Chapitre 1 937
« FRÈRE ! »
Les cris désespérés de Valerian résonnaient dans la mer spirituelle d'Adam.
Il faisait frénétiquement les cent pas à la surface de l'eau, son visage n'étant plus qu'un masque de colère, de chagrin et d'impuissance.
Adam avait scellé sa mer spirituelle pour empêcher Valerian de commettre une imprudence.
Après tout, ce que le loup-garou lui faisait subir dans le monde extérieur aurait poussé Valerian à forcer le passage pour lui porter secours.
C'est pourquoi, avant que le grand prêtre ne commence la torture, Adam s'était assuré que Valerian reste enfermé dans sa mer spirituelle.
« Frère, je t'en prie ! Laisse-moi sortir ! Laisse-moi sortir ! Je peux t'aider ! »
Le petit compagnon suppliait, des larmes coulant sur son visage poilu. Il détestait se sentir si faible, incapable de venir en aide à son frère.
« S'il te plaît ! S'il te plaît ! Laisse-mo— »
Soudain, la voix d'Adam résonna dans la mer spirituelle.
« Val, calme-toi. »
« Frère ! Frère ! » Les yeux du petit gars s'écarquillèrent. « Laisse-moi sortir ! Je peux t'aider ! Je t'en supplie ! »
« J'ai dit, calme-toi. »
La voix d'Adam semblait tendue.
Valerian déglutit nerveusement, puis hocha la tête d'une voix tremblante : « D-D'accord ! Juste… dis-moi juste ce que je dois faire ! »
« Rien. »
La voix résonna.
« Tu ne peux rien faire. »
La voix d'Adam semblait encore plus lointaine.
« Non… » Valerian eut l'impression que quelqu'un lui transperçait le cœur avec d'innombrables lames. « Ne dis pas ça ! S'il te plaît… s'il te plaît… »
« Je compte au moins une demi-douzaine de statues au rang de Cœur de Mana », reprit la voix basse d'Adam.
« Elles manient un type de magie étrange. Ça… ça affecte les sens. Tu ne seras d'aucune utilité ici. »
« Alors quand ?! » lâcha Valerian, le cœur battant la chamade.
« J'ai un plan… »
« Alors dis-le-moi ! » hurla Valerian dans un sanglot.
Il pouvait entendre les hurlements désespérés d'Adam tonner dans le monde extérieur. Pourtant, son frère parlait si calmement à l'intérieur de la mer spirituelle. Cela faisait souffrir Valerian de savoir quel genre de torture il devait endurer là-dehors.
Il ne pouvait rien voir au-delà de la mer spirituelle, car Adam avait utilisé une forme de magie pour bloquer ses sens.
« Mon plan… il pourrait… il pourrait ne pas fonctionner. » La voix d'Adam se faisait plus laborieuse à mesure que le temps passait.
« Dis-le-moi, c'est tout !! »
« Cette maison… avec le tableau », dit Adam.
« Oui ! Oui ! Qu'est-ce qu'il y a avec elle ? »
« Quand je te donnerai… le signal », répondit Adam. « Sors… et… emmène-moi là-bas. »
« D'accord ! »
Valerian hocha la tête. Il ne pouvait s'empêcher de paniquer, car il n'avait jamais ressenti une telle terreur. Adam semblait hésitant quant à ce plan. Et cela ne signifiait qu'une chose…
Qu'il y avait une forte probabilité qu'Adam meure !
***
Dans le temple du dieu du soleil, les anges de pierre continuaient de chanter.
Leurs voix mélodieuses flottaient dans l'air, attisant un sentiment d'effroi chez tous ceux qui les entendaient. Étrange, vraiment, que des voix censées transmettre la divinité puissent inspirer une telle terreur.
Un autre son, cependant, perça leur hymne au dieu du soleil.
C'était un mélange glaçant de gémissements et de rires.
Au plus profond du donjon souterrain du temple du soleil, Adam était suspendu, cloué contre un mur de pierre. Des pointes de fer avaient été enfoncées à travers ses poignets, ses épaules et ses chevilles, le maintenant fermement en place.
Dépouillé de tout, il observait en silence le grand prêtre disposer soigneusement les instruments de torture sur la table à côté de lui.
De près, le loup-garou blanc paraissait vieux et fragile. Mais l'aura qui émanait de lui était indéniablement puissante. Il était sans aucun doute au rang de Graine de Mana.
Adam jeta un coup d'œil aux pointes de fer avec un sourire sanglant plaqué sur le visage. Alors qu'il étudiait les étranges runes gravées sur les pointes, il laissa échapper un petit rire, qui finit par se transformer en un rire dément.
« Espèce de bâtard ! Les clous de fer ne suffisaient pas ? Il a fallu que tu y ajoutes des runes ! Ça brûle ! Ça brûle ! »
Le grand prêtre aux bois se retourna, ses yeux vitreux et prédateurs l'étudiant avec attention.
« Tu… es… un… étrange… spécimen », dit-il.
« Plus… la… souffrance… est… grande… meilleur… est… l'offrande. »
Le loup-garou secoua la tête, puis se tourna vers la table devant lui. Il réalisa qu'il lui faudrait beaucoup plus de temps et d'efforts pour infliger une douleur atroce à cet humain.
Adam était étrangement résistant à la douleur. Il riait, là où d'autres auraient depuis longtemps perdu la voix à force de hurler sous l'agonie infligée par les pointes de fer enchantées.
« Intéressant… intéressant », murmura le grand prêtre. « Le… dieu du soleil… écoutera… sûrement… mes prières… cette… fois… Oui… oui… loué… soit… le… soleil. »
En regardant les instruments étalés sur la table, même Adam sentit un frisson lui parcourir l'échine.
Je dois m'échapper rapidement ! pensa-t-il sombrement.
Mais ces pointes de fer ! Bon sang !
Les clous de fer qui le maintenaient en place étaient inhabituels. Peu importe la force qu'il déployait, ils refusaient de bouger.
Plus précisément, ce n'étaient pas les pointes qui étaient inamovibles. Les runes gravées dessus affaiblissaient la chair entourant chaque plaie, drainant sa force et rendant toute évasion quasi impossible.
S'il voulait se libérer, il devait faire quelque chose de radical. Quelque chose qui libérerait au moins une main et lui permettrait de mettre son plan à exécution.
J'espère que ça marchera, pensa-t-il, son regard dérivant vers les bandages de mains d'Hannibal.
Tout cela n'était qu'un immense pari.
Merde de dragon ! Il m'a mis à nu mais n'a pas pris la peine de retirer les bandages ?
Le loup-garou se tourna enfin vers lui, tenant plusieurs autres pointes dans ses mains griffues. Celles-ci étaient plus longues et plus acérées que celles qui immobilisaient Adam.
En voyant ces pointes semblables à des aiguilles, les yeux d'Adam tremblèrent. Ses lèvres se retroussèrent involontairement en un large sourire nerveux.
« Pourquoi ne discuterions-nous pas de tout ça ? » demanda-t-il. « Je suis sûr qu'on peut—AAAAGH ! »
Le grand prêtre s'avança et commença à enfoncer de longues pointes dans le torse d'Adam, évitant soigneusement ses organes vitaux pour le maintenir en vie. L'agneau sacrificiel devait endurer une douleur inimaginable pour que l'offrande soit parfaite.
Après que la sixième pointe lui eut transpercé la chair, les cris d'agonie d'Adam firent place à un rire dément.
Il riait, riait et riait encore.
Le grand prêtre plongea son regard dans celui d'Adam. Il y avait de la douleur dans ces puits ténébreux, mais il y avait aussi une folie contenue et… de la moquerie.
« Tu… oses… me… narguer ? » Le grand prêtre était plus choqué qu'enragé.
Adam finit par s'arrêter de rire. Il afficha un sourire jusqu'aux oreilles en fixant le visage du monstre. Puis il dit d'une voix étouffée :
« Mes mains, euh… elles me démangent. Ne seriez-vous pas assez aimable pour— »
Ses mots moururent brusquement alors que la main du grand prêtre jaillit.
Pouf !
Quelque chose tomba au sol.
Les yeux d'Adam s'écarquillèrent lentement tandis que du sang chaud coulait de sa bouche.
« Voilà », dit le grand prêtre avec une sombre satisfaction. « Maintenant… tu… arrêteras… de… parler. »
Le loup-garou se tourna à nouveau vers la table pour saisir un autre instrument de torture.
Pendant ce temps, le regard stupéfait et horrifié d'Adam se posa sur l'objet qui était tombé au sol un peu plus tôt.
C'était sa langue.