Chapitre 545
Personne n’était là quand la classe 3 arriva au troisième étage. Ce n’était pas vraiment un problème.
« On dirait qu’ils sont montés plus tôt. »
« Il n’y a personne ? Allons au quatrième étage. »
Ils comptaient simplement poursuivre leur route, mais Tako les arrêta.
« Frérot, j’ai compris. »
« Quoi… ? »
« On ne devrait pas monter tout de suite. »
Bubblegum ne comprit pas. Il demanda même son avis à Almond, mais celui-ci répondit qu’ils ne devraient pas monter non plus.
« Non. Et s’ils étaient passés devant nous ? »
« Ils ne sont pas passés devant nous. »« Quoi ? »
« J’ai compris en regardant les empreintes. »
Tako avait repéré des traces de pas sur la rambarde du deuxième étage.
« Ils ont forcément emprunté les conduites de gaz, mais ils n’ont laissé aucune empreinte sur la rambarde du deuxième étage. »
Le problème, c’était l’absence d’empreintes ? C’était compliqué.
« Qu’est-ce que ça veut dire ? S’il y avait des empreintes, je comprendrais, mais pourquoi se plaindre qu’il n’y en ait pas ? C’est absurde. »
— Pas d’empreintes mdr
— Lol
— T’as réfléchi avant de parler ?
— Il mâche du chewing-gum mdr
« C’est justement leur absence qui est bizarre. Grimper le long des conduites du premier au troisième étage, ce n’est pas facile. Elles sont tellement étroites. Toi, frérot, tu serais déjà mort trois fois. »
« C’est vrai. »
« Mais la rambarde du deuxième étage est le seul endroit où se reposer en chemin, et aucun des élèves n’a marché dessus ? C’est normal qu’aucun d’eux n’ait posé le pied sur cet énorme support ?! »
« … Maintenant que tu le dis, c’est bizarre. »
« Ils l’ont délibérément évité. »
Les experts de Civil Empire étaient attentifs aux empreintes et aux traces. Sachant qu’un ennemi se trouvait au deuxième étage, ils avaient ordonné à tout le monde de ne laisser aucune empreinte et de monter directement au troisième.
« Pourquoi l’auraient-ils évitée exprès ? Pour les entraîner à devenir plus forts ? »
« Ils savent qu’on est là. »
« ! »
En effet, la classe 2 avait repéré la classe 3 depuis longtemps et avait commencé à effacer ses traces. Voilà pourquoi il n’y avait personne au troisième étage.
« Bon, voilà le problème. »
« Ah, ne le dis pas. »
« Où sont-ils maintenant, à ton avis~ ? »
« … »
— Dis-le pas, mdr
— Ce que pense Bubblegum : (Arrête tes explications et dépêche-toi)
— (Bats-les, espèce de poulpe)
Bubblegum réfléchit un instant.
« … Au quatrième étage ? »
« … »
Un silence passa.
« Non, notre destination, c’est le toit. On va évidemment passer par le quatrième étage. Qu’est-ce qui va leur arriver ? Frérot, t’as bien éliminé la classe 5 avec cette tactique, non ? »
« Ah… ! On va se faire prendre en sandwich ?! »
« Oui. Eux aussi le savent. »
Comme tout le monde se dirigeait vers le toit, la conclusion sautait aux yeux.
« En plus, il y a presque certainement des zombies aux quatrième et cinquième étages. Ils voudront d’autant plus les éviter. »
« Alors, ils sont où ? »
« Je ne sais pas. Ils doivent se cacher quelque part. Il n’y a aucune trace. »
« … ? »
Bubblegum prit un air incrédule.
« Et nous, on est censés faire quoi ? »
« Frérot, il faut aussi qu’on se serve de notre tête. »
« Tu t’en es déjà servi, non ? Ce que t’as sur la tête, maintenant, c’est du faux. T’as oublié ? »
« … »
— Lol
— ??? : T’es chauve !
— Putain, il est pénible mdr
— Bordel mdr
« Ouf. D’abord, je vous explique le plan. »
« Waouh. Un plan. Bien. »
Almond avait fait semblant de ne pas écouter, mais il s’approcha enfin pour entendre la suite.
— C’est quoi ce bordel mdr, il raconte quoi ?
— Haha Almond regardait complètement ailleurs
— Il était où, Almond ? Il débarque seulement maintenant mdr
— Le maître des coups de grâce
« D’abord, on monte l’escalier jusqu’au quatrième étage. »
***
« Il monte », murmura Jessie en regardant par la fenêtre du troisième étage. « On va au quatrième. Il faut y aller aussi. »
Elle redescendit rapidement par les conduites jusqu’au deuxième étage et expliqua aux autres : « On y va. On les prendra par-derrière. Criez pour attirer les zombies. Ensuite, ils seront obligés de les éliminer. On attendra tranquillement, puis on les attaquera tous ensemble au bon moment pour les tuer. »
« Ça me paraît parfait. »
« Amen ! »
Contrairement à la classe 3, ils ne passèrent presque pas de temps à convaincre et à mettre leur groupe au courant.
Jessie prit la tête et s’engagea dans le couloir du deuxième étage.
« En avant. »
Les élèves de la classe 2 la suivirent, tendus à l’approche du combat. Mais malgré la tension, aucun ne semblait avoir peur. Après avoir survécu à l’enfer qui régnait à l’extérieur du bâtiment principal, ils n’étaient plus des élèves ordinaires.
Pour eux, être moins nombreux que l’ennemi ne suffisait pas à inspirer la peur.
« On y va. »
Au signal de Jessie, les élèves avancèrent en silence le long des murs du couloir, avec une précision militaire, comme s’ils avaient reçu un entraînement. Rien ne formait autant qu’un vrai combat. Pour eux, c’était comme s’ils avaient suivi un tel entraînement militaire.
« La classe 2 est en mouvement !? »
Les commentateurs se concentrèrent entièrement sur les déplacements de la classe 2. La rencontre imminente entre les classes 2 et 3 déterminerait l’issue de l’épreuve.
« Ils ont choisi de les attaquer par-derrière. »
« La classe 3 vient d’entrer dans la cage d’escalier qui mène au quatrième étage. Le timing est presque parfait, non ? »
« Ils le doivent aux repérages constants de Jessie. »
« Oui, ils sont déjà au troisième étage ! »
Menés par Jessie, tous les élèves de la classe 2 montèrent au troisième étage. S’ils se faisaient repérer, c’était la fin. Ils avançaient sans relâche.
« Oote. »
« Compris. »
Oote colla l’oreille au sol.
« C’est une technique de reconnaissance propre à Empire Civil ? Almond a fait pareil. »
« On dirait bien. »
« Qu’est-ce que tu entends ? »
Oote, qui faisait office de stratège grâce à ses statistiques de perception élevées, était encore plus doué pour repérer les choses, une aptitude déjà remarquable chez lui dans Civil Empire.
« … Ils sont dans l’escalier opposé. Ils sont presque arrivés en haut. S’ils montent, le changement d’étage empêchera les vibrations de parvenir jusqu’ici. »
« Ah, comment il sait ça !? »
« Le niveau de détail de ses informations est incroyable. »
« C’est des joueurs de RTS, ces types ? »
« D’accord. »
Frouch.
Sous la conduite de Jessie, tous les élèves de la classe 2 se mirent en mouvement. Pourtant, quelque chose clochait.
« Hein ? »
« La porte est fermée. »
La porte qui menait à la cage d’escalier était fermée.
Ils murmurèrent et échangèrent discrètement leurs avis.
« On fait quoi, maintenant ? »
« Eh bien… »
Jessie était perplexe. Qui fermerait cette porte avant de s’éloigner ? S’ils étaient poursuivis et devaient fuir les zombies, ce serait bien embêtant de devoir rentrer.
« Oote ? » appela Jessie en faisant signe à Oote d’écouter.
« Ah. Ouais… Euh… Je n’entends rien. Ils ne sont pas au même étage. »
« Alors, je vais simplement l’ouvrir. »
Comme il faudrait bien qu’ils règlent ce problème tôt ou tard, Jessie essaya de baisser la poignée.
Grincement…
« C’est ouvert. »
La porte s’ouvrit. Elle n’avait pas l’air verrouillée.
« Le bruit m’énerve, par contre. »
Jessie fit signe à ceux qui la suivaient. Il était temps de monter.
La porte coupe-feu n’avait pas de verrou. Elle se refermerait dès que Jessie la lâcherait.
« Tiens-la. »
« Passez-vous-la comme un témoin. »
Clic.
Chacun devait retenir la porte en entrant.
Clic. Clic.
Quand tout le monde fut entré, le dernier referma doucement la porte.
Grincement…
Le grincement de la porte résonna de nouveau, comme un avertissement.
« Quelque chose cloche. »
Jessie sentit intuitivement que les choses risquaient de mal tourner, mais elle ne parvenait pas à déterminer ce qui n’allait pas.
« Essayez de faire le moins de bruit possible. »
Elle jugea préférable de réduire le bruit au minimum, mais alors…
CLANG !!
« … ! »
Tout le monde sursauta et se tourna vers la porte. Pourquoi avait-elle claqué si fort ?
Le dernier élève, décontenancé, fit des gestes des mains.
« Ah… Non, je ne voulais pas faire ça… »
« Haa… Ce n’est pas grave. Ils ne réagissent pas, de toute façon. »
Jessie passa froidement à autre chose et se remit à monter. C’était une erreur d’avoir confié une tâche pareille à un PNJ, pour commencer.
Mais alors…
« !? »
Boum !
Elle bascula soudain en arrière. Quelqu’un l’avait attrapée par les cheveux et tirait dessus.
« Oote ? Qu-quoi… ? »
C’était Oote. Il lui chuchota d’un ton pressant : « Jessie. Il y a quelqu’un au-dessus de nous. J’ai entendu… »
Il était déjà trop tard.
Frouch !
Une silhouette sombre tomba devant eux.
« Hé, les rats », lança une voix pleine d’arrogance.
Il ricana et croisa les bras. C’était Bubblegum.
« Vous faites un de ces raffuts, comme des rats. »
« Toi… »
Bubblegum ne leur laissa pas le temps de répliquer.
Clap !
Il frappa dans ses mains et cria : « Maintenant, crevez comme des chiens ! »
D’innombrables pas résonnèrent en même temps que ses paroles.
Ratatatata !
Une trentaine de personnes surgirent soudain de l’escalier, au-dessus d’eux, leur bloquant le passage.
— Hahaha !
— Ah, la technique du disque rayé mdr
— Voilà un vrai chef
— Lol
— Il dit « rats », puis « crevez comme des chiens » ? Sérieux, j’y comprends rien.
Les deux classes se retrouvèrent rapidement face à face.
« Mouhahaha ! Je savais tout de votre plan ! Voilà ce que j’appelle du travail ! » s’esclaffa Bubblegum d’un air triomphant, comme pour dire : « Je vous ai eus, hein ? »
La réaction de l’ennemi manquait d’enthousiasme.
« Ah. Alors, on s’est fait repérer ? »
Jessie se contenta de rire, comme si on l’avait surprise en train de faire une farce. Elle ne semblait pas s’en inquiéter le moins du monde. Elle attacha ses cheveux roux en bataille et se concentra encore davantage.
— Waouh, elle est belle, purée.
— Hein ? Mais c’est une étrangère ?
— Elle sort d’où, cette bombe ??
— Même pas surprise, waouh.
— Elle fait un peu peur, quand même.
« Hein ? Quoi… qu’est-ce qui se passe ? »
Bubblegum regarda autour de lui, comme pour dire : « Ce n’est pas ce à quoi je m’attendais. »
« Je pensais qu’ils seraient tellement effrayés qu’ils se mettraient à faire l’hélicoptère. Les rats étrangers, c’est autre chose. »
— Y a que toi qui peux faire ça, frérot.
— Tu crois que tout le monde peut faire ça, hein ? LOL
— L’hélicoptère LOL
— Les rats étrangers LOL
Tako s’avança depuis l’arrière.
« Vous, là. Vous avez volontairement essayé de nous prendre par-derrière pour tous nous tuer ? »
Il cherchait à découvrir leurs intentions et à remonter le moral de son équipe en confirmant son hypothèse.
Jessie sourit largement et hocha la tête. « Oui. Désolée~ »
« … »
— Je sais pas quoi dire LOL
— Oui, on a essayé de vous tuer. Désolée.
— Impossible de lui en vouloir !
« Je… je vous pardonne… pas. Hum. »
Tako inspira et reprit contenance.
« Vous avez l’air très sûrs de vous. Vous, les Mickeys… »
— Ils sont étrangers, alors c’est des Mickeys ? LOL
— LOL
— Ils ont évolué à partir des rats, c’est ça ?
« Mais combien de temps allez-vous tenir ? »
Au signal de Tako, les élèves munis de boucliers avancèrent.
Flop ! Flop !
« Intéressant. »
Le combat allait commencer.
Jessie resserra sa prise sur sa lance. La malice avait disparu de son regard, désormais teinté de calcul tandis qu’elle observait la classe 3.
Ils étaient moins nombreux, mais mieux armés. S’ils parvenaient à surmonter l’inconvénient du terrain, le combat serait à leur portée.
« Masok, on ne peut pas se battre dans l’escalier. Assure-toi qu’on puisse battre en retraite, puis on se bat dans le couloir. »
« Compris. »
Ils devaient se battre dans le couloir au lieu de rester coincés dans la cage d’escalier.
NerdKing recula lentement et poussa la porte.
Clac. Clac.
« … Hein ? »
La porte ne s’ouvrait pas.
« Dans notre pays, on dit : “Comme un rat pris au piège dans un bocal.” »
Takoyaki éclata de rire en leur expliquant.
— LOL, ils se font camper
— Quelle belle culture !
— Une souris dans un bocal, waouh
Flop. Flop.
Malgré leurs tentatives répétées, la porte restait bloquée. Comment avaient-ils réussi à faire ça ?
« On a un expert en barricades dans notre équipe. Cette porte ne s’ouvrira probablement pas de sitôt. »
Hyun-Ah et Su-Hyun avaient attendu discrètement dans les toilettes et l’avaient barricadée.
— LOL, la Générale Hyun-Ah
— elle est coréenne
— Combien de fois la Générale Hyun-Ah les a portés ?
— Masok et la Générale Hyun-Ah ensemble ?! Oh…
— Pauvre Masok LOL
« Bon sang. Alors, ce n’était pas une erreur du PNJ ? »
Oote claqua la langue.
« Elle est vraiment verrouillée ? Comment ont-ils pu barricader la porte aussi vite ?! »
Les barricades ne se construisaient généralement pas aussi facilement.
Tako lui répondit : « La Générale Hyun-Ah dit qu’un simple manche à balai peut bloquer la porte pendant dix minutes. »
« … Un manche ? »
Un simple manche à balai les empêchait donc de sortir ?
« Il suffit de donner un coup dedans ! Après, on pourra sortir… »
« Bien sûr ! Au début, il n’y avait qu’un balai. Mais plus maintenant. »
Griiiinc.
Comme pour s’assurer qu’ils l’entendent, le bruit de bureaux qu’on déplaçait se fit entendre de l’autre côté de la porte. Il était déjà trop tard. Une fois les bureaux mis à contribution, impossible de forcer le passage.
« Hein ? »
Leur retraite bloquée et l’ennemi largement supérieur en nombre, Jessie perdit son air détendu.
« On est foutus ? »
***
[Conseil pour débutants : Lors d’un vrai combat, il est courant de sécuriser les issues de secours de l’ennemi. Ça empêche le rat de mordre le chat.]