Chapitre 594
Le commentateur cria, les veines du cou saillantes : « Toute l’équipe coréenne fonce sur la base principale française ! Une vague rouge se lève ! »
Les soldats de Joseon vêtus de rouge semblaient plus nombreux que les soldats français en bleu.
« Maintenant, ils ont des torches, et pas seulement des lances de bambou ! »
« C’est une véritable révolution ! »
Certains soldats qui portaient des lances de bambou les troquèrent contre des torches.
Fouuuush !
Ils se mirent à incendier toutes sortes de bâtiments.
— La torche de l’anéantissement, que le chant militaire commence !
— Brûlez tout !
— Trop drôle mdr— Ça chauffe~
« Exactement ! Les unités à distance n’ont pas de torches, mais toutes les unités de mêlée en ont ! Tous les bâtiments vont brûler ! »
Fouuuush !
Ils se mirent à réduire en cendres les arbres fruitiers dont ils récoltaient la nourriture et les maisons.
« Ah… Les bâtiments brûlent vite et s’embrasent en un instant ! »
« Par contre, les bâtiments importants prendront du temps à brûler, puisqu’on est encore à la deuxième ère. »
Les bâtiments en pierre, comme les tours de défense et les structures majeures, ne prenaient pas feu facilement. Difficile, donc, de terminer la partie dès la deuxième ère.
« Le seul engin de siège de la deuxième ère, c’est le bélier ! On n’a plus le temps d’en fabriquer ! »
Il était difficile de fabriquer des engins de siège à la deuxième ère. Sans armes à poudre de la troisième ère, attaquer les bâtiments prenait beaucoup de temps. C’était pourquoi la plupart des parties se prolongeaient généralement au-delà de la troisième ère.
« Pendant ce temps, les Français préparent une contre-attaque ! »
« C’est le schéma classique d’un siège à la deuxième ère, non ? »
Quand un camp se ruait sur les bâtiments, celui qui perdait rassemblait généralement ses soldats à l’arrière pour les lancer tous ensemble à l’assaut. Cela pouvait renverser la situation d’un seul coup.
« Ils doivent se méfier de la dernière vague, pas vrai ? »
On appelait cette attaque la dernière vague. Elle était si courante qu’elle avait son propre nom, et il fallait s’en méfier.
[Rassemblement]
[Défense]
Ping ! Ping !
Les forces françaises restantes se rassemblèrent devant la mairie.
« Alors, OrangeKing, selon vous, quelles sont leurs chances ? »
« À l’heure actuelle, je dirais que la Corée a 80 % de chances de l’emporter ! »
« Vraiment ? C’est moins favorable que je ne le pensais !? »
« Les batailles de la deuxième ère, c’est comme ça ! Ne baissez pas votre garde ! Cette bataille sera un tournant décisif pour l’équipe coréenne. »
« Un tournant ? Pourquoi ? »
« Si cette stratégie de deuxième ère réussit, elle aura un impact considérable sur la guerre psychologique des prochains matchs ! »
En effet, si la Corée remportait le match du jour avec cette stratégie, elle disposerait d’un éventail d’options bien plus large. Ses adversaires devraient se demander si elle allait foncer sur les tours de défense dès la première ère, produire rapidement des archers à la deuxième, passer directement à la troisième ou lancer une attaque avec des lances de bambou. Les commandants qui ne misaient que sur la première ou la troisième ère auraient beaucoup plus de mal à s’y retrouver.
« Ils ne peuvent donc pas se relâcher. Ils doivent continuer à mettre la pression sur les ressources ennemies ! La Corée doit resserrer son contrôle ! »
« Ah ! Oui ! Attendez ?! Et le chevalier… ? »
[Chevalier royal - 97 %]
« On dirait que la France est sur le point de faire sortir un autre chevalier ! »
« Quoi, quand ont-ils préparé ça ?! Je croyais que l’équipe coréenne faisait pression sur les mines d’or ! »
« Aaah ! On dirait que la France a choisi la faction des mineurs esclaves ! »
Les mineurs esclaves étaient une faction française où, après une amélioration, les esclaves restaient coincés dans les mines et extrayaient de l’or en continu, au lieu de faire travailler des ouvriers. Même si aucun ouvrier n’entrait dans les mines, une petite quantité d’or était générée automatiquement.
Cette faction était conçue pour la France, qui subissait toujours une forte pression sur ses réserves d’or, et ne pouvait pas être choisie à la légère.
« Les mineurs esclaves contre Joseon ? C’est surprenant. »
L’amélioration de cette faction consommait beaucoup de nourriture, ce qui compliquait la réapparition des soldats morts.
Face à une civilisation aussi douée en archerie que Joseon, où l’infanterie périssait souvent, les mineurs esclaves étaient un choix rare.
« Heureusement ou malheureusement, on dirait que la France l’a choisie par désespoir, sous la pression !? »
« Pas étonnant qu’ils aient si peu de troupes. »
La Corée avait exercé une forte pression sur les ressources en or de l’ennemi, forçant la France à choisir cette option.
Un soldat entra dans l’École des chevaliers et en ressortit sur un cheval blanc, devenu Chevalier royal.
Badaboum── !
[Chevalier royal - Terminé]
La France possédait désormais deux Chevaliers royaux.
« Deux chevaliers français. Alors, ça nous fait combien de chances ? »
« Ah… Il faut dire que Joseon a 70 % de chances ! Même si la France manque de troupes, ça rend vraiment l’issue imprévisible ! Les Chevaliers royaux sont excellents en défense ! »
Les lèvres d’OrangeKing s’asséchèrent. L’inquiétude le gagnait.
« Et puis, il ne nous reste plus de lances de bambou !? »
Les lances de bambou étaient à usage unique. La plupart des soldats de Joseon avaient déjà utilisé la leur. Grâce à ça, la ligne de front avait énormément avancé.
Il ne restait presque plus de joueurs capables de manier une lance de bambou.
« Quoi !? Plus de lances de bambou ? Comment ça… ? Ah ! Elles ne servent qu’une fois !? C’est quoi, cette faction pourrie ?! » s’exclama le commentateur, stupéfait, en se frappant le front.
— mdr mdr mdr
— Y a qu’à insulter, hein
— Même le commentateur l’admet…
— C’est n’importe quoi…
— C’est pas des lances de bambou, c’est des cure-dents en amidon mdr
La Corée allait donc devoir affronter deux Chevaliers royaux avec presque aucune lance à disposition.
« Mais comment la Corée va-t-elle s’occuper de ces deux Chevaliers royaux ?! »
« Je n’en sais rien ! »
« Quoi ? Alors, qu’est-ce qu’on fait !? »
« Mais ! La Corée garde un net avantage ! Elle a infligé d’énormes dégâts aux bâtiments ennemis et la France peine à faire revenir ses troupes ! Encore un effort, la Corée !! »
Heureusement, Almond et les autres archers avaient rejoint la force principale et balayé les ouvriers français.
« Il le faut ! Ils doivent abattre ces Chevaliers royaux ! »
La France pouvait tenter de résister, mais rien ne garantissait qu’elle remporterait la partie. Si la Corée parvenait à briser cette dernière résistance, elle gagnerait.
***
Ting── !
Un ping rouge apparut.
[Assaut général]
Le commandement de Cookie s’afficha.
[Mairie française]
La cible était la mairie ennemie, où les ouvriers étaient produits et où résidait le commandant en chef. Ce bâtiment servait de base principale et possédait les meilleures défenses jusqu’à la troisième ère. Sa capture mettrait fin à la partie. Le simple fait de l’apercevoir indiquait que le match avait atteint un moment crucial.
« À présent, les hauteurs sont en vue ! Enfoncez les défenses et abattez le commandant en chef ! »
Ils voyaient littéralement la mairie ennemie.
« Wouaaah ! » crièrent les soldats coréens pour se donner du courage.
La France proclama elle aussi sa résistance d’un cri : « Arrêtez-les, ne serait-ce qu’une fois ! Il y a encore une chance ! Tenez jusqu’au bout ! »
Clac !
Le Chevalier royal en tête leva son épée étincelante et cria : « Défendez la mairie !! »
La Corée réagit à la contre-attaque.
Tchac !
L’épée du commandant brilla.
« À l’attaque ! »
« Achevez-les ! »
Boum !
Pan !
Une pluie de flèches jaillit du deuxième étage de la mairie.
« Tirez sur le deuxième étage ! »
Les archers de Joseon se mirent eux aussi à viser le deuxième étage de la mairie.
Fouuuush !
Les flèches tirées des deux côtés fendaient l’air comme des feux d’artifice. Certaines s’annulaient en plein vol, mais la plupart retombaient sur leurs cibles en une véritable averse.
Flouf !
De nombreux soldats des deux camps s’effondrèrent.
« Aaah ! »
« Argh ! »
« Merde… »
Les deux camps subirent d’innombrables pertes. Les batailles finales faisaient toujours le plus de victimes, car aucun des deux camps ne pouvait battre en retraite.
« Ces fichus Français. Ils refusent même de se rendre !? »
— Putain mdr
— mdr mdr
— Au lieu de se rendre, ils résistent… incroyable
— Pang, allez~
Pang râla en revenant à la vie, puis banda son arc.
Almond continuait lui aussi de tirer à ses côtés et interceptait les soldats au deuxième étage.
*Il ne leur reste plus beaucoup de troupes.*
Même aux yeux d’Almond, la France avait du mal à reconstituer ses troupes. À ce rythme, la Corée gagnerait en continuant d’attaquer. Alors qu’il se faisait cette réflexion…
« Euh, euh… Ils arrivent ! Ils ont percé ! »
Un cri retentit.
*Quoi ?*
La cause apparut aussitôt sur la ligne de front.
Boum !
Deux chevaliers en armure d’argent enfoncèrent les rangs.
*Deux chevaliers ?*
Les yeux d’Almond s’écarquillèrent un instant. Il croyait qu’il n’en restait qu’un, mais voilà qu’ils étaient deux.
— Pourquoi ils sont deux ??
— Waouh, deux, ça fait beaucoup
— Ces chevaliers sont complètement tarés
— Attendez, mais il n’y a plus de lances de bambou ;
— La France a dû utiliser les mineurs esclaves, bordel
« Hiii… ! »
Les chevaux des chevaliers piétinèrent les soldats coréens.
Pang cria, dégoûté : « Ils ont réussi à produire un autre chevalier en plein milieu de tout ça ?! C’est donc pour ça qu’ils avaient si peu de troupes ! »
Alors même que la France perdait du terrain, elle avait produit un autre chevalier.
« Ils galèrent vraiment ! Ils galèrent et jouent comme des rats. »
— Mdr, c’est censé être un compliment ?
— Ça veut dire que la France s’en sort bien ?
— Chevalier royal du bonheur
Les fruits de la lutte désespérée de la France se déployèrent sous leurs yeux.
« Hiii… ! »
Les deux destriers de guerre en armure d’argent, montés par les Chevaliers royaux, galopèrent à travers le champ de bataille encombré.
Grrrroooom !
Ils déchaînèrent une scène de destruction écrasante.
« Euh, argh ! »
« Hé ! Hé ! Poignardez-les ! Qu’est-ce que vous faites ? »
« On n’a pas de lances ! »
Ffuit !
Les soldats coréens tombèrent sans grande résistance sous les coups des épées balayantes des chevaliers lancés à l’assaut.
« Argh… »
Floc…
« Merde ! Il n’y a vraiment plus de lances de bambou !? Aaaah !! »
Ffuit !
Même ceux qui cherchaient des lances de bambou s’effondrèrent, le sang jaillissant de leurs plaies.
Les deux chevaliers déchirèrent les rangs coréens, traçant un huit dans leurs mouvements.
Ffuit ! Ffuit !
Leurs épées ensanglantées tranchèrent de nombreuses têtes, qui s’envolèrent dans les airs.
« Kugh ! »
« Argh ! »
Leur puissance dépassait celle de simples chevaliers.
[Chevalerie - Activée]
Le trait Chevalerie doublait leur efficacité au combat lorsqu’ils défendaient leur territoire.
[Chevalerie : en défendant son territoire, la défense et l’attaque augmentent de 30 %]
Whooom… !
Derrière les chevaliers, une aura blanche se déploya, signe que la chevalerie était activée.
Était-ce le moment ?
Tchac !
À l’arrière, une lance surmontée d’un drapeau fendit les airs.
« France ! En avant ! »
L’infanterie française se lança en masse à l’assaut.
« Formez un mur de boucliers ! »
En se serrant épaule contre épaule, les fantassins français parvinrent à s’insérer dans les lignes coréennes.
Le visage de Pang se durcit.
« Non. Là, ça se complique… »
Vétéran aguerri, Pang comprit d’instinct que la situation tournait mal. C’était ainsi que les renversements se produisaient, en général.
Tchac !
Il leva la main et cria : « Tous les archers ! »
Ding.
Les cibles des archers apparurent dans leur viseur. Pang, qui commandait les archers, leur avait d’abord désigné le deuxième étage de la mairie. Mais il reporta leur attention sur les chevaliers qui avançaient.
Tchac !
À son signal, les points de visée jaunes passèrent au rouge.
« Feu, tous ensemble ! »
Boum !
Ils tirèrent une volée de flèches et l’infanterie française s’écroula par paquets.
« Ooooh… »
« Grrr ! »
Les Chevaliers royaux, eux, ne tombèrent pas.
Ting ! Ting !
Toutes les flèches ricochèrent sur eux. On les appelait les chars d’assaut du Moyen Âge, et pour cause.
« Merde ! »
« Même leurs chevaux sont en armure… »
Leur armure d’acier argenté semblait imperméable aux armes. Il fallait viser les interstices, mais il suffisait qu’ils pivotent légèrement pour que les flèches frappent leur armure et ricochent.
Almond avait lui aussi du mal.
*S’ils restaient immobiles, je pourrais les toucher dans l’œil.*
Mais ces Chevaliers royaux n’allaient jamais rester immobiles. Des joueurs dignes d’une compétition internationale n’offriraient pas un tel cadeau à l’ennemi.
Ting… ! Ting !
Voir les flèches rebondir sans cesse sur eux ne faisait que saper le moral. Sans lanciers, on aurait dit que les chevaliers avaient des ailes dans le dos.
« On est vraiment en train de reculer ?! »
« On y était presque ! »
Les visages des soldats coréens s’assombrirent peu à peu. À l’inverse, les soldats français retrouvèrent leur ardeur.
« On peut le faire ! »
« On les a arrêtés ! »
« Balayez d’abord les archers ! »
Le moral au beau fixe, l’un des chevaliers français chargea en direction des archers coréens. Les fantassins coréens tentèrent de lui barrer la route, mais en vain. Le chevalier réduisit rapidement la distance.
Almond devait choisir.
*Tirer ou esquiver.*
Il pouvait s’écarter ou tenter, dans un dernier tir, de toucher le chevalier en plein œil.
Clop ! Clop !
Le martèlement assourdissant des sabots approchait à toute vitesse. Almond distinguait même les naseaux dilatés du cheval. Il prit sa décision.
« Tire. »
Almond voulait tenter quelque chose. Les autres avaient-ils eu la même idée ?
« Il me reste encore un tir ! »
Pang fonça sur le chevalier. Un archer se ruait vraiment sur lui ?
*Ah… !*
Almond comprit que Pang n’avait pas encore utilisé sa lance de bambou.
*Il a une lance de bambou !*
Ffft !
La lance de bambou de Pang transperça le flanc du chevalier.
« … Quoi ! »
« Hiii… ! »
Surpris, le cheval du chevalier lancé à l’assaut se cabra. Le coup de lance avait stoppé net la charge, et le chevalier resta étourdi.
« Il est étourdi ! Vite— »
Pang n’eut pas le temps de finir sa phrase.
Clic.
Almond avait déjà bandé son arc. Il n’aurait qu’une seule occasion.
*Je peux y arriver tant que l’ennemi ne bouge pas.*
Kiiiiing !
La lumière du trait Concentration s’intensifia jusqu’à atteindre son maximum. La respiration d’Almond ralentit peu à peu, puis s’arrêta. Il inspira une fois, profondément, et retint son souffle dans ses poumons.
*Je le vois.*
À cet instant, tout se fit sombre et silencieux. Dans le monde, il ne restait plus qu’Almond et le chevalier. Le champ de vision se rapprocha. Almond le vit : une ouverture pas plus grande qu’un trou de nœud dans le bois, et les yeux bleus du chevalier.
*Maintenant.*
Ffuit.
Sa main droite lâcha la flèche avec fluidité.
Boum !