Chapitre 2 074
Luca abaissa son bouclier et fit rouler ses épaules pour apaiser la douleur.
Une météorite s’était écrasée droit sur lui, mais il tenait bon, tel un monolithe, protégeant les rares personnes derrière lui.
Le bouclier désactivé, le dôme disparut.
Leah et Michael contemplèrent les environs avec horreur. C’était le chaos absolu. Du feu partout. Des cadavres jonchaient la plaine en flammes.
À peine une vingtaine de personnes avaient survécu à la pluie de météorites.
Plus d’une centaine d’aventuriers avaient péri. Umlo et Gregor figuraient parmi les morts. Kesha tenait à peine debout. Elle avait réussi, on ne savait comment, à se protéger, ainsi que Daerona et quelques autres elfes.
Aramen s’en était lui aussi sorti vivant, même s’il haletait légèrement. À en juger par le tranchant rougeoyant de son épée, le vieil homme avait dû fendre une météorite en deux.
« Tant de… morts. » Leah pâlit.
Michael était si choqué qu’il ne parvenait même pas à parler. Il se contenta de fixer la scène avec horreur, tandis que des larmes coulaient sur son visage.
Quand les aventuriers avaient quitté l’Hôtel de ville, ils étaient cinq cents. Après la bataille, un peu moins de cent cinquante avaient survécu. Et maintenant, il n’en restait même pas trente.
La lune en avait tué plus d’une centaine !
Luca se souciait peu du nombre d’aventuriers morts. C’étaient les humains mortels qui l’inquiétaient. Il se demanda s’ils avaient réussi à s’en sortir vivants. Les chances étaient infimes. Quasiment nulles.
« Bon sang », marmonna-t-il intérieurement.
Il se tourna vers l’est. Avant que la lune n’explose et ne s’abatte sur la terre, il avait aperçu une comète cramoisie filer vers le Château de Vile.
*La variable inconnue*, songea-t-il, sombrement.
Adam et lui étaient certains que Jacob n’était pas la véritable menace. Ils pensaient que c’était la gitane. Mais il s’était avéré qu’elle non plus n’était pas le vrai danger.
Luca se tourna vers Sandra, qui observait le ciel, les yeux écarquillés, et lui demanda d’un ton grave : « Qu’est-ce que c’était ? »
Sandra entrouvrit les lèvres, mais aucun mot n’en sortit.
Luca gronda. Il allait insister pour obtenir des réponses quand il remarqua Sandra qui pointait un doigt tremblant vers le ciel.
Un grondement tonitruant déchira l’air et résonna aux quatre coins du pays.
Luca leva les yeux vers le ciel, le visage assombri. Une immense déchirure noire s’y était ouverte. Elle s’élargissait à vue d’œil. À travers la fissure, un monde abstrait aux multiples couleurs se dévoilait.
« Le Monde des esprits », murmura Luca.
« Nous devons partir. » Sandra prit un air extrêmement grave.
« Le plan secret est en train de s’effondrer ! »
Tout le monde l’entendit. Tous frissonnèrent de peur.
Aramen se tourna vers elle et demanda froidement : « Où est la sortie ? »
Sandra répondit, hébétée : « Derrière… derrière le château. »
Une bourrasque souffla, et Aramen avait disparu. Il ne s’était même pas préoccupé des autres.
Un à un, tous reprirent leurs esprits et se précipitèrent vers le château.
Bientôt, Luca et son groupe furent les seuls à rester. Sandra, Michael et Leah le pressèrent de partir au plus vite. Mais son regard demeurait fixé sur l’emplacement d’un des villages humains.
« Luca… » Michael chercha ses mots.
« Je sais », répondit Luca à voix basse.
La mort dans l’âme, il se força à détourner les yeux et partit en courant vers l’est avec les autres.
***
Plus de la moitié du Château de Vile avait été détruite par la pluie de météorites.
Adam reprit connaissance sous un tas de décombres, le front en sang. Mais pour l’instant, sa blessure lui importait peu.
La première chose qu’il fit fut de vérifier son lien avec Valerian.
« Val ! Val, tu m’entends ? » demanda-t-il par la pensée, grâce à l’artefact de communication.
« Grand frère ! Grand frère, je suis là ! Tu es en sécurité ? »
La voix paniquée du petit résonna aux oreilles d’Adam. Celui-ci poussa enfin un soupir de soulagement.
« Et Genevieve ? Elle est… »
« Elle est avec moi ! Elle est en sécurité », répondit Valerian.
« Elle est toujours inconsciente, mais elle respire. Ne t’inquiète pas, grand frère. Je vais la protéger ! »
Adam eut l’impression qu’un poids énorme lui avait été ôté des épaules. Il ne put s’empêcher de sourire malgré sa situation.
Valerian et Genevieve étaient vivants et sains et saufs. C’était tout ce qui comptait.
Ils se cachaient quelque part à proximité, non loin de la sortie du plan secret. Adam ordonna aussitôt à Valerian de quitter le plan secret avec Genevieve et de garder l’artefact de dissimulation activé.
À présent, il fallait s’occuper d’affaires plus urgentes.
Des pas résonnèrent à côté d’Adam.
À quelques mètres de lui, le Roi des vampires, Jacob de Vile, se releva. Il lui manquait toujours un bras, mais c’était le cadet de ses soucis.
Jacob regardait droit devant lui. Face à lui se dressait un monstre pâle et gigantesque. Il se sentait étroitement lié à cette créature. Presque comme s’il… était issu d’elle. Mais il n’était pas en état de réfléchir à la question.
« Qui êtes-vous ? » demanda-t-il d’une voix tremblante, la rage au cœur tandis qu’il se rappelait à quel point il avait été près de retrouver sa femme.
Vraiment. Qui était ce monstre tombé soudainement du ciel ? Et ce n’était pas tout : la créature pâle et immense se tenait sur la dalle rectangulaire où Genevieve avait reposé, et serrait dans sa main l’amulette de rubis de Jacob, celle qui abritait l’âme de Charlotte.
Le monstre ignora Jacob. Elle continua de jouer avec l’amulette de rubis dans sa main, puis se tourna vers Aneesa.
« Inutile », dit-elle d’une voix grave et gutturale.
Elle parlait la langue des démons, l’infernac.
Adam repoussa le gros bloc de pierre et se releva. Son front avait guéri. Ses vêtements étaient couverts de poussière, mais il remédia rapidement à cela aussi.
Le monstre pâle détourna les yeux du cadavre d’Aneesa et regarda Adam. Ou plutôt sa main, dissimulée sous les Bandes de poignet d’Hannibal. Une lueur d’intérêt passa dans ses immenses yeux cramoisis.
« Le meilleur tour du Diable fut de convaincre le monde qu’il n’existait pas, dit Adam. Ou devrais-je dire… qu’elle n’existait pas. »
« C’est donc toi qui as interrompu mon rituel », dit la Maîtresse du Sang, Sanguina, d’une voix froide et monocorde.
Adam allait répondre, mais Jacob le devança.
« Qui êtes-vous ? » gronda-t-il, furieux. « J’exige une réponse ! »
Sanguina plissa imperceptiblement les yeux. « Tu exiges ? »
Avant que Jacob ait pu répondre, le monstre pâle fit un pas et se retrouva devant lui. Elle lui caressa doucement le visage de sa longue main décharnée, puis lui saisit le cou et l’attira vers elle.
Alors, sous le regard horrifié d’Adam, la Maîtresse du Sang dévora Jacob de Vile.
C’est tout pour aujourd’hui. La fin de ce volume me demande plus de travail que je ne l’avais prévu. J’espère que ça vous plaira. Nous ne sommes plus très loin de la conclusion du volume neuf.