« Ukeh... Tousse ! »
Le son de sa quinte de toux traîna doucement dans la pièce tandis que la Matriarche se cramponnait à sa gorge, luttant pour reprendre son souffle. Alors que son visage commençait à retrouver des couleurs, je l'observai avec un sourire, trouvant sa lutte actuelle quelque peu amusante.
« C'est la même femme que je considérais autrefois comme une mère. La voir ainsi... cela me brise vraiment le cœur. »
Mais en même temps...
Je savais que cette femme n'était plus celle que j'avais connue.
« As-tu assez toussé ? »
« U... kh ! »
Relevant la tête, elle fixa mon regard, ses yeux tremblants.
« T-tu... »
« Moi, quoi ? »
Inclinant la tête, je levai la main.
Elle sursauta immédiatement, mais je me contentai de rejeter mes cheveux en arrière.
« Je ne vais pas te toucher, ne t'en fais pas. »
Enfin, peut-être.
Je n'avais pas vraiment de plan pour le moment.
Mais peut-être bientôt.
« P-pourquoi fais-tu... c-ça ? Pourquoi... »
« Ah, arrête ça. »
Je fis un geste de la main pour la faire taire.
Honnêtement, la voir ainsi me donnait la nausée.
« Je sais ce que tu as fait. Arrête de prétendre que tu es la Matriarche innocente qui m'a élevé. Tu crois que j'ignore ce que tu m'as fait subir ? »
Les lèvres de la Matriarche tremblèrent.
À voir son visage, on aurait presque cru qu'elle ne savait pas.
Mais je savais.
Je savais qu'elle était au courant.
« Je suis ici pour poser des questions. Réponds-moi si tu peux. Et puis... » Je fis une pause, songeant aux nombreuses autres méthodes dont je disposais pour la faire parler, avant de secouer la tête. « J'ai d'autres moyens de te faire parler, mais je préférerais que nous ayons une conversation à cœur ouvert. Après tout, tu m'as élevé. »
Enfin, dans une certaine mesure.
« ..... »
Le silence s'installa dans la pièce dès que j'eus fini de parler. La Matriarche me fixait toujours, le visage pâle et les lèvres tremblantes.
En la voyant ainsi, je baissai la tête et souris.
« Ça ne sert à rien d'appeler à l'aide. Personne ne viendra pour toi. »
D'un coup de main, je fis voler les draps qui recouvraient son corps tandis qu'un fin fil sombre jaillissait de mon doigt.
La Matriarche poussa un petit cri en essayant de rabattre les draps, mais il était trop tard ; le petit appareil qu'elle tenait en main était déjà exposé.
Clic ! Clic !
Elle appuya plusieurs fois dessus, mais je la laissai faire.
À la place, je pointai ma tempe.
« Comme je l'ai dit, ça ne sert à rien. J'ai mes moyens pour t'empêcher d'appeler qui que ce soit. »
M. Jingles, principalement.
Clic ! Clic ! Clic !
Malgré mes paroles, elle continua d'appuyer sur l'appareil. Chaque clic résonnait doucement, accompagné par le bip rapide et frénétique du cardiogramme à ses côtés.
Elle était agitée.
« À l'aide ! À l'aide ! »
Et bientôt, elle se mit à hurler.
« Très bien. »
C'est à ce moment-là que je décidai de me lever.
"—— !"
Le bruit cessa instantanément tandis que son visage pâlissait considérablement.
Je l'observai attentivement.
« Combien de temps vas-tu jouer la comédie ? »
Elle jouait son rôle à la perfection, mais elle ne pouvait pas me tromper. Elle feignait la terreur, pourtant ses yeux la trahissaient. Il n'y avait aucune peur en eux. Je le savais.
Et effectivement...
« Tu... tu devrais être mort à l'heure qu'il est. »
Sa voix n'était plus frénétique. Elle s'était faite plus grave, perdant la panique d'autrefois pour adopter un calme d'un poids presque troublant.
« ...Au moment où le transfert a échoué, tu aurais dû mourir. Tu ne devrais même pas être ici. Comment es-tu là ? »
« Haha. »
Voyant son visage se déformer sous mes yeux, j'éclatai de rire en me renversant sur ma chaise.
« Je m'y attendais au moment où je l'ai confrontée, mais cela dépasse mes espérances. Peut-être qu'une partie de moi espérait avoir tort. Il s'avère que non. »
« Comment es-tu encore en vie ?! »
Sa voix résonna dans toute la pièce tandis que son visage se tordait de manière menaçante.
« Toi... ! Ta tête... ! Tu aurais dû... »
« Oh, ne t'inquiète pas pour ma tête. »
Je tapotai mon crâne à quelques reprises.
« Elle n'est certainement pas en bon état, je peux te l'assurer. Cependant, je suis toujours en vie, et c'est tout ce qui compte, non ? »
J'offris un sourire à la Matriarche.
Non...
Pas tout à fait à la Matriarche.
À quelqu'un d'autre, alors que je tournais la tête.
« Qu'en dis-tu ? Ça te plaît ce que tu vois ? »
« Hein ? Quoi... ? ! »
Remarquant soudain la direction de mon regard, la Matriarche se tourna, et son visage se figea. Ses lèvres tremblèrent alors qu'elle commençait à bégayer : « C-ça... ça n'a pas... »
« Eh bien, il est mort, mais pas tout à fait... ? »
Je me grattai la joue en fixant Kyle. Il se tenait dans le coin de la pièce, la bouche entrouverte, les yeux rivés sur la Matriarche. Pour être honnête, c'était l'une des raisons pour lesquelles j'avais décidé de venir ici.
Plutôt que de simplement raconter ma situation à Kyle, je voulais la lui montrer.
Je voulais qu'il voie de ses propres yeux ce que j'avais traversé.
« K-Kyle, ça... je... »
« Assez avec ces absurdités. Kyle allait probablement être ton prochain réceptacle, je le sais. »
Cet orphelinat...
Je n'étais pas le seul à avoir été entraîné pour devenir le prochain réceptacle de Dantalion. J'étais probablement le plus approprié, mais les autres restaient des candidats viables. Avec leur récent échec, ce qu'il restait du culte aurait essayé à nouveau avec Kyle, mais il a fini par « mourir ».
Mais une chose me rendait curieux.
« Avec la disparition de Kyle, qu'allais-tu faire exactement ? Avais-tu un autre enfant en réserve ? »
« Un autre enfant... ? »
La Matriarche fit une pause, puis tourna lentement la tête.
Nos regards se croisèrent, et à cet instant, ses lèvres s'étirèrent lentement en un sourire. Les rides autour de sa bouche s'étirèrent d'une manière presque contre-nature, se creusant à mesure que l'expression se figeait sur son visage.
Cette vision fit s'effacer mon propre sourire, alors qu'un étrange sentiment de malaise m'envahissait.
« Il... semble que tu ne sois pas au courant. »
Sa voix devint encore plus grave, tandis que les rides de son visage se faisaient plus marquées, se crispant alors que son expression se muait en quelque chose de plus troublant.
« Monsieur ■■■■■■■■■ n'est plus. Tu... nous l'as pris. Nous n'avons plus personne à servir. »
« Alors... »
« ...Mais nous ne sommes pas les seuls à vénérer. Il en existe d'autres. Ils sont au courant pour nos réceptacles, et ils les veulent. »
Soudain, l'air devint plus lourd.
« Ils sont au courant... pour toi. Pour ce que tu es vraiment. »
Fronçant les sourcils, je restai assis, mes doigts se crispant sur les accoudoirs alors qu'un flot de pensées décousues traversait mon esprit, chacune plus inquiétante que la précédente.
Puis, sans prévenir, mes pensées furent déchirées par le cri de la Matriarche.
« PAUVRE IDIOT NAÏF ! TU AS DÉJÀ ÉTÉ MARQUÉ ! ILS SONT AU COURANT DE TA PRÉSENCE ET ILS VIENNENT POUR TOI ! »
Sa voix hurla dans chaque recoin de la pièce, faisant se dresser les poils sur ma nuque.
« ...LA FIN EST ARRIVÉE ! LA LUMIÈRE A ÉTÉ AVALÉE... LE MONDE EST DÉJÀ EN TRAIN DE MOURIR... MAINTENANT, TOUT N'EST PLUS QU'UNE QUESTION DE CHOISIR QUI SERVIR... ! »
Me levant de mon siège, je me retournai brusquement.
Clac—
La porte de la chambre s'ouvrit, et l'infirmière de tout à l'heure entra.
Elle semblait identique, mais elle était étrangement calme alors qu'elle me souriait.
« Ne t'avais-je pas dit de ne pas agiter la patiente ? »
Elle pencha légèrement la tête, son sourire ne quittant pas ses lèvres.
« ...Ce n'est pas bien de l'agiter comme ça. »