Chapitre 30
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『 Maison, Suuran — 27 Everi, 19 h 27 』
— Alors, tu vois cette maquette faite à partir de bois de Voulot ? Je l'ai fabriquée il y a dix ans, dit le grand-père en montrant une maquette représentant une sorte de bête.
— Waouh, ça date ! Il faudrait que tu me montres comment en fabriquer une un jour, dit Uyan en souriant.
— Oui, bien sûr, mon petit, répondit le grand-père.
— Uyan ! Tu peux m'aider à préparer la table ? demanda Kaelle.
— Tiens, aide-la. File-lui un coup de main.
Le garçon hocha la tête.
— Oui, j'arrive !
Le jeune Uyan courut du salon vers la cuisine.
— Tu t'inquiètes pour Vars et Itoî ? demanda Kaelle en regardant son petit frère installer les assiettes.
— Non, pas du tout. Je sais qu'ils s'en sortiront.
Kaelle fut étonnée par la réponse de son frère. Puis elle sourit et lui caressa la tête.
— Tu as grandi entre-temps ?
Uyan sourit, mais son expression s'effaça lorsqu'il prononça ces mots :
— Je dois devenir suffisamment fort pour vous protéger, et cela commence par mon état d'esprit.
Kaelle sourit.
— Comme d'habitude : une réponse mature et intelligente.
Les enfants finirent de préparer la table et s'assirent.
— Papy, c'est l'heure de manger ! s'écria Uyan.
Ding Dong.
— Quelqu'un a sonné ? demanda Uyan.
Kaelle hocha brièvement la tête et s'écria :
— J'arrive !
Elle regarda brièvement à travers le judas, puis tourna la tête vers le salon.
Le grand-père s'était également levé de son fauteuil. Il posa une main sur l'épaule de Kaelle.
— Tu peux ouvrir, Kaelle, dit-il en soupirant.
Elle ouvrit la porte.
Un homme d'une trentaine d'années se tenait devant elle. Il était vêtu d'un long manteau noir et portait un chapeau assorti. Son regard vert et perçant ressemblait à celui d'un serpent. Une longue chevelure argentée ajoutait encore plus de froideur à cette nuit déjà bien fraîche.
L'homme souleva légèrement son chapeau en guise de salutation.
— Bonsoir. Je m'attendais à trouver monsieur Erwin. Me serais-je trompé ? demanda-t-il en plongeant son regard dans celui de Kaelle.
Elle recula d'un pas. Elle était plutôt intimidée, encore davantage après que son grand-père lui eut expliqué que trois barrières protectrices rendaient impossible la détection de leur présence dans un rayon de trois cents mètres.
Le grand-père soupira et s'avança.
— Je suis là, je suis là. Tu as bien grandi depuis, Holite. Viens, entre, je t'en prie. Nous étions sur le point de manger.
Holite — c'était ainsi qu'il s'appelait — entra dans la maison avant de retirer ses chaussures à l'entrée.
Le vieil homme lui fit signe de venir dans la cuisine.
Kaelle, quelque peu désemparée au début, reprit son sérieux. Elle tira une chaise pour l'homme et ajouta une assiette sur la table.
— Je vous remercie. Je ne vais toutefois pas rester très longtemps, dit-il d'un ton sobre et élégant.
— Je t'en prie, mon garçon. Reste donc partager ce repas avec nous. Puis raconte-moi ce qui t'amène dans cet endroit perdu au milieu de nulle part, dit le grand-père.
— Très bien. Dans ce cas, je ne vais pas insister.
Kaelle se tenait à sa droite et attendait que l'homme retire son manteau et son chapeau.
— Ah, toutes mes excuses. Tenez. Merci pour votre amabilité, mademoiselle. Vous êtes la petite-fille de monsieur Erwin ?
Une croix de Yeshu apparut autour de son cou.
Kaelle se dit alors :
Un homme d'Église ? Ou un croyant du Yoréisme ?
Le vieil homme hocha timidement la tête en souriant.
— Mes petits-enfants ont dû venir ici.
Holite baissa les yeux.
— J'imagine que c'est lié à l'incident survenu dans le pays de Nothran ?
— Oui.
Kaelle revint après avoir accroché le manteau au porte-manteau, puis servit l'invité en premier.
Holite leva les yeux.
— Je vous prie de ne me servir que deux louches.
— J'imagine que ta venue est liée à cette raison ? Tu as des informations concernant ce qui s'est passé là-bas ?
Il hocha légèrement la tête.
— Papy, il est où, Uyan ? demanda Kaelle.
— Il est sûrement encore aux toilettes, ma fille.
Uyan se trouvait dans la chambre de son grand-père. Depuis cet endroit, il entendait parfaitement ce qui se passait dans la cuisine. Il fut étonné d'apprendre qu'une personne détenait des informations sur l'incident. Il ne tarda pas à rejoindre la cuisine.
— Désolé de vous avoir fait attendre, Papy, Kaelle… et monsieur ? dit le garçon.
— Tu peux m'appeler Holite, jeune homme, répondit-il avec un léger sourire.
— Bien. Mangeons, puis nous discuterons de tout cela en privé, si tu veux bien, Holite.
L'homme hocha la tête, puis ils se mirent à manger leur ragoût de bœuf.
Après le repas, Erwin se leva.
— Viens, je t'en prie. Sortons. Il y a une table et deux chaises dehors.
Holite hocha la tête.
Kaelle sortit une bouteille d'alcool et deux verres, puis les donna à son grand-père.
— Merci, ma fille.
Le vieil homme sortit.
Uyan se dit aussitôt :
Et merde ! Moi qui voulais davantage d'informations…
Kaelle se pencha vers l'oreille de son frère et lui chuchota :
— Alors ? Tu veux vraiment savoir ce que Papy et cet homme vont se dire ? demanda-t-elle en ricanant.
Uyan fut surpris et trébucha.
— C-Comment tu m'as grillé ?
Kaelle rit.
— T'es mon petit frère, voyons. C'est normal que je te connaisse.
Puis elle l'aida à se relever.
— Tu ne voudrais pas savoir, toi ? demanda Uyan.
Kaelle baissa les yeux quelques instants avant de regarder son petit frère.
— Si, un peu. Mais, en vérité, pas tant que ça. De toute façon, je ne suis pas en mesure de faire quoi que ce soit. Et Papy nous communiquera les informations qui pourront nous être utiles.
Uyan réfléchit.
En vérité, elle n'a pas tort. Dans le fond, si je fouine trop, je pourrais faire une bourde qui mettrait potentiellement toute la famille en danger…
Uyan hocha la tête.
— T'as raison. Dans l'état actuel des choses, on ne peut pas faire grand-chose.
Kaelle sourit et lui caressa la tête.
— Va prendre un livre dans la chambre de Papy. Ça t'occupera !
Ni une ni deux, Uyan courut dans la chambre de son grand-père.
『 Jardin de la maison, Suuran — 27 Everi, 20 h 44 』
Les deux hommes étaient assis. La bouteille se trouvait sur la table. Le vieil homme s'apprêtait à servir, mais Holite se leva pour servir Erwin en premier.
— Je vous en prie, monsieur Erwin. Laissez-moi vous servir en premier.
Erwin sourit.
— Tu n'as pas changé depuis la dernière fois. C'était il y a quinze ans, déjà ?
Holite hocha la tête.
— Pourquoi ton capitaine Ovoso n'est-il pas venu ?
— Il est justement occupé par le sujet dont je vais parler avec vous, répondit-il d'une voix légèrement triste.
Erwin prit un air beaucoup plus sérieux.
— Bien. Que s'est-il passé à Nothran ? Et surtout, pourquoi ?