Chapitre 49
Pendant que les garçons montaient les marches de l'escalier pour remonter vers le bunker, Uyan était dans ses pensées.
Grand-père nous cache pas un mais plusieurs secrets. Je crois que j'ai pas d'autre choix que de retrouver ce livre et d'en lire le contenu. Je devrais même—
Uyan tituba et fut sur le point de se casser la figure. Itoî tourna la tête par chance au même moment et rattrapa son petit frère.
— Wow ! Fais attention, Uyan, t'aurais pu te salir amocher ! dit Itoî, tout inquiet.
— Ça va ? Y a un truc qui te gêne ?
— N-Non, c'est rien, tu me connais, j'étais encore dans mes pensées.
— Ouais, c'est vrai. Tu pensais à quoi ? Aux démons ? dit Itoî en rigolant.
Uyan écarquilla les yeux un instant.
— Je plaisante, tu verrais ta tête ! Hahaha ! continua Itoî.
— Ha... Ha... O-Ouais...
J'ai vraiment cru que ce débile m'avait cramé. Après tout, au moment où j'ai balancé le livre, ils sont survenus en même temps.
— Je pensais au lutin de terre, dit Uyan en continuant de monter les marches.
— Ah oui, le petit truc qui ressemble à un humain ? Ouais, c'est incroyable, je savais pas que des bêtes comme ça existaient dans notre monde, dit Itoî, souriant. Il montait les marches au même rythme que son frère.
— C'est pas vraiment ça le problème, répondit Uyan.
— Ah ouais, c'est quoi le souci ?
Les enfants étaient enfin de nouveau à la surface.
— Laisse tomber, c'est sans importance, dit Uyan.
— Bon, si tu le dis. On ferme la trappe ? dit Itoî, rigolant d'un air malicieux.
— Non, vaut mieux pas, y a Papy dedans. Il va nous passer un savon si on fait ça.
— Tch, bon allez, on va voir le gâteau ?
— Ouais.
Les enfants se mirent à courir vers l'extérieur du bunker, puis Itoî ouvrit la porte. Devant eux se trouvait Kaelle.
— Ça sent un peu le brûlé, votre gâteau, pas vrai, les enfants ? dit-elle d'un ton un peu agacé.
— Mince ! Désolé, j'avais fermé la porte à clé, dit Uyan, anxieux.
— Ça fait rien, va, j'ai le double des clés de toute la maison, dit-elle en sortant le trousseau de clés de sa poche en souriant.
— Mais en quel honneur vous faites un gâteau, les enfants ?
— C'est pour ton—
Uyan plaqua subitement sa main sur la bouche d'Itoî.
— Mais t'es obligé de faire ça à chaque fois, Itoî ?
— C'est pour mon quoi ? demanda Kaelle en direction d'Uyan.
— Une surprise, voilà. On a une surprise qu'on devait faire pour toi ce soir. J'en dirai pas plus !
Kaelle sourit chaleureusement, ouvrit grand les bras et attrapa ses petits frères.
— J'ai pas besoin d'une surprise, moi. J'ai vous. Après le décès de Papa et Maman, vous savez pas à quel point j'ai besoin de vous, dit-elle, les larmes aux yeux.
— Nous aussi, Kaelle, nous aussi, dit Uyan en pleurant.
— Je m'entraîne pour protéger toi et Uyan ! Même si c'est le premier jour d'entraînement avec Papy, je promets de ne pas arrêter ! dit Itoî avec les larmes aux yeux et un regard déterminé.
Kaelle se leva puis frotta les cheveux des deux garçons.
— Bon, on finit ce gâteau tous ensemble ?
— Ouais ! s'écrièrent les deux garçons simultanément.
En rentrant dans la cuisine, Uyan regarda l'horloge : elle indiquait 16 h 55.
Kaelle avait déjà sorti le moule du four depuis quelques minutes.
— Ah, ça va, c'est pas trop cramé, dit Itoî.
— Oui, j'ai pu le sauver à temps. Vous voulez mettre quelque chose par-dessus ?
— Ouais, mets les morceaux de Kopple que j'ai écrasés ! Ils sont dans le frigo, dans un bol, dit Itoî, souriant.
Ah oui, c'est vrai qu'Itoî avait détruit quelques pauvres Kopples tout à l'heure... pensa Uyan en lançant un regard blasé à son grand frère.
Kaelle prit le bol, le déposa sur la table avant d'ajouter les morceaux écrasés de Kopple sur le gâteau.
— Bien ! On a fini, j'imagine, non ?
— Oui, je pense que c'est bon, dit Uyan.
— On a fait du bon boulot ! dit Itoî en bombant le torse.
Oui oui, "on"... pensa Uyan d'un air ironique.
— Il est où, Papy et Vars ? demanda Kaelle.
— Tu sais, ils sont—
— Dans le bunker ! s'écria Itoî.
— Bon, allez, sors dehors, Itoî, je te rejoins après, dit Uyan, agacé.
— Ça marche ! dit Itoî en sortant tout excité.
— Dans le bunker ? demanda Kaelle.
— Oui, tu as dû ressentir quelques secousses tout à l'heure, non ?
— Oui, c'est ça qui m'a réveillée. C'était léger, mais après tout ce qui nous est arrivé, je reste sur mes gardes, dit-elle d'un ton triste.
— Tu as bien raison. D'ailleurs, Grande sœur, tu reprends les études quand ? demanda Uyan.
— Euh, d'ici un mois. Papy a dit que dans une semaine à peu près, on recevra nos nouveaux papiers d'identité.
— C'est vrai ça... On doit se cacher, encore une fois, dit Uyan en serrant les dents.
— Oui... Mais on a pas le ch—
— Je sais, Grande sœur, je sais... continua Uyan, les poings serrés.
— Et du coup, tu vas étudier où ? Je connais rien du tout de Suuran, on a jamais vraiment eu l'occasion de visiter.
— Papy m'a dit qu'il va faire jouer ses relations pour me trouver une place dans une académie prestigieuse. Il m'en a pas parlé plus, mais j'ai hâte, dit-elle en sautillant de partout.
Uyan sourit légèrement.
Au moins Kaelle pourra reprendre une vie classique. Mais moi, je me dois de connaître tous les secrets que Grand-père me cache !
— Bon, allez, viens, on discute un peu au salon, puis je préparerai à manger ensuite ! dit Kaelle en prenant la main de son petit frère.
Uyan sourit bêtement.
Pourquoi tout ça a dû nous arriver ? On pourrait pas simplement vivre maintenant avec Papy, Grande sœur et mes frères ?
Mais son regard redevint sérieux.
Non, je peux pas faire demi-tour. J'ai pas fait tout ça pour rien. Je dois lire le contenu du livre.
Et encore une fois, son expression changea.
Mais ça se trouve, y a rien dedans, c'est pas important ?
Uyan commença à tirer ses cheveux avec sa main droite. Kaelle, remarquant cela, se hâta et s'écria :
— Tu vas bien ?!
Elle courut rapidement dans la cuisine et vit qu'Uyan avait oublié de prendre ses médicaments. Une petite boîte dont d'habitude il ne se séparait pas était sur le comptoir près de l'évier. Elle prit un comprimé, se hâta de remplir un verre d'eau, puis courut vers son petit frère.
— Tiens ! Bois ça !
Mais le garçon tremblait et était dans un état second. Kaelle ouvrit de force la bouche de son petit frère avant de lui faire boire le verre. Elle frotta frénétiquement la gorge de son petit frère pour le forcer à avaler. Après quelques secondes, il finit par avaler. L'enfant perdit conscience, mais il respirait.
— J'ai eu peur... Bon, je vais veiller sur lui jusqu'à ce qu'il se réveille, dit Kaelle, toute transpirante.
Pendant un instant, j'ai cru perdre de nouveau une personne, se dit-elle.
Elle prit son petit frère et le déposa sur un fauteuil.
La porte de l'entrée s'ouvrit violemment :
— Bon, on joue ou pas, Uyan ?!
— Uyan ne peut pas jouer, Itoî, il a de la fièvre.
Itoî se hâta au salon et vit son petit frère endormi.
— P-Pourquoi il est comme ça ? demanda Itoî, inquiet.
— Tu veux dire malade ? Tu as le même souci, non ? Vars m'en a parlé à un moment. D'ailleurs, va prendre un comprimé, s'il te plaît, et avale-le. Dans la cuisine, sur le comptoir, dit-elle en caressant le front de son frère.
Itoî s'exécuta. En allant dans la cuisine, il pensa :
Même après cette attaque, on a des problèmes, toujours. Si c'est pas le démon, c'est cette foutue maladie !
Il prit le comprimé et l'avala avec un verre d'eau d'une traite. Il était tendu, il n'en pouvait plus de tout ça.
— Je sors, dit Itoî.
— D'accord, fais attention à toi, dit Kaelle.
Itoî sortit de la maison et marcha un instant, puis frappa violemment avec son poing droit sur un arbre. Il saigna. Il regarda sa main pleine de son propre sang.
Je dois faire quoi, putain ? Je me sens impuissant. Je veux agir ! Mais je suis ni un mage, ni un combattant hors pair, ni quoi que ce soit !
Il baissa les yeux, observant le sol. Il vit une fleur jaune qu'il fixa en pensant :
Puis les assassins, on sait même pas où ils sont. Ça se trouve, on sera morts demain avec une attaque pendant la nuit...
Il lança un coup de pied sur la tige de la fleur, ce qui l'arracha du sol.
— Fais chier ! s'écria le garçon.
Il s'assit le dos contre un arbre quelques minutes, fixant les nuages pour se calmer. Un peu plus tard, il rentra à la maison, puis dans la salle de bains pour bander sa blessure. Celle-ci était faite de manière maladroite, alors elle ne tint pas.
Toc, toc, toc !
— Tu vas bien, Itoî ? demanda Kaelle.
— Oui.
Elle entra, les mains sur les hanches, un peu agacée.
— Non, tu vas pas bien. Il y a des traces de sang dans l'entrée, dit-elle avant de prendre brusquement la main droite de son frère.
— Qu'est-ce que tu as fait ?
Itoî retira sa main brusquement.
— Ça te regarde pas.
— Mais bien sûr que si, ça me regarde ! Tu t'es blessé. Bon, écoute, je vais pas te demander comment tu t'es fait ça, mais laisse-moi au moins te désinfecter la plaie, d'accord ?
Itoî hocha légèrement la tête.
Kaelle se mit à faire les premiers soins délicatement. Elle prit de l'alcool et une pommade pour désinfecter les plaies. Pendant ce temps, Itoî se mit à pleurer.
— Je t'ai fait mal ?
Le garçon tourna la tête pour faire signe que non, ce n'était pas ça.
— J'en ai juste marre, Kaelle... dit Itoî en se frottant les yeux.
Kaelle ne dit rien. Elle baissa les yeux tout en continuant de poser les bandages.
— Je comprends pas. Pourquoi c'est nous ? Pourquoi Maman, pourquoi Papa ? Et pourquoi j'ai ce démon en moi, et Uyan... Le pauvre... dit Itoî en serrant les dents tout en pleurant.
La porte de la salle de bains était entrouverte, et Uyan semblait être réveillé. Il était allongé, les yeux légèrement ouverts. Il entendait son grand frère pleurer ; il était ému aussi.
Tu as raison, Itoî, pourquoi nous ? Je saurais pas te répondre non plus. Ça me fait si mal d'avoir perdu nos parents, mais aussi d'être perdu comme ça...
Kaelle serra le bandage afin qu'il ne se défasse pas, puis fit un nœud pour tenir le tout.
Elle se leva et regarda son petit frère pleurer. Sans rien dire, elle le plaqua contre elle et frotta la tête d'Itoî.
— Je ne sais pas non plus... dit-elle d'une voix nouée. Elle retenait ses larmes.
Kaelle aussi était à bout. C'était très compliqué pour tout le monde : la perte de deux parents, perdre son foyer, devoir changer de nom. Tout cela en si peu de temps.
Itoî pleura à chaudes larmes pendant un moment, dans les bras de sa sœur. Et pendant ce temps, dans le salon, Uyan lui aussi mit sa main sur ses yeux pour y cacher un instant sa peine. Puis il essuya ses larmes sur son t-shirt.
D'ici quelques heures, je vais le faire, pensa-t-il. Et il ferma les yeux pour dormir.
Pendant ce temps, Itoî sortit dehors pour aller voir de nouveau son grand-père et Vars.