Chapitre 760
Juste après le match entre Joseon et la Perse, Sa-Rang se mit sur la défensive.
« Je n’utilise pas vraiment les armes de siège. »
Chi-Seung lui avait demandé pourquoi elle ne se servait pas efficacement des armes de siège. À partir des troisième et quatrième ères, celles-ci influaient considérablement sur l’issue des batailles. Pourtant, Sa-Rang évitait de les utiliser. Il l’avait remarqué pendant les entraînements, mais c’était encore plus flagrant en match. Chi-Seung n’était pas du genre à laisser passer ce genre de détail.
« Tu pourrais me dire pourquoi ? »
Il avait analysé chaque match et constaté qu’elle les utilisait anormalement peu. Il savait qu’elle ne les aimait pas, mais ne s’attendait pas à ce qu’elle les évite même quand la situation l’exigeait.
Par exemple, lors du combat contre les éléphants de la Perse, ordonner aux épéistes de sauter des remparts était une solution économique, mais risquée. Cela ne s’était pas très bien passé non plus lors de la deuxième ou de la troisième partie. La plupart des épéistes étaient morts à l’atterrissage, car l’ennemi avait installé des Anausha sur les éléphants.
Malgré cela, Sa-Rang continuait à envoyer ses épéistes tuer les ennemis ou comptait sur les attaques d’Almond pour s’occuper des éléphants. En réalité, un Hwacha ou même un trébuchet de moindre qualité aurait facilité la tâche.
« Avec ses compétences en microgestion, elle aurait pu les exterminer sans difficulté. »
En général, on évitait les armes de siège par manque d’assurance dans leur maîtrise. Elles exigeaient que le commandant les contrôle directement, aussi bien pour les déplacements que pour les attaques. Ceux qui, comme Cookie, privilégiaient les ordres généraux avaient tendance à les éviter.
« Pourtant, Cookie en utilise parfois. »
Même Cookie, qui préférait les stratégies générales, avait recours aux armes de siège quand la situation l’exigeait.
« Pourquoi pas elle… ? »
Curieusement, Sa-Rang n’en utilisait pas, alors qu’elle était bien plus douée que Cookie pour le microcontrôle. En tant que stratège de l’équipe, Chi-Seung voulait comprendre pourquoi. C’était son rôle.
« … »
Mais Sa-Rang resta silencieuse. Son expression semblait dire : « Pourquoi est-ce que je te le dirais ? » Elle prenait parfois cet air arrogant. On aurait dit une habitude profondément ancrée.
Chi-Seung se sentait naturellement intimidé par ce genre de personnes. Ceux qui naissaient dans la haute société étaient des prédateurs-nés. Pour quelqu’un comme lui, qui devait brouter de l’herbe, se retrouver face à eux lui faisait trembler les mains et les jambes.
Mais même les herbivores montraient les dents quand ils devaient protéger leur pâturage. Pour Chi-Seung, Civil Empire était toute sa vie, pas seulement son gagne-pain.
Les dents serrées, il insista.
« Ne me regarde pas comme ça, s’il te plaît. Il n’y a plus que toi en jeu. »
« … »
Elle regarda par la fenêtre et laissa échapper un léger soupir.
« Alors, pourquoi tu ne le fais pas, Chi-Seung ? Tu te souviens de la raison pour laquelle il n’y a pas que toi en jeu ? »
Comme prévu, elle lui répliqua sèchement.
« C’est nous qui t’avons demandé de nous rejoindre. Je ne fais même pas partie de l’équipe titulaire. Je pensais que tu étais la mieux placée. »
« Dans ce cas, contente-toi de me suivre. »
« Ce n’est pas possible. »
« Tu m’as suppliée de vous rejoindre et maintenant, tu veux me dire quoi faire ? »
Chi-Seung le comprit clairement : elle était très différente d’Almond. Bien sûr, elle n’avait pas tort. Il savait qu’il était déraisonnable. Ils l’avaient suppliée de venir, et maintenant ils essayaient de lui dicter sa conduite. C’était absurde, mais le monde ne suivait pas toujours les règles de la bienséance.
Chi-Seung hocha simplement la tête. Pour la victoire de l’équipe, il était prêt à passer pour un grossier personnage sans scrupules.
« Oui. »
Sa-Rang plissa les yeux devant cette réponse effrontée. Son cœur battait à tout rompre, ses membres tremblaient, mais il poursuivit.
« C’est mon travail de te dire quoi faire. Nous ne sommes pas dans une relation hiérarchique. C’est simplement mon rôle. »
Elle continua à le fixer, comme si elle le mettait au défi d’en dire davantage.
« Tu as accepté de nous rejoindre. Que ça te plaise ou non, nous sommes une équipe. »
« Depuis quand ? »
« Nous sommes dans le même bateau. C’est toi qui tiens la barre, mais tu dois aussi écouter les rameurs. Et… »
Chi-Seung faillit crier.
« Toi aussi, tu as aimé ça ! Tu as bien ri quand on a gagné la partie, non ? Je t’ai vue ! On a ri ensemble après la victoire, et on s’est passé le bras autour des épaules ! Ça fait de nous une équipe, non ? C’est ça, une équipe, non ? » s’écria Chi-Seung en se levant.
Sa-Rang le regarda, stupéfaite.
« Qu’on gagne ou qu’on perde, on le fait ensemble. C’est ça, une équipe. Ce n’est pas à toi d’en décider autrement. »
Une voix oubliée depuis longtemps résonna dans son esprit.
Chi-Seung lui demanda encore : « Alors, on prépare une stratégie avec des armes de siège ou pas ? Réponds-moi. »
« Je ne peux pas utiliser les armes de siège. »
« Pourquoi ? »
« … »
Après un instant d’hésitation, elle avoua :
« Le contrôle direct me demande beaucoup d’énergie. »
« De l’énergie… ? »
« Déplacer des armes de siège, c’est comme si je me déplaçais moi-même. »
Elle désigna ses jambes frêles, couvertes par une couverture. Des jambes qui avaient besoin d’un fauteuil roulant. Des jambes incapables de bouger.
« Je ne peux pas bouger normalement. Dans le jeu, si je bouge… c’est difficile à expliquer, mais ça ne va pas. C’est pareil quand Almond tire des flèches. »
« ? »
« Quoi ? Almond aussi ? »
Chi-Seung l’ignorait. Il savait qu’Almond avait des problèmes physiques dans la capsule, mais ne s’était pas rendu compte que c’était parce que ses mouvements dans le jeu différaient de ceux qu’il pouvait faire dans la réalité. Une idée lui traversa alors l’esprit.
« Comment tu vas gérer la bataille navale en quarts de finale ? »
À cause de la carte maritime des quarts de finale, ils allaient devoir se battre sur des navires.
« Tu devras aussi contrôler les navires. »
Comme les armes de siège, les navires exigeaient un contrôle direct du commandant. Seul l’équipage s’occupait des tirs. Ils avaient pu affronter les éléphants avec des épéistes, mais en mer, impossible de se battre avec eux. Même les célèbres archers de Joseon ne serviraient à rien pour couler des navires.
« Tu vas y arriver ? »
« Je peux tenir une partie. »
« Et la suivante ? »
« La suivante… il ne devrait pas y en avoir. »
« ?! »
***
Les joueurs entrèrent pour la deuxième partie, alors que Joseon affrontait le Japon en quarts de finale.
« Ouahhhhh ! »
Les acclamations et les tambours emplirent le stade.
Chi-Seung poussa le fauteuil roulant de Sa-Rang et lui dit : « J’ai regardé la Fausse équipe nationale tout à l’heure. »
Elle ne répondit pas tandis que la capsule s’ouvrait.
Chi-Seung l’aida à s’installer, puis reprit : « Tu penses toujours qu’on est une équipe, pas vrai ? »
Il faisait référence à l’interview où elle avait dit vouloir faire partie de l’équipe.
« Ils ont monté l’interview pour faire croire ça. »
« Ha ! » Chi-Seung éclata de rire et referma le couvercle de la capsule.
« Allez ! La Fausse équipe nationale ! »
Clac.
L’obscurité envahit l’espace lorsque le couvercle se referma. Sa-Rang fixa le noir et fit tourner ses poignets.
« Finissons-en. »
Même dans une bataille navale, elle pouvait tenir une partie. Almond semblait désormais capable d’enchaîner les trois parties, tandis que le compte à rebours commençait.
[Début de la partie]
La lumière jaillit des ténèbres et la partie commença.
***
« Joseon contre Japon ! Japon contre Joseon ! La deuxième partie sera une bataille navale ! »
« Ouahhhhh ! »
Les supporters coréens et japonais poussèrent des cris de joie. Les Japonais espéraient revenir dans la partie, tandis que les Coréens voulaient profiter de leur élan pour remporter une victoire totale.
Boum… !
Les hologrammes de réalité augmentée donnèrent vie à la carte dans un déploiement spectaculaire. Des montagnes surgirent, puis leurs sommets s’aplanirent pour former de vastes plateaux. Joseon, en rouge, et le Japon, en bleu, apparurent à leur sommet.
« Joseon est à une heure et le Japon à sept heures ! Ils sont placés en diagonale, à l’opposé l’un de l’autre ! »
Dans un grondement dramatique, les eaux bleues envahirent le stade. Les montagnes se transformèrent en îles, les deux plus grandes devenant les bases.
— Ouah
— C’est une carte maritime
— Impressionnant
— Trop bien
Le nom de la carte apparut en grand dans le stade.
[Aube de la navigation]
L’Aube de la navigation était une carte composée à plus de soixante-dix pour cent d’océan. Seules quelques petites îles séparaient les bases au milieu de la mer.
« L’Aube de la navigation ! OrangeKing, pouvez-vous nous expliquer cette carte ? »
« Bien sûr. C’est une carte maritime classique. Les bases de départ se trouvent sur les plus grandes masses terrestres. De petites îles, chacune dotée de ressources importantes, sont éparpillées au milieu. »
« Ah bon ? Sur chacune d’elles ? »
« Oui. Certaines ont de l’or, d’autres du bois, d’autres encore de la pierre… Ça dépend. Selon la situation, les joueurs viseront différentes îles. On se bat souvent pour les contrôler. »
Au début de la partie, les soldats barbares se dispersèrent pour explorer les îles.
« Sachant qu’il s’agit d’une carte insulaire, les barbares partent seuls en reconnaissance. Ils doivent chasser et repérer les ressources pour la base. »
« Je vois. Ils se déplacent seuls puisqu’ils ne croiseront pas d’ennemis. Le Japon envoie aussi immédiatement des ouvriers en mer. »
« Oui, pour pêcher. Ils bénéficient d’un bonus de quinze pour cent à la pêche. »
Plouf.
Les ouvriers japonais jetèrent leurs filets à l’eau. Pendant ce temps, ceux de Joseon continuaient à ramasser du bois et de l’or, ainsi qu’à dépecer les animaux capturés par les soldats.
« Quels sont les avantages et les inconvénients de cette partie ? »
« Avant le début de la partie, j’ai expliqué que les cartes maritimes désavantageaient Joseon. Pour être plus précis, c’est le Japon qui a l’avantage. »
« C’est à cause de la nourriture, n’est-ce pas ? »
« Oui. La nourriture est la base de tous les combats au corps à corps. Même les navires en consomment beaucoup. Les rameurs à bord aussi. »
« Ah, je vois ! »
« Oui. Mais… »
« Mais ? »
« La nourriture n’est pas la ressource principale sur les cartes maritimes. »
« Vraiment ? »
« Oui. Sur ces cartes, on ne se battra pas pour la nourriture. »
« Parce qu’il y en a en abondance ? »
En effet, la mer était un garde-manger regorgeant de poissons à l’infini. La vitesse de pêche variait, mais Joseon ne manquerait pas de nourriture non plus.
« Les ressources importantes sont celles qui servent à construire les navires. Ils consomment beaucoup de nourriture, mais ce n’est pas tout. Le bois est essentiel. Il est rare sur les cartes maritimes et on en utilise énormément pour les navires. Ensuite, il y a l’or, indispensable aux armes perfectionnées. »
Sur les cartes maritimes, les ressources essentielles étaient le bois et l’or.
« La clé, c’est de savoir comment ils sécurisent ces ressources et mènent les batailles navales ! »
« Les deux camps construisent des chantiers navals. Les navires sont essentiels sur cette carte… »
Ils se préparèrent à construire les navires indispensables.
« Ils vont sans doute commencer par construire des bateaux de pêche, non ? »
« Oui. Et Joseon passe déjà à la deuxième ère. »
Boum !
[Joseon — 2e ère]
Alors que le chantier naval était en construction, Joseon passa à la deuxième ère.
— Les dieux des montées d’ère
— Le Japon est encore à la traîne
— Nés sous une bonne étoile
— Le pays des ruées
— Le pays des courses libres
Le chat se remplit de toutes sortes de surnoms. La vitesse à laquelle Joseon avait changé d’ère aujourd’hui était impressionnante.
« Très bien. Ils vont pouvoir déployer des navires de guerre plus tôt et prendre le contrôle de la mer ! »
« Exactement. Sur les cartes maritimes, le contrôle de la mer est un enjeu majeur. »
Joseon acheva son chantier naval.
[Chantier naval — Terminé]
« Il existe deux types de navires à la deuxième ère. Le premier est le brûlot, qui tire des flèches enflammées, mais qui est lent. L’autre est le navire rapide, capable d’éperonner ses ennemis. »
« Joseon devrait choisir les brûlots, non ? »
« Oui. Les flèches enflammées sont efficaces… Hein ? »
Les brûlots étaient considérés comme des tours maritimes, d’où des archers tiraient des flèches enflammées. Ils étaient très efficaces au début des batailles navales, mais Joseon choisit des navires rapides.
[Navire rapide — 1 %]
« Qu’est-ce que c’est que ça ? »