Chapitre 737
Sa-Rang n’aurait jamais cru pouvoir gagner sur cette carte avec une simple Ruée de l’Archer à la deuxième ère. Utiliser l’échelle et faire étalage du talent des archers au tir, c’était vraiment exceptionnel. Et les aléas du combat lui avaient aussi été favorables.
Cependant, les troupes de Joseon infiltrées ne pouvaient opérer que sur le rempart. Peu importe les dégâts qu’elles y causaient, elles ne pouvaient pas mettre fin à la partie de là-haut.
C’était pareil dans la guerre moderne. Même si l’armée de l’air ravageait une zone, il fallait des troupes au sol pour occuper et maîtriser le territoire.
Mais, sur la carte de l’Ancien Rempart, les troupes terrestres risquaient gros si elles tentaient une percée trop tôt. Les collines escarpées, les entrées étroites et les hauts murs regorgeaient d’obstacles impossibles à franchir avec la technologie de la deuxième ère.
Tout comme Moggie avait retenu près de cinq fois plus d’ennemis dans les escaliers du rempart, la Perse pouvait en faire autant au sol.
Bien sûr, l’un de ces obstacles était devenu un avantage pour les troupes de Joseon postées sur le rempart. Mais cela ne suffisait pas pour percer jusqu’à la base principale ennemie.
L’expertise de la Perse en matière de défense était à prendre au sérieux. En plus, c’était leur troisième Ruée de l’Archer rapide. Elepher, le commandant ennemi, était déjà bien préparé pour repousser les attaques précoces.
Comme une offensive terrestre à la deuxième ère avait peu de chances de mettre fin à la partie, Sa-Rang prépara une autre stratégie. Elle comptait atteindre la quatrième ère.
Après la dernière partie, elle s’était rendu compte qu’ils avaient peu de chances de gagner sans s’occuper des éléphants de la Perse.
Grâce aux particularités de sa civilisation, la Perse tirait un rendement écrasant de ses ressources en nourriture et en or. Ce n’était pas simplement qu’elle extrayait de l’or rapidement, comme les Français, ou gérait facilement ses finances, comme Rome. Elle avait tout bonnement besoin de moins d’argent, car ses améliorations coûtaient moins cher.
Plus la partie durait, plus elle était avantagée, puisqu’elle pouvait rester plus longtemps dans une même zone. Elle dépensait peu sans épuiser rapidement les ressources locales. C’était pour cette raison que la Perse excellait en défense.
Elle pouvait investir autant qu’elle le voulait dans les tours de défense d’une zone : cela restait rentable, puisqu’elle ne l’abandonnerait pas de sitôt. Et elle n’avait pas de grosses dépenses à prévoir par la suite.
La Perse avait résisté à la pression intense de la deuxième ère et avait même construit une base secondaire. Même si elle avait subi des pertes de ressources, elle pouvait tenir, car elle avait dépensé si peu.
La seule chose dans laquelle la Perse dépensait vraiment une fortune, c’étaient…
« Les éléphants. »
Les éléphants. C’était sur eux que Sa-Rang se concentrait.
« Au bout du compte, il faut tuer les éléphants pour battre la Perse. »
Si la Perse investissait toutes ses économies dans les éléphants, les tuer suffirait à la mettre à terre.
« Essayer de les tuer avant ça ne ferait que nous coûter cher. »
La Perse ne tomberait pas facilement avant l’arrivée des éléphants. Même si elle perdait de l’argent, il lui en resterait beaucoup.
On aurait dit que la Perse combattait avec autant de troupes que Joseon, mais, en réalité, le coût de ses soldats représentait environ la moitié de celui de leurs adversaires.
Même si Joseon gagnait, elle subirait des pertes financières dans cette bataille. L’équilibre était faussé dès le départ. Et dès que Joseon rétablirait la balance, les éléphants feraient leur apparition.
« Brrrooo ! »
Quelle ironie. La Perse investissait tout dans ses éléphants, mais ceux-ci pouvaient aussi la précipiter au bord du gouffre.
« Parfait. Les voilà. »
Sa-Rang attendit que les éléphants soient déployés et démolissent le rempart.
Boum, boum, boum… !
La Perse ne pouvait pas résister aux archers de Joseon postés sur le rempart et choisit de le détruire. Pour un observateur extérieur, cette décision semblait soudaine et impulsive.
Mais Sa-Rang y voyait une manœuvre mûrement réfléchie. En maintenant l’ancrage sur le rempart jusqu’au bout, elle avait poussé la Perse à le démolir elle-même. Elle l’avait acculée au point qu’elle ne pouvait plus le supporter et devait le détruire.
Et une fois le rempart détruit…
[Charge de cavalerie]
Patatras !
La multitude de cavaliers postés près du centre de la carte s’élança. Toutes les troupes prévues pour les renforts avaient été converties en cavalerie afin d’occuper la Perse en une seule attaque fulgurante.
[Invasion]
La disparition de l’Ancien Rempart, haut et épais, permettait désormais à cette énorme charge de cavalerie de surgir de n’importe quelle direction.
Frouch !
Bread dégaina son épée et cria depuis la tête de la troupe : « Chargez !!! »
***
Joseon était passée à la quatrième ère.
OrangeKing ouvrit de grands yeux.
« À quelle vitesse elle donne ses ordres ? »
En plein combat, avec une telle intensité, avancer rapidement jusqu’à la quatrième ère exigeait une capacité à tout gérer en parallèle absolument incroyable.
Mais ce qui le surprit vraiment, c’était autre chose. La cavalerie s’était rassemblée près de la base principale de Joseon et avait chargé dès que le rempart s’était effondré.
« Alors, c’était ça, le plan. »
Il comprit exactement pourquoi Joseon n’avait envoyé aucun renfort et pourquoi les archers ne s’étaient pas retirés du rempart, même si cela signifiait leur mort.
« Ils ont poussé la Perse à détruire le rempart. »
Sans aucune arme de siège, Joseon avait utilisé les éléphants ennemis pour démolir le rempart. Depuis la première Ruée de l’Archer jusqu’à la stratégie du char sur la colline, tout avait été conçu pour abattre le rempart à moindre coût.
« C’est vraiment une débutante ? »
En plein combat, en huitième de finale d’un championnat national, dans un match où perdre signifiait rentrer chez soi… Une débutante pouvait-elle vraiment élaborer de telles stratégies et jouer de cette façon ?
« Ou alors, cette joueuse est juste une déesse ? »
Ses paupières tressaillirent.
« Qu’est-ce qui m’arrive ? »
OrangeKing se dit qu’il était simplement submergé par son patriotisme, puis reprit le micro.
« Voilà ! Joseon a rassemblé ses troupes pour ça !! »
« Oui ! Mais pourquoi maintenant !? »
« Le rempart s’est entièrement effondré !!! »
« … Waouh ! C’est vrai ! »
— Mon Dieu…
— Waouh !
— C’est dingue !
— Incroyable.
— C’est vrai, c’est de la folie…
— Ouah…
— Mdr
Le chat s’emplit d’exclamations. Comment aurait-il pu en être autrement, alors que tous se rappelaient ce que Joseon préparait depuis la deuxième ère ?
La cavalerie de Joseon s’était tenue prête à attaquer dès que la Perse aurait dépensé son propre argent pour démolir le rempart avec ses éléphants.
Les spectateurs frissonnèrent en voyant tous les éléments s’imbriquer. L’excitation les gagnait.
« Waouh !!! »
« Allez !!! »
Près de quatre-vingts pour cent du public se leva. Certains joignirent les mains pour prier, tandis que d’autres les levèrent pour faire la vague.
Patatras, patatras, patatras… !
Soulevant un nuage de poussière, environ quatre-vingts cavaliers traversèrent la carte en direction de neuf heures.
« Joseon frappe vite, se replie vite et dépense peu ! Voilà le Joseon du Meilleur Yi Sun-Shin ! Les armes de siège sont trop lentes ! Si on les utilise mal, elles deviennent des toilettes de siège ! Moi, je ne sais pas m’en servir ! »
« Ça se tient, en tout cas contre la Perse ! »
— Mdr.
— Des toilettes économiques.
— Tu parles à qui ?
— Le Meilleur Yi Sun-Shin est de retour.
— Les armes de siège, putain~
« Les éléphants sont trop lents face à la cavalerie et ne peuvent pas tous les arrêter !! »
« Les troupes de la Perse sont dispersées, désorganisées, et voilà qu’elles affrontent Joseon près du rempart ! »
La Perse venait à peine de terminer le combat et n’était pas prête à se battre correctement, même si les effectifs étaient similaires. De plus, elle n’avait jamais imaginé que Joseon chargerait avec sa cavalerie.
La stratégie de Joseon était parfaite. Mais…
« Oh, regardez ! »
Il fallait parfois un peu de chance, même avec une stratégie parfaite. Et la Perse venait de connaître un premier coup de chance.
[Recherche : vitesse de déplacement des éléphants — terminée]
La vitesse de déplacement des éléphants venait d’augmenter juste à temps.
« Ah… les éléphants ont accéléré !? »
« Dans ce cas… »
Un deuxième coup de chance se présenta à son tour.
« Deux éléphants supplémentaires entrent en scène ! Ils vont croiser la cavalerie ! »
Dix soldats de la Perse montés sur deux éléphants avaient été envoyés à la base principale sans trop réfléchir, et leur trajectoire croisait celle de la cavalerie de Joseon.
« Ils ne se seraient pas rencontrés si les éléphants n’avaient pas accéléré !! »
La vitesse des éléphants se rapprochait désormais de celle des chevaux, ce qui augmentait considérablement les chances d’une rencontre.
« Oh… ! »
Finalement, les deux camps s’aperçurent.
« Ah ! Ils se sont repérés ! La Perse aussi les a vus ! »
[À pleine vitesse]
Elepher avait déjà modifié les ordres de déplacement des éléphants.
Patatras, patatras, patatras !
Les éléphants chargèrent avec une force colossale.
« Ah ! Ils vont se rencontrer à mi-chemin ! »
« J-Joseon devrait battre en retraite ! Il faut éviter ça ! »
« La cavalerie ne fera pas le poids face à ces éléphants dopés à la vitesse !! Ils vont se faire écraser ! »
Les éléphants étaient naturellement plus puissants que les autres montures. Leur taille et leur robustesse écrasantes suffisaient à neutraliser les montures plus petites.
« La position des éléphants est trop bonne ! »
Les deux éléphants transpercèrent avec précision la cavalerie qui chargeait.
Bang !
Plusieurs cavaliers furent projetés par les défenses, tandis que beaucoup d’autres roulèrent au sol sous les coups de pied. Même s’ils n’étaient pas tous morts, être hors de combat revenait au même.
« Ah ! Joseon ! C’est injuste ! C’est trop injuste !!! »
— Mon Dieu, c’est injuste…
— Ah…
— C’est d’une tristesse…
— C’était OrangeKing sur le cheval ?
— Putain, la chance gâche la partie
— Soupir…
Patatras !
Un nuage de poussière s’éleva dans le fracas de la collision.
« Oh. Joseon ! La cavalerie a été stoppée ! Mais les autres devraient continuer à avancer, non !? Ne combattez pas les éléphants ! Foncez vers la base principale ! »
Même si le gros des troupes avait été arrêté, la tête devait continuer à avancer. En temps normal, cela aurait mieux tourné. Pourtant, la cavalerie de Joseon se retourna pour faire face aux éléphants.
« Hein !? Ils vont les combattre !? »
Oui, Joseon n’avait jamais eu l’intention d’éviter les éléphants, même si la Perse les avait repérés par chance.
Frouch !
Bread et Coffee dégainèrent leurs épées en même temps.
C’était tout simplement un coup de chance pour Joseon.
« Ah ! On dirait que Joseon a un plan en tête ! La cavalerie qui charge là-bas, c’est… »
« Ah !? »
***
Ouf.
En voyant les énormes monstres gris sur les plaines sablonneuses, Bread se rappela quelque chose.
« La cavalerie contre les éléphants ? »
C’était pendant un entraînement avec Cookie pour le match contre la Perse. Cookie avait insisté : une charge de cavalerie pouvait abattre des éléphants, et avait commencé à s’y exercer. Bien sûr, ils ne pouvaient s’entraîner que contre l’IA, pas contre les éléphants de la Perse.
« Oui. Si tu suis la trajectoire… tu peux leur infliger rapidement des dégâts près des pattes ou entre elles. »
Cookie comptait charger les éléphants et leur trancher les pattes. Mais charger les éléphants de front était presque suicidaire pour la cavalerie.
« C’est trop dangereux. »
C’est ce que Bread lui avait répondu à l’époque.
« En plein combat… »
Frouch !
Pourtant, il dégaina son épée.
[Tranchez en suivant la trajectoire]
Ils reçurent l’ordre. Ils n’avaient pas le choix.
« Allons-y ! »
« Chargez ! »
Son escadron le suivit dans sa charge, tandis que celui de Coffee se dirigeait de l’autre côté. Les éléphants, au milieu, séparèrent les deux escadrons.
Patatras ! Patatras !
« Il faut tracer une trajectoire… »
La cavalerie de Joseon et les éléphants fonçaient l’un vers l’autre. La distance se réduisait à toute vitesse.
Le commandant adjoint devait tracer une trajectoire pour éviter que les soldats ne s’embrouillent et ne se percutent, mais ce n’était pas facile. Non, c’était impossible.
La main de Bread bougeait nerveusement dans les airs. Il ne savait ni où ni comment tracer sa trajectoire.
À cet instant…
Sss… !
Un rayon lumineux traça la trajectoire.
« Entre les pattes ! »
La moitié de l’escadron de Bread passa entre les pattes. Les autres contournèrent l’éléphant et le frappèrent de leurs lames.
« Là !? »
« C’est… »
Les soldats chargés de passer entre les pattes furent pris de court.
« Foncez ! »
Il dégaina une deuxième épée, regarda à droite et croisa le regard de Coffee. Celui-ci hocha la tête, puis ils exécutèrent leur plan.
Bread reporta son attention sur la scène devant lui.
« Brrrooo… »
« ! »
Le vent hurlant rugit à ses oreilles.
Fouuush !
Les épaisses pattes des éléphants ressemblaient à d’immenses piliers de béton pris dans un ouragan, mais les cavaliers se faufilèrent entre elles en frappant de leurs lames.
« Continuez d’avancerrrrr !! »
Ils fendirent la tempête.
Fchac !
Certains soldats chargèrent de travers et furent projetés par les pattes des éléphants. D’autres survécurent et continuèrent leur course.
Fchac !
Tous brandirent leurs épées à l’aveuglette.
Bread frappa des deux côtés et cria : « Continuez d’avancer ! Ne vous arrêtez p— »
Fchac !
Son épée dansa et le sang jaillit.
« Hein ? »
Sa vision s’assombrit soudain.
Patatras.
« Ouf !? »
Le ciel et la terre semblèrent se renverser.
Son cheval se cabra au loin.
Crac !
[PV : 15 %]
Ses points de vie chutèrent tandis qu’il roulait au sol. Heureusement, il ne mourut pas.
« Il faut que je me relève. »
Il se redressa rapidement. Puis…
« Brrrooo… »
Une défense d’éléphant se dressa comme une tour blanche, puis bascula lentement.
« Il tombe… ? »
L’éléphant s’écroulait. Son ombre gigantesque fondait sur Bread.
« J’ai tué l’éléphant, mais… »
Il avait tué l’éléphant, mais il semblait qu’il allait mourir avec lui, sans avoir le temps de s’enfuir.
Dans ce bref instant, Bread ne put que s’en vouloir. La vie d’un commandant adjoint n’était pas seulement la sienne.
« C’est perdu. »
Patatras !
Un grondement sourd retentit.
« !? »
L’éléphant était bel et bien tombé, mais Bread avait survécu. Comment ?
« Brrrooo… ! »
La défense d’un autre éléphant soutenait la carcasse qui s’effondrait.
« Quoi… ? »
Il leva les yeux. La personne juchée sur cet éléphant n’était pas de la Perse. C’était un soldat de Joseon.
« Almond ? »
C’était Almond.