Chapitre 871
Le tournoi international avait commencé en hiver. Tout le monde pensait rentrer en Corée avant la fin de la saison, mais ils restèrent au Japon alors que le printemps battait déjà son plein. L’été n’était pas encore tout à fait là, pourtant la fin du printemps japonais était déjà torride.
Un jour, So-Yeon s’étala dans le pavillon près de la cour de l’école et soupira : « Ah… Quel été. »
Le printemps présent avait des airs d’été, mais à l’époque, c’était bel et bien le cœur de l’été. Une chaleur aveuglante perçait le feuillage vert vif comme des flèches. On aurait dit qu’elle carbonisait tout sur son passage.
Le club de tir à l’arc était donc encore plus débordé. L’été était la saison idéale pour le tir à l’arc : les muscles s’assouplissaient facilement et les cordes d’arc se détendaient juste ce qu’il fallait. Même les meilleurs archers n’échappaient toutefois pas à la chaleur estivale. C’était une chaleur accablante.
Je marmonnai, la bouche pleine de glace : « Quel été ? On est encore en été. »
« Tu ne comprends pas ? »
« Hein ? »
« C’est juste une expression qu’on emploie souvent. »
« Quel été ? »
« Oui, on dit ça quand quelque chose d’important se termine. Quand on se rend compte qu’une nuit d’été pleine de rêves est vraiment finie, par exemple. Mais pour nous, ça ne fait que commencer. »
Et elle avait raison. Le tournoi de tir à l’arc n’avait même pas encore commencé. L’été battait toujours son plein. Peut-être à cause du soleil, ou d’autre chose, mais son visage rougit tandis qu’elle changeait de sujet.
« Au Japon, il y a des festivals de feux d’artifice en été. Tu le savais ? »
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Je hochai la tête. Je ne connaissais pas grand-chose en dehors du tir à l’arc, mais je savais que les festivals de feux d’artifice japonais avaient lieu en été. On en voyait partout.
« Je ne suis jamais allé au Japon, en fait. Je me demande à quoi ça ressemble, en vrai. »
Bien que le Japon fût juste à côté, elle non plus n’y était jamais allée. Qu’est-ce que ça faisait, de voir les feux d’artifice peindre le ciel d’été ?
« C’est seulement après les avoir vus qu’on peut dire… Quel été ! »
Je compris alors que tout ce préambule n’avait servi qu’à parler des feux d’artifice.
« On ira les voir un jour. »
« !? »
« Qu’est-ce qui lui prend, aujourd’hui ? » marmonna-t-elle pour elle-même avant de tourner brusquement la tête. « Qui a dit que j’irais avec toi ? »
« Euh… Alors, tu irais avec qui ? »
Elle me jeta un regard hésitant, puis rit doucement.
« Et on irait où, de toute façon ? »
« Tu viens de dire que le Japon était réputé pour ça. »
« Sérieusement ? On ne peut pas partir là-bas comme ça ! »
« Pourquoi pas ? C’est juste à côté. »
« Tu vas déjà en Grèce avec moi, et maintenant tu veux aussi aller au Japon ? »
« Eh bien, c’est pour les JO. Le Japon ne les accueillera pas de sitôt. »
Son regard s’attarda un instant sur mes lèvres tandis que j’engloutissais le reste de ma glace.
Puis elle secoua furieusement la tête et s’écria tout à coup : « Non ! On n’ira pas ! Jamais ! »
« … ? »
Elle se redressa d’un bond et partit en courant.
« Où tu vas ? »
« En classe ! Tu vas être en retard si tu ne cours pas, toi aussi ! »
Maintenant que j’y pensais, quand le temps avait-il filé si vite ? Je sortis de ma rêverie et me mis à courir à mon tour.
Tap-tap-tap-tap !
Le soleil de midi au-dessus du terrain d’un petit lycée se brouilla, puis se transforma en nuit, sous les lumières d’un immense stade. Sang-Hyeon, devenu adulte, courait toujours.
Boum !
Des feux d’artifice éclatèrent dans le ciel noir, comme ceux dont elle avait parlé : des feux d’artifice estivaux. Il fonça sur l’herbe baignée de lumière arc-en-ciel.
« Joseon… ! » La voix du commentateur résonna dans l’arène.
La foule explosa en acclamations, assez puissantes pour faire trembler le monde.
« Joseon a vaincu Rome, grande favorite du tournoi, et REMPORTE le tournoi international !!! »
Sang-Hyeon continua de courir tandis que ses coéquipiers le rejoignaient. Sans qu’un mot soit échangé, ils foncèrent tous vers les gradins.
« OUAIIIIIIIIIS !! »
Des acclamations tonitruantes et des feux d’artifice éblouissants retentirent.
Boum ! Pan !
Des couleurs éclaboussèrent le champ de vision de Sang-Hyeon. Il ne ferma pas les yeux. Il ne voulait pas perdre une seule seconde.
« Pour toujours… »
Il le savait. Certains moments de la vie restaient gravés pour toujours. Et celui-ci en faisait partie.
« Je m’en souviendrai. »
***
Comme toute chose, tout avait commencé par un petit événement.
[KimchiWarrior : Ça te dirait de participer au tournoi international ?]
Quelqu’un était tombé sur Sang-Hyeon alors qu’il jouait à Empire Civil. Il se trouvait que Sang-Hyeon nourrissait encore le rêve, à moitié oublié, d’intégrer l’équipe nationale. Bien sûr, ce n’était pas officiel. L’équipe ne s’appelait même pas Corée, mais Joseon. Pourtant, l’idée de tenir un arc et d’affronter d’autres pays éveilla quelque chose en lui.
Le jeu n’était pas populaire et le parcours fut loin d’être facile. Les heures d’entraînement s’allongeaient, et Ju-Hyeok ne cessait de protester.
« C’est beaucoup trop. Tu t’en sors très bien comme Streamer variété. Jouer trop longtemps au même jeu, c’est dur pour toi. »
Une fois que Sang-Hyeon avait pris sa décision, personne ne pouvait y faire grand-chose. Ju-Hyeok le savait ; après le début officiel des entraînements, il ne s’y opposa donc pas trop.
Les accrocs ne manquèrent pas en chemin. Sang-Hyeon se souvenait encore des débuts. Les autres joueurs étaient mal à l’aise avec Almond, ou refusaient carrément de l’accepter. Même si Empire Civil était un jeu de niche en Corée, son tournoi international ne réunissait que la crème de la crème. L’arrivée au classement d’un inconnu que personne n’avait jamais vu passer ne pouvait donc que mal être accueillie.
Chi-Seung et Hui-Chul, eux, le savaient. Même si cela semblait encore lointain, un jour, cet homme sauverait l’équipe. Ils ne le dirent pas tout de suite, mais Sang-Hyeon sentait leur confiance et leur foi en lui.
Sang-Hyeon commença à se démarquer pendant les matchs d’entraînement, et les joueurs s’ouvrirent peu à peu à lui. Combattre côte à côte dans les mêmes batailles s’avéra plus facile qu’il ne l’aurait cru. Ils ne firent plus qu’une équipe et se lancèrent vers un objectif commun. Ce fut une course longue, très longue.
« Joseon écrase les Français et décroche sa première victoire en phase de groupes ! »
« Ils ont même battu l’Espagne ! Mais qu’est-ce qui se passe ?! »
« Et ils ne font pas que gagner, leur jeu est incroyable ! Surtout cette Ruée de l’Archer éclair : même quand on la voit venir, impossible de l’arrêter ! »
« Ahhh ! Joseon n’a pas réussi à battre Rome, mais l’équipe se qualifie pour le tournoi principal !!! »
À l’issue des matchs de groupe, ils décrochèrent leur billet pour le tournoi principal.
« Ils ont beau le poursuivre, ils n’arrivent pas à le rattraper ! Mais comment c’est possible ?! »
« Non, je ne suis pas archer~ Attendez, si, je suis archer ? Je plaisante ! Surprise ! Je suis archer ! Enfin, pas vraiment ! »
« Valhallaaaaaaaah !! »
« JOSEON A REMPORTÉ CETTE VICTOIRE COMME UNE BÊTE !!! »
Ils battirent les Vikings deux à zéro.
« Ahhh ! Kenin, c’est ça, le meilleur archer ? Il est en train de se faire détrôner ou quoi ?! »
« Après ce match, Kenin va peut-être devoir aller acheter des pâtisseries ! »
« Waouh ! Ce mur vient d’exploser ! Toute l’équipe est sous le choc ! Joseon est pratiquement déjà morte !! »
« Je vous avais dit que les éléphants étaient terrifiants ! Tout le monde meurt d’un coup, sans prévenir !! »
« C’était vraiment la bataille finale, hein ? Ça n’a pas été une promenade de santé ! »
Ils battirent ensuite la Perse : deux à un.
« Aaah ! Cette fois, Meilleur Yi Sun-Shin a pris la position de départ ?! »
« JE SUIS LA MÈRE DE JOSEON !! »
« A-Attendez ! La commandante en chef !? Elle se bat !! »
« Almond ! Almond a bandé son arc ! Enfin ! »
« C’est tout ce qu’ils ont ! C’est fini— »
Boum !
Un seul tir de Sang-Hyeon mit fin au match contre le Japon. La victoire fut de trois à deux. Peu après, ils enchaînèrent sur une série de victoires sans défaite contre la Chine. Puis vint la grande finale contre Rome, une équipe qu’ils n’avaient jamais réussi à battre en phase préliminaire. Joseon finit par l’emporter trois à un.
« JOSEON BAT ROME ET REMPORTE LE TOURNOI INTERNATIONAL !!! »
Même le dernier rempart, Rome, était tombé.
***
Devant eux, il ne restait plus qu’un long tapis rouge étincelant.
« Tout le monde, accueillez-les comme il se doit ! Des phases préliminaires aux huitièmes et quarts de finale, en passant par les trente-deuxièmes et les seizièmes… Aucun match n’a été facile ! Ils ont tout traversé et tout remporté. Et les voici, devant vous ! »
Ces matchs acharnés, les victoires, les défaites, la douleur et la joie… Après aujourd’hui, tout cela ne serait plus que des souvenirs.
« Les fiers joueurs de la République de Corée !! »
Et c’était précisément pour cela que ces souvenirs dureraient à jamais. Ils resteraient gravés dans le cœur de tous ceux qui les regardaient.
« Voici les athlètes qui ont accompli l’impossible et remporté le tournoi international ! »
Fsssshhhh !
Une fumée blanche dévoila le podium, au bout du tapis qui s’étirait devant eux. Les joueurs se tenaient à l’autre extrémité.
Clac !
Toutes les lumières de l’arène convergèrent vers eux.
« OUAIIIIIIIIIS !! » hurla la foule.
Des feux d’artifice multicolores éclatèrent de nouveau, et les appareils photo crépitèrent de toutes parts. À l’avant, Hui-Chul s’avança en poussant un fauteuil roulant.
« Cookie ! Cookie ! Cookie ! »
La foule scandait son nom.
« Meilleur Yi Sun-Shin ! Meilleur Yi Sun-Shin ! »
Les acclamations en l’honneur de Choi Sa-Rang retentirent à leur tour. Puis, peu après…
« Almond ! Almond ! Almond ! Almond ! »
« Almond !! Almond !! »
Des voix lui parvinrent de toutes parts. Tous les objectifs étaient braqués sur lui. Sang-Hyeon eut l’impression que le monde entier ne regardait que lui. Puis les lumières changèrent de direction et éclairèrent un point précis.
Clac !
« C’est ça. »
Tous les joueurs retinrent leur souffle. Une immense coupe argentée trônait au sommet du podium, au bout du tapis scintillant.
« Le trophée. »
Il les avait attendus. Entouré de micros et de caméras de télévision, il brillait sous les lumières.
« Et maintenant, joueurs ! Avancez et soulevez le trophée, s’il vous plaît ! »
Les joueurs les plus proches s’avancèrent et posèrent les mains sur le trophée. Il était si imposant qu’il fallait au moins six personnes pour le soulever.
« C’est… »
Une vague d’émotion traversa le regard de Hui-Chul.
« C’est le trophée du tournoi international. »
Après avoir échangé un regard avec les autres, il le souleva de toutes ses forces.
Boum !
Les feux d’artifice éclatèrent et les acclamations redoublèrent.
« OUAIIIIIIIIIIIIIS !! »
Pan !
Un immense Taegukgi se déploya au-dessus du stade.
Les commentateurs s’exclamèrent, surexcités : « Waouh ! Comme dans le jeu, quand on gagne et qu’on plante son drapeau ! Ça se passe vraiment sous nos yeux ! Ce n’est ni un montage ni un hologramme ! C’est un vrai Taegukgi, là-haut !! »
« Exactement ! Il y a eu tant de moments où le drapeau italien aurait pu flotter à sa place, mais nos joueurs ont tout fait pour que ce soit le nôtre qui termine là-haut ! Mon Dieu, qu’est-ce que ça fait du bien !! »
Chaque joueur regardait dans une direction différente. Hui-Chul levait les yeux vers le ciel. Sa-Rang contemplait la foule. Sang-Hyeon fixait, hébété, le Taegukgi qui flottait au vent.
« Tout le monde, on les appelait autrefois la Fausse équipe nationale ! Mais je ne peux plus les appeler comme ça ! »
« Tout à fait ! Qui pourrait encore les appeler ainsi ? »
« Si ce n’est pas une vraie équipe nationale, alors qu’est-ce que c’est ?! Le stade entier est une mer de rouge ! Le podium brille sous le Taegukgi ! Tout le pays est bouleversé ! Pour moi, c’est notre équipe nationale !! »
Comme si le moment avait été parfaitement choisi, l’hymne national coréen se mit à retentir.
« … Hein ? »
Les joueurs, Sang-Hyeon compris, furent stupéfaits. L’hymne n’était pas censé être joué lors d’une cérémonie de remise de prix d’un tournoi de jeu vidéo international, pourtant il l’entendait.
Au début, il crut que c’était son imagination. Mais le son était bien réel. Et il ne venait pas des haut-parleurs.
« Ils seraient en train de… le chanter ? »
Le public chantait. Des milliers, peut-être des dizaines de milliers de personnes ; plus personne ne pouvait les compter… mais tous chantaient d’une seule voix. Et à cet instant…
CLAC.
L’écran, qui faisait défiler des moments forts en boucle depuis une éternité, changea soudain.
[MVP DE LA FINALE]
Ils allaient annoncer le MVP de la finale.