Chapitre 350
En traversant la Prairie marine, Han Fei ne ressentit que de la fatigue. Pourquoi croisait-il tant de créatures étranges en chemin ?
Il venait enfin de tomber sur un groupe de Poissons-lotus adorables et inoffensifs, mais ils semblaient prisonniers de cet endroit.
Han Fei caressa le grand Poisson-lotus. Sans savoir si l’autre pouvait le comprendre, il déclara : « Laisse-moi partir. Je suis venu chercher des trésors et je ne peux pas rester ici. Sinon, j’ai peur de vous attirer des ennuis. »
Peut-être le Poisson-lotus comprit-il ce qu’il voulait dire. Quand Han Fei reprit sa route, il y en avait encore quelques-uns devant lui, mais ils ne lui barrèrent plus le passage…
Au contraire.
Sous la conduite du grand Poisson-lotus, des milliers de Poissons-lotus encerclèrent Han Fei et nagèrent à ses côtés.
Han Fei sourit. « Pourquoi vous êtes là aussi ? Pour me dire au revoir ? Merci ! Mais vous n’avez pas besoin d’en faire autant. »
Voyant que les Poissons-lotus continuaient de l’entourer, il n’ajouta rien. Peut-être étaient-ils tout simplement innocents et hospitaliers de nature.
Il avait encore un long chemin à parcourir. Comme il n’était pas pressé, Han Fei nagea en avant tout en jouant avec les Poissons-lotus.
Pour une raison ou une autre, il se sentait très paisible. Sous cette pluie de poussière colorée, sa puissance spirituelle semblait augmenter, et la portée de sa perception spirituelle s’était manifestement étendue de plusieurs mètres.
Han Fei ne put s’empêcher de regarder de nouveau les Poissons-lotus, si mignons qu’on aurait dit qu’ils ignoraient tout de ce qui se passait.
« Hein ! C’est bizarre. Pourquoi ma puissance spirituelle a-t-elle augmenté tout à coup ? »
Han Fei fut quelque peu surpris. La poussière colorée que répandaient ces Poissons-lotus pouvait-elle accroître sa puissance spirituelle ?
Soudain, Han Fei s’assit en tailleur, et des fragments de la « Peinture qui effraie les dieux » apparurent dans son esprit.
Mais, contrairement aux fois précédentes, méditer sur la « Peinture qui effraie les dieux » produisit cette fois un effet des dizaines de fois supérieur. Il lui semblait plus facile de mémoriser toutes sortes de lignes, de dessins et de textes complexes.
Une demi-journée plus tard, après avoir mémorisé un fragment entier de la « Peinture qui effraie les dieux », Han Fei découvrit avec stupeur que la portée de sa perception spirituelle avait augmenté de cinquante mètres, pour atteindre trois cent cinquante mètres…
Il ouvrit les yeux. Les Poissons-lotus l’entouraient toujours et répandaient de temps à autre une poussière d’étoiles chatoyante et colorée.
« Qu’est-ce que vous êtes mignons, haha… »
Han Fei contempla la poussière d’étoiles colorée qui recouvrait son corps et ne put s’empêcher de refermer les yeux. Qu’était-ce donc, une occasion à saisir ? C’était exactement ça ! Quel Pêcheur suspendu pouvait prétendre augmenter la portée de sa perception de cinquante mètres en une demi-journée ?
Wenren Yu lui avait dit qu’un Grand maître pêcheur pouvait seulement tenter d’apprendre la perception spirituelle. Ce n’était qu’après être devenu Pêcheur suspendu qu’on commençait à la comprendre et à acquérir cette capacité…
Pourtant, parmi tous ceux que Han Fei avait rencontrés jusque-là, même les Pêcheurs suspendus de haut niveau n’avaient une perception spirituelle que de moins de cent mètres.
Han Fei se demandait aussi dans quelles circonstances cette fameuse perception spirituelle pouvait progresser à grande échelle. Mais probablement pas avant qu’il atteigne le sommet du rang de Pêcheur suspendu…
Une autre demi-journée plus tard, quand la portée de sa perception atteignit quatre cents mètres, Han Fei sembla se heurter à un goulot d’étranglement. Il pouvait encore progresser, mais beaucoup plus lentement qu’avant.
« Hum, intéressant. Si j’ai assez de temps pour rester ici un mois entier à méditer de force sur la “Peinture qui effraie les dieux”, ma perception gagnera encore plus de cent mètres, même si le rythme a ralenti… »
Han Fei ne comptait cependant pas y consacrer autant de temps. Il était hors de question de perdre un mois dans la Prairie marine ! La pêcherie de niveau trois était immense, et il y avait tant d’endroits qu’il n’avait pas encore explorés…
Han Fei ouvrit les yeux, puis se leva brusquement.
Flap…
À sa grande surprise, il était recouvert d’une poussière d’étoiles aux mille couleurs…
Dès qu’il se leva, les minuscules particules, pareilles à du sable mouvant, se détachèrent de son corps. Autour de lui, les Poissons-lotus agitaient de temps à autre la queue et faisaient pivoter leur lotus, soulevant la poussière d’étoiles…
Peu à peu, cette étendue d’eau sembla se transformer en un royaume féerique aux couleurs chatoyantes.
Han Fei caressa la tête des Poissons-lotus qui s’étaient approchés et sourit. « Cette fois, je dois vraiment partir. Je reviendrai quand j’en aurai l’occasion. »
À chaque pas, la poussière d’étoiles glissait de son corps, lui donnant l’allure d’un être céleste.
Mais plus Han Fei s’approchait de la périphérie de ces eaux, plus il sentait les Poissons-lotus derrière lui s’inquiéter.
Peu à peu, seuls quelques centaines de Poissons-lotus continuèrent à le suivre. Et leur nombre ne cessa de diminuer.
Han Fei savait que le danger approchait.
Quand il ne resta plus que le plus grand Poisson-lotus, il retint son souffle ! La mer silencieuse s’étendait devant lui.
Comme le noir et le blanc, les eaux où il se trouvait formaient une mer de Poissons-lotus florissante et splendide, tandis qu’à une centaine de mètres devant lui s’étendait une lande glaciale et désolée, aux couleurs ternes.
Han Fei cria : « Retourne en arrière ! »
Mais le grand Poisson-lotus refusa de partir, et Han Fei dut le laisser faire. Il activa sa perception spirituelle et avança pas à pas.
Après avoir nagé environ cinq cents mètres, le grand Poisson-lotus s’arrêta à son tour et le regarda s’éloigner à contrecœur.
Han Fei se tenait alors à l’avant, observait le spectacle qui s’offrait à lui et avalait sa salive.
Devant lui s’ouvrait un immense abîme, dont il ne voyait pas le fond.
Pourtant, même dans cet endroit interdit, qui semblait désolé, la vie foisonnait. La ravine était tapissée de bancs compacts de Poissons-vers, grands comme la paume, qui ressemblaient à des vers en décomposition. Un trou leur perçait la tête, et la moitié de leur corps dépassait de leur terrier.
En découvrant les informations qui s’affichaient sous ses yeux, Han Fei sentit un frisson lui parcourir le corps. <Nom> Poisson-ver
<Présentation> Espèce de poisson parasite issue d’un mélange entre ver et poisson. Nécrophage, aime s’entretuer, féroce et cruel, il est la souillure des poissons. Son ver peut parasiter un hôte de l’extérieur et s’enfoncer jusqu’à la
moelle.
<Niveau> 9
<Qualité> Rare
<Énergie spirituelle> 4 points
<Effet> Non comestible
<Objet à collecter> Aucun
<Non absorbable>
« Putain… C’est quoi, cet endroit de merde ? Combien y a-t-il de créatures inconnues dans cette foutue mer ? »
Ces Poissons-vers n’étaient qu’au niveau neuf, certes, mais cela ne voulait rien dire. Les Sangsues des mers en marche étaient elles aussi de bas niveau et contenaient peu d’énergie spirituelle. Pourtant, si elles vous prenaient pour cible, vous étiez dans de beaux draps !
Il en allait de même pour les Poissons-vers. Ils semblaient faibles, mais ils étaient incroyablement nombreux. Partout où se posait le regard de Han Fei, il n’y avait qu’un enchevêtrement de Poissons-vers.
« Putain… » Han Fei leva les yeux vers le ciel, où des Poissons-vers nageaient aussi, éparpillés dans l’obscurité.
Han Fei pensa qu’il pourrait peut-être passer par le haut, mais dès qu’il s’y essaya, il sentit qu’on le tirait en arrière.
Il se retourna et vit que c’était le grand Poisson-lotus.
Han Fei le rassura : « Ça va aller ! S’il arrive quoi que ce soit, je reviendrai. »
Puis il nagea rapidement vers le sommet de l’abîme. Deux ailes apparurent dans son dos, et il traça un arc éblouissant dans la mer.
Pourtant, dès que Han Fei s’éloigna, l’abîme sembla sombrer dans le chaos. D’innombrables Poissons-vers jaillirent en une tempête apocalyptique.
Petit Doré était assez rapide. Mais même à cette allure, il ne pouvait résister aux Poissons-vers qui grouillaient dans toute cette zone maritime.
Ame
Han Fei avait le visage sombre. Il agita la main, et une bulle d’eau l’enveloppa ; au même instant, il activa une barrière d’énergie spirituelle. Au milieu du banc de Poissons-vers, il tournoyait et se faufilait pour éviter de se faire attraper. Dans ces eaux sombres et silencieuses, sa silhouette brillait de mille feux.
Le chaos régnait. Pourtant, en peu de temps, Han Fei avait déjà perdu le nord. Il ne percevait que des Poissons-vers, dans toutes les directions, sans la moindre brèche. Il fronça les sourcils et songea qu’il devait d’abord se frayer un passage, puis choisir une direction.
Mais alors que Han Fei brandissait avec férocité les Dagues du Dragon errant de la Mer Bleue, les Poissons-vers qui l’entouraient s’écartèrent soudain. Derrière eux, un Poisson-lotus nageait lentement vers lui.
« Hein ? »
Le Siège de lotus du Poisson-lotus tournoyait sous lui, répandant une masse de brume lumineuse et colorée. Dès qu’ils le virent, les Poissons-vers s’enfuirent.
Lorsque le Poisson-lotus arriva devant Han Fei, le Siège de lotus qui se trouvait sous lui se détacha soudain tout seul et tomba aux pieds de Han Fei.
Han Fei fut surpris. Il savait que les Poissons-lotus pouvaient repousser les souillures, mais il ignorait qu’ils étaient capables d’une magie pareille.
Le Poisson-lotus se frayait un chemin grâce à son Siège de lotus. Partout où il passait, tous les poissons reculaient. Le spectacle était tout bonnement stupéfiant.
Han Fei eut du mal à en croire ses yeux. Un poisson aussi formidable existait donc vraiment ? Il m’a tellement aidé ! Et moi, je n’ai presque rien fait pour eux, à part jouer un peu avec eux !