Chapitre 1 945
Isabella a passé la dernière semaine dans l'angoisse.
Non seulement personne n'était entré dans le bâtiment pour tomber dans son piège, mais le monstre invisible qui rôdait dans la cave ne s'était plus manifesté.
La créature n'avait pas fait le moindre geste. Et cela effrayait Isabella plus que tout.
Si le monstre invisible était sorti de la cave pour chercher à manger ou simplement pour explorer les lieux, elle aurait peut-être eu une idée du genre d'ennemi auquel elle faisait face.
Mais le fait qu'il n'ait pas bougé d'un pouce la poussait à imaginer toutes sortes de scénarios.
Et s'il avait bougé sans que je m'en aperçoive ?
Et s'il avait déjà revendiqué ce bâtiment comme son territoire ?
Et s'il m'observait ?
Et s'il était déjà dans ma chambre ?
Et s'il était… derrière moi ?
Avec un cri aigu, elle se retourna et scruta sa chambre.
Elle était vide.
Elle commença à faire les cent pas, parfaitement consciente qu'elle ruminait depuis sept jours et que son imagination était la cause de sa souffrance.
Mais que pouvait-elle faire d'autre ?
La créature était invisible, elle ignorait donc sa puissance. Plus important encore, à en juger par les taches de sang, elle connaissait clairement son existence, sinon elle ne se serait pas déplacée avec autant de prudence dans le hall.
Selon Isabella, le monstre invisible savait qu'elle était là, mais elle ne savait rien de lui.
Ahhh, je deviens folle !
Et soudain…
Grincement !
Eeeekk !
Isabella se précipita sur ses pieds, cherchant à se mettre en sécurité.
Le monstre invisible était enfin passé à l'action !
Par instinct, elle courut vers la porte. Puis elle s'arrêta.
Non, je pourrais enfin l'apercevoir.
Je ne dois pas avoir peur.
C'est mon territoire !
Je vais juste… me tenir un peu à l'écart du portrait.
Et c'est ce qu'elle fit.
Elle se posta à quelques pas de son emplacement habituel, feignant d'être une peinture immobile à l'intérieur du, eh bien, du tableau.
Le bruit de pas lents résonna depuis le sous-sol, faisant tressaillir Isabella.
Calme-toi. Calme-toi, se dit-elle.
Le monstre ne peut pas m'atteindre dans mon petit monde.
Je n'ai rien à craindre.
Respire ! Respire un grand coup !
Le bruit des pas devint plus distinct, accompagné par le craquement des lattes du plancher.
Le regard d'Isabella se dirigea inconsciemment sur le côté, vers le couloir menant à l'escalier souterrain.
D'abord, l'ombre apparut.
Il a enfin décidé de se montrer, pensa Isabella, alarmée.
Lentement, le propriétaire des pas entra dans son champ de vision.
Le monstre invisible qui avait fait de la cave son repaire se révélait enfin.
Mais au moment où le regard d'Isabella se posa sur ce soi-disant monstre invisible, ses yeux s'écarquillèrent. Il lui fallut quelques secondes de plus pour confirmer qu'elle n'avait pas d'hallucinations.
« Cillian ?! » lâcha-t-elle.
Adam apparut dans le couloir, nu et émacié. Il semblait ne pas avoir mangé depuis un an. Et le nombre impressionnant de cicatrices sur son corps fit frissonner Isabella.
« Qu'est-ce qui t'est arrivé, bon sang ?!! »
« Isabella », salua Adam avec un léger signe de tête tout en couvrant maladroitement sa nudité. « Y a-t-il quelque chose que je puisse porter dans cette maison ? »
Ce n'est qu'à cet instant qu'Isabella réalisa que l'homme était nu.
Le choc de découvrir que le « monstre invisible » avait été Adam depuis le début, couplé à son état pitoyable, était si accablant qu'Isabella ne remarqua même pas qu'il se promenait sans vêtements.
Gênée d'avoir été morte de peur à cause de ce pauvre humain, elle ressentit une grande honte.
« Toi ! » cria-t-elle à travers le portrait. « Pour qui te prends-tu ici ?! »
« Je prends ça pour un non », répondit Adam en se retournant pour scruter à nouveau le hall. « Je me demande… pourquoi les monstres ne se montrent-ils pas ici ? »
« N'est-ce pas évident ? » renifla Isabella.
« C'est parce qu'ils ont marqué cet endroit comme dangereux ! Tous ceux qui viennent ici sont inévitablement piégés dans mon petit monde. À moins, bien sûr, qu'ils ne suivent les règles pour s'échapper — ce que la plupart ne font pas ! »
« Je vois », murmura Adam, affaibli. « Je suppose que je te dois une fière chandelle pour m'avoir offert ce répit. »
Il se tourna vers elle et esquissa un faible sourire. « Merci. »
Isabella voulait réprimander l'humain davantage. Mais elle ne pouvait pas répondre à la gentillesse par l'hostilité. Ce serait indécent de sa part. Elle avait de l'éducation, après tout.
De plus, Adam s'était déjà échappé de son petit monde une fois, elle ne pouvait donc pas lui faire de mal même si elle le voulait. C'étaient les règles auxquelles son petit monde obéissait. Mais il n'avait pas besoin de le savoir.
« Hmph ! » Elle tourna la tête.
Un court silence. Puis, elle ne put s'empêcher de demander avec curiosité : « Qu'est-ce qui t'a fait ça ? »
Elle pointa du doigt toutes les cicatrices sur son corps.
L'expression d'Adam devint glaciale.
« Ce loup-garou méprisable du temple du soleil », dit-il d'une voix meurtrière.
Les yeux d'Isabella s'agrandirent lentement. « Tu t'es échappé du temple du soleil ?! »
Puis, se souvenant de quelque chose, elle ajouta rapidement : « Attends une minute ! Ce remue-ménage il y a une semaine… serait-ce ton œuvre ?! »
Avant qu'Adam ne puisse répondre, un autre bruit de pas — léger et précipité — résonna dans l'escalier. Quelques instants plus tard, une boule de poils grise fit irruption dans le hall.
« Frère ! Frère ! Regarde ce que j'ai trouvé ! »
Valerian trottina vers eux avec un grand morceau de tissu vieux et en lambeaux dans la gueule et s'arrêta aux pieds d'Adam.
« Ah, ça fera l'affaire. » Adam s'accroupit et tapota la tête du petit compagnon avant de prendre le tissu.
Il le déchira en deux, en utilisant une partie pour se couvrir et en enroulant l'autre autour de son torse pour se réchauffer.
Enfin, il poussa un soupir de soulagement. « Oh, c'est bien mieux comme ça. »
Il se tourna vers Isabella et dit : « Notre marché tient toujours ? »
Isabella sortit de sa torpeur. « Hm ? Quel marché ? »
« Que tu me dirais tout ce que tu sais sur cet endroit », lui rappela Adam, « et qu'en échange, je t'amènerais des invités. »
« Oh, oui. » Isabella hocha la tête, distraite.
Soudain, Adam, qui avait échappé aux griffes du Grand Prêtre à Bois et causé un tel tumulte en ville la semaine dernière, lui semblait très mystérieux. Elle ne put s'empêcher de se méfier.
« Oui, bien sûr, bien sûr. » Elle hocha la tête, essayant de paraître nonchalante. « Amène-moi des invités, et je te dirai ce que tu veux savoir. »
« Très bien, alors. » Adam hocha la tête et se prépara à partir avec Valerian.
Lui et le petit compagnon mouraient de faim. Il était temps de chasser quelques monstres. Bien qu'il fût encore très faible, il pouvait toujours traquer quelques loups chétifs pour remplir son estomac et celui de Valerian.
Juste au moment où il s'apprêtait à partir, Isabella ne put s'empêcher de l'interpeller.
« Hé, Cillian ? »
« Oui ? »
Isabella déglutit inconsciemment.
« Est… est-ce que ce loup-garou est mort ? L'as-tu tué ? »
Les lèvres d'Adam se courbèrent lentement en un sourire si diabolique qu'il fit frissonner Isabella.
« Pas encore. »