Chapitre 26
Le regard de Roan se porta de l’autre côté de la rivière Prely.
Il se posa sur l’armée de monstres qui bloquait l’arrière des trois troupes.
« Ce sont les armées de gobelins et d’orcs qui se trouvaient à l’arrière de la forêt d’Int. »
De plus, ceux qui avaient poursuivi la troupe de la Rose auraient dû se regrouper.
Ses yeux se plissèrent jusqu’à ne devenir que des fentes.
« Ce drapeau est… »
Un étendard mêlant le rouge et le bleu.
C’était un drapeau familier.
« Le drapeau de la troupe de Sedek, une partie de l’alliance des orcs du nord du royaume de Rinse. »
Ce n’était pas que Roan se souvenait de tous les drapeaux des troupes.
Cependant, même s’il avait voulu oublier celui-là, il n’aurait pas pu.
Sa main se porta sur son flanc gauche.
La sensation d’une cicatrice qui n’existait même plus le fit souffrir.
« Nous nous étions heurtés à la troupe de Sedek dans la région de Krel. »
À l’époque, un jeune guerrier orc avait fait tournoyer sa lame et lui avait entaillé le flanc.
La blessure n’était pas assez profonde pour mettre sa vie en danger, mais elle était tout de même assez sérieuse.
À cause de cela, il avait dû quitter le champ de bataille pendant un certain temps pour se concentrer sur sa guérison.
« Pendant ce temps, mes camarades accumulaient tous des mérites. »
Peut-être que sa vie avait commencé à partir en lambeaux à partir de ce moment-là.
« Comment aurais-je pu oublier ce maudit drapeau de troupe ? »
Bien sûr, il ne pouvait pas savoir si la troupe de Sedek avait participé à la bataille de la forêt d’Int dans sa vie passée.
« C’est assez similaire à ma vie passée, mais certains détails diffèrent. »
C’était la raison pour laquelle il ne pouvait pas baisser sa garde, même en connaissant le futur.
Roan observa le champ de bataille une fois de plus avec des yeux calmes.
Puis, il fronça les sourcils et regarda Kennis.
— Adjudant Kennis.
— Oui ?
Kennis, qui observait également le champ de bataille, hocha la tête.
Roan désigna la troupe de Sedek, qui se trouvait à leur arrière.
— Ne sont-ils pas un peu étranges ?
— Étranges ?
Kennis pencha la tête et se tourna pour regarder vers l’arrière.
Après avoir fixé le point pendant un long moment, il afficha une expression surprise.
— Que font-ils en ce moment ? Est-ce une plaisanterie ?
Sa voix était empreinte de mécontentement.
Roan sourit faiblement et hocha la tête.
— Ils font seulement semblant d’attaquer nos troupes.
Il ne pouvait pas en connaître la raison exacte.
Cependant, une chose était certaine : l’armée de Sedek, située à leur arrière, ne faisait que simuler une attaque tout en maintenant ses distances.
Roan organisa ses pensées un instant et se tourna à nouveau vers Kennis.
— J’ai eu une idée.
Il murmura quelques mots à l’oreille de Kennis.
Kennis fronça les sourcils après avoir entendu tout le plan.
— Cela ne sera-t-il pas dangereux ?
Roan répondit d’une voix calme.
— Ça l’est, mais pour sécuriser une voie de retraite, nous n’avons d’autre choix que d’attirer la troupe de Sedek.
— Mmm.
Kennis déglutit et regarda Roan.
« Je pensais qu’il ne savait qu’utiliser sa tête, mais il semble posséder une certaine dose de courage et de détermination. »
La stratégie que Roan avait proposée était simple.
« Pendant que nous attirons l’arrière-garde de l’armée de Sedek, faites battre en retraite les trois troupes en traversant la rivière. »
S’ils parvenaient à attirer la troupe de Sedek, ils pourraient ouvrir un passage pour permettre aux trois troupes de se replier.
— Et es-tu confiant dans ta capacité à réussir ?
— Oui, je le suis.
Roan hocha la tête sans la moindre hésitation.
Kennis plongea son regard dans ses yeux, puis fit des signes de la main vers l’arrière.
Karon, qui était responsable de la 1re escouade, s’approcha.
— Karon.
— Oui, je vous écoute.
À l’appel de Kennis, Karon inclina la tête.
Kennis pointa la troupe de Sedek.
— Prends 10 escouades et attaque l’arrière-garde des troupes de Sedek.
— Vous voulez que j’attaque l’arrière de l’armée des monstres ?
Karon afficha une expression surprise et scruta le champ de bataille.
Au premier coup d’œil, ils étaient plus de trois mille.
Attaquer avec seulement 200 soldats face à un nombre aussi écrasant de monstres semblait insensé.
Kennis hocha lentement la tête et regarda Roan.
— Roan t’aidera.
Sa voix était ferme.
Elle était empreinte d’une confiance absolue.
Roan s’inclina légèrement devant Kennis.
« Je ne sais pas si ce choix sera le bon ou le mauvais. »
Une bataille inattendue.
Ce choix reposait entièrement sur Roan.
« Mais si je peux réussir, j’accomplirai un exploit retentissant. »
Une lueur de feu apparut dans ses yeux.
*****
Sedek monta sur son cheval de guerre et fixa le champ de bataille.
— Kukuku.
Un rire s’échappa d’entre ses crocs.
« Comment s’appelait-il déjà ? Pelt ? »
Sedek observait l’armée de monstres engagée dans un combat féroce de l’autre côté de la rivière.
Au milieu d’eux, un guerrier orc faisait tournoyer sa hallebarde.
« Hmph. Je ne peux pas laisser un bâtard du royaume de Byron rafler tous les mérites. »
Ses yeux devinrent perçants.
Le guerrier orc qui maniait la hallebarde était un ami de Tarem, originaire du même royaume de Byron, et c’est lui qui avait proposé cette tactique d’embuscade pour se venger.
« Ce stupide bâtard de Tarem a prétendu qu’il allait mener un raid nocturne, mais après avoir pris quelques guerriers de l’alliance orc de notre royaume de Rinse, ce sont eux qui ont fini par subir une attaque surprise et se faire anéantir. »
Malgré cela, le commandant suprême de l’alliance orc, Rak, continuait d’accorder plus de confiance aux orcs du royaume de Byron.
« Maudit soit-il. Je ne sais pas pourquoi il continue de couvrir ces perdants. »
Son visage se contorsionna.
Sedek, qui venait du royaume de Rinse et qui avait même attiré l’attention de l’alliance orc du nord de Rinse, n’appréciait guère la décision du commandant suprême Rak.
« Quoi qu’il en soit, je ne peux m’opposer à lui… Je peux seulement espérer que ce bâtard de Pelt meure dans cette bataille. Kukuku. »
Il appela ses adjudants d’un signe de la main.
— Gardez ceci à l’esprit. Nous ne faisons que simuler une attaque. Nous attendrons que la troupe de Pelt s’effondre.
— Oui, bien compris.
Les adjudants hochèrent la tête et se dispersèrent sur les côtés.
Ils agirent comme s’ils attaquaient, conformément aux ordres de Sedek, mais ne firent aucun mouvement décisif.
« Kukuku. Même s’il survit, si ses pertes sont lourdes, on ne pourra pas dire qu’il a accompli un exploit remarquable. »
Le rire continuait de s’échapper de sa gorge.
Soudain, un cri fut porté par le vent d’ouest.
— Sedek !
Un cri puissant.
« Qui ose prononcer mon nom ? »
Sedek fronça les sourcils et se tourna vers l’endroit d’où provenait l’appel.
Dudududu.
Il vit des soldats charger vers eux en gravissant la colline.
— Une embuscade ?!
Sedek fut surpris, mais finit par éclater de rire.
— Qu’est-ce que c’est ? C’est tout ? Kukuku.
Les soldats qui chargeaient vers lui n’étaient guère plus de 200.
Ses effectifs dépassaient les trois mille.
— Sedek !
Le cri retentit à nouveau.
Celui qui l’avait lancé était un jeune homme au visage enfantin, en tête des soldats.
C’était Roan.
« Certes, son physique est impressionnant. »
Roan observa Sedek, qui le regardait du haut de son cheval de guerre, et eut un souffle d’étonnement.
Son corps, couvert de muscles saillants, était aussi massif qu’un tronc d’arbre.
« Et pourtant… »
Le coin de sa bouche se releva légèrement.
Il connaissait sa faiblesse fatale.
— Sedek ! Espèce d’orc stupide !
La voix de Roan fendit le champ de bataille.
Quelques orcs s’agitèrent, respirant bruyamment.
— Qui ose insulter notre commandant de troupe !
— Il faut lui couper la tête !
Cependant, Sedek lui-même restait calme.
— Kukuku. Il essaie de me provoquer ? Laissez-le. Inutile de leur prêter attention. Contentez-vous de tirer quelques flèches.
Puis, Roan hurla à nouveau.
— Sedek ! Te voir observer le champ de bataille assis sur ton cheval, c’est vraiment viril !
Un compliment soudain.
Sedek fronça les sourcils et fixa Roan.
« Que manigance-t-il ? »
Il commença à se sentir mal à l’aise.
Un léger sourire apparut sur le visage de Roan.
— Les membres de la troupe sous les ordres de Sedek doivent être ravis ! Avoir un homme aussi cool et digne comme commandant !
Un compliment qui se poursuivait.
— Qu’est-ce que c’est que ça ?
— Cet humain est-il fou ?
Même les orcs étaient perplexes.
Il en allait de même pour Karon et les membres de l’escouade.
— Chef d’escouade Roan. Que faites-vous ?
Alors que Karon l’interrogeait, Roan répondit avec une expression nerveuse.
— Maintenant, ce bâtard va charger vers nous comme un fou. Et ensuite, nous devrons traverser la rivière Prely et fuir.
— Il va venir vers nous juste parce que vous lui avez fait des compliments ?
Roan hocha la tête et regarda Sedek.
Il hurla de toutes ses forces.
— Mais sais-tu ce qu’on dit ? Que ton commandant de troupe n’a pas de quéquette !
En un instant, tous les orcs se tournèrent vers Sedek.
« Le commandant Sedek, un guerrier parmi les guerriers, serait un eunuque ? »
« Non, non. Pas au point d’être un eunuque, mais il n’en a tout simplement pas ? »
Des regards remplis de doutes se posèrent sur lui.
Le visage de Sedek se contorsionna de manière grotesque.
Roan continua de hurler.
— Ce bâtard s’amusait avec des p*tes et, à la fin, sa femme la lui a coupée ! Son entrejambe est tout lisse !
Les paroles de Roan étaient véridiques.
C’étaient des faits qui avaient été révélés lorsque la troupe de Sedek avait été vaincue lors de la bataille de Huil, lors de leurs interrogatoires.
« Ce bâtard de Sedek a très bien caché cette vérité. Parce que c’est la chose la plus déshonorante pour un guerrier orc. »
Les murmures des orcs devinrent plus agressifs.
— Si vous ne me croyez pas, envoyez un adjudant lui mettre la main à l’entrejambe ! Ça glissera tout seul ! Hahaha !
Roan s’égosilla en riant aux éclats.
Karon, qui comprenait parfaitement la situation, se joignit au rire et fit quelques signes de la main.
Alors, tous les membres de l’escouade éclatèrent de rire à leur tour.
— HAHAHAHA ! Ils disent que les orcs sont des guerriers prestigieux, mais leur chef n’a même pas de quoi remplir son pantalon !
— Ça doit être pratique pour monter à cheval ! HAHAHAHA !
— C’est sûrement agréable en été, ça laisse passer l’air ! HAHAHAHA !
Les rires secouèrent le champ de bataille.
— Ça… Ça… Ça…
Le corps de Sedek tremblait et il grinçait des dents.
Une rage folle montait en lui.
— Espèce de fils de p*te…
Finalement, il ne put se contenir et frappa son cheval de guerre.
Hiiiing !
Le cheval de guerre hennit et s’élança.
Dudududu.
Sedek laissa les orcs derrière lui et fonça vers Roan.
— Hein ?! Com, commandant de troupe !
— Poursuivez le commandant !
— Suivez-le !
Les adjudants orcs furent surpris et donnèrent précipitamment des coups d’éperons à leurs montures.
À cet ordre soudain, les orcs commencèrent à le suivre.
— Ils chargent vraiment comme des fous.
Karon regarda Sedek avec panique et tira sur les rênes.
La tête du cheval tourna vers le sud-est.
— Nous courons vers le sud-est pour traverser la rivière Prely ! Courez de toutes vos forces !
Karon donna un coup de talon à son cheval et se pencha en avant.
Le cheval de guerre poussa un long cri et commença à charger, fendant l’air.
Roan et les membres de l’escouade le suivirent de près.
« Ils suivent vraiment bien. »
Roan jeta un coup d’œil en arrière et esquissa un léger sourire.
Au moins la moitié des trois mille orcs les poursuivaient.
Dududududu.
Ils pouvaient voir la rivière Prely.
Karon fit des signes de la main vers l’arrière, et un soldat saisit son arc.
Tension.
Alors qu’il relâchait la corde tendue, une flèche fendit le ciel.
Piiiiiiiik !
Un son aigu frappa leurs oreilles.
Le signal.
C’était le signal pour faire exploser la réserve, et aussi le signe que la bataille commençait.
< Bataille inattendue (5) > Fin
Traducteur : Subak