Chapitre 441
Plouf !
Han Fei sortit de l’eau un fruit spirituel tout à fait ordinaire.
Liu De gisait au sol. Il avait tenté de résister, mais une brique l’avait envoyé par terre.
Sous le regard stupéfait de Liu De, Han Fei saisit le fruit spirituel, en croqua un morceau dans un craquement, puis le regarda en disant : « Je veux ton argent, pas ta vie. »
Le visage de Liu De vira au bleu. Il serra les dents et demanda : « Vraiment ? »
« Je te le garantis. Souviens-toi, je m’appelle Fan Datong. Je suis le Fantôme noir des Fantômes noirs et blancs. N’oublie pas de te venger de moi. »
Liu De lui remit son Coquillage avaleur de mer. Depuis plus de six mois, il vivait en se serrant la ceinture et en économisant sou par sou ; il avait fini par échanger tout ce qu’il avait amassé contre cette récolte. Mais tous ses efforts venaient d’être réduits à néant.
Han Fei plissa les yeux. « À plus… »
Han Fei estima que les Marches vers la mer étaient le véritable bon plan de la pêcherie de troisième niveau. C’était tellement agréable de pouvoir voler les gens n’importe quand, n’importe où.
Liu De disparut sous les yeux de Han Fei. Il savait que si celui-ci voulait vraiment le tuer, qu’il tente de s’enfuir ou non, il mourrait.
De toute façon, il était désormais fauché et n’avait d’autre choix que de quitter les Marches vers la mer. Pas étonnant qu’on dise souvent que cet endroit était dangereux : en réalité, le danger venait des êtres humains.
Han Fei observa, curieux, un homme s’évanouir sous ses yeux. À quoi servait cet autel ? À exploiter ces pêcheurs pendants, tout simplement ?
Oui, à ses yeux, les Marches vers la mer étaient sans aucun doute un instrument d’exploitation — peut-être même un moyen pour les puissants d’exploiter les autres…
Chaque jour, une foule de gens y offraient des sacrifices, mais rares étaient ceux qui parvenaient à obtenir des récompenses suffisantes et à repartir sans encombre.
Han Fei n’avait pas fait exception. À quelques étages près, où il avait sacrifié de l’énergie spirituelle, toutes ses autres offrandes avaient été volées à autrui.
Jusqu’ici, la qualité de son butin avait beau s’être améliorée, le montant des sacrifices avait augmenté lui aussi. Il ne lui restait pas grand-chose entre les mains.
En se retournant, Han Fei vit que l’Anguille-dragon était toujours étendue là, sans chercher à s’enfuir. Pour une raison ou une autre, les créatures invoquées dans les Marches vers la mer ne semblaient pas savoir fuir.
Han Fei s’approcha de l’Anguille-dragon. La créature leva sa tête hideuse, le dévisagea, puis bondit soudain pour le mordre.
Han Fei esquiva de justesse et laissa une cuisse à l’Anguille-dragon.
« Aïe… Ça fait mal. »
BAM…
Han Fei l’écrasa violemment à coups de brique. Le choc fit trembler les six grands yeux de l’Étoile de mer hexagonale.
Maître Hexagone ricana intérieurement. *Quel poisson stupide ! Il n’a toujours pas compris la situation. Regardez comme je suis malin : dès que j’ai vu Han Fei dans la pêcherie de troisième niveau, j’ai compris qu’il serait difficile à gérer. Alors, je n’ai même pas essayé de lui résister.*
À cet instant, l’Anguille-dragon était à deux doigts de pleurer. *Pourquoi sa chair est-elle si dure ? Il est fait en fer noir du Neuvième Ciel ou quoi ?*
Han Fei lui ouvrit brutalement la gueule, observa les marques de dents sur sa jambe, puis lui asséna une grande claque. « Putain, tu oses me mordre ?! Espèce d’idiot à grande gueule… »
Après une bonne douzaine de gifles, Han Fei sauta sur la tête de l’Anguille-dragon et lui assena un coup. « Continue de nager. »
Sur la grande plateforme des Marches vers la mer,
des exclamations retentissaient de temps à autre. « Waouh, ce ne serait pas le génie Wang Yu ? Pourquoi est-il ressorti ? »
« Hein ? Ce ne serait pas Liu De ? On dit qu’il a franchi cent étages. Il a trouvé un trésor ? »
« Oh ? C’est Zhou Ming ? Pourquoi a-t-il autant de trous dans le ventre ? »
Quand près de vingt personnes jaillirent au milieu des Marches vers la mer, plus personne ne s’en étonna.
Quelqu’un s’étonna tout de même : « Qui ont-ils rencontré ? Ils se sont fait éjecter tous ensemble ? »
Certains s’interrogèrent : « Comment est-ce possible ? S’ils avaient affronté un maître puissant, pourquoi seraient-ils encore en vie ? »
D’autres échafaudèrent une hypothèse : « Peut-être que quelqu’un a invoqué une créature spéciale, qu’ils n’ont pas pu lui résister et qu’ils sont tous ressortis ? »
Quelqu’un acquiesça gravement. « C’est possible… »
Un instant plus tard,
quelqu’un s’approcha de ces gens.
« Hé ! Frère Wang, tu as fait des trouvailles ? Il me manque quelques matériaux d’excellente qualité. Si tu en as, vends-les-moi. Je paierai un bon
prix. »
Le jeune homme qu’on appelait « Frère Wang » avait le visage noir de colère. Il répondit d’un ton sombre : « Aucun matériau ! Les Fantômes noirs et blancs nous ont dépouillés au centième étage. Ils nous ont pris tous nos Coquillages avaleurs de mer. »
De l’autre côté, Liu De cria : « Hé ! Quelqu’un peut me parler de ces fichus Fantômes noirs et blancs ? D’où sortent-ils ? Quelqu’un veut se joindre à moi ? On les attend ici et on leur règle leur compte quand ils ressortiront ! »
Non loin de là, quelqu’un ricana. « Frère Liu, tu plaisantes ? Qu’est-ce qui te fait croire que tu peux régler leur compte aux Fantômes noirs et blancs ? »
Liu De lança un regard furieux. « Et alors ? Ils m’ont volé tous mes trésors ! Je n’ai pas le droit de leur mettre la misère ? Même si je ne peux pas les battre, je… je peux engager quelqu’un pour les tuer. »
Quelqu’un gloussa. « Allons ! On dirait que tous ces gens ont été victimes des Fantômes noirs et blancs. Tu ferais mieux de demander si, dans toutes les Marches vers la mer, quelqu’un ose s’en prendre à eux, à part les jeunes maîtres occupés à explorer les étages les plus profonds. »
Liu De resta figé un instant. Quelqu’un semblait lui avoir transmis un message par télépathie, car son visage se décomposait de plus en plus. *Putain… Ils mangent les gens ? Et ils ont tué Lian Qi ? Ils sont sur la liste des personnes recherchées ?*
« Gloups ! »
Beaucoup de ceux qui venaient de ressortir n’avaient jamais entendu parler de Fan Datong. Mais en apprenant les horreurs qu’il avait commises, ils furent tous choqués. *Ce type est si terrifiant que ça ? D’où vient-il ?*
Dans les Marches vers la mer,
Han Fei se trouvait au cent unième étage et avait déjà dépouillé trente-sept personnes.
Sa phrase fétiche — « Je veux ton argent, pas ta vie » — s’était répandue bien au-delà des Marches vers la mer.
Pourtant, personne ne pensait que Han Fei avait peur de tuer. Beaucoup décrivaient Fan Datong et Xie Xiaoan comme deux fous. Un fou aurait-il peur de tuer ?
Tous s’accordaient donc à dire que Fan Datong cherchait à se faire un nom, à se faire connaître d’un nombre toujours plus grand de gens et à les terroriser.
Bien sûr, Han Fei ignorait ce que les autres racontaient sur lui, et il s’en moquait.
À cet instant, il remarqua que quelque chose clochait. Cao Qiu avait dit que plus on descendait dans les Marches vers la mer, plus les lieux étaient petits. Or, il se trouvait au cent unième étage et avait parcouru au moins deux cents kilomètres sur l’Anguille-dragon, sans en avoir encore atteint le bout.
Mais la taille de cet étage n’était pas le plus important : Xia Xiaochan semblait être passée par ici.
Devant Han Fei, une jeune femme le regardait, horrifiée. « Vous êtes… le Fantôme noir ? »
« Tu me connais ? Ça ne te servira à rien. Donne-moi ton Coquillage avaleur de mer. »
La jeune femme pâlit et souleva son vêtement, dévoilant son ventre.
Han Fei détourna le regard. « Hum, inutile d’essayer de me séduire. Je suis un gentleman. »
La jeune femme était furieuse, mais n’osa pas faire d’esclandre. Elle grinça des dents. « Celle qui portait un chapeau blanc m’a poignardée trois fois. Elle a dit qu’elle s’appelait Xie Xiaoan. »
« Hein ? Tu as rencontré Xie Xiaoan ? » Han Fei jeta un coup d’œil au bas-ventre de la jeune femme : deux blessures, l’une à gauche, l’autre à droite. Elle semblait lui avoir transpercé le ventre.
Han Fei remarqua aussi que le vêtement de la jeune femme était déchiré au niveau de la poitrine et qu’un filet de sang en coulait. La troisième entaille devait se trouver là.
Han Fei la dévisagea. « Dans quelle direction Xie Xiaoan est-elle partie ? »
Han Fei sauta sur la tête de l’Anguille-dragon et lui asséna une claque en criant : « En route ! » La créature partit dans la direction indiquée par la jeune femme.
Un peu plus d’une demi-heure plus tard,
Han Fei ne rencontra que deux personnes. Elles avaient un point commun : toutes deux se battaient malgré leurs blessures.
Où étaient-elles blessées ? Au ventre. Toutes deux avaient été poignardées.
Han Fei soupçonna même Xia Xiaochan de n’avoir pas pris la peine d’attaquer leurs créatures invoquées : elle les avait probablement menacées pour qu’elles lui remettent leurs Coquillages avaleurs de mer, puis s’était enfuie.
BAM…
Han Fei s’apprêtait à poursuivre Xia Xiaochan quand il heurta, avec l’Anguille-dragon, une barrière invisible. « Hein ? Un sceau ? »
L’Étoile de mer hexagonale déclara : « Nous sommes arrivés au bout de cet étage. »
Han Fei demanda : « Quelle distance avons-nous parcourue à la nage ? » Les tentacules de l’Étoile de mer hexagonale frémirent et ses yeux roulèrent. « Presque mille kilomètres ! »
Han Fei resta sans voix. Mille ? Les Anguilles-dragons étaient paresseuses et nageaient lentement ; à cette allure, ils avaient parcouru cinq cents kilomètres tout au plus.
« Ça ne va pas ! Il y a trop peu de monde. Je ne peux rien rafler de bon ! »
Dans les Marches vers la mer, dès qu’on se faisait prendre son Coquillage avaleur de mer, il fallait partir. Sans ce qu’il contenait, on ne pouvait offrir que de l’énergie spirituelle en sacrifice.
Mais au cent unième étage, chaque sacrifice exigeait cent mille points d’énergie spirituelle. Même en se vendant, les pêcheurs pendants ordinaires n’en auraient pas eu autant ; ils n’avaient donc d’autre choix que de partir.
En chemin, Han Fei n’avait vu que ces deux blessés. Inutile de préciser qu’ils avaient tous deux été poignardés par Xia Xiaochan.
Xia Xiaochan était vraiment une poignardeuse professionnelle. Han Fei ne s’attendait pas à ce qu’elle poignarde même avec un bâton. Avait-elle remplacé la longue baguette qu’elle tenait par une lance ? Il ne s’était pas attendu non plus à ce qu’elle soit si rapide. Elle l’avait devancé.
« Tant pis. De toute façon, il n’y a rien de bon ici. Allons directement au cent quarante-huitième étage ! »