Chapitre 217
Les bannières de légion et les étendards de troupe, faits d'un tissu vert, flottaient sous un vent du sud.
Des drapeaux d'une couleur qu'on ne voyait guère dans le royaume de Rinse, qui préférait le bleu.
« Je vous remercie infiniment d'avoir fait tout ce chemin. »
« Point du tout. C'est pour nous un honneur de pouvoir vous apporter notre aide. »
Deux jeunes hommes aux armures étincelantes se serrèrent la main en arborant des sourires radieux.
Bien que leurs lèvres fussent étirées en un sourire, la lueur dans leurs yeux était pour le moins trompeuse.
Non, pour être exact, la méfiance qu'ils éprouvaient l'un envers l'autre était manifeste.
Il ne pouvait en être autrement.
Car ces deux hommes ne s'étaient pas serré la main par bienveillance, amitié, respect ou quelque autre sentiment positif, mais uniquement pour leur propre intérêt.
Le jeune homme, dont la cuirasse portait l'emblème vert assorti aux drapeaux qui flottaient au vent, sourit avec éclat et tourna son regard vers le nord.
« Quel est donc le plan désormais ? Prince Kallum. »
C'était un événement stupéfiant.
L'identité de l'un des deux jeunes hommes en armure brillante n'était autre que celle du troisième prince du royaume de Rinse, Kallum Rinse.
Ce dernier, suivant le regard du jeune homme à l'emblème vert, fixa le nord.
« Premièrement, nous devons nous emparer du sud-ouest du royaume, désormais sans maître. Je compte asseoir solidement les bases de mon pouvoir. Prince Lukan. »
Lukan.
De son nom complet, Lukan Diez.
L'héritier du trône du royaume de Diez, dont les frontières touchaient le sud du royaume de Rinse, n'était autre que Lukan Diez.
Les deux hommes détournèrent leurs regards du nord pour se fixer l'un l'autre.
De légers sourires apparurent sur leurs visages.
« Le prince héritier Lukan Diez. Lui céder la région de Potter est regrettable, mais si je peux obtenir l'aide de l'armée du royaume de Diez… »
Conquérir non seulement le sud-ouest du royaume, devenu terre sans maître après la mort de Tommy, mais aussi la capitale, Miller, ne serait pas impossible.
« Je dois entretenir une relation étroite avec le prince héritier Lukan. »
Kallum déglutit difficilement.
Même s'il parvenait à évincer Simon et à monter sur le trône, il était évident que la situation intérieure du royaume, tout comme sa propre position, serait extrêmement instable.
Dans ce contexte, une amitié avec Lukan, désigné comme le futur roi du royaume de Diez, serait d'un grand secours.
Bien sûr, s'allier à Kallum représentait également un profit considérable pour Lukan.
« Notre royaume de Diez est bloqué au nord-ouest par le royaume de Rinse et au nord-est par l'Union d'Aimas. »
La situation au nord et au sud était bien plus sombre.
Le lac Poskein au nord et les montagnes Grain au sud enserraient étroitement le royaume de Diez.
« Une situation où nos efforts pour accroître notre puissance nationale sont restés vains. Mais si nous pouvions aider Kallum, en pleine crise, à devenir le roi du royaume de Rinse, et former une alliance… »
Il pourrait alors attaquer l'Union d'Aimas située au nord-est sans se soucier de la frontière nord-ouest qui touchait le royaume de Rinse.
Une occasion en or d'étendre son domaine.
Une chance de s'ouvrir sur le vaste monde.
De plus, Lukan avait déjà reçu un beau cadeau de la part de Kallum.
« À la condition d'envoyer des renforts, une partie de la région sud du royaume de Rinse nous a été cédée. »
C'était cette terre fertile qui incluait la vicomté de Potter.
« Ma réputation au sein du royaume va grandir. »
Pour le prince héritier Lukan, c'était un succès majeur qui lui permettait de démontrer ses capacités au Roi et aux citoyens de son royaume.
Évidemment, Kallum et Lukan n'avaient aucune intention de se contenter d'un échange équitable fondé sur la confiance mutuelle.
Kallum observa silencieusement le visage de Lukan et sourit intérieurement.
« Tu comptes probablement viser l'Union d'Aimas, mais cet endroit entretient aussi des liens profonds avec moi. Je ne resterai pas les bras croisés à te regarder envahir ces terres à ta guise, espèce de bâtard. »
Chester Kowan, le fils du grand-père maternel de Kallum, le duc Liss Kowan, occupait depuis longtemps la mission de commandant expéditionnaire au sein de l'Union d'Aimas.
Grâce à cela, les alliés de Kallum, y compris la maison du duc Kowan, entretenaient une étroite amitié avec l'Union d'Aimas.
S'il n'y avait pas eu le lac Poskein entre le royaume de Rinse et l'Union d'Aimas, Kallum aurait reçu l'aide de cette dernière plutôt que de tendre la main au royaume de Diez.
« Le jour où tu attaqueras l'Union d'Aimas, je t'enfoncerai une épée dans le dos. »
Des pensées traîtresses emplissaient son esprit.
Il en allait de même pour Lukan.
« Kallum. Crois-tu que j'ignore tes manigances ? Mais qu'importe… même si tu montes sur le trône, tu ne seras pas en mesure de surveiller notre royaume de Diez. »
Lukan prévoyait de profiter de cette chance pour diviser le royaume de Rinse en deux.
Il comptait laisser les forces de Simon dans certaines parties de la région nord pour détourner l'attention de Kallum.
« Je vais équilibrer tes forces de telle sorte que vous vous entre-détruisiez. »
Une lueur sinistre brilla au fond de ses yeux.
À cet instant, Kallum et Lukan tendirent simultanément la main droite, comme s'ils s'étaient donné le mot.
« J'ai hâte de travailler avec vous. »
« De même. »
De légers sourires qu'ils affichaient tout en dissimulant leurs véritables intentions.
Mais chez Kallum comme chez Lukan, la lueur dans leurs yeux trahissait toujours une intense vigilance.
*****
« C'est l'annihilation, monseigneur ! »
« C'est encore l'annihilation, monseigneur ! »
« C'est l'annihilation ! »
Des rapports urgents se succédaient.
Des expressions anxieuses et fébriles se lisaient sur les visages des messagers.
« Maudit soit-il ! Encore ! »
L'agitation était la même pour le maître des ensorceleurs, Hesul.
« C'est ridicule. »
Il ne pouvait le concevoir.
Il savait que Roan et le régiment du fief Lancephil qu'il dirigeait étaient puissants.
« Mais les poupées de sortilège devraient être des adversaires auxquels ils n'ont jamais été confrontés auparavant… »
Ils devraient être désorientés, paniqués, plongés dans le chaos.
S'ils étaient humains, ils devraient ressentir de la peur face à des êtres d'une nature inconnue.
Pourtant, selon les rapports en provenance du front, les réactions et les contre-attaques de Roan et du régiment du fief Lancephil étaient d'un calme stupéfiant.
« C'est comme s'ils savaient tout. »
Hesul fronça les sourcils.
Il ne savait toujours pas, et ne soupçonnait nullement, que Roan était un revenant du passé et qu'il avait absorbé les souvenirs des ensorceleurs.
Un lourd silence s'installa.
Mais si aucun son ne parvenait aux oreilles, une incroyable intention meurtrière grondait comme une tempête dans la grande salle.
Le regard de Hesul se tourna naturellement vers le siège principal, orné d'un trône gigantesque.
Un jeune homme vêtu d'une armure étincelante.
C'était l'actuel roi du royaume de Rinse, Simon Rinse.
« La marionnette que j'ai façonnée. »
Hesul déglutit difficilement.
Le propriétaire de cette intention meurtrière qui grondait comme une tempête était Simon.
Simon fixait Hesul avec une expression rougeoyante.
Hesul fronça les sourcils.
« Ce type… il devient de plus en plus difficile à contrôler avec la magie noire. »
Simon n'était rien de plus qu'une sorte de poupée de sortilège.
Hesul et les ensorceleurs avaient uni leurs forces pour contrôler son esprit et avaient placé un puissant sceau dans sa tête.
Grâce à cela, Simon ne pouvait refuser les ordres de Hesul.
Bien plus encore.
« Si je lui donnais l'ordre de mourir, il devrait mettre fin à ses jours sans la moindre hésitation. »
Le sceau que Hesul et les ensorceleurs avaient posé était si puissant.
Mais avec le temps, Simon tentait de briser le contrôle de Hesul pour agir selon sa propre volonté.
Au début, ils n'en comprenaient pas la raison.
Ils pensaient que le sortilège et le sceau avaient échoué.
« Mais il n'y avait aucun problème dans notre magie. »
Le problème était ailleurs.
« Le mana maléfique de la technique de mana Pienville est trop puissant. »
La technique de mana du diable, Pienville.
Simon avait reçu la technique de mana Pienville de son grand-père, le duc Bradley Webster, et avait commencé à la pratiquer.
Et celui qui avait transmis la technique de mana Pienville à ce Bradley n'était autre que Hesul.
« Lorsqu'on apprend la technique de mana Pienville, l'esprit devient instable à cause de l'intense mana maléfique. »
En somme, cela rendait l'esprit plus facile à dominer et à contrôler par la magie.
La prédiction était exacte.
Hesul avait pu prendre le contrôle de l'esprit de Simon bien trop facilement.
Le problème était survenu après.
« La technique de mana Pienville, qui a déjà atteint un certain niveau, indépendamment de Simon, non, de ma volonté, accumule lentement encore plus de mana maléfique. »
Et ce mana maléfique, dont la force augmentait lentement, réagissait instinctivement de manière violente pour briser le sceau magique à l'intérieur de sa tête.
« Le contrôle est encore possible pour le moment, mais… »
Si l'on n'y prenait garde, le sceau se briserait et l'intense mana maléfique pourrait engloutir Simon.
« Un déchaînement empreint de folie commencera. »
Il ne serait plus la marionnette d'un homme, mais deviendrait un véritable démon.
Hesul déglutit à nouveau.
« Maudit soit-il. Je n'arrive plus à respirer. »
Respirer devenait douloureux à cause de l'intention meurtrière que Simon dégageait.
Il pressa immédiatement les doigts de ses deux mains pour former une figure étrange, puis ordonna d'une voix empreinte d'agacement :
« Réprime ta pression et ferme les yeux. »
Soudain, une lueur noire brilla dans les yeux de Simon.
Auparavant, il aurait immédiatement réagi à l'ordre par une brève réponse.
Mais le Simon d'aujourd'hui, sans le moindre mouvement, se contenta de fixer Hesul avec férocité.
« Maintenant ! »
Hesul puisa à nouveau dans sa puissance divine et cria.
« …Oui. »
Ce n'est qu'alors que Simon, après une réponse silencieuse, relâcha le mana maléfique qu'il avait accumulé et ferma les yeux.
L'horrible intention meurtrière qui lui serrait la gorge disparut comme par enchantement.
« Ce bâtard… »
Hesul fixa Simon un instant, puis détourna rapidement le regard.
De nombreux ensorceleurs attendaient son ordre, le visage figé.
« Huu. »
Hesul, dans un court soupir, donna un ordre simple, mais terrifiant et macabre.
« La limite des poupées de sortilège faites avec des cadavres est évidente. »
Quoi qu'il en soit, le fait que les poupées de sortilège créées à partir d'êtres humains vivants et biologiquement intacts fussent bien plus puissantes était une vérité.
Hesul ajouta d'une voix calme et basse :
« Capturez tous les citoyens du château de Longfort ainsi que les habitants de la région environnante. »
Gloups.
Les ensorceleurs déglutirent.
Car ils savaient quel ordre allait suivre.
Comme prévu, un ordre cruel et misérable tomba.
« Nous allons tous les transformer en poupées de sortilège. »
*****
Une plaine désolée où pas une once de verdure ne pouvait être aperçue.
Après avoir mené ses batailles répétées à la victoire, Roan établit un camp sur la plaine occidentale de la région d'Infec.
Bien qu'ils enchaînent les victoires, ils n'étaient pas pour autant exempts de fatigue.
Les soldats du régiment du fief Lancephil étaient humains et avaient besoin de repos.
Il en allait de même pour Roan.
Malgré sa maîtrise habile de l'énergie de chaleur et d'eau et sa puissance incroyable, il avait lui aussi besoin de repos.
Cependant.
« Ce n'est pas encore le moment de se reposer. »
Renonçant à ce court et doux moment de répit, il se concentra sur un nouvel entraînement, ou plutôt, une recherche.
Roan s'assit au centre de sa tente et examina méticuleusement la lance de Travias.
« Il y a certainement quelque chose. »
L'histoire qu'il avait entendue lorsqu'il avait rencontré Flamdor et Travias dans le Vertex.
Le petit indice de Travias.
« Bekeil. La raison pour laquelle ce bâtard a pu être surnommé le Fantôme de la lance. »
Bekeil était le plus proche ami de Roan et le traître sur lequel il aurait voulu déverser toutes les malédictions du monde, celui qui avait volé la lance de Travias pour s'enfuir vers le royaume de Byron dans sa vie passée.
« Ce fils de p*te n'était qu'un lancier de rang ordinaire, tout comme moi. »
Mais en seulement deux ans, il était devenu un lancier qui régnait sur le nord-est du continent et avait même reçu le nom de Fantôme de la lance.
« Ce n'est pas parce qu'on obtient la lance de Travias qu'une technique de maniement de la lance et de mana incroyable apparaît soudainement. »
Si Roan n'avait pas acquis la technique de mana Flamdor, il n'aurait même pas été capable d'allonger la lance de Travias à la longueur d'une lance.
En premier lieu, la lance de Travias était une arme magique qui ne pouvait être utilisée correctement sans mana.
Roan leva la lance de Travias devant ses yeux.
Sa teinte noire dégageait une apparence distante.
« Il doit y avoir un mana incroyable ou une technique de maniement de la lance incroyable cachée là-dedans. »
En dehors de cela, il n'y avait aucun moyen pour que ce bâtard de Bekeil devienne le Fantôme de la lance en partant d'un lancier de bas rang.
Roan tourna la lance de Travias dans tous les sens et l'inspecta minutieusement encore et encore.
Mais aucun point ne semblait particulièrement remarquable.
« Dois-je y insuffler du mana ? Non, ce n'est pas ça. Puisque Bekeil ne savait pas utiliser le mana à l'époque. »
Un monologue.
Il écarta d'emblée l'idée d'agir sur la lance avec du mana.
« Ne pas utiliser de mana signifie finalement que l'on peut trouver le secret de la lance par des moyens physiques, mais… cela signifie-t-il qu'il y a quelque chose comme un tout petit mécanisme ou un espace caché ici… »
Ce n'était rien de certain.
Il n'avait fait qu'émettre une hypothèse avec la plus haute probabilité.
Mais même après l'avoir inspectée encore et encore, en sautant des repas et en passant des nuits blanches, il ne put trouver un seul point unique.
« Maudit soit-il. »
Roan laissa échapper une malédiction sans s'en rendre compte.
Le dégoût de soi lui monta à la gorge.
Le visage du traître Bekeil apparut devant ses yeux.
« Ce bâtard a vraiment découvert le secret de la lance de Travias ? Ce fils de p*te de Bekeil, qui est bien plus simple et idiot que… »
Roan, qui déversait son agacement comme pour se plaindre, sursauta et ferma la bouche.
Ses yeux tremblèrent vivement.
« C'est vrai. Bekeil, ce bâtard était presque nauséabond de simplicité et d'idiotie. »
Ce n'était absolument pas un homme qui passerait ses nuits à analyser méticuleusement et étroitement la lance comme Roan.
« Réfléchissons. Roan, que ferait Bekeil ? »
Les souvenirs et les réminiscences concernant Bekeil, auxquels il ne voulait même pas penser.
Les innombrables événements qu'il avait laborieusement tenté d'effacer refirent surface, clairs comme s'ils dataient d'hier.
Roan resta assis en silence et passa en revue les innombrables souvenirs et réminiscences encore et encore.
À chaque fois, il réalisait à nouveau à quel point Bekeil était un bâtard stupide et simple.
Bien plus encore.
« C'est vrai. Ce traître de bâtard était particulièrement obsédé par des choses comme les légendes et les conspirations. »
Bekeil était absurde et même immature.
« Comment un bâtard comme ça pourrait découvrir le secret de la lance de Travias… hein ? Eh ?! Ah ! »
Roan, qui parcourait ses souvenirs et réminiscences, écarquilla les yeux et entrouvrit la bouche.
Un air grandement choqué.
Il murmura sans le savoir d'une petite voix.
« C'est vrai, ce type était infatué de la légende d'Atore. »
La légende d'Atore.
C'était l'histoire d'aventure du héros Atore qui, disait-on, avait vaincu le roi démon et les démons et sauvé le monde humain.
Bien que ce fût une histoire ridicule dont n'importe qui ricanerait dès l'âge de dix ans, Bekeil en était infatué même après être devenu un adulte, au point d'en parler constamment.
Le point culminant de la légende d'Atore était la scène où le héros Atore obtenait l'épée sacrée Divaino.
Roan fixa silencieusement le souvenir qui se poursuivait.
« Atore, qui a reçu l'épée rouillée et disgracieuse Divaino, a certainement… »
Grâce à l'attaque des ensorceleurs, l'histoire de la légende d'Atore, à laquelle il n'avait même pas pensé parce qu'elle était inutile, refit surface clairement.
Les coins de la bouche de Roan se relevèrent légèrement.
« Atore a certainement aspergé son sang sur l'épée sacrée Divaino. »
Sa mémoire était claire.
Boum.
Son cœur battait violemment.
« Bekeil. Si c'était ce bâtard, il aurait certainement aspergé son sang sur la lance de Travias. »
Il voulait probablement jouer le rôle du héros Atore.
Roan posa la lance de Travias sur le dessus d'un bureau et sortit une dague.
La lame tranchante reçut la lumière et brilla.
« Huu. »
Un soupir lourd s'échappa inutilement.
« Ça devrait être ça, non ? »
Lorsqu'il essaya vraiment d'asperger le sang, l'idée de savoir si Bekeil était aussi simple lui vint à l'esprit.
Mais Roan secoua bientôt la tête.
« Bekeil. Si c'est ce bâtard, il en serait tout à fait capable. »
Roan se mordit fermement la lèvre inférieure.
Il saisit la lame de la dague avec sa main gauche.
Sssguk.
Avec un bruit glaçant, la paume se fendit longuement.
Du sang écarlate s'épanouit comme une fleur, puis coula doucement.
Goutte. Goutte, goutte, goutte, goutte.
Des gouttelettes de sang rouge tombèrent sur la lance noire de Travias.
Se remémorant la légende d'Atore, Roan enduisit uniformément son sang rouge sur la lance.
La lance qui était noire devint rouge.
Roan fixa droit la lance de Travias tout en arrêtant l'hémorragie.
Un regard de détermination, prêt à ne manquer aucun changement, même minime.
Mais contrairement à ses attentes, la lance de Travias ne montra aucun changement particulier.
« Est-ce que ma pensée est fausse… »
Une expression vide.
Un sourire amer pendait à ses lèvres.
« Huu. C'est vrai, Bekeil ne serait pas aussi simple et idiot. Puisque même ce type était un adulte bien mûr. »
Roan toussa, gêné par ce sentiment inutile.
« Hmm. »
Il tendit nonchalamment la main et ramassa la lance de Travias.
« Je devrais l'essuyer avant qu'elle ne rouille. »
Il se sentit inutilement désolé pour la lance de Travias.
Le sang qui recouvrait la lance mouilla collamment sa paume.
Ce n'était pas une sensation très agréable.
« Où était le chiffon… »
Au moment où Roan allait faire un pas pour chercher un chiffon propre.
[Yaaaaaaawn !]
Un bruit de bâillement incroyablement bruyant lui perça les oreilles.
Non, pour être exact, il résonna à l'intérieur de sa tête.
« Quoi, qu'est-ce que c'est ? »
Au moment où Roan paniquait.
[Qu'est-ce que tu veux dire par qu'est-ce que c'est. C'est moi, Travias. Alors tu m'as enfin réveillé.]
La voix asexuée, dont on ne pouvait dire si elle appartenait à un homme ou à une femme.
C'était une voix hautement familière.
« Ce Travias que j'ai rencontré dans le Vertex ? »
[Ouais. C'est moi, moi. Vraiment, le monde extérieur est meilleur que ce sombre Vertex. Je suis presque aveuglé.]
Une voix qui semblait exaltée.
Roan était toujours fébrile.
[Quoi qu'il en soit, j'ai assez faim pour en mourir. Tu ne voudrais pas te dépêcher de me donner du sang ?]
Des mots brusques.
Roan fronça les sourcils.
Il en avait déjà entendu parler.
« On dit que les outils du roi démon et des démons qui perturbent le monde ont soif de sang. À cause de cela, les propriétaires des objets devenaient des meurtriers effroyables… »
Au moment où ses pensées atteignirent ce point, Travias parla avec mauvaise humeur.
[Tu as l'air d'avoir très mal compris quelque chose… mais je ne mange pas le sang des autres.]
Des mots qui se poursuivirent comme s'ils étaient évidents.
La voix commença à s'exalter à nouveau.
[Je ne bois que ton sang.]
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