Chapitre 2 249
La nature sauvage s’étendait à perte de vue, mais les ressources n’y manquaient certainement pas. Nul ne pouvait dire combien de puissants vivaient dans cette vaste mer.
À l’exception des zones frontalières proches de l’Abîme sauvage, de la Zone minière infinie, de la Mer des Dieux et des Démons et du Détroit fantôme, où les puissants étaient moins nombreux, les autres régions sauvages en regorgeaient.
Depuis qu’il maîtrisait la vitesse ultra-légère, Han Fei n’était plus aussi passionné par les voyages. Il avait largement de quoi passer cinquante ans dans la nature sauvage.
Au départ, il s’était dit qu’il lui faudrait au moins plusieurs centaines d’années pour stabiliser sa cultivation, qu’il avait forcée à progresser. Mais, à présent, il semblait que les puissants étaient partout dans la nature sauvage, et qu’ils pouvaient tous lui servir de pierres à aiguiser.
À cet instant, au milieu des vagues déchaînées, une gigantesque pieuvre noire fendait rapidement le vide, y laissant d’étranges traînées de fumée grise.
Derrière elle, une baleine géante fendait le ciel. Quatre puissants du Royaume de l’Ouverture céleste jaillirent de sa gueule.
« Zhang Daqian, si tu as du cran, arrête-toi ! Aujourd’hui, je vais te tuer. »
Sur le dos de la pieuvre, une voix lança en riant : « D’accord, je t’écoute. Je ne fuirai pas. »
Fiu !
En réalité, la gigantesque pieuvre sous les pieds de Han Fei était Zhang Daqian. Il n’avait jamais ouvert son ciel et, de toute façon, il ne pouvait plus s’enfuir : la forteresse des Monstres marins qui le poursuivait était une baleine du Royaume de l’Ouverture céleste. Inutile de s’engager dans un long combat.
Han Fei s’arrêta donc tout simplement.
Han Fei se campa dans les airs, son long couteau à la main, et le pointa vers ses poursuivants. « Je me suis contenté de dépouiller quelques-uns de vos hommes. Pourquoi tant de mesquinerie ? Vous me poursuivez depuis bientôt un demi-mois. »
Leur cheffe, une femme à l’allure vaillante, le rabroua froidement : « Tu as dépouillé mes hommes dix-sept fois de suite, et tu oses me demander d’arrêter de te poursuivre ? Tu ne manques pas de culot. »
Han Fei ricana. « Dans la nature sauvage, les forts dévorent les faibles. Zhou Jingjing, je ne comprends pas ce que tu racontes. Si tu en es capable, viens me dépouiller ! Allez, je te donne ta chance aujourd’hui. Si tu me bats, je te rendrai tes ressources. »
Sur ces mots, Han Fei rugit et se rua sur eux.
Zhou Jingjing et les autres changèrent légèrement d’expression. Ils avaient bien osé poursuivre Han Fei, mais ils devaient rester prudents face à lui : il était beaucoup trop puissant. Tous les quatre l’avaient affronté, et ils n’avaient réussi à prendre le dessus qu’au bout d’un demi-mois. S’ils osaient le traquer à nouveau, c’était parce qu’ils avaient désormais quelques atouts dans leur manche.
« En formation ! » cria Zhou Jingjing.
À ces mots, dix-sept ou dix-huit puissants au sommet du Royaume de l’Établissement de la Mer jaillirent de la forteresse baleinière. Leur objectif principal était de retenir Zhang Daqian.
Ils n’étaient que dix-sept ou dix-huit à sortir, car Zhang Daqian était trop puissant. Les cultivateurs ordinaires du Royaume de l’Établissement de la Mer ne résistaient pas à un seul de ses coups et se faisaient pulvériser sur-le-champ.
Heureusement, Zhang Daqian n’était qu’au sommet du Royaume de l’Établissement de la Mer et, encerclé, il lui était difficile de recourir à des techniques meurtrières. Sans cela, Zhou Jingjing et les autres n’auraient jamais osé le poursuivre ainsi.
Bien sûr, s’ils avaient osé traquer Han Fei, c’était surtout parce que, malgré ses affirmations selon lesquelles il possédait une forteresse des Monstres marins appelée « Chiliocosm », celle-ci n’avait jamais recruté personne.
À leurs yeux, Han Fei n’était pas faible. Certes, cette pieuvre connue sous le nom de « Chiliocosm » n’était qu’au sommet du Royaume de l’Établissement de la Mer, mais une pieuvre capable d’échapper à plusieurs reprises à des monstres marins du Royaume de l’Ouverture céleste méritait tout à fait d’être appelée une forteresse des Monstres marins.
Si Han Fei n’avait pas recruté de membres, ils n’auraient pas pu le rattraper ni oser l’attaquer ainsi.
À présent, le combat avait déjà commencé. Han Fei affrontait seul quatre adversaires, faisant se déchaîner les vagues et bouleversant le ciel. Les quatre Ouvreurs de Ciel attaquaient de toutes leurs forces et tentaient de le réprimer au moyen de toutes sortes de Grands Dao, en vain.
Comme si elle s’était habituée à la résistance de Han Fei, Zhou Jingjing cria soudain : « Sixième Frère aîné, sors ! »
Bzzz !
Une marque de poing fendit le ciel et fila droit sur Han Fei. Un autre homme venait de surgir de la gueule de la baleine géante.
Han Fei sourit de toutes ses dents. « Pas étonnant que vous me colliez d’aussi près depuis deux jours. Vous aviez donc reçu un renfort. Dis-moi, il était parti chasser ces derniers jours ? »
Zhou Jingjing : « Tss ! Ne fais pas le malin. On va voir combien de temps tu tiendras contre cinq adversaires. »
Le nouveau venu, le Sixième Frère aîné, suivait clairement la voie du raffinement corporel et la Grande Voie de la Force. Il semblait également emprunter la Grande Voie de la Force magnétique, mais cela ne sautait pas aux yeux. Il ne la maîtrisait sans doute pas très bien ; sinon, cette Grande Voie aurait été redoutable.
Han Fei riposta d’un coup de poing, auquel il associa le Grand Dao de la Gravité, et l’envoya voler sur près de mille kilomètres.
Zhou Jingjing profita de l’occasion pour lancer une estocade vers la gorge de Han Fei. Celui-ci ricana, l’espace se fissura, et il saisit un vortex du vide pour contre-attaquer.
Boum !
En un clin d’œil, trois Ouvreurs de Ciel se ruèrent sur lui : l’un brandissait un bâton, le deuxième une épée et le troisième une hallebarde. Tous attaquèrent Han Fei avec férocité.
Au départ, Han Fei ne retenait pas beaucoup sa force. Zhou Jingjing et les autres n’étaient pas faibles. Il avait beau avoir progressé rapidement, ses fondations restaient instables et il ne déployait pas même quatre-vingts pour cent de sa véritable puissance. Le combat était donc équilibré.
Bien sûr, c’était à condition que Han Fei n’active pas son Grand Dao. S’il le faisait, le combat serait déjà terminé : ces cinq-là ne pourraient absolument pas lui tenir tête.
Boum ! Boum ! Boum !
Toc ! Toc ! Toc !
Les deux camps se battirent sur une distance de cent mille kilomètres. Han Fei ne savait pas combien de coups il avait encaissés, mais aucun des cinq adversaires ne s’en sortait mieux que lui.
Quelqu’un lui transmit par la voix : « Jingjing ! On ferait mieux d’arrêter ! Ce type a un corps trop solide et maîtrise tant de Grands Dao. On ne peut pas le vaincre ! »
Un autre lui transmit : « Jingjing, il arrive maintenant à affronter cinq personnes à lui seul. Si on le pousse trop loin, j’ai peur qu’on ne puisse plus lui résister s’il revient se venger un jour ! »
« Jingjing ! »
De l’autre côté, Zhang Daqian avait déjà vaincu sept cultivateurs au sommet du Royaume de l’Établissement de la Mer. Heureusement, il ne les avait pas achevés, sans quoi ils auraient subi de lourdes pertes.
Folle de rage, Zhou Jingjing poussa soudain un cri. Pour la première fois, elle ne fit plus qu’un avec sa lance et emprunta la puissance de la Voie céleste. Même Han Fei fut surpris. Cette femme venait-elle de franchir un palier en plein combat ?
Ce n’était pas un petit progrès. À en juger par cette attaque, il ne lui faudrait pas longtemps pour fusionner avec la Voie céleste et saisir le véritable sens de la lance. À court terme, la puissance de Zhou Jingjing pouvait augmenter d’au moins trente pour cent.
Quelqu’un s’exclama : « Jingjing, tu as percé ! »
Un autre, fou de joie, s’écria : « Hahaha ! Excellent, excellent. Jingjing est bien un Talent céleste. »
Mais Zhou Jingjing n’était pas heureuse du tout. Elle lança à Han Fei : « Zhang Daqian, reprenons le combat. »
Han Fei sourit de toutes ses dents. « Intéressant. Voyons donc de quoi tu es capable après cette percée… »
Soudain, Han Fei sentit une menace.
Elle ne pouvait évidemment pas venir de Zhou Jingjing. Même si sa puissance avait doublé, elle ne l’aurait pas menacé. Han Fei jeta donc un coup d’œil au vide.
Chii !
Le vide se déchira, et Han Fei vit cinq crabes gigantesques jaillir de cinq directions différentes pour l’encercler, lui et les autres.
Aussitôt, la zone maritime fut scellée. En face, dix-huit puissants du Royaume de l’Ouverture céleste apparurent. Parmi eux se trouvaient un chef et cinq chefs adjoints.
« La Cité du Roi Crabe ? »
« Jingjing… »
Les autres empereurs de la Forteresse de la Baleine géante affichaient à présent une mine sombre.
Ils échangèrent un regard, puis l’un d’eux déclara : « Jingjing, nous allons essayer d’ouvrir une brèche. Profites-en pour t’enfuir. »
Zhou Jingjing blêmit. « Non ! Même si je me rends, je ne peux pas vous abandonner. »
Quelqu’un cria : « Tu sais bien comment sont les gens de la Cité du Roi Crabe. Ils n’ont aucune limite. À part quelques génies exceptionnels, ils ne recrutent pas facilement de puissants. Et même quand ils le font, ils s’emparent de ton âme et de ton essence sanguine. Si tu les leur abandonnes vraiment, autant mourir. »
Zhou Jingjing se tut. Elle avait oublié le combat contre Han Fei. C’était une erreur de sa part. Ils s’étaient tant battus contre Zhang Daqian ces derniers temps qu’ils avaient dû rester exposés trop longtemps. Les habitants du château mobile de la Cité du Roi Crabe les avaient donc repérés.
Même si tous ceux qui étaient venus n’appartenaient pas à la Cité du Roi Crabe, ni une petite forteresse baleinière ni Zhang Daqian ne pouvaient leur résister.
« Non, il y a une autre solution. »
Soudain, Zhou Jingjing releva la tête, fixa le puissant de la Cité du Roi Crabe et cria : « Je suis Zhou Jingjing, maîtresse de la Forteresse de la Baleine. Je suis devenue reine à quatre mille ans, j’ai ouvert mon ciel à sept mille ans et j’en ai maintenant neuf mille. Même dans la nature sauvage, je peux être considérée comme un Talent céleste… »
« Ah ? Et alors ? »
Le jeune puissant sourit légèrement. « C’est bien beau. Et alors ? »
En entendant Zhou Jingjing, les trois autres empereurs de la Forteresse de la Baleine changèrent brusquement d’expression. Ils avaient compris ce qu’elle comptait faire.
Zhou Jingjing prit une profonde inspiration. « Je peux rejoindre votre Cité du Roi Crabe, mais épargnez les autres, ici, y compris lui… »
Elle désigna Han Fei.
Han Fei fut stupéfait. *Cette tante a perdu la tête ? Je t’ai dépouillée dix-sept fois, et tu veux encore m’aider ?*
Mais Han Fei comprit bientôt pourquoi. Il sourit intérieurement. *Eh ben, tu vois loin.*
Zhou Jingjing jeta un long regard à Han Fei. Se battre seul contre cinq adversaires faisait de lui un homme redoutable, ce qui l’impressionnait. De plus, elle savait que, malgré les dix-sept fois où il les avait dépouillés, Han Fei n’avait tué personne. Cela signifiait qu’il n’était pas assoiffé de sang, même s’il les avait volés.
S’il lui sauvait la vie, il pourrait lui rendre la pareille et accueillir ses hommes.
Han Fei y avait pensé lui aussi, mais il resta sans voix. *Tante, d’où te vient cette confiance ?*
« Hahaha ! »
Comme prévu, le chef de la Cité du Roi Crabe éclata de rire. « Pour qui te prends-tu ? Si la Cité du Roi Crabe veut recruter quelqu’un, ce sera lui ! Ta Forteresse de la Baleine a poursuivi cet homme plus d’une fois, pas vrai ? Cinq fois… Cinq empereurs ont échoué à le capturer, cinq fois. Alors, à ton avis, qui devrais-je recruter ? »
Zhou Jingjing répondit : « J’ai un compagnon du Royaume de l’Ouverture céleste et une population de cent dix mille personnes. Lui, il n’a rien… »
« Ah ? »
Le chef plissa légèrement les yeux, réfléchit un instant, puis sourit. « Tss, tss. Alors, vous pouvez tous les deux rejoindre notre Cité du Roi Crabe ! Mais les autres… Hé hé, ils doivent mourir. »