Chapitre 2 058
L’illusion du choix.
L’illusion de l’autorité.
L’illusion de tout maîtriser.
Voilà le genre d’illusion dans laquelle se complaisait le Roi des vampires, Jacob de Vile.
Celle qui avait créé cette illusion n’était autre que la vieille gitane.
Mais le plus dangereux dans tout cela, c’était que l’illusion n’était pas le fruit de la magie. Non. Elle était née de paroles, de confiance et de promesses.
C’était ce que Sandra avait voulu dire quand elle avait déclaré à Adam : « Jacob n’est pas celui dont tu devrais te méfier. »
Au vu de tout ce que Sandra savait, elle avait jugé que la vieille gitane était la plus grande menace !
Et même après avoir passé des siècles dans ce plan secret, elle ne savait presque rien d’elle. La gitane était la plus grande énigme de cet endroit maudit.
La plupart des choses que Sandra savait sur la gitane, c’était que Jacob lui devait une immense faveur.
Et elle avait une idée de la raison.
Laissant les deux seuls dans la salle du trône, Sandra sortit et s’engagea dans les couloirs obscurs du château.
Le Château de Vile était silencieux. Bien trop silencieux.
Aucun serviteur ne circulait dans les couloirs. Pas une voix. Pas un bruit de pas, hormis les siens. Seules les flammes vacillantes de quelques torches rompaient parfois le silence.
Les ombres semblaient animées d’une vie propre. Elles s’accrochaient aux angles des couloirs et s’étiraient sur les sols de pierre. Parfois, Sandra aurait juré qu’elles bougeaient alors que rien ne pouvait les projeter.
Les gargouilles de pierre sculptées dans les murs la surveillaient à son passage. Leurs yeux froids et minéraux suivaient chacun de ses mouvements. Sandra n’y prêta aucune attention. Elle avait parcouru ces couloirs d’innombrables fois.
Pourtant, même elle sentait la peur qui semblait planer dans l’air en permanence. Tout, au Château de Vile, évoquait la même chose : la peur, le danger, le mal et les ténèbres.
On les retrouvait dans chaque couloir et chaque pièce, comme si le château lui-même avait été bâti autour d’eux.
Sandra poursuivit son chemin jusqu’aux étages supérieurs du château. Ses appartements s’y trouvaient. Elle ouvrit la porte et entra.
Bien que des formations de protection de la vie privée fussent gravées dans ses appartements, elle n’était pas assez naïve pour croire qu’on ne l’espionnait pas.
Le Roi des vampires espionnait tout le monde dans le plan secret grâce à ses corbeaux. Et, à l’intérieur du château, les pierres mêmes des murs, du sol et du plafond lui servaient d’yeux et d’oreilles.
Quel paranoïaque, maugréa Sandra en son for intérieur en s’allongeant sur son lit.
Elle resta ainsi une demi-heure, veillant à ne pas éveiller les soupçons. Elle se tenait toujours sur ses gardes. Puis elle s’occupa de ses tâches habituelles, comme chaque soir. Elle savait qu’on l’observait et que le moindre comportement inhabituel pouvait susciter des questions.
La guerre étant imminente, elle aiguisait ses armes et préparait ses composants matériels. Elle vérifia tout soigneusement avant de les ranger.
Quand elle eut terminé, elle ouvrit la fenêtre et sauta dehors.
Avec grâce, elle grimpa sur le toit en pente qui la surplombait. Ses appartements se trouvaient dans l’une des nombreuses tours élancées du château et, depuis le toit, elle avait une vue à couper le souffle sur le plan secret.
Sandra glissa la main dans le pli de sa robe et en sortit un vieux portrait. Elle faisait cela chaque soir. C’était devenu une habitude. Il n’y avait donc rien de suspect.
Elle caressa doucement le portrait. On y voyait un jeune homme et une jeune femme.
Mais ses pensées s’étaient déjà envolées ailleurs.
Après toutes ces années…
Elle avait passé d’innombrables années à chercher un moyen de quitter le plan secret. Elle en avait exploré les ruines, étudié l’histoire et suivi la moindre piste. Et finalement, elle avait trouvé la réponse.
Il existait un moyen de quitter cet endroit, mais il avait un prix. Un prix risqué.
*Jacob doit mourir*, songea-t-elle en baissant la tête pour dissimuler l’éclat dangereux de ses yeux rouge sang.
C’était le seul obstacle entre elle et la liberté.
Jacob de Vile avait dévoré l’esprit du plan secret. Il s’était approprié son pouvoir, était devenu invincible et avait fait de cet endroit son domaine. Tant qu’il vivrait, quitter le plan secret serait presque impossible.
Mais Sandra avait découvert autre chose. Jacob n’était pas totalement invincible. Deux armes pouvaient le tuer.
*L’Étoile du Matin et la Lame d’Hiver*, songea-t-elle.
Ses mains se resserrèrent lentement autour du vieux portrait.
L’origine de ces armes remontait à bien plus loin que la plupart des gens ne l’imaginaient.
Le Grand prêtre du Temple du Soleil et la Grande prêtresse du Temple de la Lune les avaient forgées il y a bien longtemps. Mais ils ne les avaient pas créées grâce à leur propre pouvoir.
Non…
Quelqu’un d’autre les avait aidés. Ou plutôt, quelque chose d’autre.
La volonté résiduelle du plan secret !
Autrefois, Jacob avait dévoré l’esprit de ces lieux. Mais le processus avait pris du temps. L’esprit du plan secret était immense. Même Jacob, malgré toute sa puissance, n’avait pas pu l’absorber d’un seul coup.
Et, tandis qu’il le dévorait lentement, quelque chose d’étrange s’était produit.
L’esprit avait commencé à s’effacer, son pouvoir s’était affaibli et sa conscience s’était fragmentée. Pourtant, sa volonté n’avait pas entièrement disparu.
Avant d’être consumée, la volonté déclinante avait tendu la main.
Elle avait trouvé le Grand prêtre et la Grande prêtresse !
Pourquoi eux ? Sandra s’était posé la question bien des fois. Elle n’en connaissait toujours pas la réponse.
Mais elle savait ce qui s’était passé ensuite.
La volonté résiduelle les avait aidés à forger les deux armes.
L’Étoile du Matin, une arme porteuse du pouvoir du soleil. Et la Lame d’Hiver, une arme porteuse du pouvoir de la lune.
Mais ce n’était pas tout.
La volonté résiduelle avait aussi aidé à créer les talismans !
C’était pour cela que les talismans protégeaient les innombrables habitants de cet endroit contre les monstres qui sortaient la nuit.
Ces talismans n’étaient pas des artefacts magiques ordinaires. Ils renfermaient le pouvoir de ces lieux, le pouvoir de l’esprit que Jacob avait dévoré autrefois.
Et les deux armes aussi.
Les Talismans lamiyans, l’Étoile du Matin et la Lame d’Hiver ne portaient pas seulement la magie résiduelle de l’esprit du plan secret, mais aussi sa colère.
C’était pour cela que les talismans empêchaient les monstres d’entrer dans les maisons !
Et c’était pour cela que les deux armes pouvaient infliger une blessure mortelle au Roi des vampires !
C’est tout pour aujourd’hui.