Chapitre 173
Silence.
Un silence pesant s'abattit sur la pièce.
Bien qu'il y eût d'innombrables personnes dans la salle de conférence, personne n'ouvrit la bouche imprudemment.
Tous les regards étaient tournés vers un seul endroit.
Le jeune homme qui siégeait au bout de la longue table.
C'était Roan.
« L'ambiance est étrange. »
Il esquissa intérieurement un sourire amer.
À la droite de la table, ceux qui lui étaient favorables, dont le baron Bernard Landingham, avaient pris place.
À l'inverse, sur la gauche, se trouvaient ceux qui lui étaient hostiles ou qui manifestaient leur mécontentement face à la situation actuelle.
Les deux camps se dévisageaient, engagés dans une étrange guerre psychologique.
Ce fut Bernard qui rompit le silence.
« Pour l'heure, nous devons unir nos forces et repousser la Légion de Chase et les troupes d'Owells. »
À ces mots, un jeune commandant assis à proximité renchérit :
« C'est exact. Il reste moins de vingt jours avant la fin de la guerre des fiefs. Nous devons nous hâter. »
Une fois la date limite fixée par la capitale, Miller, atteinte, les deux forces devraient immédiatement cesser les hostilités et se retirer.
Comme les régions occupées au moment de la conclusion seraient reconnues comme des fiefs, la maison du comte Lancephil, qui avait déjà perdu la moitié de ses terres, se trouvait dans une situation où elle devait impérativement passer à la contre-attaque au plus vite.
À cet instant, du côté opposé à Bernard, là où l'on portait un regard hostile sur Roan, un jeune noble prit la parole avec une expression rigide.
« Je conviens que nous devons repousser la Légion de Chase et les forces d'Owells. Cependant… »
Il s'agissait du baron Andre Molde, qui avait suivi Bernard depuis les jours de la résistance.
Andre était le représentant naturel de nombreux jeunes nobles, ainsi que le commandant qui dirigeait en pratique la troupe de l'académie.
Actuellement, la faction mécontente de Roan était composée des diplômés, des étudiants et des fils de maisons nobles de l'académie Pavor.
Bien que leur nombre ne fût pas très élevé, ils étaient considérés comme faisant partie de l'élite de l'armée de garde des Lancephil.
« Bien que le comte Lancephil les ait transférés et que Sa Majesté le roi ait donné son approbation… »
Servir ou non ce Roan était un problème que chacun devait trancher individuellement.
Selon la situation, la possibilité qu'ils s'en aillent chercher un nouveau seigneur était également forte.
Contester l'approbation du roi n'était pas envisageable, mais choisir le seigneur à servir relevait de la liberté individuelle.
Andre balaya du regard les nombreuses personnes présentes dans la salle de conférence et ajouta :
« L'armée de garde des Lancephil possède son propre système de commandement. Ce sont tous des guerriers dotés de capacités exceptionnelles. »
Dans une certaine mesure, ses paroles étaient justes.
La région de Landingham étant une zone frontalière majeure, les commandants qui dirigeaient les troupes étaient des individus aux capacités remarquables.
Andre fixa Roan droit dans les yeux.
La pression du jeune général se faisait sentir.
« Bien que nous ayons entendu parler de la renommée du comte Roan Lancephil à maintes reprises, nous n'avons jamais été témoins de ces prouesses. »
De nombreuses personnes hochèrent la tête.
L'atmosphère devint étrange.
Il s'agissait d'une forme de lutte d'influence.
Officiellement, ils ne pouvaient pas s'opposer ouvertement ou entraver Roan, qui avait hérité du fief et du titre.
Cependant, les affrontements entre généraux étaient monnaie courante, même en temps ordinaire.
« Il semble qu'ils souhaitent prendre l'initiative. »
Roan esquissa un sourire intérieur.
L'intention d'Andre était évidente.
Et effectivement.
« Je souhaite constater les compétences du comte. »
Andre se leva de son siège en inclinant légèrement la tête.
À sa suite, quatre jeunes commandants se levèrent également.
« Je vous le demande aussi, monsieur. »
« Je vous en prie également. »
Bernard, qui observait la scène, fronça les sourcils.
« Assez ! Se battre entre alliés alors qu'une bataille majeure nous attend ! Vous avez tous perdu la raison ! »
Il les réprimanda d'un ton sévère.
Mais malgré cela, les jeunes commandants, Andre en tête, n'avaient aucune intention de reculer.
« Nous devons prendre l'initiative. »
Ils prévoyaient de s'emparer du commandement.
Bien qu'ils dussent obéir aux ordres de Roan, faire entendre leur voix serait bien plus aisé s'ils prenaient la tête des opérations.
« Ce pourrait être difficile si nous l'affrontons seuls, mais… »
« Si nous nous y mettons à cinq… »
« Nous avons toutes nos chances. »
« De plus, avec le baron Andre Molde, il pourrait même obtenir un match nul. »
Andre était un guerrier de grande renommée dans la région de Landingham.
On disait même que les monstres fuyaient à la simple mention de son nom.
« Je vous en prie, monsieur. »
Andre inclina à nouveau la tête.
« Il n'est pas nécessaire d'accepter, monsieur. »
Bernard, le visage rouge de colère, regarda Roan.
Roan leva légèrement la main droite pour signifier que tout allait bien, puis se leva de son siège.
« Très bien. Vérifier nos compétences respectives avant la grande bataille n'est pas une mauvaise idée. »
Il sourit faiblement et hocha la tête.
« On a réussi ! »
« Parfait ! »
Les jeunes commandants, Andre compris, exultèrent intérieurement.
Ils échangèrent des regards et affichèrent des sourires radieux.
On aurait dit qu'ils avaient déjà gagné.
Roan observa la scène en silence, puis dit d'une voix douce :
« Ah, mais en contrepartie, j'ai une requête. »
À ces mots, les jeunes nobles, Andre en tête, regardèrent Roan avec perplexité.
« Il ne va tout de même pas dire qu'il n'affrontera qu'une seule personne ? »
« Veut-il dire qu'il en affrontera un par jour ? »
Des pensées complexes se bousculaient dans leurs esprits.
Roan afficha un sourire enjoué.
« Nous n'avons plus beaucoup de temps. Et nous n'avons pas non plus le loisir de nous battre contre chacun d'entre vous individuellement. »
Andre et les jeunes commandants froncèrent les sourcils.
Roan n'y prêta pas attention et ajouta :
« Vous tous… »
Il saisit la lance de Travias à sa taille.
Son sourire s'élargit.
« Je vous affronterai tous ensemble. »
*****
« Comment allez-vous ces derniers temps, monsieur ? »
Simon Rinse versa de l'eau fraîche dans une tasse vide.
« Je suis très occupé par diverses affaires, Votre Altesse. »
La personne qui tenait la tasse des deux mains était Io Lancephil.
Simon hocha la tête en remplissant également sa propre tasse.
« Il semble que vous soyez devenu plus affairé depuis votre transfert de noblesse, monsieur. »
« C'est devenu ainsi, d'une certaine manière, Votre Altesse. »
Io esquissa un léger sourire.
Comme l'avait souligné Simon, il menait une vie bien plus trépidante qu'auparavant après avoir transmis son fief et son titre à Roan.
Bien que le transfert de noblesse eût suivi la procédure officielle, les nobles hostiles à Roan restaient nombreux.
Io multipliait les rencontres pour rallier des alliés à la cause de Roan.
« Roan doit se sentir vraiment rassuré, monsieur. »
Simon savait à quel point Io s'investissait pour Roan.
Io, au lieu de répondre, se contenta de sourire.
Tintement.
Simon posa délicatement sa tasse et fixa Io droit dans les yeux.
« Si je vous ai demandé de me rencontrer seul aujourd'hui, c'est parce que j'ai quelque chose à vous dire avec le plus grand sérieux. »
Sa voix et son expression devinrent graves.
Io posa également sa tasse et tendit l'oreille.
Simon inspira profondément.
Il avait l'air d'avoir enfin pris une décision importante.
« Je prévois d'apporter un soutien plus important à Roan à partir de maintenant. »
« Hmm. »
Io laissa échapper un soupir.
Que Simon fût déjà du côté de Roan était un fait connu de tous.
Mais qu'il le dise ainsi signifiait qu'il comptait offrir un appui bien plus sérieux.
« Je vais moi aussi devoir prendre mon indépendance bientôt, monsieur. »
Bien que la phrase fût courte, Io, politicien chevronné, en saisit immédiatement le sens.
« Il semble qu'il prévoie de s'émanciper de la tutelle du duc Webster. »
La raison pour laquelle il souhaitait soutenir Roan devenait claire.
À présent, Simon.
« Prévoyait de créer une faction indépendante capable de tenir tête à la maison du duc Webster. »
Il avait choisi Roan comme chef de cette faction.
Io hocha lentement la tête.
Simon observa sa réaction et sourit intérieurement.
« Comme on pouvait l'attendre d'Io Lancephil. Il a parfaitement compris mon intention. »
Grâce à la perspicacité d'Io, la suite de la discussion serait plus aisée.
« Cependant, monsieur, il y a un problème. »
La voix de Simon se fit plus basse.
Io, inutilement tendu, déglutit avec difficulté.
Simon laissa échapper un court soupir.
« J'ai besoin du Remède de Dieu. »
La méthode pour contrôler le mana de la technique qu'il étudiait actuellement.
Cela ne pouvait se faire qu'avec le Remède de Dieu.
Bien que Bradley Webster eût initialement promis de l'obtenir pour lui, les progrès étaient lents.
De plus, il ne pouvait plus compter uniquement sur Bradley maintenant qu'il avait décidé de rompre leurs liens.
Simon fixa Io intensément.
« S'il vous plaît, obtenez le Remède de Dieu pour moi. »
C'était la raison même pour laquelle Simon avait convoqué Io pour cet entretien privé.
Io resta silencieux un instant.
« Pour obtenir le Remède de Dieu, je dois me rendre au Palais sacré. »
Le Palais sacré se trouvait dans l'Empire d'Estia.
Le voyage en lui-même n'était pas une mince affaire, mais le problème majeur était ailleurs.
« Il est impossible qu'ils cèdent le Remède de Dieu si facilement. »
Le Remède de Dieu était littéralement le remède des dieux.
Comme la méthode de fabrication était extrêmement complexe, il n'en existait que peu d'exemplaires.
Selon les rumeurs, le Palais sacré n'en possédait pas plus de dix.
« Mais quand bien même, si je refusais… »
Le projet de soutenir Roan tomberait à l'eau.
Vu le caractère de Simon, c'était tout à fait possible.
« Jusqu'à présent, le prince Simon est le plus proche du trône. Son soutien serait un atout majeur pour Roan. »
Io ne connaissait pas encore les rêves et les objectifs de Roan.
« Au bout du compte, n'ai-je d'autre choix que d'obéir ? »
Il n'avait pas le choix.
Il n'y avait aucun moyen de refuser la requête de Simon.
Io inclina la tête.
« Je l'obtiendrai et vous l'apporterai, Votre Altesse. »
Aussitôt, un sourire illumina le visage de Simon.
« Hahaha. Vraiment, merci infiniment. »
Il hocha la tête, l'air satisfait.
Son excitation était manifeste.
« Ne vous inquiétez pas pour Roan. Je le protégerai avec assurance. »
Io, avec un sourire amer, baissa la tête.
« Oui. Merci beaucoup. »
S'il s'agissait de Roan, il était prêt à tout.
Bien que la tâche ne fût pas aisée, elle n'était pas impossible non plus.
« Je n'ai qu'à y aller et revenir rapidement. »
Il se fit violence pour se donner du courage.
Cependant, Io ne se doutait pas.
De l'incroyable tempête que cette décision allait déclencher.
*****
« Ne regretterez-vous pas votre décision, monsieur ? »
Andre le fixa intensément, une épée en bois à la main.
Autour de lui, les quatre jeunes commandants se tenaient prêts.
Leur mécontentement était visible.
« Tout va bien, alors attaquez-moi autant que vous le souhaitez. »
Roan sourit joyeusement en faisant tournoyer l'extrémité d'un bâton en bois.
Andre demanda à nouveau :
« Nous avons vraiment le droit d'utiliser notre mana, n'est-ce pas ? »
Roan hocha la tête en guise de réponse.
Andre serra les dents.
« Même si vous nous méprisez, vous le faites un peu trop, monsieur. »
Roan et les cinq commandants.
Ils étaient sur le point de s'affronter en duel.
Dans la salle d'entraînement située derrière le manoir officiel, de nombreuses personnes s'étaient rassemblées.
« Comte Lancephil. »
Bernard regardait Roan avec une inquiétude non dissimulée.
« Ce sont des guerriers de grande renommée, même dans cette région. »
Il pensait que Roan avait commis une grave erreur par impatience.
Il savait, par les rumeurs, que les compétences de Roan étaient exceptionnelles.
Mais affronter cinq guerriers à la fois était déraisonnable.
« Si l'on n'y prend garde, les commandants pourraient finir par mépriser le comte. »
Comme le souhaitait Andre, le commandement pourrait leur échapper totalement.
« Je ne pourrai intervenir que s'il est acculé. »
Bernard caressa le fourreau à sa taille.
Il fit un signe des yeux aux commandants à proximité.
C'étaient tous des proches de Bernard, des hommes favorables à Roan.
À cet instant.
« Ça, ça commence ! »
L'un des spectateurs cria à pleine voix.
Bernard observa rapidement Roan et Andre.
Andre avait bondi et fonçait vers Roan.
Les quatre commandants le suivaient.
Le combat avait enfin commencé.
« Je dois faire preuve d'une force écrasante. »
Roan regarda Andre et les commandants, puis inspira profondément.
La raison pour laquelle il avait accepté leur proposition arrogante de duel.
Il pensait exactement comme Andre.
« Je vais m'imposer par une force écrasante. »
C'était pour s'emparer du commandement de la légion.
Pour ce faire, il ne pouvait pas se permettre un combat médiocre.
Il devait remporter une victoire éclatante.
Roan imprima de la force dans sa main tenant le bâton.
Pabat !
L'extrémité du bâton fendit l'air dans un sifflement.
« Hph ! »
« Kuk ! »
Andre et les commandants, surpris par la charge, brandirent leurs propres armes.
Ttadac ! Ttac ! Ttac !
Un bruit sourd marqua le début d'un combat acharné.
« Kuuk. Quelle puissance… »
Sentant ses poignets engourdis, Andre serra les dents.
La force derrière le bâton de Roan était colossale.
« M, même ainsi, nous sommes cinq ! »
Andre et les commandants échangèrent un regard et lancèrent une attaque coordonnée.
Taat !
En parfaite harmonie, ils encerclèrent instantanément Roan.
Une situation critique.
Pourtant, l'expression de Roan restait parfaitement détendue.
Il déplaça ses pieds avec agilité et fit tournoyer son bâton.
Le mana dans son corps frémit et s'éleva.
« C'est la technique de mana Flamdor. »
Tout le bâton en bois devint rouge.
Simultanément.
Paat !
Grâce à l'anneau de Brent, plus de dix sphères de lumière apparurent autour de lui.
C'était le sort de lumière.
« Kuk ! »
« Kuuk ! »
Andre et les jeunes commandants, aveuglés par le sort, plissèrent les yeux.
Mais comme ils étaient des guerriers aguerris, ils ne fermèrent pas les yeux et ne détournèrent pas la tête.
Mais.
Puck ! Pubuck ! Puck !
Parer le bâton de Roan, qui se déplaçait entre les sphères de lumière comme s'il dansait, n'était pas chose aisée.
« Magnifique… »
Une exclamation étouffée s'échappa des spectateurs.
Les mouvements de Roan étaient suffisamment exceptionnels pour susciter l'admiration.
Un bâton cramoisi dansant entre les lumières et brodant l'espace.
« Sa, sacré sang ! »
Andre cracha une malédiction et abattit son épée.
« Dire qu'il y avait un tel fossé. »
Loin d'être une rumeur exagérée, la réputation de Roan était en deçà de la réalité.
« Juste un coup, je dois le toucher au moins une fois. »
L'épée d'Andre fendit l'air.
À cet instant, le bâton de Roan, qui fouettait l'air comme un serpent, vint frapper avec précision l'extrémité de l'épée en bois.
Ttaag !
Un bruit explosif retentit.
Simultanément.
Puuck !
Incroyablement, l'épée vola en éclats.
« Kuuk ! »
Andre recula en serrant sa main.
Le bâton de Roan ne s'arrêta pas.
Puuck ! Pubuck ! Puuck !
Les armes des jeunes commandants furent successivement pulvérisées.
« Ri, ridicule. »
Les commandants secouèrent la tête, incapables d'y croire.
À cet instant.
Une flamme jaillit le long du bâton teinté de cramoisi.
La chaleur dans son corps explosa soudainement.
Fwooosh !
Une flamme immense s'éleva, dessinant la forme d'une pointe de lance.
Gloups.
Andre et les commandants déglutirent, abasourdis.
Roan se tenait fièrement, tenant son bâton en oblique.
Le feu cramoisi ondulait le long du bâton comme pour protéger Roan.
Une dignité incroyable, à couper le souffle, émanait de lui.
C'était un spectacle vraiment prodigieux.
« Un, un fantôme cramoisi… »
« C'est le Fantôme cramoisi. »
Andre, les commandants et même les spectateurs, dont Bernard, murmurèrent, stupéfaits.
À ces mots, Roan secoua lentement la tête.
« Je ne suis pas le Fantôme cramoisi. »
Le Fantôme cramoisi n'était qu'une histoire réservée aux ennemis.
Roan esquissa un doux sourire.
« Je… »
Sa voix se fit plus ferme.
Tous tendirent l'oreille, bouche bée.
La voix de Roan résonna dans toute la salle d'entraînement.
« …suis votre seigneur. »
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