Chapitre 781
C’était une autre carte maritime, comme lors du deuxième match.
[Dernière minute : Yi Sun-Shin repart au combat, LOL]
[Le ciel a donné une chance à Joseon, LOL]
[Match décisif, carte maritime, LOL]
En se rappelant comment Joseon avait écrasé le Japon lors du deuxième match, les internautes de nombreuses communautés s’enthousiasmèrent. Pourtant, ceux qui connaissaient bien le jeu sur Embul ne se montraient pas aussi optimistes.
[C’est quoi ce délire, c’est truqué ? J’enrage]
[Merde, pourquoi maintenant ? Ils vont gérer ?]
[Ah… Joseon a perdu la main ; ils ne gagneront pas cette fois]
Au départ, le Japon avait l’avantage sur les cartes maritimes, puisqu’il s’agissait d’une civilisation insulaire. Une carte maritime, c’était pratiquement une carte composée d’îles. La pêche plus efficace du Japon et la vitesse supérieure de ses navires, même loin des côtes, lui facilitaient tout. Et puis…
« … Ah ! »
Boum.
En voyant la carte, Kim Chi-Seung se cogna la tête contre le mur.
« Une carte maritime ? Sérieusement !? »
Connaissant l’état de Choi Sa-Rang, il désespérait bien davantage que les internautes, qui s’inquiétaient surtout de l’efficacité de la faction japonaise.
« Pourquoi ils ne nous ont pas prévenus à l’avance !? Hein ? Ils avaient dit qu’ils nous avertiraient avant une carte maritime ! »
« Eh bien… c’est pour les cartes maritimes imposées. Les autres sont tirées au sort », répondit SharpSphere d’une voix sombre.
La carte maritime venait tout juste d’être tirée au sort. Comme elle n’avait pas été choisie à l’avance, personne ne pouvait les prévenir.
« Haa, merde… On aurait dû participer au tournoi principal avant, histoire de savoir. »
Chi-Seung serra le poing, mais ne pouvait rien faire de plus. La situation lui échappait déjà.
« Qu’est-ce qu’on va faire… ? »
À cause de son état, la commandante devait déjà déléguer autant que possible. Et voilà qu’elle se retrouvait dans une situation où elle devrait tout gérer elle-même au lieu de déléguer.
« C’est la fin ? »
Il ne parvenait pas à le dire à voix haute, mais Chi-Seung ne pouvait s’empêcher de penser : « Enfin, arriver jusque-là, c’est déjà un exploit. »
Voir Joseon atteindre les quarts de finale tenait du rêve. Si quelqu’un lui avait raconté ça deux mois plus tôt en prétendant avoir vu l’avenir, Chi-Seung ne l’aurait pas cru.
Les autres membres pensaient pareil. Assis sans un mot, à fixer les murs ou leurs téléphones, ils avaient déjà baissé les bras. Leurs visages trahissaient leur résignation : ils estimaient avoir fait de leur mieux. Après tout, l’équipe de réflexion stratégique ne pouvait rien faire de plus.
Leur réaction était compréhensible. Mais pourquoi ?
« J’ai des regrets. »
Chi-Seung regrettait la situation. La victoire semblait à portée de main, mais diverses raisons la lui faisaient peu à peu perdre. Il l’aurait mieux accepté si elle avait été totalement hors de portée. Mais elle pendait juste devant lui, si proche qu’il aurait presque pu la saisir. Les dents serrées, il sentit qu’il devait faire quelque chose, n’importe quoi.
« Tout le monde… Venez, on va analyser la situation. »
« … ? »
Toute l’équipe de réflexion stratégique le regarda, surprise. C’était le dernier match. Qu’y avait-il à analyser ?
« Euh… oppa, c’est le dernier match. »
« Comment ça, le dernier match ? On a déjà perdu ? »
« … Même si on gagne, ce sera le dernier match. »
« Alors, on se préparera pour les demi-finales. Et même si on perd, on reviendra l’année prochaine ! »
« ! »
Tout le monde se figea aux paroles de Chi-Seung. Peu croyaient vraiment qu’ils pourraient participer de nouveau au tournoi principal l’année suivante.
« On n’a pas le droit de perdre l’année prochaine. »
Chi-Seung s’assit, et les autres le rejoignirent peu à peu pour commencer leur analyse.
***
[Vagues déferlantes]
Quand le nom de la carte apparut, Choi Sa-Rang eut l’esprit vide.
Frouch…
Le bruit lointain des vagues, le soleil éclatant et les mouettes blanches. Pourtant, l’endroit n’avait rien d’une destination de vacances. On se serait cru perdu en pleine mer. Sa-Rang ne savait plus quoi faire.
« J’avais promis de laisser les soldats s’en charger. »
Elle s’était résolue à déléguer, mais voilà qu’une carte maritime apparaissait. Le combat naval serait au cœur de la bataille. Pouvait-elle laisser les soldats manœuvrer les navires ? Il existait bien des modes pour cela, mais pourraient-ils vraiment se battre correctement ainsi ?
« Je ne peux même pas consulter l’équipe de réflexion stratégique. »
Une fois dans le jeu, elle ne pouvait plus consulter l’équipe. Elle ne pouvait pas non plus demander directement l’avis des soldats.
« Au moins… »
Au moins, elle pouvait échanger avec les soldats d’une autre façon. Ils ne pouvaient pas envoyer de message à la commandante, mais ils pouvaient lui indiquer leur avis d’une manière ou d’une autre, comme quand Almond lui faisait signe. Après leur avoir donné tous les ordres nécessaires, elle se mit à taper un message.
***
« Ah ! Le match décisif de la rencontre Corée-Japon se jouera sur une carte maritime. Qu’en pensez-vous, OrangeKing ? »
« Eh bien, le Japon a clairement l’avantage sur une carte maritime, mais on a tous vu le deuxième match, non ? Joseon s’est montré redoutable dans les combats navals directs ! »
« Exactement ! Et puisque les navires sont manœuvrés directement, les talents de notre commandante, le Meilleur Yi Sun-Shin, ont pu s’exprimer ! »
« Oui ! La microgestion de Ringo laissait franchement à désirer, ce qui a provoqué leur défaite lors du deuxième match. Même si Joseon est fatigué, il a encore ses chances ! »
— Carrément
— Parfait
— Les dieux doivent exister, LOL. Une carte maritime pour le cinquième match Corée-Japon, LOL
— Franchement, ils vont forcément gagner, LOL
— En combat naval, l’état des soldats compte moins, donc ils ont une chance
À rebours de la situation réelle, les spectateurs se montraient plutôt optimistes. Ils n’étaient ni simplement ignorants ni trop influencés par les commentateurs. La commandante avait fait preuve d’une maîtrise exceptionnelle lors du deuxième match. Le Japon ne pourrait pas combler l’écart si facilement.
De plus, la fatigue des soldats, qui constituait actuellement le point faible de Joseon, pèserait moins dans un combat naval. Tirer au canon depuis un navire demandait moins d’efforts physiques que courir en tirant des Flèches et en maniant l’épée.
En outre, les navires étaient des cibles plus grandes et moins agiles que les soldats. Il était donc plus facile de les toucher. Les spectateurs oubliaient cependant que la fatigue ne touchait pas que les soldats.
« Bon, Joseon est à six heures et le Japon à midi. La distance n’est ni trop grande ni trop courte. Joseon va-t-il tenter quelque chose à l’ère deux ? »
« C’est ça. Comme c’est le match décisif, ils joueront sans doute la prudence. Une erreur dès le début leur serait fatale. »
— C’est vrai
— Foncer maintenant, ce serait imprudent
— LOL, tout le reste a échoué
— Jouons la sécurité
En réalité, Sa-Rang estima qu’une attaque éclair dès le début était exclue. Non pas parce qu’elle la jugeait inefficace, mais parce qu’elle ne pourrait pas la mener correctement.
« Ah, cette carte diffère légèrement de l’Aube de la navigation. Il y a davantage d’îles de taille moyenne entre les deux camps. »
« Oh, c’est vrai. Il y a des îles assez proches les unes des autres un peu partout. »
« Oui. Même s’il y a aussi des zones où l’on ne voit que la mer… Regardez les eaux à l’est du Japon. Une longue île s’étire vers le sud. Elle n’est pas très loin de l’île principale. Joseon en a une aussi, qui n’est pas trop éloignée. »
La mer séparait les îles, mais elles n’étaient pas très éloignées. Un navire pouvait les atteindre en trente secondes de temps de jeu.
« Oh. Ces îles pourraient servir de bases secondaires ? »
« C’est difficile à dire. Elles ne semblent pas regorger de ressources… Les îles riches en ressources sont générées plus petites. »
OrangeKing avait du mal à l’expliquer, car la configuration de la carte changeait à chaque fois.
« Le principe des Vagues déferlantes, c’est que des îles relativement proches sont dispersées comme des fragments. Les vagues les traversent, d’où le nom de la carte. »
« Oh ! Je comprends. Comme on s’y attend d’une carte maritime classique ! Les deux camps ont commencé à pêcher et se préparent pour l’ère deux ! Ah, c’est pas le premier début tranquille de la journée ? »
« Oui. Mais tous les soldats de Joseon sont regroupés… Qu’est-ce qu’ils font ? Ils devraient partir chasser. »
Tous les soldats de Joseon s’étaient rassemblés étrangement sur la côte.
« Hein… Qu’est-ce que c’est ? Cette formation a l’air… »
En plus, leur formation était plutôt étrange.
***
Ding.
Les deux vice-commandants reçurent un message.
[Les soldats peuvent-ils manœuvrer les navires ?]
Ils ne furent pas particulièrement surpris, puisqu’ils connaissaient l’état actuel de la commandante. Ils échangèrent simplement un regard, puis hésitèrent un instant.
« … On peut le faire, je crois ? » demanda Bread à Coffee avec hésitation.
« Oui. On peut le faire. »
Coffee acquiesça lui aussi, sans grande conviction.
« Ce n’est pas si compliqué. Après tout, ce n’est qu’un jeu. »
Manœuvrer les navires n’était pas particulièrement difficile pour les soldats. La commandante ne leur demandait pas vraiment s’ils en étaient capables, mais s’ils pourraient bien s’en sortir.
« Je ne sais pas si on peut le faire correctement. »
Coffee se gratta la tête, réfléchissant à sa réponse.
« Rassemblons tout le monde et demandons-leur. De toute façon, on ne quittera pas l’île tout de suite. »
Ils rassemblèrent les soldats et leur posèrent la même question, en leur expliquant la situation de la commandante.
« Hein ? »
Les soldats, qui l’apprenaient pour la première fois, affichèrent leur perplexité. Seul Almond fixa le sol sans réagir.
« Manœuvrer les navires, on sait faire. On doit parfois le faire dans les parties classées en solo. »
« Oui, on a déjà pris les commandes en urgence, mais est-ce qu’on a déjà mené un combat entier en manœuvrant les navires ? »
Tout le monde secoua la tête. Les soldats manœuvraient rarement les navires eux-mêmes au combat.
« Hé ! »
À cet instant, quelqu’un leva la main. C’était Carrot.
« De toute façon, il faut le faire, non ? » demanda-t-elle aux vice-commandants.
« Dans cette situation, la question n’est pas de savoir si on peut le faire ou non. »
« … »
Les deux acquiescèrent à contrecœur. Elle avait raison. Ils ne pouvaient pas espérer que la commandante prenne les commandes des navires dans ces circonstances.
« On va le faire. C’est notre meilleure chance. »
Almond leva lui aussi la main.
« C’est vrai. »
« Hé, qu’est-ce que tu en sais ? » le réprimanda Pang, tout en levant lui aussi la main.
« Lui, il ne sait jamais grand-chose, mais il vise juste. »
Quand l’unité d’archers défendit son avis, les autres unités levèrent la main à leur tour, l’une après l’autre. Tous les soldats déclarèrent qu’ils manœuvreraient les navires.
« Alors, il faut prévenir la commandante. »
Coffee acquiesça, cherchant comment lui faire signe.
« D’accord, par ici. Oui, c’est ça. Là… ici. »
Dans l’Empire Civil, la communication ne fonctionnait que dans un sens. La commandante pouvait donner des ordres détaillés aux soldats, mais ceux-ci ne pouvaient pas lui répondre. Le meilleur moyen de lui transmettre un message était de former un signe visible depuis les airs.
Coffee estima qu’un simple geste de la main ne suffirait pas.
« Elle avait l’air mal à l’aise. »
Aujourd’hui, la commandante n’avait pas bonne mine dans la salle d’attente. Elle n’était probablement pas sûre de cette stratégie non plus. Il jeta un coup d’œil à Bread.
« Elle aussi, c’était pareil… »
Quand Bread était arrivée, elle lui ressemblait. En tant que vice-commandante, elle manquait d’assurance. Elle misait davantage sur la force que sur la stratégie. Elle se demandait souvent pourquoi Cookie l’avait choisie pour ce poste, mais Cookie lui avait peu à peu donné confiance et lui avait montré pourquoi elle était indispensable à cette fonction.
« Un vice-commandant devrait faire pareil. »
Coffee voulait montrer la voie à la commandante, comme Cookie l’avait fait pour Bread. Il voulait lui donner confiance.
« Voilà. C’est fait. »
Enfin, les soldats se rangèrent de manière à ce que Sa-Rang puisse voir leur formation depuis les airs.
« Ils sont encore en train de discuter… ? »
Tout en envoyant les bateaux de pêche, elle jeta un coup d’œil aux soldats rassemblés sur la côte. Le temps pressait, mais il leur fallait du temps pour discuter.
Les vice-commandants ne lui faisaient toujours aucun signe. Puis…
« ! »
Elle vit des lettres.
[Oui.]
C’étaient bien des lettres.
Les soldats ne se contentaient pas de rester debout : ils formaient des signes différents avec leurs rangs, puis les assemblaient avant de les séparer à nouveau.
Sa-Rang plissa les yeux pour mieux voir.
Frouch…
Les vagues s’écrasaient sur la côte, qui devenait une toile blanche. Elle finit par distinguer les lettres.
[Faites-nous confiance]
Les soldats lui avaient envoyé un message.
« … »
Ses lèvres tremblèrent.