Chapitre 2 208
Dire que Sylas a sous-réagi est, ironiquement, un euphémisme. On aurait pu croire qu'il n'avait pas senti la moindre différence.
Ce n'était peut-être pas si improbable. Après tout, comment un rang D pourrait-il faire la distinction entre un rang A et un rang S ? Ou même un rang B, d'ailleurs ?
Pour la plupart, le fossé est si immense, même pour un rang C, que tout cela ressemblerait à un tsunami sans fin.
Pour Sylas… il pouvait clairement faire la différence.
Simplement, il s'en moquait.
Ses doigts s'écartèrent et se contractèrent, ses griffes jaillissant avec l'élan d'une épée tirée de son fourreau. Le monde gémit et les rares Runes dans l'air qui n'étaient pas celles de la Mort crissèrent comme du métal contre du métal.
Chi.
L'air se brisa et Mosun apparut devant Sylas.
C'était tout simplement trop rapide, trop vif.
Un poing s'abattit sur la poitrine de Sylas, poussant avec une telle force qu'il semblait traverser le vide. Pour un rang S, la résistance n'aurait pas dû être différente de celle de l'air. Quelle valeur pouvait bien avoir la solidité d'un corps de rang D ?
Et pourtant… Sylas fut projeté au loin.
Mosun cligna des yeux, confus, fixant son poing. Avec sa vitesse et sa force, son bras aurait dû transpercer la poitrine de Sylas. Ce n'était pas ce qui aurait dû arriver.
C'était… étrange.
Pourtant, dire que Sylas a volé sur des kilomètres est un bien faible mot. Il fut propulsé en ligne droite pendant si longtemps qu'il finit par être arraché à l'atmosphère, son corps brûlant, manquant de sortir des limites de la planète avant de finir par s'arrêter lentement.
Si nous avions été dans le Plan Mortel, ce seul coup aurait réduit la planète en miettes.
Pourtant, malgré l'état critique du monde sur lequel ils se trouvaient, celui-ci ne fit guère plus que trembler un instant. Certes, c'était pour la même raison que la poitrine de Sylas était intacte et non réduite en bouillie, mais la solidité stupéfiante de ce plan parlait d'elle-même.
Sylas finit par s'immobiliser et baissa les yeux sur son torse, où des Runes de Mort tournoyantes absorbaient le reste de l'énergie cinétique. Il n'avait pas eu d'autre choix que de se laisser emporter aussi loin avant de pouvoir enfin dissiper l'énergie.
S'il avait tenté de s'arrêter plus tôt, il serait mort sans l'ombre d'un doute.
Mais il était impossible de continuer à se battre ainsi. S'il devait voler aussi loin à chaque fois pour survivre, il ne pourrait jamais porter un seul coup. Et s'il avait réussi à le faire, c'était en partie parce que Mosun n'était pas préparé à sa méthode.
La prochaine fois, il le serait, et même si Sylas parvenait à trouver une parade, un problème plus grave se posait…
Le risque de sortir accidentellement des limites du monde.
S'il s'éloignait trop, le soutien de l'Esprit du Monde disparaîtrait, et il mourrait tout aussi sûrement.
Il n'y avait qu'une seule solution. Les Runes de Mort et l'Éther ne suffisaient pas, pas comme ça. Pas tant qu'il ne pourrait pas former quelque chose du niveau d'une Armure Runique basée là-dessus, et il en était encore loin. Ou, plus précisément, même quelqu'un comme Sylas avait besoin de temps pour en fabriquer une assez efficace pour une bataille de ce niveau.
Par conséquent, la seule solution était…
Ne pas se faire toucher.
Sylas disparut.
BANG.
Les yeux de Mosun s'écarquillèrent, la confusion se lisant sur son visage. Venait-il de… se faire toucher ?
Il s'effondra, sentant son Éther s'échapper de son corps.
Les yeux de Sylas irradiaient quelque chose de totalement différent. C'était comme s'il n'était pas concentré auparavant, mais qu'il avait décidé qu'à cet instant précis… il allait tout donner.
Il oublia complètement la rage qui bouillonnait en lui, il oublia les regards qu'il sentait encore peser sur lui, il oublia la situation dans laquelle sa sœur se trouvait probablement, et même son véritable objectif ici.
La seule chose à laquelle il pouvait penser était la personne en face de lui.
Non, pas la personne.
La cible qu'il allait mettre en pièces.
Les membres de Sylas bougeaient comme s'ils avaient leur propre volonté ; la gravité, l'élan et la coordination devenaient presque des notions obsolètes pour lui.
Les bases des arts martiaux volèrent en éclats. Télégraphier ses attaques ? Avoir un appui solide pour frapper ? Enchaînements et rythme ?
Sylas les oublia tous, ou peut-être avait-il simplement évolué au-delà de ce besoin.
Pourquoi se soucier de télégraphier ses attaques quand ses angles étaient incalculables, aléatoires et impossibles à suivre ?
Pourquoi avoir besoin d'un appui solide quand il pouvait accumuler élan et force, peu importe l'angle d'attaque ? Il n'avait pas besoin d'un pied arrière pour prendre appui quand sa télékinésie pouvait propulser son poing à sa place. Il n'avait pas besoin de pivoter ses hanches quand sa télékinésie pouvait faire fouetter son pied dans l'air. Il n'avait pas besoin de gainer son tronc quand il pouvait le solidifier par sa seule Volonté.
Mosun n'avait jamais affronté un tel expert en arts martiaux télékinétiques. Il tenta de suivre et de réagir à ce qui se passait, mais ses sens étaient érodés par les Runes de Mort.
Il sentit un coup de pied à l'intérieur de sa cuisse et un coup de poing à la tempe simultanément. Un balayage à la cheville sur la même jambe et une paume sur sa poitrine à l'unisson. Une paire de doigts lui lacéra les yeux tandis qu'un uppercut lui fermait violemment la mâchoire.
Son pouvoir s'échappait de lui, pour être aussitôt écrasé par un déluge incessant de Runes de Mort, un barrage implacable qui transformait les dunes de sable alentour en cratères sans fin, jusqu'à ce que ce soi-disant rang S ne puisse être que ravagé, encore, encore et encore.
Puis, le brouillard autour de Sylas se solidifia soudainement. Des plaques d'armure noire prirent forme, et la brume se mua en acier d'obsidienne.
Sylas porta un coup de poing qui creusa un trou dans la poitrine de Mosun, laissant derrière lui la corrosion de la mort et de la destruction.
Sylas avait coupé son esprit à tout, sauf au combat. Pour tenir le rythme, il utilisait 100 % de ses capacités mentales. Il n'avait pas la bande passante nécessaire pour concevoir une Armure Runique.
Celle-ci… avait surgi spontanément.
Un niveau de Maîtrise des Étincelles dans une dimension qui lui était propre.