Les escouades et les équipes furent formées assez rapidement. La guilde semblait déjà savoir qui elle voulait envoyer, il n'y eut donc guère besoin de discuter sur ce point.
Nous sommes partis le lendemain.
« ...Le vol durera environ trois heures. Reposez-vous, car il est fort probable que nous soyons sollicités dès notre arrivée. »
Il y avait quelques visages familiers dans l'avion.
Après avoir rangé mes bagages, j'ai jeté un œil à mon billet, mes yeux se posant sur le siège qui m'avait été assigné.
[17D]
« ..... »
Mais il y avait un problème.
Quelqu'un était assis là.
« Quoi ? »
Elle sembla remarquer ma présence, ce qui n'était pas surprenant étant donné que je me tenais dans l'allée, les yeux rivés sur elle. Abaissant ses lunettes de soleil, elle croisa mon regard, ses sourcils se fronçant lentement.
« Si c'est un autographe que tu veux, alors— »
« C'est ma place. »
« Ah... ? »
La chef d'escouade marqua une pause avant de sortir son billet pour le consulter. Après quoi, elle regarda la numérotation des sièges et comprit immédiatement.
« Tu as raison. »
Sur ce, elle rangea son billet et resta assise.
« ... »
Cette femme...
« Tu ne vas pas bouger ? »
« Bouger ? »
Soran abaissa à nouveau ses lunettes de soleil, et son expression changea très légèrement. Pendant un bref instant, elle eut presque l'air blessée.
Un mauvais pressentiment m'envahit, et je savais déjà ce qui allait arriver. Effectivement, ses mots suivants le confirmèrent alors qu'elle parlait, sa voix assez forte pour que tous ceux à proximité puissent l'entendre.
« Après ce que tu m'as fait cette nuit-là, tu vas vraiment... ! »
« Et alors ? »
J'ai penché la tête en la fixant.
Soran cligna des yeux.
« Comment ça, "et alors" ? Tu m'as jetée comme une malpropre cette nuit-là ! Tu m'as traitée comme un déchet après avoir fini avec moi ! Vous les hommes, vous êtes tous les mêmes ! Tu— »
« Tu as vomi sur moi en plein milieu, c'est pour ça que j'ai dû partir ! »
Ce fut au tour de Soran d'avoir l'air choquée ; elle cligna des yeux à plusieurs reprises, semblant décontenancée alors qu'elle marmonnait : « J'ai fait ça... ? Non, c'est impossible. »
« Si, tu l'as fait ! »
Enfin, non... mais puisqu'elle inventait des choses, je me suis dit que je pouvais faire de même. J'ai couvert ma bouche en tendant la main vers le siège, mes jambes tremblant légèrement.
« ...J'en fais encore des cauchemars. »
« C'est vrai... ? »
« O-ouais. »
J'ai posé une main sur ma poitrine en pinçant les lèvres.
« C'est la façon dont tu as touché mon... » J'ai serré les dents en détournant le regard.
« Hein ? Hein ? »
Soran retira ses lunettes de soleil, son masque se fissurant enfin.
« Je n'ai pas fait ça ! »
Elle pressa un doigt contre sa tempe, cherchant visiblement quoi dire. Finalement, elle lâcha : « C'est ça ! Je suis encein— »
« Je suis là pour toi. »
J'ai soudainement attrapé sa main, mon autre main s'élevant pour effleurer doucement sa joue.
Soran se figea instantanément, les yeux écarquillés de stupeur. Un léger frisson m'a parcouru en observant son expression. Honnêtement, c'était presque aussi divertissant que lorsque j'avais fait la même chose à Catherine ; mes doigts ont légèrement parcouru les cheveux de Soran tandis que je lui tapotais la tête.
« ...Tu n'as pas à traverser ça toute seule. »
« T-tu... tu savais ? »
« J'ai toujours su. »
J'ai continué à lui tapoter l'arrière de la tête. Le visage de Soran est devenu totalement immobile, comme pétrifié. Puis, lentement, des larmes se sont accumulées au coin de ses yeux avant de déborder alors qu'elle commençait à marteler ma poitrine.
Poum ! Poum ! Poum !
« C'est de ta faute ! J'étais seule ! J'étais... j'étais... !! C'étaient les moments les plus durs de ma vie ! »
En la voyant ainsi, même moi, j'avais les larmes aux yeux. Nous étions en train de jouer la comédie, mais cela semblait presque trop réel.
J'ai pris une profonde inspiration.
« Je suis là pour toi, ma douce. Je suis là— »
« Est-ce que tout va bien, vous deux ? »
Une voix s'éleva soudainement.
En levant la tête, j'ai aperçu les nombreux regards braqués sur nous. Pratiquement tout l'avion nous observait. Enfin, pas qu'il soit plein, puisqu'il s'agissait d'un avion privé, mais quand même...
En particulier, je pouvais clairement sentir le dégoût dans le regard de Catherine alors qu'elle nous observait. Malgré cela, elle a réussi à le masquer, forçant un sourire crispé tout en luttant pour garder son calme.
« Haha. » Elle a même fait semblant de rire. Bien que seul son visage riait, ses yeux semblaient extrêmement froids.
« Vous êtes vraiment drôles, tous les deux. Pendant un instant, j'ai presque cru à votre numéro. Peut-être devriez-vous songer à jouer dans un drame ensemble. »
Pendant un moment, ni Soran ni moi n'avons dit un mot.
Mais cela n'a duré qu'un instant, le temps que je me rapproche de Soran en lui serrant l'épaule. Au même moment, mes épaules se sont mises à trembler.
« ...E-elle... m'a touché de manière inappropriée. »
« Quoi ?! »
Soran s'est levée en pointant soudainement Catherine du doigt.
« Comment as-tu osé toucher mon homme comme ça !? Il n'y a que moi qui ai le droit ! »
J'ai hoché la tête.
« ...C'est vrai. »
Elle a tendu la main vers moi.
Je lui ai donné une tape sur la main.
« Tsk. »
Est-ce qu'elle vient de... ?
« .... !! »
La bouche de Catherine s'ouvrait et se fermait à répétition tandis que son regard oscillait entre nous deux, la laissant totalement sans voix. Elle a essayé de parler, mais rien n'est sorti, surtout quand Soran lui a lancé un regard noir.
« Sale garce ! »
« Très bien, ça suffit. »
Une voix léthargique a coupé court au vacarme alors que le Chef de section apparaissait derrière nous, son regard se posant sur nous tandis qu'il levait une main pour se frotter le front.
« Vous bloquez le passage. Soyez fluides. Soran, tu es chef d'escouade. Comporte-toi comme telle. »
« Ouais. »
Soran a soupiré, marmonnant quelque chose dans sa barbe que je fus le seul à entendre : « Juste au moment où ça commençait à devenir amusant. »
Elle s'est ensuite assise à côté de moi et a croisé les bras.
Je pensais que ça en resterait là, mais elle a rapidement reporté son attention sur moi.
« Tu sais, tu es devenu beaucoup plus drôle qu'avant. »
J'ai cligné des yeux.
« Dans quel sens... ? »
« Tu n'étais pas comme ça avant. Je ne t'imaginais pas du genre à entrer dans mon jeu. Qu'est-ce que tu en dis ? C'est amusant, non ? De foutre la merde. »
Amusant ?
J'ai repensé à toute la situation, au visage qu'avait fait Catherine, ainsi qu'aux expressions de tous les autres pendant que nous faisions notre numéro. Finalement, j'ai souri en me renversant dans mon siège.
« Ouais. »
C'était vraiment amusant.
Je n'aurais jamais fait une chose pareille par le passé, mais j'avais atteint un point où je me fichais de ce genre de choses. Plus c'est le chaos, mieux c'est.
Oh, mais...
« Tu es toujours sur mon siège. »
« Tsk. »
« On échange. »
« ...Tsk. Tsk. Comme prévu des hommes. Tu t'es lassé de moi après m'avoir utilisée, hein ? »
« Oui. »
« Tsk. Tsk. Tsk. »
Et c'est ainsi que nous avons échangé nos places.
*
Il n'y eut plus d'autres accrocs pendant le vol. Les seuls à causer de véritables problèmes étions Soran et moi, mais après un certain temps, Soran s'est endormie et la paix est revenue dans l'avion. Enfin, dans une certaine mesure.
« Il me faut une nouvelle chemise. »
En sortant de l'aéroport, j'ai regardé mon épaule où une énorme tache humide était apparue.
« Dégueulasse. »
J'ai continué à l'essuyer alors que nous quittions le contrôle de sécurité pour arriver dans la zone d'attente, où nous avons été accueillis par de nombreuses personnes tenant des pancartes sur lesquelles était écrit : [Guilde des Étoiles Tranchées.]
Le Chef de section a immédiatement fait signe, et nous avons été escortés à l'extérieur de l'aéroport, où de nombreux SUV noirs nous attendaient.
En observant les environs, j'ai été surpris par la qualité de construction de l'aéroport. De hauts piliers s'étendaient dans toutes les directions, soutenant une structure massive semblable à un voile qui projetait une ombre étendue sur la zone en dessous. L'aéroport lui-même était relativement vide, mais juste à l'extérieur se dressaient des rangées d'arbres se balançant doucement dans la brise légère.
Il ne faisait ni chaud ni froid, et alors que nous montions dans les SUV, nous avons rapidement été escortés vers ce qui semblait être le District Ouest.
Dès notre arrivée, j'ai senti la différence presque immédiatement. Les larges routes ont commencé à se rétrécir, la surface lisse laissant place à un sol inégal et cahoteux qui rendait chaque mouvement plus perceptible. Des graffitis couvraient presque tous les murs, tandis que des portails rouillés et brisés se dressaient de travers sur les côtés, comme s'ils tenaient à peine debout.
En regardant dehors, il n'y avait pas grand monde en vue.
Ceux qui apparaissaient semblaient faire partie intégrante de la rue, leurs vêtements usés et leur apparence hagarde, se déplaçant lentement dans la zone comme s'ils étaient accablés par l'environnement qui les entourait.
Les SUV ont continué d'avancer jusqu'à ce que nous arrivions dans une grande enceinte, les portails grinçant à mesure que nous approchions. Au moment où ils se sont ouverts, j'ai remarqué plusieurs voitures déjà garées à l'intérieur, avec des gens allant et venant dans toutes les directions.
Alors que le véhicule s'immobilisait enfin et que les portes s'ouvraient, je l'ai remarqué.
Les nombreux regards braqués sur moi.