Chapitre 2 248
Quand Han Fei vit Pan Litian, il comprit les différentes situations qu’il avait rencontrées récemment.
Comme tout le monde l’avait deviné au moment de leur séparation, tout cela faisait partie de l’épreuve mise en place par Pan Litian. Ou plutôt, ces gens n’avaient pas été envoyés par lui : il s’était servi d’eux.
En arrivant sur l’île, Han Fei s’inclina devant Pan Litian. « Salutations, Maître Litian. »
Pan Litian hocha légèrement la tête. « Pas mal ! Tu es le trente-septième à arriver. Puisque te voilà, va au camp et attends ! »
Le camp dont parlait Pan Litian se trouvait dans la forêt, non loin de là. Han Fei jeta un coup d’œil autour de lui et aperçut Bai Ranran, qui était déjà arrivée. À part elle, Tian Hong et Li Shenhao étaient également là ; seule Pan Ying manquait encore. Ils étaient arrivés plus vite qu’il ne l’avait imaginé !
!!
Han Fei s’était attendu à voir Bai Ranran et Tian Hong arriver, mais pas Li Shenhao. Il semblait que ce gros bonhomme était bien plus malin et fort qu’il ne l’avait cru.
Han Fei fit quelques pas en avant, et Li Shenhao se précipita vers lui. « Frère Ye, toi aussi, tu es là ? Tu as rencontré des difficultés en chemin ? »
*Je n’ai vraiment rencontré aucun problème. Après tout, avec cette carte marine précise et détaillée, je n’avais qu’à foncer droit vers la Cité du Clair de Lune magique.*
Mais puisque Li Shenhao lui posait la question, Han Fei ne put que répondre d’un ton désinvolte : « Quelques petits soucis. »
Li Shenhao sourit aussitôt. « Ces petits soucis ne pouvaient certainement pas te poser problème, Frère Ye. Tu avais vu juste : la soi-disant Forteresse des Monstres marins utilisait bien la Mer des Étoiles pour repérer notre position. Et notre voyage avait bel et bien été organisé à l’avance. Seule l’Île des Rêves ne faisait pas partie de notre épreuve. Tout ce que nous avons rencontré ensuite était prévu par le Seigneur Litian. »
« L’Île des Rêves n’en faisait pas partie ? »
Han Fei était perplexe. C’était clairement un terrain d’épreuve. Il ignorait pourquoi des gens de la Cité de l’Origine s’y trouvaient, mais cela faisait manifestement partie de l’épreuve.
Li Shenhao sourit. « Frère Ye, en réalité, nous avons pris la mauvaise direction au départ. Tu te souviens de l’autre camp sauvage, à l’extérieur de l’Île des Rêves ? »
Han Fei demanda : « Le Camp des ascètes ? »
« Oui, c’est ça. C’est le terrain d’épreuve initial de notre Cité des Charognards. Mais nous nous sommes égarés dès le début et nous avons peut-être atterri sur l’un des terrains d’épreuve de la Cité de l’Origine. Puis, sans trop savoir comment, nous avons cru que c’était le nôtre. »
Han Fei : « … »
Voyant son air déconcerté, Li Shenhao sourit. « Je viens d’apprendre que la Cité du Clair de Lune magique est en fait un camp que notre Cité des Charognards a établi à l’extérieur. »
« Quoi ? »
Cette fois, Han Fei fut vraiment stupéfait. La Cité du Clair de Lune magique avait été bâtie par la Cité des Charognards ? N’était-ce pas un ensemble de villes composé de forces de la nature sauvage ?
Han Fei balaya aussitôt les environs de son sens perceptif. L’île s’étendait sur plus de soixante mille kilomètres et abritait de nombreux maîtres. Quand il étendit son sens dans le Royaume de l’Établissement de la Mer, beaucoup lui opposèrent aussitôt une résistance.
Malgré cela, Han Fei aperçut sur l’île d’innombrables races étranges. On y trouvait des centaines de créatures humanoïdes métamorphosées à partir d’êtres sous-marins, ainsi que toutes sortes de plantes démoniaques, d’oiseaux, d’insectes et d’hommes-poissons. Il avait l’impression d’être entré dans la Cité des Vagabonds. Ce camp était toutefois bien plus délabré que la ville.
Han Fei fronça les sourcils. « La Cité du Clair de Lune magique est de notre côté. Alors… »
Il s’apprêtait à poser une question sur une autre ville, mais se rendit compte qu’il n’était pas censé la connaître. Cette ville semblait se trouver encore plus loin. Comment avait-il appris son existence ?
En voyant Bai Ranran le regarder, Han Fei sentit son cœur faire un bond. « La Cité de l’Origine et la Cité des Vagabonds ont-elles aussi des camps à l’extérieur ? »
Li Shenhao sourit aussitôt. « Frère Ye, tu es vraiment malin ! La Cité de l’Origine possède effectivement un grand camp appelé le Camp des Gardiens. Mais il est encore assez loin de nous. J’imagine qu’ils devront eux aussi traverser une épreuve aussi longue que la nôtre. Quant à la Cité des Vagabonds, elle ne semble pas avoir de camp dans les environs. »
*Ça correspond bien au style de la Cité des Vagabonds. Ce sont tous des vétérans du combat. De plus, là-bas, chacun doit faire son service militaire et veiller à ce que son foyer ne soit pas envahi. Ainsi, tous ceux qui deviennent forts partent dans des endroits comme les champs de bataille des cimetières. Ils ont bien plus d’expérience que les équipes de la Cité des Charognards et de la Cité de l’Origine, où se mêlent de nombreux descendants de grandes familles.*
Han Fei n’y prêta pas davantage attention et ne posa pas d’autres questions. Il s’assit plutôt en tailleur, l’air détendu. « Autant cultiver ! »
L’attitude indifférente de Han Fei ne changea en rien l’humeur de Li Shenhao. Celui-ci cherchait à se faire bien voir de tout le monde et n’avait pas du tout l’air d’un descendant de grande famille.
Sans l’autorisation de Pan Litian, Han Fei et les autres ne pouvaient pas se rendre à la Cité du Clair de Lune magique à leur guise. Après tout, ils étaient tous de véritables maîtres. Même si cette cité était le camp de la Cité des Charognards dans la nature sauvage, elle était aussi administrée comme une ville. Les races qui y vivaient étaient nombreuses et diverses ; l’arrivée soudaine de tant de maîtres aurait forcément des répercussions sur ses habitants.
De plus, pour imposer une dernière épreuve à Han Fei et aux autres, Pan Litian avait forcé les maîtres de la Cité du Clair de Lune magique à les intercepter à l’extérieur. C’est pourquoi tous ceux qui s’étaient dressés contre Han Fei auparavant le détestaient.
Han Fei en devinait la raison. Les habitants de la Cité des Charognards n’étaient pas faibles. Il leur était extrêmement difficile de capturer ces Talents célestes, tandis que ceux-ci pouvaient les attaquer bien plus facilement.
Ainsi, la dernière épreuve aux abords de la Cité du Clair de Lune magique allait forcément coûter la vie à de nombreux maîtres de la cité. Il aurait été étonnant qu’ils ne leur en veuillent pas.
Environ sept jours après l’arrivée de Han Fei, des maîtres de la Cité des Charognards arrivèrent les uns après les autres à la Cité du Clair de Lune magique.
Quant à Pan Ying, elle n’arriva que neuf jours après Han Fei. Elle était dans un état pitoyable. Cette jeune fille de grande famille n’avait jamais beaucoup souffert. C’était une véritable Talent céleste qui, malgré sa force, connaissait mal le monde extérieur.
De loin, lorsqu’elle aperçut Pan Litian, Pan Ying s’écria aussitôt : « Grand-père, c’était vraiment une simple épreuve ! Grand-père, tu m’as fait tellement souffrir ! »
« Tais-toi. »
Pan Litian prit un air sombre. « Tout le monde est passé par là, et toi, tu te plains ? Si je ne te montre pas les dangers du monde, tu ne parviendras même pas à atteindre la Dynastie de la Capitale divine. Comment comptes-tu participer à la Compétition des dix mille ans ? »
Pan Ying resta sans voix, sans savoir à qui confier son ressentiment.
Elle regarda alors Han Fei et les autres, puis rougit, gênée. Que Bai Ranran, Tian Hong et Ye Fengliu l’aient devancée, passe encore, mais Li Shenhao !
Ye Fengliu avait aidé Bai Ranran à tuer un maître du Royaume de l’Ouverture céleste. Mais Li Shenhao, lui, n’était personne ! Comme elle, il s’était endormi sur l’Île des Rêves, et pourtant il l’avait aussi devancée. Elle se sentit aussitôt terriblement mal.
Comme s’il devinait les pensées de sa petite-fille, Pan Litian renifla. « Ma fille, ne sous-estime personne. Li Shenhao, que tu méprises, est arrivé un jour avant Ye Fengliu. Aujourd’hui, cela fait dix jours qu’il est là. »
Pan Ying : « … »
Un demi-mois plus tard.
Au total, quatre-vingt-dix-huit personnes arrivèrent sur l’île de la Cité du Clair de Lune magique.
Près de six mois s’étaient écoulés depuis leur départ de la nature sauvage.
Trois jours plus tard, lorsque cent vingt-sept personnes furent arrivées sur l’île de la Cité du Clair de Lune magique, Pan Litian cessa d’attendre. Ceux qui n’étaient pas arrivés ce jour-là, morts ou vifs, étaient éliminés.
Pan Litian jugeait que le résultat n’était pas mauvais. Il avait prévu que cent dix personnes arriveraient dans le délai qu’il avait fixé, mais cette promotion s’en sortait plutôt bien : ils étaient cent vingt-sept.
Ce que Pan Litian ignorait, toutefois, c’est qu’une petite Forteresse des Monstres marins de la nature sauvage avait été presque entièrement dévastée. Sans cela, le résultat aurait peut-être correspondu à ses prévisions.
À présent, tout le monde se tenait devant Pan Litian.
Celui-ci déclara : « Je suis sûr que, ces derniers temps, vous avez connu des revers ou échappé de peu à la mort. En six mois à peine, une équipe de cent cinquante personnes a perdu vingt-trois membres. Savez-vous ce que cela signifie ? »
La plupart gardèrent le silence. Ils ne s’étaient pas attendus à ce que la route soit si difficile. Beaucoup avaient encore peur. À plusieurs reprises, leurs choix avaient failli leur coûter la vie.
Pan Litian lança : « Ce voyage n’a duré que six mois, moins d’un centième du trajet entier, et pourtant, vingt-trois personnes ont été éliminées. Vous vous croyez toujours des Talents célestes ? Vous vous croyez toujours invincibles à rang égal ? De quoi êtes-vous fiers ? »
Les remontrances de Pan Litian ne firent ni chaud ni froid à Han Fei. Dans la nature sauvage, les créatures cherchaient un moyen de survivre, tout comme les génies de la Race aux Dix Mille Écailles. Personne ne s’attendait à mourir là. Comparé à cela, Han Fei trouvait déjà surprenant que tant de gens soient parvenus jusqu’ici.
Pan Litian reprit : « Je peux maintenant vous le dire : si je n’avais pas délibérément aménagé cette route, ce serait un miracle si cent d’entre vous étaient arrivés ici aujourd’hui. »
Après une pause, Pan Litian ricana. « Les empereurs qui m’accompagnaient ce jour-là sont déjà partis depuis longtemps. Je vous ai attendus un moment uniquement pour vous dire que cette route n’est pas facile. À partir d’aujourd’hui, vous devrez vraiment parcourir le reste du chemin seuls. Je veux que vous compreniez que, dans la nature sauvage, aucune créature n’est digne de confiance… Je peux vous donner un conseil : fuyez quand vous rencontrez un fort, tuez quand vous en rencontrez un faible. Suivez ce conseil, et il vous sauvera parfois la vie. »
À ce moment-là, Pan Ying demanda : « Gran… Seigneur Litian, pouvons-nous entrer dans la Cité du Clair de Lune magique ? »
La première idée de Pan Ying avait été de se procurer une carte marine. Bien qu’elle eût traversé bien des épreuves, elle avait aussi pris conscience de ses lacunes. Son grand-père ne l’accompagnerait certainement pas jusqu’au bout ; une carte marine était donc essentielle.
Et dans l’immensité de la nature sauvage, se procurer une carte marine signifiait qu’il faudrait peut-être affronter toutes sortes de dangers. Après tout, qui leur en donnerait une, elle qui avait été tracée par des maîtres, fragment par fragment, à partir de leurs souvenirs ?
« Oui ! Maître Litian, pouvons-nous entrer dans la Cité du Clair de Lune magique ? »
« Si nous pouvons entrer dans la ville, nous pourrons échanger des ressources. »
Aussitôt, la foule se mit à discuter ; il s’agissait pour la plupart d’enfants de grandes familles.
Pan Litian eut cependant un sourire féroce. « Non. »