Chapitre 1 846
Bzz !
Han Fei entra dans le trou de l’arbre, passant d’une obscurité à une autre.
À cet instant, sa perception était toujours scellée.
Tout ce qu’il pouvait faire, c’était éclairer les ténèbres avec la torche qu’il tenait à la main. Il essaya aussi de brûler de l’énergie spirituelle, mais découvrit qu’elle ne pouvait pas s’enflammer dans l’obscurité.
Il ignorait ce que cette torche avait de particulier. Elle parvenait réellement à éclairer ce monde obscur…
La lumière du feu ne portait pas très loin, à peine sur quatre ou cinq mètres carrés, mais elle éclairait faiblement les environs sur plus de dix mètres.
Bzz !
Han Fei sentit soudain qu’il se trouvait dans les airs.
Oui, une falaise s’était ouverte sous lui et il ne reposait plus sur rien.
En outre, il sentit une force peser lourdement sur son épaule. Pourtant, au moment où il avait perdu pied, il avait perçu le pouvoir du vent.
Han Fei crut comprendre !
Torche en main, il s’empressa de prendre appui sur les nœuds du vent afin d’empêcher son corps de tomber.
Mais le vent était si faible qu’il en devenait presque imperceptible.
S’il n’avait pas compris à l’instant même comment prendre appui sur les nœuds évanescents du vent, il aurait probablement chuté. Il ignorait ce qui l’attendait en bas, mais cette brise ténue était comme une bouée de sauvetage !
À présent, bien que légère, la brise n’était au moins pas capricieuse. Le vent soufflait de toutes parts sous ses pieds, mais dans une seule direction. Il lui suffisait de suivre son courant pour atteindre l’endroit où il devait se rendre, dans ces ténèbres…
Comme prévu, au bout d’un moment, Han Fei aperçut un pilier portant une torche. Une autre torche, éteinte, reposait dessus.
Même le plus idiot des hommes aurait compris ce qu’il devait faire. Han Fei alluma donc la torche.
Dès qu’elle fut allumée, le vent disparut sous ses pieds et le vide se solidifia. Il retrouva la terre ferme.
« Ouf, intéressant. À partir de la Grande Voie du Vent, ça se complique de plus en plus. C’est bien plus difficile que de marcher le long de la falaise. »
Han Fei eut un sourire en coin. L’endroit était certes assez difficile, mais il ne pouvait pas arrêter la plupart des gens. Même si la majorité n’avait pas vraiment compris la première épreuve, ceux qui étaient venus étaient tous des Demi-Rois.
Han Fei ne put s’empêcher de regarder derrière lui. Il n’aperçut qu’un point rouge sur le chemin parcouru, semblable à une flamme ardente.
C’était le chemin qu’il avait emprunté.
Cela signifiait qu’il pouvait revenir sur ses pas.
Pour l’heure, Han Fei n’avait pas l’intention de rebrousser chemin. Puisqu’il était déjà là, pourquoi se presser de repartir ? Chacun devait probablement subir des épreuves différentes dans ce royaume secret. Mieux valait ne pas se montrer trop réticent au risque.
Han Fei était convaincu qu’une difficulté pareille ne poserait aucun problème à Xia Xiaochan.
Après tout, elle était elle aussi un Talent céleste de premier ordre. Son talent, sa lignée et sa puissance de combat n’avaient rien à envier à ceux des autres. Avec le niveau de difficulté actuel, cette épreuve du royaume secret avait peu de chances de l’arrêter. Il n’avait donc pas à trop s’inquiéter.
Après avoir pesé le pour et le contre, Han Fei reprit sa route.
En levant les yeux vers l’avant, Han Fei vit les étincelles de la torche vaciller sous la brise. Dans ces ténèbres sans aucun repère, leur direction était le seul indice dont il disposait.
Bien sûr, il aurait pu vérifier sa route avec le Navigateur du vaste océan, mais ce n’était pas nécessaire pour le moment.
Han Fei parcourut à peine trente mètres dans la direction indiquée par les étincelles avant d’apercevoir un autre arbre difforme. Son tronc était lui aussi béant, comme une gueule féroce. Le trou était toujours plongé dans l’obscurité.
Sans hésiter, Han Fei y entra de nouveau.
Son cœur intrépide ne faisait que le rendre prudent, pas peureux.
Bzz !
Fort de son expérience précédente, Han Fei sentit aussitôt d’où venait le vent dès qu’il pénétra dans le trou.
Comme prévu, l’environnement était exactement le même que dans le trou précédent. Il n’y avait toujours rien sous ses pieds : il ne pouvait que prendre appui sur la brise.
Mais cette fois, des sifflements retentirent et des marques d’épée apparurent dans le vide. Elles surgirent sans bruit, un peu comme les dagues sans ombre de Xia Xiaochan.
Dans cet endroit où la perception était inefficace et où l’on ne voyait pas à plus de cinq mètres, les marques d’épée apparaissaient trop vite. Han Fei lui-même ne put s’empêcher de se crisper.
En réalité, elles ne visaient pas Han Fei, mais la torche qu’il tenait.
Puisqu’il avait compris l’importance de cette torche, comment aurait-il pu laisser les marques d’épée l’éteindre ? Une fois la torche éteinte, cette épreuve serait probablement terminée.
Bzz !
Cling ! Cling ! Cling !
D’une simple pensée, Han Fei fit jaillir l’Eau infinie, qui forma un réseau de lames et scella l’espace autour de lui.
Bientôt, Han Fei alluma une nouvelle torche sur une nouvelle plateforme de pierre. La brise fit vaciller ses étincelles et continua de lui montrer la voie.
Han Fei se fit alors une idée : cette épreuve montait progressivement en difficulté.
À chaque torche allumée, il achevait une petite étape de l’épreuve.
Mais quand cette épreuve prendrait-elle fin ?
Pourquoi l’épreuve commençait-elle par la compréhension du vent ? Si on ne comprenait pas le vent dès le départ, les étapes suivantes ne devenaient-elles pas extrêmement difficiles, voire presque impossibles à franchir ?
Quand Han Fei entra dans le trou suivant, il constata que ses suppositions étaient justes. Devant lui, tout était comme avant, mais cette fois, davantage de créatures attaquaient dans l’obscurité.
Dans le trou suivant, une attaque de l’âme l’attendait.
Han Fei enchaîna les épreuves.
Elles se faisaient de plus en plus difficiles et mobilisaient toutes sortes de moyens d’attaque.
Han Fei devait veiller à ses déplacements, protéger la torche, affronter ses adversaires et se défendre contre les attaques de l’âme…
Vers la fin, il se mit même à pleuvoir.
Han Fei se dit que la torche qu’il tenait n’était qu’une torche ordinaire. Si la pluie la trempait, elle s’éteindrait probablement !
Il tenta de la protéger avec un bouclier d’énergie spirituelle, mais sans succès. Heureusement, il connaissait la Technique de contrôle de l’eau.
Dès qu’il maîtrisa l’eau, le Dao de l’Eau se mit à emplir l’espace de l’autre côté. Toute l’eau qu’il contrôlait se changea en givre, puis finit par former des lames de glace.
Les sens spirituels de Han Fei étaient puissants ; il pouvait donc manier ces lames à sa guise.
Han Fei franchit dix-sept épreuves d’affilée.
À la dix-huitième, il se demanda si, à mesure que la difficulté s’accumulerait et que nombre de ses capacités resteraient limitées, il pourrait encore aller plus loin.
Pas étonnant qu’on dise que le troisième niveau était une épreuve mortelle.
Han Fei aurait parié que moins d’un dixième des plus de six mille personnes étaient arrivées jusque-là.
À la dix-huitième épreuve, Han Fei s’avança de nouveau dans le trou de l’arbre…
Cette fois, le décor dépassa ses attentes.
Han Fei tenait toujours la torche, mais le vide ne s’ouvrait plus sous ses pieds et il n’avait plus l’impression de tomber.
Pourtant, il ressentit un danger extrême.
Par réflexe, Han Fei leva son couteau pour parer.
Fouish !
La lumière de l’épée balaya les environs et le cœur de Han Fei manqua un battement. Le temps sembla se figer ; il ne vit plus que cette lueur.
En un instant, Han Fei crut discerner une multitude de pouvoirs. On aurait dit un assemblage de nombreuses runes du Dao.
Le Qi de l’épée semblait renfermer la Grande Voie du Vent, aux transformations infinies et difficiles à saisir.
Il semblait aussi contenir des runes du Dao de l’Eau. Si ce Qi de l’épée était brisé d’un seul coup, il exploserait aussitôt, le prendrait pour cible et éteindrait la torche.
Il semblait également contenir une technique d’attaque de l’âme.
C’était manifestement une technique de verrouillage incroyablement lente.
Le Qi de l’épée avançait si lentement qu’il ne parcourait que cinq mètres. Han Fei aurait pu tourner autour plusieurs fois.
Mais il s’agissait bien d’une technique de verrouillage.
Sa puissance continuait d’augmenter à mesure qu’il avançait. Plus on la faisait traîner, plus elle devenait redoutable.
Les paupières de Han Fei tressaillirent.
Il tendit la main, traça une ligne dans les airs et ouvrit une fissure dans le vide.
Mais lorsque le Qi de l’épée arriva, le vide se brisa dans un craquement et se changea en une étrange énergie que l’épée absorba, gagnant encore en puissance.
Han Fei se trouvait toujours à un demi-mètre de l’épée.
Ses doigts esquissèrent des mouvements de part et d’autre du Qi de l’épée. S’il s’agissait simplement de briser cette attaque de force, Han Fei était certain d’en être capable.
Mais il tenait toujours la torche. Dans ces ténèbres, il ne pouvait pas se connecter au Pot de Purification des Démons ; impossible, donc, d’y ranger la torche.
À l’extérieur, quelques paires d’yeux observaient la scène. Qui cela pouvait-il être, sinon Zhang Luotian et les autres ?
L’homme barbu ne put s’empêcher de s’exclamer : « Il a franchi dix-sept niveaux en moins d’une demi-journée ! Et le plus étonnant, c’est qu’il n’a pas encore échoué… Il ne sait même pas qu’il peut réessayer… »
Bai Yue ricana. « Elle t’intéresse ? »
L’homme barbu hocha légèrement la tête. « Oui, mais ça ne sert à rien. Ce type n’est pas un petit joueur, à la base. J’ai entendu dire que, même s’il n’est qu’un Demi-Roi aujourd’hui, il s’est déjà battu contre plusieurs rois. Il n’a pas encore gagné, certes, mais il n’a pas perdu non plus, pas vrai ? »
Tout en parlant, il jeta un coup d’œil à Yan Meng.
Yan Meng déclara : « S’il franchit la tribulation et devient roi, le Monde Yin-Yang aura certainement une chance de revenir. Le problème, c’est que même s’il parvient à retenir Chun Huangdian, de puissants maîtres l’attendent dans les Trente-Six Mondes mystiques. Nombreux sont ceux qui ne veulent pas voir le Monde Yin-Yang revenir. J’ai peur que son retour ne soit pas facile. »
Zhang Luotian dit : « Si son taux d’achèvement atteint 95 %, pourquoi s’inquiéterait-il de ne pas pouvoir retourner dans le Monde Yin-Yang ? »
Tous les regards convergèrent vers Zhang Luotian. « Un taux d’achèvement aussi élevé, ce serait du jamais-vu. Tu crois tant en lui ? »
Zhang Luotian répondit avec indifférence : « Ce n’est pas que je croie tant en lui, c’est qu’il a une chance insolente. Et puis, il est extrêmement puissant. Quatre-vingt mille ans ont passé, et pourtant il est arrivé au bon moment. Vous pensez que c’est une coïncidence ? »