Chapitre 1357
Chapitre 1357
Les équipes de soldats de Tiesha Tang se déplaçaient à travers le champ de bataille avec des torches et des chariots, traînant et soulevant plus de deux mille corps en amas.
Leur travail était lent, lourd et déchirant. La puanteur de sang et le poids des cadavres rendaient chaque pas plus difficile. Personne ne parlait sauf si c’était absolument nécessaire. Les hommes travaillaient avec des expressions vide, trop épuisés et insensibilisés pour réagir davantage.
Leurs sentiments devenaient encore plus complexes lorsqu’ils remarquèrent que les hommes du Clan Tsuitsui n’emportaient que quelques centaines de corps. Comparé à eux, la différence était stupéfiante.
Autour du camp, l’atmosphère était sombre. L’ampleur des pertes avait enfin été assimilée. Les survivants des batailles d’aujourd’hui étaient assis ou allongés près des feux, certains fixant le vide, d’autres tenant leurs blessures empoisonnées.
Quelques-uns tentaient d’aider à rassembler les morts, mais la plupart étaient trop blessés ou épuisés par la lutte de la journée. Des discussions tranquilles sur le poison, sur les tactiques du Clan Tsuitsui, et sur ceux qui n’étaient pas revenus circulaient dans tout le camp.
Ceux qui restaient, les survivants de la bataille du jour, étaient complètement bouleversés. La peur et la fatigue pesaient sur eux. Il leur serait de plus en plus difficile de combattre le lendemain, et le lendemain encore.
Mais compte tenu de l’état de leur Général… ils ne pensaient pas avoir d’autre choix.
De petits groupes d’Herboristes se déplaçaient rapidement parmi les survivants de Tiesha Tang de la bataille du jour. Ils portaient des paquets d’herbes séchées, des bouteilles d’extraits amers, et des bols remplis de concoctions fraîchement préparées.
Ces hommes âgés discutaient entre eux, comparant les symptômes et les faisant correspondre à des poisons connus. Certains écrasaient sur place des ingrédients antidotes, les mélangeant en pâtes ou les dissolvant dans de l’eau.
D’autres prenaient des notes, esquissant les schémas d’affaiblissement qu’ils voyaient chez les Magi blessés. Chaque information comptait. Comprendre le poison du Clan Tsuitsui était la seule façon de garder le reste de l’armée en vie et en bonne condition pour le combat.
Une dizaine de chaudières étaient installées autour du camp, chacune bouillant avec une solution herbacée différente. L’air devenait lourd du parfum fort et amer des remèdes. Les soldats attendaient en lignes silencieuses tandis que les Herboristes leur remettaient des fioles d’antidote ou leur forçaient à boire des mixtures au goût fétide.
Certains tremblaient encore à cause des effets persistants des toxines, tandis que d’autres semblaient hébétés, épuisés, mais reconnaissants pour la maigre chance de s’en sortir.
Dans cette partie du camp, la dure réalité commença à s’insinuer peu à peu : si les Herboristes ne décodaient pas le poison ce soir, beaucoup plus de soldats mourraient demain.
Han Xun traversa le camp, les mains croisées derrière le dos, le regard distant. À ses côtés marchaient les hauts officiers de l’armée.
Il s’arrêta près d’un Herboriste qui tentait de soigner un survivant, et demanda d’une voix plate : « Où en est la progression ? »
L’Herboriste sursauta lorsqu’il se rendit compte que le Général de l’armée se tenait à côté de lui. « Mon Seigneur, même si cela prendra du temps, nous sommes certains de trouver un antidote convenable d’ici demain — non, dans quelques heures ! »
Han Xun hocha la tête. Il murmura alors, avec une légère amusement : « Continuez à travailler dur. Demain, vous devrez encore déchiffrer un autre type de poison. »
Sur ce, il s’éloigna. Tout le monde autour de lui comprenait la signification de ses paroles.
Comment pouvaient-ils espérer que le Clan Tsuitsui, réputé pour sa maîtrise de mille poisons, utilise le même toxique chaque jour pendant toute la durée de la bataille ?
Il était évident qu’ils utiliseraient différents types de poison chaque jour pour tenir les Herboristes de Tiesha Tang en alerte, et pour infliger un maximum de dégâts à ses armées !
Vas-y, pensa Han Xun, ses yeux brillant d’un éclat calculateur.
Son regard parcourut la mer de soldats novices au-delà du camp, ses lèvres arquées en un sourire glacial.
Je continuerai à vous envoyer des hommes. Peu importe les poisons que vous utilisez, je vous fatiguerai lentement avec mes supérieures forces.
Goro Tsuitsui, je vais vous faire connaître ce qu’est vraiment le désespoir ! Je veux que vous ressentiez le poids écrasant et la culpabilité d’envoyer vos frères mourir sur le champ de bataille chaque jour !
Lorsque Han Xun pensa au trauma qu’il allait infliger à son archi-némésis, il se mit involontairement à libérer des traces de voracité de sang.
« Hmm ? » Soudain, il fronça les sourcils.
Un survivant de la bataille d’aujourd’hui, un de rang Liquéfaction de Mana, lui barra soudainement le chemin. L’homme était bandé de la tête aux pieds, et semblait dans un état où il ne pourrait même pas se tenir debout. Pourtant, il y avait une étrange flamme, peut-être une lueur de rancune, brillant dans l’obscurité de ses yeux.
« Général ! » Il cracha entre ses dents serrées. « Pourquoi… pourquoi avez-vous laissé autant d’entre nous mourir aujourd’hui ?! »
Il montra du doigt le nombre immense de soldats derrière lui, et poursuivit d’une voix douloureuse : « Nous avions tant d’hommes ! Alors pourquoi ? Pourquoi n’as-tu pas— »
L’homme n’eut pas le temps de finir ses mots.
Han Xun saisit son épée, puis sa main devint une flèche d’ombre. Avant que la tête décapitée de l’homme ne tombe au sol, il avait déjà remis son épée dans son fourreau.
Roulement !
Han Xun parcourut le camp, puis rugit :
« Vous ferez tous ce qu’on vous dit ! Ne remettez pas en question la chaîne de commandement ! Sinon, votre sort ne sera pas différent de celui de cetimbécile ! »
Ce disant, lui et le reste des officiers qui le suivaient s’enfoncèrent plus profondément dans le camp.
Aucun d’eux ne jeta même un regard au Mage qui avait osé se dresser contre le Général.
Le pauvre homme avait survécu à la bataille sanglante contre les Tsuitsui, pour être ensuite décapité par son propre Général…
À d’innombrables kilomètres à l’est du col Kurogane, un éclaireur Tsuitsui glissa à travers la forêt sombre, restant bas tout en scrutant la crête obscure derrière leur campement.
Soudain, il s’arrêta.
Au début, il ne remarqua que de faibles ombres au loin, de petites perturbations qui ne correspondaient pas au vent.
Et puis, il freezea.
Des silhouettes bougeaient en formation. Ce ne étaient pas des animaux. Non, ce étaient des rangées de figures armurées avançant prudemment à travers le terrain.
Il y en avait trop pour être compté d’un seul coup d’œil, mais il y en avait au moins mille ! Et ils se dirigeaient tous vers l’arrière de l’armée Tsuitsui.
Le cœur de l’éclaireur battait à tout rompre. Il observa assez longtemps pour confirmer qu’il ne s’agissait pas d’un leurre dû à l’obscurité. Ensuite, il se retira discrètement, veillant à ne pas se faire repérer par les éclaireurs ennemis.
Quand il se retourna et sprinta vers le camp, son visage était complètement pâle.
L’armée Tsuitsui allait être attaquée par l’arrière !