Chapitre 370
« S'il vous plaît, soyez prudents », murmura doucement une femme.
Elle avait de longs cheveux argentés et des yeux vert feuille éclatants, dégageant une aura royale. Bien qu'elle soit dans la vingtaine, elle paraissait beaucoup plus jeune, au point qu'on aurait pu facilement la prendre pour l'une des princesses. Son sourire bienveillant était tempéré par une attitude sérieuse alors qu'elle observait les jeunes rassemblés autour d'elle.
« Tu t'inquiètes trop, comme toujours, mère », répondit Cylien avec un sourire.
Cylien portait une superbe robe elfique qui, bien que modeste, attirait tous les regards sur elle. Elle était d'une beauté à couper le souffle. Ses cheveux blonds étaient tressés avec soin et ses yeux, tout comme ceux de sa mère, reflétaient une certaine bonté.
« Je veillerai sur eux, mère. Il n'y a pas de quoi s'inquiéter », déclara une autre jeune femme, légèrement plus âgée que Cylien, aux traits frappants de ressemblance avec ceux de leur mère. Elle avait les mêmes cheveux argentés, également tressés, mais ses yeux verts présentaient chacun des nuances uniques. Elle portait des marques distinctives dessinées sous ses yeux.
Namys regarda sa fille aînée, Aerinwyn, et sourit. Elle n'avait aucun doute sur ses filles, mais plutôt sur son neveu, qui marchait avec assurance aux côtés de ses parents, un léger sourire en coin aux lèvres qui faisait rougir toutes les femmes elfes. Son père, le frère aîné de Namys, arborait une expression sérieuse, tandis que sa mère, Edea Elaryon — qui enseignait également dans la classe d'Alicia — semblait fière. Edea avait représenté son mari et Namys lors de la Réunion des Grands Nobles, quelques mois auparavant, pour discuter d'Utopia et de la promise de Teraquin.
Le regard d'Aerinwyn se posa brièvement sur Lykhor. En effet, elle ne pouvait pas être totalement certaine qu'il ne causerait pas de problèmes. Heureusement, Alvara ne semblait pas participer à l'événement d'aujourd'hui, alors Lykhor pourrait peut-être se tenir à carreau.
D'un autre côté, Kendel Teraquin, l'aîné de la fratrie, était présent avec sa mère. Il affichait une expression froide et sérieuse, comme toujours. Tout comme Cyril, Kendel avait été rarement aperçu depuis la remise des diplômes.
« C'est encore plus compliqué puisqu'il s'agit des fiançailles du fils d'Alea. J'ai entendu dire qu'il avait cherché querelle à beaucoup d'Elfes. De nombreux nobles le détestent », soupira Namys.
Ce qu'elle disait était vrai.
Les innombrables remarques désobligeantes d'Amael à l'égard des Elfes avaient sérieusement irrité de nombreux nobles de haut rang, que ce soit dans le Royaume de Teraquin, directement affectés par l'intermédiaire d'Allen, ou dans le Royaume d'Elaryon, qui désapprouvait le comportement d'Amael à leur égard.
C'était comme s'il les harcelait, et désormais, personne ne pouvait l'arrêter puisqu'il était le Prince et l'Héritier de la Maison Olphean.
Cylien ne put que garder le silence face à l'inquiétude de sa mère. Elle avait été témoin des insultes d'Amael envers les siens et ne savait pas comment réagir. Il était manifestement irrité par les Teraquin et même, d'une certaine manière, par Lykhor, ce qui n'arrangeait rien.
« Yo, Cylien. » Soudain, quelqu'un s'approcha et adressa un sourire à Cylien.
C'était, bien entendu, Rodolf.
Il ne pouvait y avoir que lui pour saluer aussi effrontément une princesse elfe.
« Rodolf ? » Même Cylien parut surprise.
« Viens, discutons un peu », lança Rodolf en faisant un signe de tête pour l'inviter à s'éloigner.
Cylien, l'expression tiraillée, regarda sa mère qui semblait exaspérée. Elle jeta un regard vers Jefer en quête d'aide, mais celui-ci semblait perdu dans ses pensées, comme à son habitude.
Finalement, ce fut Aerinwyn qui trancha. « Reviens plus tard, Cylien. »
« Oui, grande sœur... » Cylien, intimidée par le regard sévère de sa sœur, hocha la tête docilement.
Le regard de sa sœur signifiait clairement que Cylien devait se tenir avec dignité devant tant de nobles et ne rien faire qui puisse mettre leur réputation en péril.
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« Waouh, ta sœur est toujours aussi effrayante, pas vrai ? Je l'ai beaucoup croisée l'année dernière. J'imagine que c'est comme ça que les forts se comportent ? Quand on est puissant, on a le droit d'être arrogant, non ? » demanda Rodolf avec un sourire en coin à Cylien.
Mais l'humeur de Cylien s'était légèrement assombrie après cette brève interaction avec Aerinwyn.
Sa grande sœur lui avait déjà dit d'innombrables fois de rompre toute relation avec Rodolf, car cela n'était pas bon pour son avenir. Par « avenir », Aerinwyn entendait évidemment un futur où Cylien serait mariée à une noble maison elfe de haut rang. Il y avait déjà de nombreux prétendants, et Cylien avait le vague pressentiment que sa sœur aînée et sa mère avaient déjà planifié son futur mariage.
Elle savait que c'était son devoir en tant que princesse et qu'elle l'accomplirait. Le problème était ce sentiment constant d'être éclipsée par sa sœur aînée, qui la rongeait. Sa mère était plus douce, expliquant les choses avec délicatesse, mais sa sœur aînée ajoutait toujours la dureté nécessaire pour que Cylien comprenne ses responsabilités. Malgré tous ses efforts, Cylien pouvait voir, à la façon dont Namys la regardait, qu'elle était toujours considérée comme une enfant.
« Un jour, c'est certain, je la battrai pour de bon. Et alors, tu seras libre », les mots de Rodolf parvinrent à ses oreilles.
Cylien laissa échapper un petit rire, mais il manquait de chaleur. C'était un rire d'exaspération. « Tu es vraiment... incroyable, Rodolf. »
Malgré ses paroles, Rodolf ne se sentit pas heureux, car le ton de Cylien était sec et las.
« Tu ne comprends rien du tout, n'est-ce pas ? Tu sais que ça ne marchera jamais entre une elfe et un loup-garou. Je suis sûre qu'au fond de toi, tu le sais... alors s'il te plaît, arrête de t'occuper de moi », dit Cylien en se détournant. Mais Rodolf lui saisit le bras.
Ses yeux jaunes se posèrent sur elle, son expression joyeuse habituelle ayant disparu. « Alors, c'était quoi ce rendez-vous ? »
Il faisait référence à leur rendez-vous du début de l'année. Il l'avait invitée, et Cylien avait clairement accepté. Elle aurait pu refuser si elle avait été si certaine que cela ne mènerait nulle part. Cylien baissa les yeux. Pourquoi avait-elle accepté ? Seul le visage de sa sœur lui vint à l'esprit.
« Je ne sais pas... peut-être que je voulais me rebeller pour une fois », dit-elle avec amertume. « Rebelle, hein ? Ça me va », répondit Rodolf en retrouvant son sourire habituel.
Cylien regarda Rodolf et ne put s'empêcher de rougir un peu, remarquant à quel point il était beau. Malgré tous les sentiments négatifs qui l'habitaient, l'attitude enjouée de Rodolf lui semblait rayonnante.
« Tu es vraiment quelque chose, n'est-ce pas ? »
« Évidemment que je le suis », répondit Rodolf en lâchant le bras de Cylien. « Ta sœur ne me fait pas peur du tout. Et qu'en est-il du mélange des races ? Je sais que les Elfes ne jurent que par la suprématie raciale ou je ne sais quoi, mais je m'en fiche. Le plus fort l'emporte. Dis à ta sœur de m'envoyer tous ses prétendants. Elle comprendra vite que je suis le plus capable de tous. »
Cylien leva les yeux au ciel. Évidemment, il fallait que Rodolf parle de combat.
« Toujours en train de vouloir te battre », dit Cylien, exaspérée, avant de retrouver son sourire.
« Ouais, mais ce serait trop ennuyeux s'ils venaient un par un. Qu'elle les envoie tous contre moi en
même temps », lança Rodolf.
Cylien laissa échapper un petit rire amusé avant de se retourner pour partir.
« C'est tout, Cylien ? » La voix de Rodolf résonna derrière elle.
Cylien trouva un peu mignon le fait que Rodolf attende quelque chose de plus. Avec un tournoiement timide, elle sourit.
« Que dirais-tu d'un autre rendez-vous la semaine prochaine ? »
Rodolf fut pris au dépourvu, la bouche bée, mais il finit par afficher un large sourire. « Comme tu voudras, mais
demande à tes trois amies de ne pas nous suivre cette fois-ci. »
« Je sais ! » rit Cylien, sachant exactement de qui il parlait.
Amelia, Celeste et Elizabeth étaient tristement célèbres pour avoir espionné leur dernier rendez-vous, surtout Elizabeth, qui avait été entraînée dans le groupe lors de son projet avec Amael. « Hm ? » Cylien cligna des yeux en observant Rodolf une dernière fois. Pendant un instant, son apparence changea pour celle d'un bel homme à la peau brune, aux longs cheveux attachés en arrière. Lorsqu'elle cligna de nouveau des yeux, c'était Rodolf qui la regardait, stupéfait.
« M...arl...ène... » marmonna-t-il faiblement, se grattant la tête, confus.
Cylien le regarda froidement, pas vraiment contrariée, mais tout de même un peu agacée. « Il a vraiment le culot d'appeler une autre femme après que je lui ai proposé un rendez-vous ! »