Chapitre 2 390
Tous ces menus avantages, couplés au fait qu'elle était stationnée à l'arrière de l'armée, expliquaient pourquoi elle avait pu échapper à cette attaque dévastatrice.
Si elle avait eu le choix, elle n'aurait jamais voulu revivre une telle chose. Si son avis avait compté, elle aurait ordonné à tout le monde de battre en retraite sur-le-champ.
Mais son avis ne comptait pas, et l'Église n'était pas encore prête à abandonner. Elle devait donc se présenter à son poste, en espérant que ce ne serait pas la dernière fois.
Beaucoup de gens dans le camp étaient comme elle. C'étaient des personnes réalistes qui craignaient pour leur vie.
Il était normal qu'ils soient terrifiés après avoir vu des hommes brûlés vifs sans la moindre résistance. Il était encore plus raisonnable de vouloir tout quitter tant qu'ils le pouvaient, après avoir survécu de justesse à ce supplice.
Pourtant, malgré le caractère normal et raisonnable de cette réaction, ceux qui l'éprouvaient étaient minoritaires dans le camp. Il y avait davantage de personnes encore prêtes à combattre après avoir été témoins de l'horreur provoquée par un noble légendaire.
Ces gens étaient prêts à se battre, même si cela devait signifier leur mort. Ils étaient convaincus que leur sacrifice ne resterait pas impuni.
Ces combattants acharnés étaient la raison principale pour laquelle les restes de l'Église de la Justice n'avaient pas encore abdiqué. Ils attendaient, tout comme Isaac, que le salut ou l'aide parvienne de leur quartier général.
Ils durent patienter plus de dix jours, mais leur attente ne fut pas vaine. Le salut arriva, sous les traits d'une femme albinos.
La femme était si pâle qu'elle en paraissait spectrale. En réalité, la couleur de sa peau n'était plus blanche, car elle était devenue translucide.
Ses cheveux l'étaient tout autant. On aurait dit qu'elle allait s'évanouir au moindre souffle de vent. Mais ses yeux racontaient une tout autre histoire.
Ses yeux étaient brillants et dorés. Dans les ténèbres du monde de Tenebrium, ils ressemblaient à deux étoiles lointaines.
Elle traversa le monde par les airs jusqu'à atteindre la frontière du royaume de Wessex. Elle était venue seule, mais lorsqu'ils la virent, tous ressentirent un espoir de justice.
L'aide qu'ils attendaient depuis neuf jours n'était qu'une seule personne. Pourtant, la vision de cette femme flottant dans les airs revigora les restes de l'Église de la Justice, car seuls les êtres de légende pouvaient voler.
Seuls ceux capables d'utiliser la vision spirituelle pouvaient deviner qu'elle était bien plus qu'une légende. Mais nul, en dessous du niveau légendaire, ne pouvait user de cette vision sur elle, car elle portait une cape pour dissimuler sa puissance.
Elle ne portait pas cette cape pour cacher son identité, mais pour protéger les faibles, car le savoir acquis en utilisant la vision spirituelle sur elle se payait au prix fort.
Un prix que les faibles pouvaient difficilement supporter. Cela avait été prouvé à maintes reprises par le passé.
Autrefois, les yeux de chaque dieu-armure épique qui avait tenté d'utiliser la vision spirituelle sur elle avaient commencé à saigner. Certains s'étaient même évanouis.
Les conséquences pour ceux qui n'étaient pas des dieux-armures épiques étaient pires encore. La blessure la plus légère était la cécité éternelle. La plus grave était l'éclatement de leur âme, entraînant une mort immédiate.
Ceux qui ne devenaient qu'aveugles ou qui mouraient étaient minoritaires. La plupart des dieux-armures ordinaires qui tentaient de contempler la véritable forme de cette femme spectrale devenaient aveugles et perdaient le contrôle, ce qui menait à une mutation.
La cape qu'elle portait n'était pas un artefact divin. C'était un objet amélioré par des mages, imprégné d'une formation.
La formation sur la cape dissimulait sa puissance et scellait sa présence. Elle protégeait les faibles de ce qu'ils ne devaient pas voir, tout en la cachant de ceux qui auraient voulu connaître sa position à chaque instant.
Après être apparue au-dessus du camp, elle les observa tous et vit leur état pitoyable.
Elle leur dit : « Que la paix soit avec vous, mes frères. »
Ils s'inclinèrent et lui répondirent : « Que la paix soit avec vous également. »
Puis, les deux parties soupirèrent et déclarèrent : « Loué soit le dieu de la Justice, protecteur de l'ordre et défenseur des innocents. »
Une fois le rituel achevé, elle leur annonça : « Je suis venue pour trois raisons. La première est de vous féliciter pour votre devoir et votre sacrifice. Par ordre du dieu de la Justice, vous serez largement récompensés, tant dans la vie que dans la mort. »
Cette nouvelle leur redonna du courage. Même les plus abattus se redressèrent à l'évocation d'une récompense.
Quant à ceux qui ne se souciaient guère des biens matériels, ils furent heureux d'apprendre que leurs efforts avaient été remarqués par le dieu de la Justice. Mais d'autres nouvelles, plus encourageantes encore, allaient suivre.
Elle leur laissa le temps d'assimiler la première information, puis reprit la parole.
« La seconde raison pour laquelle j'ai été envoyée est de réclamer justice pour vous. »
Après avoir dit cela, elle tira quelque chose de sous sa cape. C'était une feuille de papier dorée.
En voyant cette feuille, tous comprirent ce qu'elle entendait par réclamer justice. Ils furent si émus que beaucoup tombèrent à genoux et se mirent à pleurer.
Ils pleuraient de joie. Une récompense était une bonne chose, mais obtenir justice pour tous les sacrifices consentis était bien plus précieux.
Après tout, seuls les vivants pouvaient profiter des avantages matériels. Ceux qui étaient tombés méritaient, eux aussi, une preuve qu'ils n'avaient pas combattu et péri en vain.
Cette récompense ne leur était pas destinée uniquement. Elle concernait chaque juge encore en vie.
Grâce à elle, chaque juge saurait que son Dieu réclamerait toujours justice en son nom. Sachant cela, ils seraient d'autant plus disposés à combattre et à mourir pour leur Église.