Chapitre 157
« Je pensais que c’était de ma faute, que je ne t’accordais pas assez de confiance, ce qui te rendait anxieuse. »
« Pas du tout ! Je savais pertinemment qu’Yves me dirait que tout allait bien. »
J’agitai les mains avec vigueur et ajoutai que j’accordais une confiance totale à Yves Leblanc.
« J’avais juste peur, toute seule dans mon coin. »
Lorsque j’ajoutai que je n’avais pas réussi à me confier par manque de courage, Yves Leblanc me tapota doucement le dos.
Comme pour me réconforter et me dire que tout allait bien.
Un instant, je me blottis contre lui, sentant la chaleur de son corps.
« C’est si confortable et douillet. »
Même le battement régulier du cœur d’Yves Leblanc ressemblait à une berceuse ; je faillis m’endormir sans m’en rendre compte, mais sa voix me ramena à la réalité.
« Il y a une chose qui m’intrigue. »
« … Oui ? »
Encore à moitié endormie, je répondis avec un temps de retard. Il caressa mes cheveux et, avec un léger sourire, poursuivit lentement.
« Une fois ta mission accomplie, retourneras-tu dans ton monde d’origine ? »
« Hum… Je ne sais pas. Je ne peux pas en être certaine. »
Tout d’abord, il était certain que j’étais morte dans ma vie précédente.
Laura, en revanche, était différente.
Bien qu’elle fût destinée à mourir, le moment où j’ai pris possession de son corps précédait sa mort.
Il était fort probable que l’âme de Laura se trouvât quelque part ailleurs.
Par conséquent, personne ne pouvait savoir ce qui arriverait une fois le problème de la régression de Selene résolu.
« À moins qu’il ne s’agisse du dieu qui m’a amenée dans ce monde. »
Ce dieu inconnu dont j’ignorais encore le nom.
Comme je n’arrivais toujours pas à comprendre ce qu’il attendait de moi, ce que je pouvais dire à Yves Leblanc était limité.
« Honnêtement, je ne suis même pas sûre que résoudre le problème de Selene soit réellement ma mission. »
« Je vois. »
Bien que sa réponse semblât calme et compréhensive, le teint d’Yves Leblanc restait sombre.
« Qu’est-ce qui ne va pas ? »
« L’idée que tu puisses disparaître soudainement un jour, tout comme tu es apparue, me terrifie. »
Je comprenais ce qu’il ressentait. Car, moi aussi, j’étais parfois saisie par cette même anxiété.
« Tout ira bien. »
Probablement.
Avalant les mots qui restaient suspendus à mes lèvres, je changeai rapidement de sujet avant que l’atmosphère ne devienne trop lourde.
« Quoi qu’il en soit, tous les malentendus sont dissipés maintenant, n’est-ce pas ? »
Cependant, l’expression d’Yves Leblanc ne s’éclaircit pas facilement.
« Yves, tu m’écoutes ? »
Pour attirer son attention, je pinçai délibérément sa joue en lui posant la question.
« Que je n’ai pas la moindre once d’affection rationnelle pour Endymion. »
« Oui. »
Lorsque je le pressai à plusieurs reprises, Yves Leblanc finit par détendre son visage figé.
Bien qu’une trace ténue d’anxiété persistât dans ses yeux argentés, comme c’était un problème qui ne pouvait être résolu immédiatement, je ne fis aucune remarque.
À cause de cette angoisse concernant l’avenir, un court silence s’installa entre nous. Alors que j’étais perdue dans mes pensées, inquiète des jours imprévisibles qui nous attendaient,
« Laura. »
Yves Leblanc prononça mon nom.
« Il y a une chose que j’aimerais clarifier également. Il semble que Laura ait aussi un malentendu. »
« De quoi s’agit-il ? »
Je penchai la tête, l’observant alors qu’il parlait avec prudence. Je n’arrivais pas à deviner quel malentendu je pouvais bien avoir.
« La personne que j’ai aimée a toujours été toi. »
« Quoi ? »
Je fis inconsciemment une tête stupéfaite en répondant à sa déclaration soudaine et inattendue.
Mais Yves Leblanc ne prêta aucune attention à ma réaction déconcertée. Au contraire, avec une expression encore plus sérieuse, il poursuivit.
« Du début jusqu’à maintenant… et pour toujours dans le futur également. La seule personne que j’aime, c’est toi. »
« … »
Plissant doucement les yeux, il étira le coin de ses lèvres en un sourire éclatant et innocent. Son allure était langoureuse tout en étant douce, rappelant un magnolia blanc.
Je fixai Yves Leblanc, qui paraissait plus brillant que la pleine lune flottant dans le ciel nocturne. Puis, il dit avec malice :
« Tu es vraiment faible face à mon sourire. »
Ce n’est qu’à cet instant que je réalisai qu’Yves Leblanc m’avait taquinée.
« Quel petit renard, celui-là. »
Alors que je faisais la moue, Yves Leblanc, un coin de la bouche relevé, me piqua la joue à plusieurs reprises et parla.
« Jusqu’à présent, je n’ai jamais considéré mon abondant pouvoir divin comme une bénédiction, mais là, je pense sincèrement que c’est une chance. »
« Pourquoi ? »
« Parce que le pouvoir divin ralentit le processus de vieillissement. »
« Attends une seconde. Je ne t’aime pas seulement pour ton apparence, Yves ! »
Bien sûr, je ne pouvais pas dire que cela n’avait aucun poids, mais je pouvais affirmer fermement que ce n’était pas seulement ça.
« J’aime tout chez toi, Yves, alors même si le temps passe et que ton visage se couvre de rides, je t’aimerai toujours. Alors, sois rassuré. »
J’avais dit des choses bien plus embarrassantes que cela, mais pour une raison inconnue, je me sentais timide. Je m’éclaircis la gorge et changeai de sujet.
« Hum. Quoi qu’il en soit, nous ne pouvons pas paresser éternellement sous prétexte que notre emploi du temps est vide, alors devrions-nous nous lever ? »
« Emploi du temps… »
C’était une remarque anodine, mais Yves Leblanc, qui souriait brillamment quelques instants plus tôt, marmonna soudain dans sa barbe et son visage se figea.
Sentant une atmosphère inhabituelle, je demandai prudemment :
« Quelque chose ne va pas ? »
« Maintenant que tu en parles, hier, Sa Sainteté le Pape m’a ordonné de t’amener à son bureau car il avait des nouvelles à nous transmettre. »
Je m’étais demandé pourquoi Yves Leblanc, qui m’évitait depuis un moment, était soudainement venu dans ma chambre. C’était donc pour cela.
« Mais pourquoi ne me le dis-tu que maintenant ? »
« Alors que j’attendais dans la chambre, je t’ai vue par hasard en train de parler avec mon frère… et mon esprit s’est vidé… »
Je le fixais, déconcertée, alors qu’il s’interrompait, quand une pensée me traversa soudain l’esprit, me faisant pâlir instantanément.
C’était parce que je me rappelais que cette chambre et le bureau du Pape se trouvaient au même étage.
« A-Attends une minute. Ça… »
Je ne pus finir ma phrase, ouvrant et fermant la bouche sans un son.
C’était trop embarrassant d’évoquer les souvenirs de la nuit dernière à voix haute, et de plus, l’hypothèse qui me vint soudain à l’esprit était trop terrifiante.
« Pas possible, pas possible… Et si le Pape avait tout entendu ? »
Alors que je sombrais dans l’inquiétude, imaginant toutes sortes de scénarios, me demandant comment je pourrais le regarder à nouveau, ou si je devais m’enfuir du Saint Royaume sur-le-champ…
La voix d’Yves Leblanc coupa court à mes pensées.
« Comme la barrière d’insonorisation était en place, il n’y a aucune raison de craindre qu’un quelconque son ait filtré. »
« Pourquoi en es-tu si sûr ? »
« J’avais installé la barrière d’isolation spatiale que j’ai apprise de Fenrir. »
D’un ton calme, Yves Leblanc expliqua qu’à moins que la barrière ne soit brisée, personne ne pouvait entrer ou sortir, et aucun son ne pouvait s’échapper.
« Eh bien, la pièce est déjà assez insonorisée à la base, et Sa Sainteté le Pape se doute probablement que nous nous disputions, alors il comprendra même si nous sommes un peu en retard. »
« … Très bien. Nous devrions y aller maintenant. »
Après avoir conclu la conversation, je me dirigeai vers la salle de bain pour me préparer. Mais avant même de me laver, je fus confrontée à une vision choquante devant le miroir.
C’étaient les marques colorées qui couvraient tout mon corps.
Les fleurs de chaleur fleurissant de manière chaotique sur ma peau blanche n’étaient rien comparées à ce qui suivait.
« Non. Qu’est-ce que sont toutes ces traces de morsures… »
Ce qui me fit haleter d’horreur, ce furent les marques de morsures clairement visibles.
Celles dont je me souvenais distinctement n’étaient que sur ma cheville et ma nuque, mais les marques gravées sur moi étaient bien plus nombreuses.
J’avais vraiment l’impression qu’Yves Leblanc avait dévoré mon corps tout entier.
Je fixais le miroir depuis un long moment quand,
« … Je suis désolé de ne pas avoir pu me contrôler. »
Yves Leblanc, qui était entré dans la salle de bain à un moment donné, baissa les yeux comme un enfant qui sait qu’il a mal agi et s’excusa d’un ton abattu.
En réponse, j’avalai le soupir qui montait dans ma gorge et dis :
« Ce n’est rien. Ça ne fait pas mal. »
D’ailleurs, à l’exception des morsures autour de mon cou, toutes seraient dissimulées une fois que j’aurais enfilé mes vêtements.
Je détournai les yeux des traces qu’Yves Leblanc avait laissées et passai à autre chose. Je devais me laver rapidement et aller rencontrer le Pape.
Le jour tant attendu se leva enfin.
C’était le jour prévu pour le départ vers les montagnes du Zagros. Je levai les yeux vers le ciel clair, sans nuages, en attendant Fenrir.
« Dieu merci, il fait beau. »
Puisque nous voyagions par magie, la pluie n’aurait pas eu d’importance, mais une journée ensoleillée était tout de même plus agréable.
Alors que j’étais perdue dans ces pensées triviales, une voix inattendue m’interpella.
« Lady Laura, êtes-vous prête ? »
C’était Enheduane, arborant un sourire doux, aussi chaleureux que le soleil printanier.
« Enheduane, qu’est-ce qui vous amène ici ? »
« Je vous ai dit qu’il n’y avait aucun mal à m’appeler familièrement “An”… Pourtant, Lady Laura ne m’appelle jamais par mon surnom à moins que je ne le souligne. Cela signifie-t-il que vous trouvez cela inconfortable ? »
« Oui, c’est exactement ça. »
La personne qui répondit à sa plainte délibérément mélancolique, destinée à provoquer la culpabilité, fut Yves Leblanc.
« Oh là là, je suis actuellement en train de discuter avec Lady Laura. Alors, Sir Leblanc, pourriez-vous vous abstenir d’interrompre ? »