Chapitre 261
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[Traducteur – Seraph]
[Correcteur – Draxx]
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Chapitre 260
« Un miroir, hein ? »
Je ramassai l’éclat de miroir maculé de sang et observai la silhouette du monstre arachnéen apparaître sur sa surface fissurée, avant de se brouiller.
L’« Organe d’imitation », amélioré par le « Dominateur de forme », était conçu pour que même les caméras ne me repèrent pas. De minuscules pores répartis sur mon corps émettaient des phéromones et de l’énergie psychique, brouillant les capteurs des appareils perfectionnés.
Grâce à cela, chaque fois qu’une caméra me filmait, l’image semblait déformée et devenait floue. Mais si nécessaire, la « Mousse gremlin » — que je pouvais disperser sous forme de brume grâce au « Grand Infecteur » — pouvait mettre ces caméras complètement hors service.
« Bien sûr, si j’en abuse, je finirai par me faire repérer. »
Mais c’était un problème que je pouvais maîtriser en restant prudent. Ce qui me préoccupait davantage, c’était le miroir. Impossible de dissimuler mon apparence quand elle s’y reflétait.
« Enfin, qui se promènerait avec un miroir sur lui ? »
L’Organe d’imitation provoquait un sentiment de malaise chez ceux qui m’entouraient. Rien d’étonnant : essayer d’imiter quelque chose qui faisait un dixième de ma taille réelle, alors que je mesurais plus de vingt mètres, aurait forcément éveillé les soupçons.
Pourtant, le cyborg que je venais de dévorer, Gidequ, n’avait rien trouvé d’anormal à mon apparence. La combinaison des phéromones et de l’énergie psychique reproduisait à la perfection l’image du « pirate aux cheveux verts » qu’il connaissait.
« Dommage que je ne puisse pas imiter les objets. »
Les capacités de l’Organe d’imitation s’étaient améliorées, mais il ne pouvait toujours pas copier les objets inanimés. Lors de ma visite au marché aux esclaves, avant de venir à Kesha Arma, j’avais réussi à m’en sortir de bien des façons. Mais quand je prétendais être un pirate, l’absence d’armes me trahissait toujours.
Cette fois encore, Gidequ avait compris que quelque chose clochait parce que je n’avais pas de lampe torche. Prétendre chercher quelque chose dans le noir sans équipement adéquat éveillait forcément les soupçons.
En bref, l’Organe d’imitation amélioré avait deux faiblesses principales : mon apparence floue sur les caméras et son incapacité à reproduire parfaitement les objets.
Cela dit, il était déjà bien plus efficace que dans le jeu. Espérer qu’il s’améliore encore, c’était peut-être trop demander.
« Eh bien, cette expérience était intéressante. Et je suis content que tu te sois révélé utile. »
Je léchai le sang sur le miroir, et la créature insectoïde perchée sur mon bras-aile tressaillit.
Six pattes griffues, un corps à mi-chemin entre la mante et la mouche, et deux ailes sur le dos. Rien d’extraordinaire pour un monstre insectoïde, à une différence près.
« ■ ■■■ ! »
À la place d’une tête d’insecte, une tête humaine était fixée à son corps et émettait des sons incompréhensibles. Elle ressemblait trait pour trait au pirate que je venais de dévorer.
Le cyborg Gidequ était devenu une chimère parasite sous mon contrôle.
Au départ, j’avais envisagé de le garder en vie comme hôte, mais il avait pris l’initiative d’appeler des renforts sans mon autorisation.
« Dans ce cas, aucune raison de le garder. »
L’ironie était savoureuse : il avait réagi vite pour sauver sa vie, et c’était précisément ce qui l’avait écourtée.
« Ses camarades ne devraient plus tarder. »
Je fis venir mes serviteurs, dispersés dans les environs.
« Des invités arrivent. Préparez-vous à les accueillir. »
Mes fidèles serviteurs, qui ne trouvaient le bonheur qu’en obéissant à ma volonté, se mirent à se cacher dans les bâtiments abandonnés pour préparer l’embuscade.
« Il me reste cinq parasites. »
Ceux qui aspiraient à me servir étaient déjà en route.
« Tu as une tâche à accomplir », dis-je.
Quand la voix de celui qu’on avait autrefois appelé Jason le cultiste s’éleva de ma gorge, la chimère parasite s’inclina.
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« Bon sang, ces drogués. Qu’est-ce que c’est que ce bordel, en pleine nuit ? »
« Les huiles veulent que ce soit réglé au plus vite. »
Dix pirates pénétrèrent dans le quartier des docks.
Pour des hors-la-loi, ils étaient remarquablement bien équipés : ils portaient des armures assistées de gamme moyenne et maniaient des fusils Gauss ou des fusils psychiques. Certains avaient même des boucliers psychiques et des trousses médicales, du matériel généralement réservé aux escouades des Guerriers du Culte.
Si ces pirates disposaient d’un équipement d’aussi bonne qualité, c’était parce que le Cartel Marcio s’était emparé des armes abandonnées par l’armée de l’Empire du Culte. Avec les crédits tirés de leur vente, Montana Marcio avait acheté des armures assistées en masse.
Résultat : même les pirates ordinaires avaient désormais accès à des armures assistées de gamme moyenne, normalement réservées aux forces de l’ordre des corporations ou aux officiers subalternes.
« Gidequ a dit qu’il était où ? »
« Encore un peu plus loin. »
« C’était pas un cyborg ? Il devrait pouvoir s’occuper tout seul d’une bande de drogués. »
« T’as oublié ce qui est arrivé à Jonas ? Il s’est fait descendre alors qu’il portait une armure assistée. »
« Tss, c’est juste parce que c’était un crétin. Moi, j’aurais esquivé comme ça quand ce connard m’aurait foncé dessus… »
Tout en bavardant, le pirate en tête leva la main pour signaler que quelqu’un approchait.
Les pirates levèrent aussitôt leurs armes et scrutèrent les environs. Habitués aux pillages et aux crimes, ils maîtrisaient une chose mieux que tout : le combat.
En un instant, ils se muèrent en soldats aguerris et se concentrèrent sur les ombres projetées par les bâtiments abandonnés. Quelque chose s’y dissimulait.
Ce n’était certainement pas Gidequ. Après tout, ce pirate cyborg était seul, tandis qu’un groupe entier émergeait des ombres.
« C’est eux ! »
Comme si le cri du pirate avait donné le signal, des silhouettes tapies dans l’obscurité se ruèrent sur les pirates en armure.
Le chef de file pressa la détente de son fusil Gauss. Les balles de tungstène, coûteuses et terriblement destructrices, transpercèrent le ventre de l’ennemi avec une violence implacable.
Aucun humain ne pouvait survivre avec un trou gros comme un poing dans la poitrine. Convaincu d’avoir éliminé son adversaire, le pirate s’apprêtait à aider ses camarades. Mais il commit une erreur.
Le drogué, qui avait titubé sous l’impact de la balle de tungstène, se jeta de nouveau sur lui, toujours affublé de son sourire inquiétant.
« C’est quoi, ce bordel ?! »
Le pirate abattit son fusil sur le visage du fou hilare. Un bruit écœurant de chair écrasée retentit tandis que l’assaillant tombait en arrière. Le pirate tira plusieurs fois sur lui pour s’assurer qu’il ne se relèverait pas.
Les autres se retrouvèrent dans la même situation. Malgré leurs membres arrachés, les ennemis continuaient de les attaquer sans relâche, ce qui déstabilisait les pirates.
« Qu’est-ce qu’ils ont pris, ces tarés ?! »
« Visez la tête ! »
Leur seul avantage, c’était que les capacités physiques des drogués n’avaient rien d’impressionnant. Les pirates gardèrent leur sang-froid et les maîtrisèrent rapidement.
« Quelqu’un est blessé ? »
« Ça va. »
« Attendez, une seconde. Pourquoi on n’est plus que six ? »
« Quoi ? A-Attendez, où sont passés les autres ? Ils étaient juste derrière nous ! »
Ils auraient dû être dix, mais ils n’étaient plus que six. Pris de panique, ils examinèrent rapidement les cadavres, se demandant s’ils n’avaient pas tiré par erreur sur l’un des leurs. Mais aucun des corps n’était celui de leurs camarades disparus.
« Qu’est-ce qui se passe ? »
« Je vais essayer de les contacter. »
Un pirate tendit la main vers son communicateur pour envoyer un message, et vit quelque chose d’incroyable.
« Qu’est-ce que… c’est ? »
« C’est du brouillard, non ? »
Avant même qu’ils s’en rendent compte, une épaisse brume avait envahi les lieux. Seuls les étages supérieurs des bâtiments abandonnés dépassaient du nuage gris.
« Le système de survie a peut-être subi une défaillance ! »
« Merde ! Tout le monde, mordez dans vos capsules d’oxygène ! »
Les pirates mordirent sans tarder les capsules d’oxygène intégrées à leurs armures. Elles se dissoudraient lentement et leur fourniraient assez d’air pour quitter la zone.
« … Je ne crois pas qu’on puisse gérer ça tout seuls. »
« Je préviens le QG. »
Ils avaient déjà oublié leurs quatre camarades disparus. C’était une forteresse spatiale en orbite autour d’une planète ; une défaillance du système de survie représentait un danger bien plus grave que quelques drogués ou alliés introuvables.
Alors que le pirate sortait son appareil pour prévenir ses supérieurs, quelque chose émergea de la brume.
« Hein ? »
« C’est quoi, ça ? »
Il n’était pas le seul à l’avoir remarqué.
Au début, ils crurent qu’il s’agissait d’une autre structure dans l’usine abandonnée. Mais il ne leur fallut pas longtemps pour comprendre leur erreur.
Les bâtiments ne bougent pas. Or, 「cette chose」 bougeait.
La créature arachnéenne s’approcha d’eux en silence.
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« Merde ! Pourquoi ça marche pas ? »
« Réessaie. »
« Putain, arrête de me dire de réessayer si ça marche pas ! Fais-le, toi ! »
« Tu veux crever, espèce de connard ? »
Quatre pirates, séparés du reste du groupe, s’étaient réfugiés dans un bâtiment abandonné voisin. Ils traquaient les drogués lorsque le brouillard était soudain tombé, les forçant à se mettre à l’abri.
Une panne du système de survie était un problème critique. Ils avaient essayé de la signaler avec leurs appareils, mais, pour une raison ou une autre, leur équipement ne répondait plus du tout.
« On ferait pas mieux de se tirer ? »
« Quoi ? Et sortir dans ce brouillard sans savoir ce qu’il y a dedans ? »
« Vous deux, la ferme. »
Le pirate qui avait le plus d’ancienneté dans l’organisation leur lança un avertissement glacial, et tous se turent.
« J’ai entendu quelque chose. Fermez-la. »
« Un bruit ? »
« Encore ces drogués ? »
Tous se penchèrent vers la fenêtre brisée pour regarder dehors. Le brouillard était épais, comme si une fuite de gaz s’était produite. Comme l’avait dit le pirate, une voix leur parvenait depuis la brume.
C’était Gidequ, celui qui les avait appelés à l’aide.
« On dirait Gidequ, non ? »
« On fait quoi ? »
Il ne s’agissait pas de camaraderie ni de le secourir par fraternité. Ils devaient comprendre les phénomènes étranges qui se produisaient ici, et Gidequ, qui avait demandé du renfort, était le mieux placé pour les renseigner.
« On va d’abord le récupérer, puis on avisera. »
« Merde, s’il savait que ça finirait comme ça, il aurait pu nous prévenir ! »
Les pirates pestèrent contre Gidequ à voix basse tout en avançant prudemment. Suivant sa voix, ils arrivèrent devant un bâtiment abandonné à moitié effondré.
« Il criait par ici, mais il est passé où ? »
« Par ici ! »
Comme en réponse, la voix du cyborg retentit de nouveau. Les pirates regardèrent autour d’eux, cherchant à localiser Gidequ.
« Par ici ! »
« Espèce de taré ! Tu peux pas être plus précis ?! »
La voix venait de l’escalier brisé. Tous quatre montèrent à l’étage.
« Par là ! Par là ! »
« Regardez ici ! »
Gidequ était introuvable. Seule sa voix résonnait autour d’eux, telle un chœur sinistre. Entre ses appels, ils entendaient le bourdonnement ténu de grandes ailes d’insecte.
C’est alors que les pirates comprirent enfin que quelque chose clochait sérieusement.
La voix… ce n’était pas celle de Gidequ.
« I-Il faut qu’on sorte d’ici ! Maintenant ! »
« C’est quoi, ce bordel ?! C’est complètement dingue ! »
« H-Hé, pourquoi on n’est plus que trois ? Où est le quatrième ? »
« Qu’est-ce que tu racontes, b—hein ? »
« M-Merde ! »
Ils étaient quatre en montant l’escalier. À présent, ils n’étaient plus que trois.
« Pourquoi vous faites tous cette tête ? »
« Je suis là ! »
La voix de Gidequ continuait de résonner dans le bâtiment abandonné, où personne d’autre qu’eux n’aurait dû se trouver. Et le bourdonnement entre les mots s’amplifiait sans cesse.
« Restez groupés ! »
Un brouillard épais, une voix inconnue et un camarade disparu. Les trois pirates encore là réprimèrent leur envie de hurler et levèrent leurs armes.
Ils se placèrent dos à dos, les yeux sans cesse en mouvement. Leurs doigts tremblaient légèrement sur les détentes.
Comme si elle avait perçu leur méfiance, la bâtisse sombra dans un silence inquiétant.
« I-Il est parti ? »
« Ressaisis-toi, crétin ! »
« Il est encore là. »
Le plus timoré avala nerveusement sa salive. À cet instant, le plancher céda sous leurs pieds.
Ils étaient si tendus qu’ils ne parvinrent même pas à crier en tombant à l’étage inférieur.
« Attention, tout le monde… ! »
Le pirate vétéran, qui venait à peine de reprendre ses esprits, tenta de les prévenir. Mais avant qu’il ait pu terminer, un long bras noir jaillit de la brume et l’attrapa.
« H-Hiiiick ! »
« Ouaaah ! »
Les deux pirates restants, témoins de la scène, poussèrent des cris de terreur qui menaçaient de se transformer en sanglots. L’un d’eux leva son fusil Gauss et se mit à tirer à l’aveuglette dans le brouillard.
Contrairement à ses camarades, le pirate peureux choisit de fuir plutôt que de se battre. Pris de panique, il trébucha hors du bâtiment, puis détala à quatre pattes dans les rues.
« Aaaah… hein ?! »
Les tirs cessèrent brusquement derrière lui. Il savait trop bien ce que cela signifiait.
Rassemblant ses dernières forces, le pirate terrorisé sprinta dans les rues obscures.
Même lorsqu’il avait affronté le sous-chef du Cartel Marcio, il n’avait pas ressenti une peur pareille. Après tout, cet homme était une créature qu’il pouvait comprendre, une source de terreur qui restait dans les limites de son entendement.
Mais l’être tapi dans ce brouillard, lui, était différent. C’était une peur innommable, une terreur impie, pareille à de la boue. Face à cette présence incompréhensible, il ne pouvait que s’enfuir en pleurant comme un enfant.
Alors qu’il continuait de fuir, il s’aperçut soudain que le brouillard s’éclaircissait. Au loin, il vit le panneau qui marquait l’entrée du quartier des divertissements. Juste après se trouvaient les luxueux établissements de plaisir, où il pourrait trouver d’autres membres du cartel prêts à l’aider.
Une lueur d’espoir perça son esprit embrumé par la peur. Il fit un pas résolu en avant. Si seulement ses jambes voulaient bien bouger.
« … ? »
La peur l’avait-elle complètement paralysé ? Perplexe, il essaya de bouger les jambes, mais elles refusaient d’obéir.
Au même instant, une sensation de chaleur commença à se répandre dans son oreille. Il voulut lever la main pour la toucher, mais son bras ne lui obéissait pas. Il voulut crier, mais sa bouche ne s’ouvrit pas.
Complètement immobilisé, il ne pouvait qu’écouter le bourdonnement familier qui lui emplissait les oreilles. La créature qui avait imité la voix de Gidequ se posa devant lui.
Une sueur froide ruissela sur tout son corps quand il la vit.
À peine quelques instants plus tôt, il avait cru que la terreur de l’inconnu incarnait la peur à son paroxysme. Il s’était trompé. L’univers recelait des choses qui dépassaient de très loin tout ce qu’il pouvait imaginer.
Comme cet insecte devant lui, qui portait la tête de son camarade Gidequ.
« Maître, celui-ci a des relations avec l’administrateur du système de survie », dit la créature de la voix de Gidequ.
Un fusil tomba alors d’en haut et heurta le sol dans un bruit sourd qui résonna comme le tonnerre à ses oreilles.
C’était le fusil Gauss dont son camarade s’était servi pour combattre le monstre.
Et il le sentait : un souffle tiède et écœurant contre sa nuque. Même paralysés, ses sens étaient d’une acuité douloureuse ; il distinguait dans ce souffle la puissante odeur du sang.
« On dirait que tu peux servir à quelque chose. »
La voix qui suivit était celle d’un homme, calme et presque douce.
Mais le pirate peureux n’y trouva aucun réconfort.
Il ignorait ce qui l’attendait.
Pourtant, même avec son imagination limitée, il se figurait que ce qui allait lui arriver dépasserait les limites de l’horreur. Ce serait un cauchemar si atroce que le mot « horrible » n’en serait qu’un pâle euphémisme.
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[Traducteur – Seraph]
[Correcteur – Draxx]
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