Chapitre 43
Itoî semblait confiant, le buste vers l'avant, les mains sur les hanches, mais quand on regardait ses jambes, c'était une autre histoire. Elles ne cessaient de trembler. Vars, en le voyant, rit doucement avant de crier à son frère :
— Allez Itoî, donne tout !
Le garçon sursauta à l'encouragement de son frère ; il semblerait qu'au lieu de lui donner du courage, cela avait fait l'effet inverse. Néanmoins, il ne se tourna pas vers Vars.
J'ai pas envie de me faire avoir par surprise comme Vars. Faut que j'essaie de rester concentré.
— Bon, allez, mon petit, on commence, dit le grand-père avant de prendre sa posture.
Il avait le bras droit vers l'avant, levé avec les doigts collés et pliés vers le bas, comme une sorte de grue, puis son bras gauche en arrière.
Vars fut étonné par cette posture, mais il comprit une chose :
Papy semble faire ce petit test à nous deux de manière différente, vu qu'Itoî n'a toujours pas posé les pieds à l'académie et que personne ne lui a appris la magie : il va le tester dans les arts martiaux.
Itoî était tout anxieux. Il déglutit, essuya brièvement la sueur sur son front, puis se lança vers son grand-père, le poing vers l'avant.
— HAAAAAA !!! s'écria-t-il.
Pendant ce temps, Uyan s'était réveillé. Il regarda la petite horloge du salon : elle indiquait 7 h 20. Il se frotta les yeux, se dirigea dans la salle de bains, se lava le visage, puis alla aux toilettes.
— Pfff... Ils peuvent pas faire moins de bruit ?... Ils sont chiants, dit-il d'une petite voix.
Pendant qu'il faisait ses besoins, il se rappela une chose : une idée particulièrement intéressante lui était passée par la tête.
Kaelle dort dans la chambre de Papy. Vu comment on a été réveillés il y a moins de deux heures, j'ai peut-être ma chance pour entrer dans la cave. J'ai simplement à essayer de jouer sur la fatigue de ma sœur.
Il finit de faire ses besoins, puis tira la chasse d'eau. Il se lava rapidement les mains, se gifla les joues pour se réveiller, puis se hâta en direction de la porte de la chambre de son grand-père.
Toc, toc, toc !
— Grande sœur ? Je peux te demander un truc ?
Toc, toc, toc !
— Kaelle ? S'il te plaît, c'est Uyan.
— Oui, Uyan, dis-moi, dit-elle, sa voix un peu enrouée.
— Tu peux me faire à déjeuner, s'il te plaît ? J'ai vraiment faim.
Il y eut un instant de silence. Uyan se dit alors :
Merde, ça a pas marché ? Normalement, Kaelle a le même caractère que ma—
La porte s'ouvrit. Kaelle avait les cheveux en bataille et les yeux encore à moitié fermés. Elle bâilla, puis dit :
— Je vais passer à la salle de bains avant toi, Uyan. Tu penses que tu pourras patienter 10, voire 15 minutes ? Tu peux m'attendre à la cuisine si tu veux.
— Oui ! Merci, Kaelle, dit Uyan en souriant. Ses yeux brillaient, mais pour autre chose.
Putain ! Ça a marché ! Grande sœur, je t'aime !
Il regarda sa sœur se diriger vers la salle de bains. Elle referma la porte.
Clic.
La porte de la salle de bains était verrouillée.
Ni une ni deux, Uyan se lança dans la chambre de son grand-père.
Il commença à observer partout très rapidement : il regarda en premier lieu les tiroirs. Rien. L'armoire, peut-être ? Rien non plus. Il s'impatienta.
Déjà 5 minutes de passées. Merde, merde et merde ! Il est où, cette satanée clé ?
Il s'arrêta un instant, les yeux écarquillés, puis il se dit :
Putain, s'il a fait une porte verrouillée avec de la magie, je suis foutu !
Puis, dans sa hâte, il regarda une photo : c'était celle de sa grand-mère. Elle était décédée il y a plusieurs années ; seule Kaelle l'avait connue, à ses 6 ans. Il remarqua que le cadre de la photo était très légèrement surélevé. Il empila rapidement plusieurs livres et monta dessus. Il décrocha le cadre du mur, puis le retourna.
Qu'est-ce que... C'est une clé ! C'est vraiment une clé !
Il retira la clé du socle, posa la photo sur le lit et s'accroupit. En effet, son intuition était bonne : il y avait une trappe, mais un vieux cadenas assez costaud empêchait son ouverture. Il y introduisit la clé et la tourna.
Clic !
C'était bon, il avait ouvert le cadenas. La trappe était accessible. Il fouilla brièvement ses poches.
Merde, j'ai pas de lampe torche, ça va être chiant. Par contre... Dans la cuisine, il y a des allumettes !
Il sortit rapidement de la chambre de son grand-père et s'en alla chercher les allumettes dans la cuisine.
Il me semble que Kaelle les avait mises dans ce tiroir... Bingo ! Je dois faire vite par contre, il doit me rester 5 minutes grand max.
Uyan récupéra les allumettes du tiroir et, juste à côté de celui-ci, il y avait des bougies ; il en prit une aussi. Il glissa les allumettes dans la poche de son pyjama et coinça la bougie sous l'élastique de son bas de pyjama. Il se rua ensuite vers la porte de la chambre.
Kaelle entendit le boucan et demanda :
— Uyan ?
Le garçon, qui avait la main sur la poignée de la porte, resta figé.
Merde !
— O-Oui ?
— Tu fais quoi ? J'entends un boucan pas possible.
— C'est... C'est les autres, tu sais, ils font leur entraînement...
— Ah, oui, c'est vrai. Dans la chambre de Papy, on entend pas grand-chose, c'est plutôt bien isolé.
— C'est possible, oui. Kaelle, prend ta douche si tu veux, moi je vais commencer à préparer la table.
— Ça marche, Uyan, merci !
— Je t'en prie, grande sœur, merci à toi, et désolé de t'avoir réveillée.
Il ouvrit la porte doucement et se hâta vers la trappe.
Bon, Kaelle qui prend une douche, c'est facile 15 minutes de plus minimum, mais c'est possible que les autres rentrent d'une minute à l'autre, alors je dois pas traîner.
Il s'accroupit de nouveau, passa sous le lit, entrouvrit la trappe et se faufila petit à petit.
Ah ! J'ai failli tomber. Ah, voilà l'échelle. Bon, je vais descendre petit à petit, on voit rien du tout, et je peux pas allumer une allumette tout en descendant...
Alors, Uyan prit son temps pour descendre doucement. Le bois de l'échelle grinçait, ce qui faisait un peu peur au petit garçon, qui pensa que s'il descendait rapidement, celle-ci céderait. Arrivé à la dernière marche, il tituba et mit son pied droit dans ce qu'il pensait être le vide. Ses mains, moites de transpiration, allaient lâcher d'un moment à l'autre.
Mince, j'vais tomber... !
Mais à l'instant où il enfonça son pied plus bas, il sentit une surface assez dure : c'était le sol. Il souffla un grand coup.
— Pfiouh... On est bon.
Il sortit la boîte d'allumettes de sa poche et en alluma une, puis il sortit la bougie qu'il avait coincée sous l'élastique de son pyjama et l'alluma. C'était une cave remplie de toiles d'araignées, dont une grosse, de la taille d'une balle de tennis, était présente.
Uyan sursauta.
— Hiii !
Puis il plaqua sa main sur sa bouche.
J'dois pas faire de bruit, putain.
La cave était relativement grande. Il y avait des fûts remplis d'alcool, d'eau et d'autres liquides. Une vieille étagère remplie de pots de confiture, des sachets, des pommes de terre et j'en passe. Uyan fut déçu. Il avança un peu plus en profondeur. Et là, ses yeux s'émerveillèrent.
— Ouah... !