Chapitre 1 666
« Salutations, Votre Altesse… » Le Grand Général Divin, Zhu Cangning, était vêtu de manière décontractée. Ses traits étaient bien dessinés et son regard profond. Il avait tout d’un homme déterminé, éprouvé par les vicissitudes de la vie.
En constatant la présence de la princesse Weiyang, il fut enfin soulagé. Il la salua aussitôt.
« Inutile de tant de formalités, Général. Que vouliez-vous me dire ? » Jiang Weiyang était perplexe.
Zhu Cangning ne répondit pas directement. Il regarda autour de lui et, après s’être assuré qu’ils étaient seuls, déclara d’un ton grave : « Ne vous troublez pas, Votre Altesse. Je vais tout vous expliquer et dissiper les doutes qui vous assaillent ces derniers temps. J’ai installé un sceau de formation de dissimulation dans la Demeure Sereine. Pour l’instant, personne ne pourra découvrir ce qui se passe ici, pas même l’Empereur. Je trouverai aussi un moyen d’effacer une partie des souvenirs de votre servante. »
À ces mots, Jiang Weiyang tressaillit. Son expression se fit grave.
Le sérieux de Zhu Cangning témoignait de la gravité de la situation.
Depuis quelque temps, elle se demandait pourquoi son père se comportait si étrangement. Il n’était plus lui-même. Elle avait donc supposé que la Dynastie Céleste du Bonheur Suprême était peut-être en danger.
Ou peut-être son père avait-il pressenti une calamité imminente, ce qui expliquait son comportement singulier.
C’était pour cette raison qu’elle avait accepté sans hésiter les arrangements de l’Empereur du Bonheur Suprême, pour le bien de la Dynastie Céleste.
« À votre retour du Territoire Antique de la Lumière Florissante, vous avez certainement remarqué le comportement étrange de l’Empereur. Je suis à son service depuis longtemps. Avant même qu’il ne fonde la Dynastie Céleste du Bonheur Suprême, je l’avais suivi dans ses guerres contre de nombreuses forces et m’étais illustré à ses côtés. Je crois donc assez bien le connaître. Tout le monde sait que Sa Majesté vous chérit. Il ne choisirait pas à la hâte un époux pour vous. » Zhu Cangning soupira avant de lui donner ses explications.
Jiang Weiyang hocha pensivement la tête. Elle partageait l’avis du vieil homme. C’était justement ce qu’elle ne comprenait pas.
« Je vois ce que vous voulez dire, Général. Mais pourquoi mon père agit-il ainsi ? S’est-il passé quelque chose à mon insu ? » demanda-t-elle.
Ces derniers temps, la situation était paisible dans la Dynastie Céleste du Bonheur Suprême. Elle n’avait pas été bouleversée par le Désastre des ténèbres et n’avait pas non plus rejoint l’Alliance des Justes.
N’était-ce que le calme avant la tempête ?
« Je soupçonne qu’il a été corrompu par le Concentré sombre… » Zhu Cangning la fixa et secoua la tête. Après un instant de silence, il reprit d’un ton grave, sombre, teinté d’une peur et d’un malaise qu’il ne parvenait pas à exprimer.
Ce malaise venait de la peur de l’inconnu.
Car il ne comprenait pas pourquoi même l’Empereur du Bonheur Suprême avait été corrompu par le Concentré sombre.
« Quoi ?! » Jiang Weiyang eut l’impression d’avoir été frappée par la foudre. Ses yeux, derrière le bandeau blanc, s’écarquillèrent d’incrédulité. Elle resta figée sur place, incapable de croire ce qu’elle venait d’entendre.
Son père était un homme vaillant et puissant, révéré par d’innombrables personnes. Lui aussi avait été atteint par le Concentré sombre ? *Comment est-ce possible ? Pourquoi une telle chose arriverait-elle à mon père ?*
Zhu Cangning s’était attendu à une telle réaction de la part de Jiang Weiyang.
Lorsqu’il avait formulé cette hypothèse, il avait été tout aussi stupéfait qu’elle l’était à présent. Il lui avait fallu longtemps pour retrouver son calme.
Bien sûr, il ne pouvait pas garantir que son hypothèse était juste. Pourtant, tous les indices pointaient dans cette direction.
« Général, qu’est-ce qui vous a amené à cette conclusion ? » Jiang Weiyang s’efforça de garder son calme, mais sa voix tremblait. La peur y perçait.
Pour elle, cette nouvelle avait l’effet d’un ciel qui s’effondrait. C’était terrifiant et inconcevable.
Zhu Cangning déclara gravement : « À l’époque, pour trouver une occasion de franchir un nouveau palier, Sa Majesté se rendit dans différents espaces-temps. Un jour, il affronta un ennemi terrifiant. Il fut grièvement blessé et faillit ne pas en revenir. Seules quelques personnes de la Dynastie Céleste du Bonheur Suprême sont au courant, et j’en fais partie. »
Jiang Weiyang était abasourdie. Elle n’arrivait pas à concevoir que son père, presque invincible, ait pu être grièvement blessé et manquer de ne pas revenir. Cet ennemi devait être effroyable.
Et pourtant, son père ne lui en avait jamais parlé.
« Il m’a dit que cet être était le plus terrifiant qu’il ait jamais rencontré. À l’époque, il avait supposé qu’une calamité inimaginable s’abattrait un jour sur l’Immense Étendue. Ce qu’il avait aperçu par accident dans les profondeurs de l’espace-temps avait peut-être un lien avec l’avenir de l’Immense Étendue. Une obscurité terrifiante se préparait dans les profondeurs de l’espace-temps. C’était comme un volcan endormi depuis d’innombrables ères, qui n’attendait qu’une occasion d’entrer en éruption. » Zhu Cangning poursuivit, le visage grave.
À ces mots, il se sentit impuissant et eut du mal à respirer. Il pouvait déjà imaginer des guerres sanglantes et des ténèbres sans fin.
« Vous voulez dire que mon père a rencontré la source de cette obscurité dans les profondeurs de l’espace-temps ? » Jiang Weiyang était intelligente ; elle comprit vite ce que Zhu Cangning voulait dire. Son visage pâlit et son corps trembla. Elle fut submergée par une peur et une angoisse indescriptibles.
« Je n’en sais rien. Ce n’est qu’une hypothèse. Je ne comprends pas non plus pourquoi il m’en a parlé à l’époque. Peut-être ses paroles avaient-elles un sens caché. Sans son étrange comportement de ces derniers temps, je n’aurais pas échafaudé cette hypothèse. Sa blessure n’a jamais guéri. Elle se réveille de temps à autre, et il doit la réprimer. » Zhu Cangning soupira, impuissant.
Jiang Weiyang garda le silence. Si Zhu Cangning ne lui en avait pas parlé, elle ne l’aurait jamais appris.
Il se pouvait aussi qu’elle n’en ait rien su parce qu’elle était encore scellée dans une Source de Dao et n’était pas née lorsque ces événements s’étaient produits.
Vu le tempérament de son père, il ne lui aurait pas parlé de telles choses de son propre chef, car cela n’aurait fait que l’inquiéter.
« Je soupçonne que Sa Majesté choisit un époux pour vous à la hâte parce qu’il craint que personne ne veille sur vous après sa mort. Il a donc pris ces dispositions pour assurer votre sécurité à l’avenir. Même Sa Majesté n’a pas le pouvoir d’éliminer le Concentré sombre. Nous autres, ministres et généraux, ne savons pas comment l’aider. Et si la nouvelle se répandait, toute la Dynastie Céleste du Bonheur Suprême en serait bouleversée. Les conséquences seraient terribles. Ce n’est qu’après mûre réflexion que j’ai décidé de vous en parler. » Zhu Cangning gardait toujours son air grave.
Jiang Weiyang ne parvenait toujours pas à se remettre de cette nouvelle stupéfiante.
Elle ne savait pas quoi faire. À cet instant, elle se sentait profondément impuissante.
Elle n’était qu’une jeune femme inexpérimentée. Depuis son enfance, on l’avait protégée et elle n’avait jamais affronté de véritable tempête. C’était une princesse qui ignorait comment résoudre des problèmes d’une telle ampleur.
À cet instant, l’angoisse la submergeait et son esprit était vide. Elle ne savait pas comment faire face à tout cela.
Bien sûr, elle comprenait ce que Zhu Cangning voulait dire. Il la persuadait de ne pas faire de caprices, pour le bien du royaume. Elle ne devait pas prendre ce mariage à la légère, car il pourrait avoir des conséquences sur son avenir.
« Fuyi est mon petit-fils, et je l’ai vu grandir. Il est bon et fiable. Son talent ne fait aucun doute. Vous avez certainement vu à quel point il est fort, dans le pavillon, Votre Altesse. Je crains que vous ne rencontriez bien des difficultés ces prochains temps. Permettez-moi de suggérer que Fuyi reste à vos côtés et vous aide à les surmonter, pour l’instant. Il vous aidera à choisir le bon époux avec le plus grand soin. »
Zhu Cangning joignit soudain les poings et prit la parole.
La tête de Jiang Weiyang bourdonnait encore ; elle ne s’était pas remise du choc. En entendant soudain les paroles du vieil homme, elle tressaillit.
*Qu’est-ce qu’il veut dire ?* Elle était anxieuse, mais pas stupide. Le Grand Général Divin semblait lui parler par bonté d’âme, mais il avait aussi une arrière-pensée.
En laissant son petit-fils rester auprès d’elle, espérait-il que Zhu Fuyi saurait gagner son cœur ?
« Merci, Général. » Jiang Weiyang ignorait quelles étaient les intentions de Zhu Cangning. Dans ces conditions, elle avait du mal à refuser.
Zhu Cangning finit par sourire. Il était soulagé.
Ses paroles avaient beau être stupéfiantes, elles ne sortaient pas de nulle part. C’était son hypothèse, et il était réellement inquiet.
Si quelque chose arrivait à l’Empereur du Bonheur Suprême, la Dynastie Céleste du Bonheur Suprême risquait de se disloquer.
À ce moment-là, la personne qui se cachait derrière l’Empereur du Bonheur Suprême passerait à l’action. Sa présence empêcherait la Dynastie Céleste du Bonheur Suprême de se disloquer et réglerait tous les problèmes.
Zhu Cangning servait l’Empereur du Bonheur Suprême depuis longtemps et savait qu’un être mystérieux se tenait dans son ombre.
C’était grâce à cet être mystérieux que l’Empereur du Bonheur Suprême avait accompli tant de choses.
Jiang Weiyang quitta la Demeure Sereine, toujours hébétée.
Zhu Fuyi, qui avait attendu là tout ce temps, la suivit aussitôt et se comporta comme son garde du corps.
De loin, il vit son grand-père, Zhu Cangning, lui faire un signe de tête.
À cet instant, il fut transporté de joie. Il avait désormais bien plus de chances de gagner le cœur de la princesse que les autres jeunes gens brillants.
…
Au même moment, dans un palais délabré de la Cité céleste du Bonheur Suprême, une vieille femme aveugle était assise sur un coussin. Elle semblait se reposer.
Ye Wudao, qui avait quitté le banquet, arriva avec une expression plus douce. Il salua la vieille femme. « Grande sœur martiale Xing Ying. »
« Cela fait longtemps que nous ne nous sommes pas vus. Ta cultivation a considérablement progressé. » La vieille femme aveugle inclina la tête. Ses yeux argentés étaient constellés de belles étoiles. C’était l’Ancienne Xing Ying, celle qui était apparue autrefois au Pays des Souffrances Célestes.
Elle avait fui avant la destruction du Pays des Souffrances Célestes. Elle ne se souciait plus de son sort.
Elle avait aussi abandonné son petit frère martial, Bai Mei, qui avait été autrefois roi des Étoiles au Pays des Souffrances Célestes.
Après la chute du Pays des Souffrances Célestes, Bai Mei avait été capturé par des membres de la Sainte Église de l’Espoir Primordial. Il était toujours prisonnier de leur geôle spatio-temporelle.
Ye Wudao répondit avec respect : « Ma cultivation n’est rien comparée à la vôtre. »
Alors qu’il était en chemin, il avait reçu un message vocal de sa grande sœur martiale. Elle lui annonçait son arrivée dans la Dynastie Céleste du Bonheur Suprême.
Son message vocal et son arrivée l’avaient surpris.
En effet, il avait rarement fréquenté l’Ancienne Xing Ying et les autres, bien qu’il appartînt à la même secte qu’eux.
Plus jeune, il chevauchait un oiseau vert, précédé d’un Dragon azur, lorsqu’il était arrivé à la Grotte des Ruines Ardentes pour y cultiver. Un être mystérieux, connu sous le nom de Maître de la Grotte des Ruines Ardentes, lui avait prodigué des conseils et accordé de nombreux bienfaits.
On pouvait le considérer comme un disciple de la Grotte des Ruines Ardentes.
Mais la Grotte des Ruines Ardentes avait une règle : elle accordait une grande importance au destin et, quels que fussent leurs antécédents, ses disciples ne devaient rien révéler à son sujet au monde extérieur.
Même son père, le roi du Royaume Impérial du Sud, ignorait qu’il avait eu cette chance.
La vieille femme aveugle qui se tenait devant lui était une aînée de la Grotte des Ruines Ardentes. Elle était insondable.
Aussi arrogant que fût Ye Wudao, il n’aurait jamais osé lui manquer de respect.
De plus, à ses yeux, le mystérieux Maître de la Grotte des Ruines Ardentes était bien plus puissant que son père, le roi du Royaume Impérial du Sud.
« Puisque tu es de retour, tu vas m’accompagner pour offrir un présent à l’Empereur du Bonheur Suprême. On dirait que tu n’as pas réussi à gagner le cœur de sa fille. » L’Ancienne Xing Ying se leva et sortit de la salle.
Après un instant d’hésitation, Ye Wudao la suivit. Perplexe, il demanda : « Quel présent comptez-vous offrir à l’Empereur du Bonheur Suprême, grande sœur martiale ? »
Il trouvait sa grande sœur martiale instable. Elle semblait contenir sa colère. Et l’Empereur du Bonheur Suprême la recevrait-il si elle se présentait ainsi ? L’Empereur du Bonheur Suprême avait-il lui aussi un lien avec la Grotte des Ruines Ardentes ?
« Inutile de poser des questions. La suite te sera bénéfique. Notre Maître en a parlé. Jiang Yun ne refusera pas. » L’Ancienne Xing Ying parla sans émotion en marchant devant lui. Elle agita sa manche ; le vide se brouilla. Un chemin doré apparut devant eux et s’enfonça dans l’espace-temps. Puis elle l’emmena avec elle et disparut.
Ce n’est qu’alors que Ye Wudao remarqua qu’elle tenait une boîte carrée en bois de santal, qui semblait contenir quelque chose. Il perçut une légère odeur de sang qui s’en dégageait.