Chapitre 2 137
Les yeux de Sylas papillonnèrent.
Il ne s'attendait honnêtement pas à ce que la Duchesse commette une telle erreur, mais il se souvint alors à quel point elle était innocente et naïve. On ne s'attendrait pas à ce qu'une démone soit vierge, quel que soit l'âge qu'elle pouvait avoir, et il fallait aussi garder à l'esprit qu'elle possédait probablement un déluge de souvenirs dans son corps principal que celui-ci n'avait pas.
Sylas avait fait en sorte qu'elle se remémore les souvenirs de leurs interactions précédentes, mais il ne pouvait le faire qu'avec les versions d'elle qu'il avait rencontrées. Cela signifiait que les seuls souvenirs intégrés de la Duchesse se limitaient à la naïveté avec laquelle elle était née dans ce monde, et aux souvenirs qu'elle avait partagés avec Sylas.
Bien sûr, son instinct de combat était également hors du commun. Mais entre sa fureur et la planification minutieuse de Cassarae…
Sylas hocha la tête, et il esquissa presque un sourire. Il ressentit une étrange fierté naissante qu'il ne parvenait pas tout à fait à expliquer.
Cassarae avait bercé la Duchesse dans un faux sentiment de sécurité. Leur combat durait déjà depuis environ un quart de journée.
Aucune des deux n'avait utilisé la moindre compétence ; ce n'était qu'un échange sauvage et direct de mouvements de combat, mêlant escrime et arts martiaux au corps à corps. Après tant d'heures de combat pur, Cassarae changea la donne, simulant une erreur pour soudainement s'emparer de l'avantage.
Sylas venait tout juste de penser que ce combat allait durer encore un moment, quand ce revirement soudain se produisit. Cassarae l'avait pris au dépourvu, lui aussi, sans parler de la Duchesse.
Était-ce parce qu'il était trop occupé à admirer la beauté de sa femme et de sa concubine ? Peut-être. Mais là n'était pas la question. Il restait fier.
L'épée de Cassarae tressaillit et le corps figé de la Duchesse convulsa, mais elle ne laissa échapper aucun cri.
« Orgueilleuse », dit lentement Cassarae en se léchant légèrement les lèvres. Ses yeux semblaient être passés d'une soif de combat à une tout autre sorte de désir. Mais ce n'était pas parce qu'elle était attirée par les femmes ; c'était parce que voir quelqu'un comme la Duchesse être terrassée par Sylas représentait pratiquement le summum de son fantasme.
Elle parvenait à peine à contenir la chaleur qui émanait d'elle.
La Duchesse fixa Cassarae, qui avait déjà retrouvé son calme.
« Alors. Vas-tu tenir parole, ou vais-je devoir t'y forcer ? C'est beaucoup moins sexy avec une entaille qui te traverse le corps. Si tu ne coopères pas, je devrai simplement te tuer et baiser mon mari moi-mê... »
« Ça suffit », trancha froidement la Duchesse. « Quels que soient tes fantasmes inélégants et indécents… » sa voix s'éteignit un instant, comme si elle ne trouvait pas comment poursuivre. « … fais ton pire. Je m'en moque. Tu ne m'ébranleras pas. »
Cassarae retira son épée avec un sourire joyeux.
Très rapidement, la blessure de la Duchesse se referma jusqu'à ce qu'il ne reste plus que le sang.
Cassarae fit claquer sa langue. « Ça ne va pas du tout, n'est-ce pas ? Sylas Brown ! Rends-toi utile ! Renvoie-nous ! »
La lèvre de la Duchesse tressaillit. Devait-on vraiment parler à son mari sur ce ton ? Où était le respect ? Comment un homme comme Sylas pouvait-il tolérer une telle chose ?
Sylas claqua des doigts et elles disparurent toutes les deux.
…
Sylas était allongé sur un lit, secouant la tête. Ses mains étaient croisées derrière sa nuque, ses yeux fixés sur le plafond. Il ne savait pas dans quel genre d'absurdités il s'était fourré.
Même lui n'était pas épargné par les fantasmes de Cassarae, semblait-il. Elle l'avait forcé à se mettre en caleçon et à attendre ici. À présent, elle était déjà dans la salle de bain avec la Duchesse depuis une heure de plus.
Alors que ses pensées allaient continuer à vagabonder, la porte s'entrouvrit et de la vapeur s'échappa du bain.
Le regard de Sylas quitta le plafond pour se porter devant lui, et il ne put s'empêcher de plisser les yeux.
Cassarae sortit vêtue d'une robe de soie bleu argenté, ses cheveux relevés en un chignon digne d'une impératrice, maintenu par ce qui ressemblait à des épingles sculptées dans du marbre. Son regard capta chaque mouvement et chaque ligne de sa silhouette ; le tissu souple ne retenait presque rien, et ne cachait d'ailleurs presque rien non plus.
Elle n'avait pas noué les cordons très serrés, laissant apparaître un profond décolleté dans la soie jusqu'au nombril. Et sous le nœud lâche, la robe courte qui ne descendait que jusqu'au haut de ses cuisses s'ouvrait également à chaque pas, révélant juste une fine bande de poils magnifiquement entretenus.
Sylas ne parvenait pas à détacher ses yeux d'elle, ce qui explique pourquoi il remarqua à peine la femme qui suivait à quatre pattes derrière elle. Non, elle n'était pas à quatre pattes, ses bras étaient simplement attachés et épinglés dans son dos. Elle avançait à genoux car même ses chevilles étaient entravées.
C'eût été un exploit de force pour un mortel, mais ce n'était peut-être pas si difficile pour quelqu'un comme la Duchesse.
Avec un sourire éclatant, Cassarae se dirigea vers le bord du lit, tirant sur une corde attachée au cou de la Duchesse et redressant Sylas de sa position allongée.
Elle fit poser les joues de la Duchesse sur l'intérieur des cuisses de Sylas, puis elle se pencha et l'embrassa, ses seins se balançant devant son visage un instant.
La main de Sylas glissa le long de l'arrière de sa jambe, effleurant la courbe douce du bas de ses fesses. Mais avant qu'il ne puisse aller plus loin, Cassarae attrapa sa main.
« N'y pense même pas, monsieur », murmura-t-elle en se penchant à son oreille. « Tu me veux ? Alors fais en sorte que je te veuille. »
Elle embrassa doucement son lobe d'oreille, puis son cou. Elle glissa la corde qui retenait le collier de la Duchesse dans sa paume, faisant glisser son autre main sur son entrejambe jusqu'à ce qu'une chaleur dévorante et une raideur solide soient tout ce qui restait de lui.