciens étaient tous partis deux heures plus tôt et le bureau était désert.
Elle se précipita vers les systèmes informatiques. Elle vérifia rapidement l’état des boucliers et des parois de protection ; tout semblait en ordre. Les techniciens avaient apparemment réglé le problème que l’opérateur de la tourelle n’avait pas signalé.
« Quoi qu’il en soit, il se fera réprimander demain… »
Après s’être donné du mal à cause de l’opérateur de la tourelle 15, Charas s’apprêtait à éteindre l’ordinateur.
À cet instant, un bruit lui parvint aux oreilles.
« ! »
Surprise, elle tourna vivement la tête. Sous la lumière éclatante, il n’y avait que des ordinateurs de style cultuel à l’arrêt.
« J’ai dû… me tromper… Hein ?! »
Alors qu’elle essayait de se convaincre qu’il ne s’agissait de rien, le bruit retentit de nouveau. Cette fois, on aurait dit de petites tiges métalliques qui cliquetaient sur le sol.
Charas reconnut aussitôt le bruit de pattes robustes qui rampaient sur une plaque d’alliage.
Elle le vit. Une créature plus grande que la tête d’un membre du Culte, aux longues pattes, se glissait entre les ordinateurs.
« Non, j’ai dû mal voir. »
Elle déglutit et concentra son pouvoir psychique dans ses mains, prête à tirer si la créature réapparaissait.
« …… ! »
À cet instant, le bruit retentit de nouveau. Une ombre pourvue de plusieurs pattes fila entre les ordinateurs.
« Elle… elle s’échappe ! »
Tous les Gestionnaires du savoir n’étaient pas doués au combat. Charas le savait mieux que quiconque ; elle courut donc aussitôt vers la porte.
Mais lorsqu’elle en fut proche, un ordinateur situé non loin bascula inexplicablement vers l’avant. Sans hésiter, elle lança la technique psychique qu’elle avait préparée, l’« Impact psychique », contre la machine renversée.
Dans un claquement sec, l’air explosa et l’impact psychique se dissipa en plein vol. Au même instant, quelqu’un apparut derrière l’ordinateur, les deux mains levées.
« P-Pitié, ne tirez pas ! »
À la vue de cet homme du Culte apparu de nulle part, Charas faillit hurler.
« Qui êtes-vous ? »
« J-Je suis le canonnier responsable des canons. »
« Vous êtes… le numéro 15 ? »
« Oui ! Oui, je suis venu plus tôt pour tout régler avant votre arrivée. Je venais de finir et j’allais partir quand… quand l’administratrice… »
Le membre du Culte, qui s’était présenté comme le numéro 15, portait l’uniforme d’un opérateur de canon, comme il l’avait dit.
« Vous n’avez même pas fait de rapport en bonne et due forme et vous avez décidé de régler ça comme ça ? Vous avez perdu la tête ? »
« Je viens tout juste de devenir canonnier, je manque d’expérience. Je suis désolé. »
« Vos excuses n’y changeront rien. Dès demain matin, vous passerez en conseil de discipline… »
Avant qu’elle ait pu finir, le bruit d’une créature bizarre résonna. Charas et le numéro 15 se tournèrent simultanément vers sa source.
« Q-Quel était ce bruit ? Vous l’avez entendu ? »
Peut-être à cause de la présence de son collègue, les pensées de Charas dévièrent légèrement.
« Si je gère bien la situation… »
Au lieu de contacter l’Unité de surveillance embarquée, elle décida de se servir de cet incapable pour régler le problème.
Comme il était entré en douce, il ne pourrait pas s’attribuer le mérite de l’opération. Tous les lauriers lui reviendraient donc. Elle gagnerait encore une victoire avant d’entrer dans la secte.
« Il y a une créature inconnue quelque part ici. »
« Hein ? »
« Aidez-moi à la maîtriser. Si vous vous débrouillez bien, je pourrai envisager d’alléger votre sanction. »
« Ah, d’accord ! J’ai compris ! »
Son air affolé ne lui inspirait guère confiance, mais, en tant que canonnier, il avait au moins reçu une formation militaire de base. En termes de force brute, il serait probablement plus utile que Charas.
« Le bruit venait de la salle de rangement. »
Comme Charas l’avait dit, la porte de la salle de rangement était entrouverte. La lumière ne semblait pas réagir à la présence de la créature et l’intérieur n’était qu’une masse d’ombres.
« Vous pouvez éclairer la pièce ? »
« Euh, je ne suis pas très doué pour ça… »
Sans poser d’autres questions, Charas usa de son pouvoir psychique pour créer de la lumière et éclairer l’intérieur de la salle de rangement.
Le sol était jonché d’outils échappés de caisses brisées. Pourtant, la créature qui avait saccagé la pièce était introuvable.
« Si vous trouvez la créature, tuez-la sur-le-champ. »
« Compris. »
« Arrêtez de brailler comme un idiot, comme tout à l’heure… »
« Pourquoi dites-vous ça ? »
Charas s’interrompit au milieu de sa phrase. En discutant avec le numéro 15, elle comprit que quelque chose clochait.
« Vous avez dit que vous ne saviez pas créer de lumière, c’est bien ça ? »
« Euh ? Oui. »
« Quand je suis entrée, les lumières étaient déjà allumées. Mais avant ça, comment… »
Le numéro 15 venait d’affirmer qu’il ne savait pas créer de lumière.
Cela signifiait qu’il avait manipulé les ordinateurs dans le noir complet.
Même s’il avait éteint les lumières en cachette pour se servir des ordinateurs sans être vu, quelque chose ne collait pas.
L’Unité de surveillance embarquée avait affirmé :
Personne n’était entré dans ce couloir depuis deux heures.
Alors, pendant ces deux heures, qu’avait fait le numéro 15 dans le noir, en compagnie du monstre ?
« Ah. Les lumières. »
Comme s’il n’y avait pas pensé avant, le numéro 15 prit la parole.
Non.
Ce n’était pas le numéro 15 qui avait parlé.
C’était lui.
La créature dans le Bureau de gestion des boucliers n’était pas seule.
——————
[Traducteur – Seraph]
[Correcteur Draxx]
——————