Chapitre 41
『 Maison d'Erwin, Suuran — 29 Everi, 2 h 48 』
Tout le monde semblait dormir. On entendait le grand-père ronfler dans sa chambre, Kaelle sur le canapé-lit et les trois garçons dormaient sur un large matelas posé sur le sol. Les yeux d'Uyan et de Vars étaient à poings fermés. D'ailleurs, le blondinet avait tendance à ronfler. Itoî, lui, n'arrivait pas à dormir. Alors il se leva, sans faire de bruit, et marcha sur la pointe des pieds jusqu'à la porte de sortie. Les clés étaient d'ailleurs encore dans le verrou. Il ouvrit la porte, enfila ses chaussures, puis referma la porte en douceur pour éviter de la claquer.
Il souffla un grand coup.
— Pfiouh, c'est bon, j'ai pu sortir sans réveiller tout le monde. N'empêche, Papy et Vars ronflent comme un tracteur, c'est abusé, dit le garçon en se dirigeant derrière la maison.
C'était encore une fois pour observer le village et l'horizon. Il posa quelques instants ses bras sur le garde-corps, mais il faisait trop noir pour observer quoi que ce soit. Alors il se jeta vers l'arrière pour s'étaler dans l'herbe, fermant les yeux et se laissant caresser par la légère brise de la nuit.
Il ouvrit quelques instants plus tard ses yeux et observa le ciel. Il souriait bêtement en regardant celui-ci, qui était recouvert de plusieurs étoiles.
— Pouah ! En ville, on voit pas tant que ça les étoiles. Ici, c'est incroyable !
Puis une voix lui répondit :
— Pas vrai ? J'aime bien aussi observer le ciel la nuit.
Itoî sursauta, se leva rapidement et recula par instinct.
— Calme-toi, idiot, c'est moi, Uyan. J'arrivais pas à dormir aussi, dit le garçon avant d'allumer une lampe torche pour la diriger sur son visage.
En voyant la tête de son frère, Itoî s'écria :
— AAAHH UN FANTÔME !
Uyan lui balança la lampe torche au visage.
— Aïeuh ! dit Itoî en se frottant le nez.
— C'est bon, désolé, j'ferai plus de blague comme ça.
Uyan rit, puis reprit :
— C'est à moi de m'excuser pour hier. Je… C'est que je me suis souvenu de la scène et—
Itoî l'interrompit et dit d'un air agaçant et provocateur :
— M'eeen fouuuu !
Uyan se mit en colère de nouveau et s'écria :
— PUTAIN T'ES—
Mais son frère l'interrompit de nouveau, plus sérieusement :
— Ça fait rien, Uyan, n'en parlons plus. On doit aller de l'avant, sinon on s'en sortira jamais.
Uyan se calma à ces mots et sourit légèrement.
— Oui, tu as raison. Je voulais simplement m'excuser.
— C'est pas de ta faute, petit frère. On a perdu papa et maman le même jour, on a fait face à un Quashti, et on est sortis de cette forêt de malade. Maintenant, faut qu'on se serre les coudes, c'est tout, dit Itoî en affichant un grand sourire, tout en allumant la lampe torche.
— AaAaH un fAnTôme ! s'écria Uyan avant de se mettre à rire.
— Enfoiré ! dit Itoî en serrant le poing avant de se mettre à rire aussi.
Les deux s'étalèrent sur le sol et observèrent ensemble les étoiles.
— Tu vois, ça, c'est l'étoile Mori. Elle est grosse et verte de loin, dit Uyan en pointant du doigt.
— Ooh ! Ouais, pas mal ! Et celui-là ? demanda Itoî.
— Alors lui, c'est la plus petite étoile, Xiniva, qui s'appelle. Elle fait partie de la chaîne de Sotares. Regarde, tu vois, ça fait une sorte de trait avec les trois autres étoiles qui sont devant elle.
— Pouah ! C'est stylé en vrai ! T'en connais des trucs, Uyan !
Uyan rougit légèrement avant de dire :
— Toi aussi tu aurais connu des trucs sur les étoiles si tu venais observer avec Papy et Maman quand on regardait les étoiles en famille. Mais bon, toi et Vars, vous étiez toujours à jouer sur ma console, dit-il en rigolant.
— Hahaha ! Pas faux ! répondit Itoî.
— Dis, Itoî, tu penses que Maman nous voit depuis les étoiles ? demanda Uyan d'un ton triste.
Itoî sourit légèrement, attristé aussi, puis répondit :
— Oui, p'tit frère, oui. Elle veille sur nous, alors t'as pas à être triste.
Les garçons continuèrent à observer un certain temps les étoiles avant d'aller se coucher à nouveau.
— Allez ! Les enfants ! Réveillez-vous ! s'écria le grand-père.
Il était 6 h du matin. Kaelle se réveilla et demanda en se grattant les yeux :
— Que se passe-t-il, Papy ?
— Ce n'est rien, je parle aux deux lutins des bois. Tu peux dormir sur mon lit si tu veux, Kaelle, mais je vais avoir besoin de ces deux-là. Oublie juste pas de fermer la porte à clé.
Elle hocha légèrement la tête, puis prit sa couette et son coussin et alla dans la chambre de son grand-père. Pendant ce temps, Erwin prit Vars et Itoî et les traîna au sol.
— Papy… Il y a quoi, putain… ? dit Itoî à moitié endormi.
Vars bâilla un instant, puis se leva d'un bond énergique. Son grand-père le lâcha instantanément.
— C'eeeesssssssst… ENTRAÎNEMEEEENNT !!! cria Vars.
Uyan mit son coussin sur ses oreilles.
— Putain, mais ferme-la… dit-il, agacé.
Pendant ce temps, Erwin traîna Itoî, ouvrit la porte d'entrée avant de le balancer dans l'herbe.
— Aïe ! s'écria le garçon.
— P'tain, Papy, c'est 6 h 30 du matin !
Erwin répondit :
— Garçon, tu vas dormir mage suprême en regardant les étoiles jusqu'à 3 h 30 du matin ?
Et il se mit à rire.
— Comment tu le savais ?! s'écria Itoî.
— Petite intuition, hahaha ! rigola le grand-père.
— Bon ! dit Erwin, puis il claqua des doigts.
CLING
Un mécanisme se déclencha et une petite structure apparut de sous terre. C'était une sorte de bunker.
Les deux garçons eurent les yeux écarquillés. Puis Vars explosa de rire.
— Hahahaha ! Papy, tu nous caches encore des pièces secrètes comme ça ?
Le vieil homme sourit.
— Mais non, c'est juste que j'ai quelques matériels dedans, dont quelques vêtements d'entraînement. Attendez, je vais vous les sortir.
Il entra dans ce petit grenier, puis ressortit quelques minutes plus tard avec des vêtements poussiéreux. Il tapa quelques fois pour enlever un peu la poussière, puis les balança sur Vars et Itoî.
— Habillez-vous, je vais me changer dans le bunker. J'arrive d'ici quelques minutes, dit Erwin.
Les garçons regardèrent les vêtements, un peu déboussolés et avec un peu de dégoût.
— C'est quoi ces vêtements de merde ? dit Itoî.
Vars haussa les épaules.
— J'sais pas, mais bon, écoute, ça sera mieux que d'être en pyjama.
Les vêtements paraissaient ordinaires, mis à part les épaisses taches de boue qui les recouvraient. Le premier haut était violet à manches longues, le second était vert, et tous deux s'accompagnaient d'un bas en lin beige. En guise de ceintures, de grossières bandes de tissu étaient nouées autour de leurs tailles. Étrangement, deux paires de ballerines, pile à leur pointure, attendaient à côté.
Les garçons s'habillèrent. Itoî râlait comme à son habitude :
— Il aurait pu nous passer des habits propres, bordel…
— On s'en fout, on va quand même se salir de toute façon ! Hahaha ! répondit Vars.
Itoî lança un regard ennuyé à Vars.
Si j'pouvais être aussi enthousiaste que toi… Avec trois heures de sommeil, c'est un peu compliqué.
Le vieil homme sortit quelques secondes plus tard et mit ses mains sur ses hanches.
— Bien ! Allez, échauffez-vous. Faites simplement ce que je fais.
Erwin commença par des échauffements assez banals. Les garçons hochèrent la tête et firent pareil. Erwin commença par le haut du corps, puis finit par le bas, avant de conclure avec des étirements. Les garçons firent pareil. Quinze minutes plus tard, c'était bon.
— Bien. Vars, à toi en premier lieu, dit Erwin avant d'incanter avec une agilité folle.
Il avança et s'éloigna de la maison de quelques mètres, puis plaqua sa main contre le sol.
— Ha !
Une sorte de dalle assez grosse sortit du sol, de forme rectangulaire, d'environ 50 m².
Itoî écarquilla les yeux, étonné.
— Eh bah… Ça, c'est du lourd.
Vars avait le sourire jusqu'aux oreilles. Il courut rapidement vers la dalle et fit un salut militaire en direction de son grand-père.
— Prêt, chef ! Prêt ! dit-il tout heureux.
Erwin sourit, puis marcha tranquillement jusqu'à son petit-fils et toucha l'épaule de Vars.
— Tu te sens bien dans ces vêtements ? demanda-t-il avec un petit sourire.
Vars hocha la tête de manière enthousiaste. Et d'un coup, une lourdeur énorme le plaqua au sol. Le garçon fut plaqué immédiatement par terre. Itoî sursauta et voulut aller vers son grand frère, mais Erwin fit un signe pour indiquer de ne pas venir.
— Là-bas, Itoî, il y a une chaise et la petite table. Assois-toi et observe en premier lieu. Après, ça sera ton tour.
Itoî déglutit avec difficulté. Il semblait à la fois excité et apeuré.
Putain ! C'est quoi cette dinguerie ?! Papy est trop chaud !
Vars, toujours par terre, demanda avec difficulté :
— T-t'as fait quoi, Papy ? J'comprends rien !
Erwin rit.
— Mon garçon, ces vêtements-là sont faits à base de textiles très rares et très lourds. Tu connais la fleur Manschia, non ?
Vars se rappela instantanément d'un livre qu'il avait lu concernant les fleurs.
La fleur Manschia, oui ! C'est normalement une huile qu'on utilise sur les armes pour les rendre plus résistantes. Le problème, c'est que si on en met beaucoup, ça rend l'arme lourde.
— C'est… C'est pour ça que c'est si lourd… Mais pourquoi j'ai rien ressenti au début ? demanda Vars en se relevant péniblement.
Erwin leva son doigt, puis une sorte de petite orbe apparut. Elle semblait si instable, celle-ci bougeait de partout, comme si elle était sur le point de rupture.
— Mon garçon, mon élément primaire est le Vent ! J'avais sciemment allégé vos armures en y insérant de minuscules bulles d'air à l'intérieur, qui soulevaient légèrement vos vêtements. D'ailleurs, c'est toujours le cas pour Itoî. Mais ensuite, j'ai désactivé ce sort en te touchant l'épaule, dit-il en souriant.
Itoî avait les yeux tout scintillants. Il ne pouvait plus tenir dans sa chaise sans s'y balancer de droite à gauche.
Papy est tellement trop chaud !
Vars sourit, puis frappa son poing dans la paume de sa main opposée.
Erwin prit un air sérieux et balança la petite sphère en direction de son petit-fils.