Chapitre 822
« Aaaaaah ! »
Boum !
OrangeKing abattit le poing sur la table et se leva en poussant un cri sauvage, mais même son éclat de voix ne parvint pas à capter l’attention de la foule. Tous étaient trop absorbés par ce qui venait de se produire sous leurs yeux.
— C’est quoi, ce délire ?
— Ils viennent de passer à travers ?
— Pas possible.
— Qu’est-ce que c’était que ça !?
« Ils sont passés tout droit à travers !? Comme des fantômes ! »
« Qu-Qu’est-ce qui s’est passé ?! »
« Ils se sont accrochés aux flancs de leurs chevaux, ont esquivé toutes les attaques de la cavalerie ennemie et ont même tiré des flèches comme ça ! J’ai bien vu ?! »
« Oui, et ils n’étaient pas seuls ! Almond n’est pas le seul à avoir réussi ! »
« Exact ! Presque toute l’unité d’archers montés a survécu ! La cavalerie cuirassée de Guan Yu n’a rien pu leur faire ! »
La cavalerie cuirassée de Guan Yu, qui avait un avantage écrasant sur les archers montés de Joseon, s’était révélée inutile.
« Les archers montés s’échappent par la brèche qu’ils ont créée ! »
« Ils vont vraiment sortir de cette formation infernale ?! »
« Ils s’en sortent ! »
Malgré la poursuite acharnée de la cavalerie cuirassée, les archers montés esquivèrent ses attaques et s’échappèrent de la formation chinoise, aussi labyrinthique qu’un dédale. Désormais, ils galopaient tous sur une large voie dégagée, droit vers la sortie. Liu Bei s’efforça de repositionner ses soldats, mais l’écart de vitesse était trop grand.
« Ils l’ont fait ! Ils ont attaqué l’unité d’archers chinoise et s’en sont sortis vivants ! C’est incroyable ! »
« Je ne pensais pas qu’ils pourraient s’échapper, mais ils y arrivent !! »
Un rugissement de tonnerre s’éleva sur le champ de bataille lorsque les derniers archers montés quittèrent la formation.
« Ouaaaaaais !!! »
Ce genre d’acclamation ne retentissait qu’à l’approche de la victoire. Pourtant, elle emplissait l’air à cet instant précis.
— Dingue.
— C’est complètement fou.
— Waouh…
— Qu’est-ce qui vient de se passer ???NovelFire
— Incroyable !
« Bon, pendant qu’on avait tous les yeux rivés là-dessus, on a raté quelque chose d’important !! »
OrangeKing désigna une autre direction et changea de sujet. Le point de vue de l’observateur s’élargit peu à peu, s’éloignant des archers montés au galop.
« ! »
Alors, la foule comprit enfin ce qui était en train de se passer.
« Cookie a déjà largement déployé les forces de Joseon ! »
L’armée de Joseon encerclait complètement les forces chinoises.
***
Liu Bei, abasourdi, regarda les archers montés s’échapper. Même lui ne s’était pas attendu à ce qu’ils s’en sortent tous de cette façon.
« Même la cavalerie mongole ne bougeait pas comme ça pendant les matchs d’entraînement. »
La cavalerie mongole était réputée la meilleure au monde. Tout comme Joseon s’était entraîné avec Rome pour préparer les demi-finales, la Chine avait souvent disputé des matchs d’entraînement contre les Mongols. Pourtant, même ces derniers n’avaient pas exécuté de telles manœuvres.
Liu Bei s’était dit que les Mongols n’auraient pas joué les retenus à l’entraînement, puisqu’ils préparaient eux aussi leurs demi-finales contre Rome. Mais la réalité était tout autre. Plus de 90 % des experts prédisaient une victoire chinoise. Les Mongols considéraient la Chine comme leur adversaire probable en finale et ne s’étaient donc pas donnés à fond pendant leurs matchs d’entraînement.
À l’inverse, Rome avait tenu à s’entraîner sérieusement avec Joseon. Pour les Romains, ces entraînements étaient essentiels s’ils voulaient avoir la moindre chance de battre les Mongols. Dans ce jeu, à part la dynastie Yuan chinoise, la civilisation de Joseon était celle qui se rapprochait le plus des Mongols par son style.
Résultat : Joseon avait disputé de vrais matchs d’entraînement contre Rome, tandis que la Chine n’avait pas fait de même avec les Mongols. Plus personne ne croyait désormais à la victoire inéluctable de la Chine. Le poids de la couronne l’avait écrasée avant l’heure, et elle lui revenait avec des intérêts. Ces intérêts prenaient la forme de l’attaque en cours.
« Joseon !! Ils se rapprochent !! »
« Ils s’étalent sur une grande largeur et resserrent l’étau autour de la Chine ! »
Liu Bei déglutit nerveusement. Il connaissait bien les formations, mais la pression ne cessait de monter.
« Je ne comprends pas. »
Il ne parvenait pas à saisir le but de la formation actuelle de Cookie.
« Pourquoi étirer leurs lignes à ce point ? Quelle est la stratégie ? »
Joseon formait un immense cercle qui se resserrait lentement. Pourtant, seuls deux ou trois soldats gardaient chaque portion de la ligne. À peine de quoi barrer le passage à un cheval. C’était comme étirer une pâte à pizza trop finement : elle devenait fragile et risquait de se déchirer. Cette formation semblait tout aussi facile à briser. Une charge de la cavalerie chinoise suffirait à l’ouvrir.
Toute formation d’encerclement devait pouvoir repousser ceux qui tentaient de s’en extraire, mais aucune contre-mesure n’était visible ici. La Chine pouvait facilement percer les lignes en lançant sa cavalerie, d’autant que l’encerclement couvrait encore une vaste zone. La possibilité de s’échapper se réduisait ; Liu Bei ordonna donc une charge de cavalerie. Puis ses yeux s’écarquillèrent de stupeur.
« ! »
Il remarqua la position de ses cavaliers. Pendant l’escarmouche contre les archers montés de Joseon, la cavalerie cuirassée avait complètement changé de place.
« Ils sont à l’intérieur de mes propres lignes !? »
Ses cavaliers s’étaient retrouvés piégés au milieu de leurs propres troupes, comme quelqu’un qui s’emmêle les membres. Pour les libérer, il lui faudrait déplacer l’infanterie, mais…
« Ça prendrait trop de temps. »
L’encerclement se resserrait déjà et se renforçait à chaque seconde. La magnifique occasion de percer leur échappait.
« Joseon ! Ils sont sur le point de fermer le cercle ! »
« Normalement, un encerclement aussi large ne fonctionnerait même pas, mais la formation chinoise est complètement désorganisée à cause des archers montés ! Cookie avait tout prévu !? »
Liu Bei n’entendit pas les commentaires, mais il se posa la même question.
« Est-ce que tout ça… était prévu ? »
Cookie avait-il anticipé que les archers montés sèmeraient une telle pagaille dès le départ ? Avait-il tout misé sur leur capacité à accomplir ce miracle ? Le simple fait qu’ils aient réussi à s’échapper relevait déjà du miracle.
Cookie avait tout misé sur ce miracle. Alors, qui était le plus fou ? Celui qui l’avait accompli ou celui qui avait parié dessus ? Ou peut-être que, pour quelqu’un comme Cookie, ce n’était pas du tout un miracle. Après tout, la foudre semblait être un châtiment divin aux yeux des peuples primitifs, mais pas pour les esprits modernes.
« Aaaah ! Ils se percutent !! »
L’encerclement se referma.
« La Chine n’arrive pas à réagir correctement ! »
La Chine n’avait toujours pas réussi à démêler ses lignes.
« En plus, la cavalerie de Joseon tourne autour d’eux comme des chasseurs, à l’affût du moment idéal ! Même si la Chine tente une percée maintenant, elle se fera tailler en pièces ! »
« Et on dirait que la Chine n’a même pas repéré ces unités de cavalerie ! »
« Exactement ! C’est donc… »
L’encerclement de Joseon ne cessait de gagner en solidité et en souplesse. Un dispositif de poursuite était même en place. Tout ce que la Chine pouvait faire, c’était réorganiser ses rangs, tenter de relever les soldats tombés et renforcer sa production. Elle ne pouvait que se préparer à la prochaine phase.
***
Lorsque l’encerclement fut complètement resserré…
Fchiiing !
Bread tira son épée et cria : « Tuez-les tous !! »
« Wouaaah !! »
L’unité d’épéistes jaillit comme un banc d’orques, lames au clair.
Fchac !
Slash !
Les lanciers chinois, qui venaient tout juste de reformer leurs rangs, ne résistèrent pas à l’assaut. L’écart de puissance était trop grand. Dans un combat à deux cents contre deux cents, le moral comptait autant que la tactique. Les humains vacillaient parfois quand trois personnes seulement insistaient sur la même chose. Ici, deux cents hommes affirmaient d’une seule voix : « Vous allez tous mourir ici. »
« Argh ! »
« Tenez bon ! Ici ! Par ici ! »
Submergés par la force de l’assaut, les lanciers chinois se heurtaient même les uns aux autres et ne parvenaient pas à se défendre correctement. Les épéistes de Joseon les abattaient rapidement, un par un, décapitant leurs adversaires sans difficulté. L’effondrement semblait se dérouler comme prévu.
Puis…
« Poussez-vousuuu !! »
BOUM !
Soudain, une unité de cavalerie chinoise chargea, piétinant même ses propres hommes. Qu’est-ce qui faisait un héros ? C’était quelqu’un capable d’imposer sa volonté, même quand les autres jugeaient la chose impossible. Voilà pourquoi les héros apparaissaient toujours en temps de crise.
[Guan Yu]
[Zhang Fei]
Les deux commandants en second fondirent à cheval dans les rangs de Joseon, brandissant d’énormes armes. Ils chargèrent comme un feu dévorant. Même les soldats de Joseon, pourtant galvanisés, vacillèrent devant leur avancée.
« Q-Qu’est-ce qui se passe ?! »
« Aaaah ! »
« Chargez ! En avant ! »
« Suivez-les ! Chargez ! »
Les commandants en second n’étaient pas seuls. L’arrivée des meilleurs soldats chinois renversa elle aussi le cours de la bataille.
« C’est autre chose, quand on les affronte de face… »
« Merde. »
« Ils ont un sacré avantage technique… »
Les soldats de Joseon ne pouvaient s’empêcher de sentir la différence de niveau. Un petit groupe faillit renverser à lui seul le cours de toute la bataille. Les meilleurs soldats chinois avaient atteint un niveau presque impossible à égaler. Aussi férocement que se battissent les épéistes de Joseon, les lanciers chinois paraient leurs attaques avec adresse et ripostaient avec une précision meurtrière.
« Comme prévu. »
De loin, Cookie se caressa pensivement le menton. Il envisagea d’envoyer des renforts, puis décida de s’en abstenir. En fait, il laissa même une petite ouverture.
« Ils battent en retraite !! »
À l’avant, Zhang Fei cria : « Je vous ai ouvert la voie !! »
Il chargea en ouvrant une brèche pour que ses compagnons s’échappent.
« Attends un peu ! »
Guan Yu, toujours aux prises avec les forces de Joseon à l’arrière, sentit que quelque chose clochait.
« Ces types nous ont laissés passer ! »
Son avertissement ne leur parvint pas. L’unité de Zhang Fei avait déjà franchi la brèche.
« Une fois sortis… »
BOUM !!!
À peine échappés à l’encerclement, ils furent percutés comme dans un énorme accident de voiture et disparurent sur-le-champ.
« ! »
Les yeux de Guan Yu s’écarquillèrent. Un héros de l’équipe nationale chinoise venait de disparaître sous ses yeux. Dans ses pupilles dilatées, il aperçut la cavalerie de Joseon qui chargeait. Elle tournoyait autour de la formation comme un mixeur, déchiquetant quiconque tentait de s’échapper. En tête se trouvait un visage familier que Guan Yu reconnut.
[Malatang]
C’était l’avant-garde de l’unité d’épéistes de Joseon, Malatang.
Thump… !
Malatang leva sa lame dans les airs.
« Wouaaah !!! »
Un rugissement assourdissant jaillit des soldats de Joseon.
***
Zhang Fei ne mourut pas.
Boum… !
Il avait été projeté loin du champ de bataille.
« … Argh ! »
Reprenant connaissance, Zhang Fei se releva dans la poussière, sans son cheval.
« Tousse, tousse… C’était quoi, ce bordel ? »
Vrrrroum… !
Le martèlement des sabots résonna dans sa direction. C’était la cavalerie qui l’avait envoyé valser au loin. Elle revenait pour l’achever.
« … »
Zhang Fei fronça les sourcils en ramassant sa lance.
« Bande de salauds. »
À la tête de la cavalerie qui approchait, un homme rit et leva son long sabre.
« C’est un commandant en second ! À l’attaque ! »
Les dents serrées, Zhang Fei agrippa sa lance et frappa le sol du pied, tel un taureau prêt à charger.
« On va voir qui va abattre qui, espèce de sale— »
Il gardait confiance, même face à la cavalerie qui fonçait sur lui.
« Une cible parfaite !! »
Thwack !
Une flèche transperça soudain l’arrière du crâne de Zhang Fei.
« !? »
La flèche venait de Pang. Derrière lui, les archers montés qui s’étaient repliés rejoignirent le champ de bataille. Zhang Fei avait déjà subi de lourds dégâts ; la flèche de Pang lui fut fatale.
« ! »
Les yeux écarquillés, Zhang Fei s’effondra lentement, le regard vide.
Boum.
Son corps heurta le sol et la cavalerie le piétina. En se croisant, les archers montés se mêlèrent aux épéistes montés qui chargeaient. Pang et Malatang se tapèrent dans la main en passant.
« Pas mal, Tang. »
« Toi non plus, Pang. »
Clac !