Chapitre 119
Sur le terrain d’entraînement du domaine.
« Les guerriers de l’âme sont différents des autres professions. Les chasseurs privilégient la puissance explosive, les collecteurs spirituels soutiennent surtout leurs coéquipiers, les manipulateurs planifient l’ensemble du combat, et les armuristes possèdent la meilleure défense ainsi qu’une grande puissance au combat individuel. Les guerriers de l’âme, eux, doivent tenir la ligne de front. Cela exige une constitution robuste, des techniques de combat éprouvées, la capacité de tuer l’ennemi et le courage de foncer tête baissée », expliqua Xiao Qin.
Sur ces mots, Xiao Qin ramassa une fine barre de fer. « Allez, viens ! Tu es maintenant un maître pêcheur intermédiaire au sommet de son rang, mais tu peux affronter un grand maître pêcheur. À ton niveau, je n’arrivais même pas à battre mes pairs. Je vais ramener ma force au niveau d’un maître pêcheur intermédiaire. Combattons. »
Han Fei prit peur. « Sœur Qin, tu n’es pas obligée de faire ça ! »
Xiao Qin fonça simplement sur lui, sans un mot. Comme la fois précédente, Han Fei pensa que ce serait encore un combat inutile.
Mais lorsque Xiao Qin abattit sa barre sur lui, son aura changea instantanément.
Clang…
Han Fei para son attaque avec son bâton. Franchement, aucun maître pêcheur intermédiaire ne peut me battre, maintenant ! songea-t-il.
Mais Xiao Qin esquiva sur le côté et lui asséna un coup avec sa fine barre de fer, comme s’il s’agissait d’une épée à deux mains.
Han Fei choisit de bloquer le coup de front, persuadé que la barre ne pourrait pas lui faire de mal.
Il activa le Bâton du Diable furieux. Son arme heurta la barre de fer de Xiao Qin, et le choc résonna dans un vacarme métallique.
« Fusion. »
En un instant, l’élan de Xiao Qin s’amplifia et une armure apparut sur son corps !
Han Fei n’en était pas certain, mais l’armure de Xiao Qin semblait bien réelle. Et, dans son dos, six griffes semblables à des pattes d’araignée jaillirent en même temps.
Fiu ! Fiu ! Fiu !
Han Fei blêmit. Ces pattes d’araignée pouvaient bouger ! Elles s’agitaient chaque fois que Xiao Qin lui donnait un coup de pied ou de poing, et Han Fei avait l’impression d’affronter quatre adversaires de front.
« Waouh ! On dirait qu’elle a soudain trois têtes et six bras ! »
Ces pattes d’araignée ressemblaient aux trois têtes et aux six bras de Nezha. Non, elles étaient encore plus dangereuses. Elle avait huit bras ! N’était-ce pas terrifiant d’affronter huit bras avec seulement deux ? En plus, Xiao Qin l’assaillait à une vitesse folle.
Han Fei voyait que Xiao Qin avait elle aussi ramené son énergie spirituelle au niveau d’un maître pêcheur intermédiaire, sans en récupérer la moindre parcelle.
Clang, clang, clang…
Han Fei comprit que son Bâton du Diable furieux ne pouvait pas résister à ses attaques. Aussi rapide que fût son bâton, il ne pouvait parer les assauts fulgurants de quatre adversaires à la fois !
Bientôt, les coups s’abattirent sans cesse sur Han Fei, et le métal résonna de tous côtés. Alors qu’il se disait que le combat allait bientôt prendre fin, Xiao Qin cria : « Enflamme-toi ! »
Dès que sa voix parvint aux oreilles de Han Fei, il sentit son sang bouillir. Fou de rage, il se mit à attaquer Xiao Qin comme un forcené.
Han Fei ignora les pattes d’araignée et lança une Explosion d’énergie spirituelle. « Explose ! »
« Mur de boucliers… »
Au cri de Xiao Qin, ses six pattes d’araignée se replièrent instantanément pour former un grand bouclier.
BAM !
Han Fei fronça les sourcils. C’est du solide !
Il n’avait pas retenu ses coups, mais Xiao Qin, alors qu’ils étaient au même niveau, semblait aussi puissante qu’un grand maître pêcheur. Il l’envoya voler d’un coup, mais elle cria soudain : « Frappe foudroyante ! »
Les six pattes d’araignée se replièrent de nouveau et formèrent une pointe acérée. Dans un clang retentissant, celle-ci piqua Han Fei et le fit reculer de trois ou quatre pas. Xiao Qin en profita pour l’attaquer dans le dos. Han Fei se retourna à la hâte, mais il avait déjà reçu des dizaines de coups dans le dos.
Han Fei rugit : « Furie ! »
Mais avant qu’il ait pu activer Furie, Xiao Qin cria : « Onde de choc spirituelle ! »
L’énergie spirituelle dans le corps de Han Fei se figea soudain, et l’onde de choc interrompit Furie.
À présent, les six pattes d’araignée étaient pointées contre sa gorge.
Xiao Qin haletait. Le corps de Han Fei était trop robuste. Même elle avait dû s’employer sérieusement pour le vaincre. Certes, il avait semblé subir une défaite écrasante, mais le résultat aurait été tout autre s’il avait seulement appris quelques techniques de combat de guerrier de l’âme.
Han Fei déglutit. « Sœur Qin, c’est ça, la puissance d’un guerrier de l’âme ?! »
Xiao Qin interrompit la fusion en haletant. « Oui. Tu crois que j’ai emprunté la force de ma bête spirituelle ? Pas du tout. J’ai utilisé au moins douze techniques de combat. Un guerrier de l’âme ne recule jamais au combat. Même face à la mort, il ne fait pas un pas en arrière. Si j’ai assez d’énergie spirituelle, je peux continuer à me battre ainsi. Et si un collecteur spirituel me soutient, je me battrai sans relâche, à moins que l’ennemi ne me tue. »
« Waouh… »
Han Fei imaginait la scène : un guerrier de l’âme terrifiant comme Xiao Qin, alimenté sans cesse en énergie spirituelle. Aurait-il la moindre chance de gagner ? Autant s’avouer vaincu d’entrée de jeu.
Xiao Qin regarda Han Fei d’un air grave. « Même si j’ignore où est parti mon frère aîné, il m’a dit un jour qu’il se rendait dans un lieu interdit laissé par un guerrier de l’âme. Si c’est bien le cas, seuls les guerriers de l’âme et les armuristes peuvent y entrer. C’est pour ça que je veux faire de toi un guerrier de l’âme. »
Han Fei demanda : « Je dois d’abord apprendre une douzaine de techniques de combat ? »
« Ne sois pas trop gourmand. Je sais que tu n’as pas donné toute ta puissance, tout à l’heure. Demain, je t’emmènerai t’entraîner au fond de la mer, mais cette fois, j’utiliserai la force d’un grand maître pêcheur. »
…
Xiao Qin alla se coucher, tandis que Han Fei resta sur le terrain d’entraînement, se grattant le ventre de temps à autre. Il avait été vaincu alors que Xiao Qin avait ramené sa force à son niveau. Sans son corps robuste, il aurait été tué ! Cette constatation lui porta un rude coup.
Le clair de lune se déversait comme de l’eau, tandis qu’une brise fraîche soufflait.
Le Vieux Jiang s’approcha lentement, une bouteille d’alcool à la main, et ricana. « Maintenant, tu connais l’écart ? Ce n’est pas un choix facile. Sais-tu que chaque guerrier de l’âme est un fou qui n’a pas peur de mourir ? »
Han Fei se gratta le ventre et se plaignit : « Je pensais que devenir guerrier de l’âme serait aussi facile que de devenir collecteur spirituel, mais apparemment, ce n’est pas le cas. »
« Pouah… »
Le Vieux Jiang éclata de rire. « Aussi facile que de devenir collecteur spirituel ? La prochaine fois que tu iras en ville, demande donc aux gens que tu croiseras… Euh, est-ce que devenir guerrier de l’âme est aussi facile que de devenir collecteur spirituel ? Tu n’y connais rien… »
Le Vieux Jiang se moqua sans pitié de Han Fei, puis lui lança une plaquette de jade avant de s’éloigner.
Han Fei observa la plaquette dans sa main et y jeta un coup d’œil.
« Formation de rassemblement spirituel, Technique de rassemblement de l’eau, Technique de contrôle de l’eau et Formation de l’esprit de l’eau ? »
La plaquette de jade contenait quatre techniques. Han Fei prit une profonde inspiration. Était-ce là le secret du contrôle de l’eau du Vieux Jiang ? Il voulait les obtenir depuis longtemps, et il n’aurait jamais cru que le vieil homme les lui donnerait aujourd’hui. Quelle surprise !
…
Le lendemain.
Le chef du village conduisit un homme d’âge mûr au domaine.
Han Fei préparait le petit-déjeuner. En voyant le chef du village, il lança : « Grand-père le chef, quelle coïncidence ! Je viens justement de préparer le petit-déjeuner. On mange ensemble ? »
Le chef du village répondit : « Non, non… Han Fei ! Je suis venu spécialement te voir aujourd’hui ! »
Han Fei se gratta le ventre et demanda, surpris : « Qu’y a-t-il ? »
« Voici monsieur Shi Shan, un enseignant du département de combat de la Troisième Académie, en ville. C’est un grand maître pêcheur au sommet de son rang, et il est venu en personne t’inviter à t’inscrire officiellement dans son établissement. »
Shi Shan dévisageait Han Fei, et son gros gabarit semblait avoir attiré son attention.
Shi Shan demanda : « J’ai entendu dire que tu avais vaincu à toi seul cinq élèves de notre Troisième Académie, puis que tu t’étais encore battu contre Ye Nanfei ? »
Les yeux de Shi Shan brillaient. Il voyait que Han Fei était déjà un maître pêcheur intermédiaire. Il dit donc au chef du village : « Vieux Zhao, pourquoi n’as-tu pas envoyé un élève aussi doué de ton village en ville ? Ce serait gâcher son talent ! »
« Ho ho ! Voyons si tu arrives à le convaincre ! »
Shi Shan se tourna vers Han Fei. « Tu t’appelles Han Fei, c’est bien ça ? Accepterais-tu de venir étudier en ville avec moi ? Je peux te garantir que tu figureras parmi les cent meilleurs jeunes talents de la ville pendant au moins les trois prochaines années. »
Han Fei cligna des yeux. « Non. »
« Euh… »
Shi Shan resta bouche bée. Il pensa : Ne refuse pas si vite. Je ne t’ai même pas encore parlé des avantages !
Shi Shan poursuivit : « Élève Han Fei, tu dois comprendre que tu n’as aucun avenir au village, contrairement à la ville. On y trouve les techniques de combat les plus complètes, toutes sortes de techniques de pêche avancées et des enseignants expérimentés capables de te guider. Tu ne trouveras rien de tout cela au village… »
« J’ai dit non. Pourquoi tu racontes autant de bêtises ? »
Le Vieux Jiang sortit, le visage fermé, et pointa le nez de Shi Shan du doigt. « Va-t’en ! Tu ne vois pas que c’est l’heure de mon petit-déjeuner ? »
Shi Shan resta interdit. Qui est donc ce vieil homme si arrogant ?!
Le chef du village intervint avec tact : « Vieux Jiang, surveille ton langage. »
« J’ai déjà fait preuve de patience en ne te mettant pas dehors. Tu n’es qu’un enseignant de la Troisième Académie. Qu’est-ce qui te fait croire que tu peux me prendre mon disciple ? Pour qui te prends-tu ? »