Chapitre 2 091
Dans le domaine intérieur, non loin de la Mer de Brume, le Moineau empereur déclara soudain : « Petit Gros va affronter sa tribulation. »
Han Fei dut s’arrêter. Pourquoi devait-il affronter sa tribulation à ce moment-là ?
Han Fei s’était attendu à ce que Petit Gros affronte sa tribulation, mais pas aussi vite. Après tout, Shi Pohuang était lui aussi une pieuvre. Petit Gros absorbait sa puissance et comprenait son Grand Dao. Il semblait donc naturel que Petit Gros, qui était déjà au bord de la tribulation, veuille soudain l’affronter.
En effet, après avoir dormi un jour et une nuit au Village de la Lune brillante, Han Fei avait laissé un clone continuer à gérer le village et était parti pour la Famille royale des Sirènes.
Jiuyin Ling avait raison. En réalité, il avait toujours connu la direction qu’il devait prendre pour ouvrir son ciel, mais refusait de l’admettre. Il avait toujours été celui qui instruisait les autres. À l’époque, c’était lui qui avait guidé Jiuyin Ling pour qu’elle acquière de l’expérience dans le monde des mortels. Il n’aurait jamais cru qu’en un clin d’œil, il deviendrait celui qu’on instruisait.
Han Fei savait que sa relation avec Jiuyin Ling était très subtile et complexe. Il l’admirait, mais ne pouvait pas accepter son amour.
Cet amour était trop noble, si noble qu’ils n’avaient même pas besoin d’être ensemble. Il se situait entièrement sur le plan spirituel… Enfin, non : à présent, c’était une forme d’amour qui relevait du Grand Dao.
Han Fei ne pouvait pas l’accepter, pas encore.
En réalité, ce qu’il aimait le plus, c’était la relation espiègle qu’il entretenait avec Xia Xiaochan, si proche de la vie et si chaleureuse.
Ou plutôt, il pouvait aussi accepter la relation qu’il avait avec Ximen Linglan, avec qui il avait traversé tant d’épreuves.
Mais à présent, la seule qu’il pouvait rejoindre, c’était Xia Xiaochan.
…
Deux jours plus tard.
......
Cité royale des Sirènes.
Xia Xiaochan cultivait depuis cent ans dans la Cité royale des Sirènes. Xia Hongzhu en était ravie. C’était le moment idéal pour réparer leur relation.
« Maman ! Le Cœur du Dao est trop mystérieux. Le temps qu’on passe dans le Vide infini dépend principalement de notre Cœur du Dao. Il doit bien exister une mesure du Cœur du Dao, mais, en réalité, il est impossible de le quantifier. Alors, dernièrement, j’ai cherché un moyen de sortir du Vide infini.
Xia Hongzhu, qui était assise en tailleur pour récupérer, cessa de cultiver et entrouvrit les yeux. « Oh ? Comment en sortir ?
Xia Xiaochan prit un ton grave : « Le Vide infini est une sorte d’espace chaotique qui apparaît après l’effondrement du vide. Puisqu’on peut l’ouvrir de l’extérieur, il doit y avoir un moyen de provoquer son effondrement depuis l’intérieur. Le Cœur du Dao détermine combien de temps on reste dans le Vide infini, mais pas si l’on peut en sortir. Alors, je pense qu’on peut laisser le Cœur du Dao de côté pour l’instant… Le Vide infini est la source du qi chaotique, et il y en a aussi dans le monde réel, même s’il est très ténu. Cela prouve que le Vide infini laisse fuir du qi chaotique vers le monde extérieur. Peut-on s’en servir pour trouver une arme capable d’ouvrir un passage dans le vide, en y injectant du qi chaotique… »
Tout en lui exposant ses recherches, Xia Xiaochan dessina un étrange instrument en forme d’aiguille sur une carte en peau de poisson.
Alors qu’elle s’apprêtait à expliquer le fonctionnement de l’arme, Xia Hongzhu lança soudain : « Ton amoureux est là. »
Xia Xiaochan leva les yeux. « Maman, ne m’interromps pas. Tu m’écoutes, au moins ?
— Ton amoureux est vraiment là.
Xia Xiaochan posa les mains sur ses hanches et s’emporta : « Tu ne m’écoutes pas du tout. J’ai passé un temps fou à comprendre tout ça. Et puis, je n’ai pas d’amoureux. Les sirènes ne m’intéressent pas… Hum…
Sur ces mots, Xia Xiaochan serra contre elle ses cartes en peau de poisson. « Puisque tu ne m’écoutes pas, je vais continuer mes recherches toute seule. Après tout, je suis une reine. »
Furieuse, Xia Xiaochan se précipita vers son palais.
Elle n’avait fait que quelques pas lorsqu’une silhouette entra en trombe.
Han Fei s’écria : « Salutations, belle-mère ! »
Puis il regarda Xia Xiaochan, stupéfaite.
Floc !
La pile de cartes en peau de poisson que tenait Xia Xiaochan tomba par terre. En voyant que Han Fei n’était pas au Rang de demi-roi, elle comprit qu’il s’agissait bien du vrai Han Fei.
« Aaaah !
Après quelques secondes de stupeur, Xia Xiaochan poussa soudain un cri et se jeta sur lui.
« Mais où étais-tu passé ? Comment as-tu fait pour sortir ? Tu sais à quel point je me suis inquiétée ? Si l’Eau infinie était toujours intacte, j’aurais cru que tu étais mort. Bouhou… Croc…
Xia Xiaochan sauta sur Han Fei et lui mordit violemment l’épaule. La morsure d’une Établisseuse de Mer était tout sauf anodine.
Aussi robuste que fût le corps de Han Fei, il eut mal !
Pourtant, c’était justement cette sensation qu’il aimait. Avec Ximen Linglan, ils s’étaient soutenus l’un l’autre, et leur relation avait quelque chose de très complexe.
À côté de Jiuyin Ling, son niveau spirituel était bien trop bas.
C’était avec Xia Xiaochan qu’il se sentait le mieux. Ils étaient des amis d’enfance et se connaissaient par cœur. Par exemple, avec Ximen Linglan ou Jiuyin Ling, il ne se serait jamais montré aussi décontracté et débridé.
Han Fei tapota le dos de Xia Xiaochan et lui dit doucement : « Oui, je suis revenu. Désolé de t’avoir fait attendre. Je te promets que je ne repartirai pas si longtemps la prochaine fois.
— Quoi ? La prochaine fois ? Croc… Tu ne vas pas encore m’abandonner !
— Oui, oui. Je ne pars pas. Je ne partirai plus, c’est promis. Comment pourrais-je supporter de te quitter ?
Xia Hongzhu regarda les deux tourtereaux devant elle et se dit : *Ce sont des rois, tous les deux ! Comment peuvent-ils se comporter ainsi ?*
Pourtant, à voir leur façon d’interagir et leur intimité, Xia Hongzhu ne trouvait vraiment pas que Han Fei eût de mauvaises intentions envers Xia Xiaochan.
Ils s’entendaient si naturellement qu’ils étaient presque inséparables. En tant que mère, elle avait passé cent ans auprès de sa fille, sans jamais être aussi détendue avec elle ; pourtant, sa fille l’était avec Han Fei.
Xia Hongzhu voyait bien que Han Fei et An Bailing étaient des personnes complètement différentes. Néanmoins, comme elle l’avait dit, Han Fei avait beau être exceptionnel, il était trop téméraire. Plus ils se rapprocheraient et plus leur amour serait profond ; si quelque chose arrivait à Han Fei, les conséquences seraient d’autant plus désastreuses.
Aussi, même à présent, Xia Hongzhu n’approuvait pas vraiment que Xia Xiaochan soit avec Han Fei.
Mais Xia Xiaochan ne l’écoutait plus ! Depuis que Han Fei avait été aspiré dans le Vide infini, elle avait passé cent ans à chercher comment le traverser pour le retrouver.
Xia Hongzhu, elle, avait cru Han Fei mort, car personne ne pouvait flotter aussi longtemps dans le Vide infini, pas même elle.
Elle fut donc très surprise de voir Han Fei en sortir ce jour-là. Elle comprit presque aussitôt qu’il n’y était pas resté si longtemps et qu’il avait dû en sortir bien plus tôt.
S’il en était sorti plus tôt, pourquoi n’était-il pas venu chercher Xia Xiaochan ? Pourquoi l’avait-il laissée attendre, dans la souffrance, pendant cent ans ?
Cependant, elle se rappela qu’un puissant maître du Royaume de l’Ouverture céleste était mort quelques jours auparavant. Cela devait forcément être lié au retour de Han Fei.
De plus, à en juger par l’aura de Han Fei, il était encore plus puissant qu’avant, même s’il la contenait. Xia Hongzhu avait donc déjà deviné la raison. Au cours du siècle écoulé, Han Fei avait probablement cherché la véritable occasion d’ouvrir son ciel.
« Hum… Le présent chapitre est mis à jour par n)ovel/\bin/\
Xia Hongzhu renifla.
Han Fei savait ce que pensait Xia Hongzhu. Elle était l’enfant d’un dieu et possédait la puissance de combat suprême de la Mer déchaînée. Comment aurait-elle pu ne pas comprendre pourquoi il était revenu ?
Han Fei déclara donc d’un ton grave : « Belle-mère, j’ai atteint le sommet de ma puissance. Je vous en prie, laissez la jeune fille repartir avec moi.
Xia Xiaochan se retourna et implora : « Maman ! Cela fait si longtemps que je suis dans la Famille royale des Sirènes, et ma puissance a rapidement augmenté. Il est temps que je rentre.
Xia Hongzhu serra les poings et renifla. « Tu ne voulais pas étudier le Vide infini ?
Xia Xiaochan secoua vivement la tête. « Non, c’est trop fatigant. J’ai échoué tant de fois. J’en ai assez.
Han Fei répondit : « Il faut quand même poursuivre les recherches. Donne-moi ces documents, je m’en occuperai plus tard. Un jour, nous pourrons voyager à notre guise dans le Vide infini, toi et moi.
Xia Xiaochan fourra aussitôt la pile de cartes en peau de poisson dans les bras de Han Fei. Il allait les ranger lorsqu’il eut un déclic. Une seringue ?
Xia Xiaochan n’était pas une raffineuse ; elle ne savait donc pas maîtriser ni concevoir avec autant de précision un système complet d’instruments. C’était justement pour cela que son dessin était simple et facile à comprendre.
Cette arme ressemblait davantage à un récipient destiné à comprimer le qi chaotique qu’à une seringue. En libérant une grande quantité de qi chaotique, on pouvait repérer le point de connexion par lequel le qi chaotique du Vide infini s’infiltrait dans le monde réel.
Son idée n’était pas encore aboutie, mais elle était claire, simple et facile à comprendre. Han Fei estima que cette méthode pouvait vraiment fonctionner.
Bien sûr, cette idée ne suffirait pas à elle seule. Han Fei était venu chercher Xia Xiaochan ; il ne s’y attarda donc pas et rangea les cartes dans sa Mer d’Origine.
Peut-être parce qu’elle contrôlait toujours la Mer déchaînée, Xia Hongzhu ne l’empêcha pas d’emmener Xia Xiaochan. Mais sa voix résonna dans l’esprit de Han Fei.
« Xiaochan est ma fille. Si tu continues à prendre des risques encore et encore, je peux le tolérer une ou deux fois, mais pas indéfiniment. Prends soin de toi !
Han Fei acquiesça imperceptiblement et se précipita hors de la pièce avec Xia Xiaochan.
Tous deux échangèrent quelques mots à voix basse.
Xia Xiaochan demanda : « As-tu rencontré Chun Huangdian ?
Han Fei répondit : « Heureusement, non. Sinon, je l’aurais peut-être tué.
Xia Xiaochan reprit : « Sa puissance a considérablement augmenté. Tu dois ouvrir ton ciel d’abord, sinon tu auras du mal à l’affronter.
Han Fei répliqua : « Et alors ? Je viens de tuer un empereur.
Ce ne fut qu’après leur départ de la Famille royale des Sirènes que Chun Huangdian apparut, le visage fermé. « Tu la laisses épouser un humain ?
Xia Hongzhu secoua légèrement la tête. « Pas encore. Les femmes ont parfois leurs moments de naïveté. Elle croit que c’est de l’amour… »