Chapitre 333
« Tu n'as pas à t'inquiéter pour Alice », dit soudain Catherine, brisant le silence qui s'était installé entre eux.
Isaac tourna la tête vers elle. « Qu'est-ce que tu veux dire ? »
« Avant, Mère devait prévoir de cibler Alice pour la forcer à s'éveiller », expliqua Catherine lentement. « Mais maintenant, je doute qu'elle le fasse. »
Isaac fronça les sourcils. « Pourquoi ? »
« À cause de toi », répondit-elle simplement. « La croissance dont tu as fait preuve est... unique, c'est le moins qu'on puisse dire. C'est pourquoi Mère nous laissera, Alice et moi, avec toi désormais. Elle voudra que tu aies deux Candidates Conquérantes à tes côtés, des personnes susceptibles de devenir des Conquérantes. »
Isaac se renversa légèrement en arrière, l'observant avec attention.
« Sœur, j'essaie de comprendre ce que tu racontes là. »
Son visage était calme à présent.
Elle avait dû essuyer ses larmes quand il ne regardait pas.
« Les Trois Couleurs », commença Catherine, le ton plus sérieux, « l'organisation dont Mère fait partie, a un seul but : conquérir l'Apocalypse et apporter la paix au monde.
« Pour cet objectif, ils sont prêts à tout.
« Élever des enfants talentueux dans des cités faibles, comme nous l'étions, est l'une de leurs méthodes. Ils font cela pour garantir la sécurité des enfants.
« Quand ces enfants deviennent assez forts, les Trois Couleurs les envoient auprès de puissants Seigneurs prometteurs. »
Isaac resta silencieux un moment.
Son expression s'assombrit à mesure que l'ampleur de la chose le frappait.
Conquérir l'Apocalypse ?
Cela semblait insensé.
Même les races de rang Apex, les demi-dieux et les dieux avaient échoué.
Des civilisations entières avaient été rayées de la carte.
Comment quiconque pourrait-il y parvenir maintenant, alors que le monde lui-même tenait à peine debout ?
Catherine dut lire le doute dans ses yeux, car elle ajouta : « Nous avons le Système maintenant. Conquérir l'Apocalypse est possible, du moins en théorie. »
Isaac secoua la tête. « Ça ne change rien. Le but de Mère peut être ce qu'il veut, ça n'efface pas ce qu'elle nous a fait. »
Catherine eut un sourire amer.
« Tu as raison. Mais son objectif est aussi la raison pour laquelle elle ne ciblera pas Alice. Elle est avec toi, un Seigneur prometteur. Ça lui suffit. »
« Alors elle me ciblera moi », dit froidement Isaac. « Elle dressera des obstacles, me testera, me poussera jusqu'à ce que je craque. Et si elle décide que je ne travaille pas assez dur, elle forcera Alice à s'éveiller juste pour m' "aider". »
Il voyait bien comment Mère opérait.
Elle n'avait pas besoin de tuer pour détruire.
Elle le placerait simplement dans des situations où la mort serait la conséquence naturelle de l'échec.
Ensuite, elle appellerait ça le destin, ou un test.
Et maintenant, elle avait déjà fait quelque chose qui causerait la chute de la cité demain.
Isaac serra les poings, la mâchoire crispée.
Il détestait être utilisé comme un pion.
Catherine tendit la main et saisit doucement la sienne. Son contact était doux, l'ancrant dans la réalité un instant.
Il croisa son regard et expira lentement.
« Je ne peux pas continuer à penser à Mère pour le moment », pensa-t-il. « Il y a des choses plus importantes devant moi. »
Il prit une profonde inspiration.
« Laissons le sujet de Mère de côté pour l'instant. Nous devons parler de nous. »
Catherine eut un sourire taquin. « De nous ? Je sais que je te plais, Isaac, mais... »
« Je parle de mes souvenirs », l'interrompit Isaac. « Tu n'as plus le droit de les altérer. Je sais que tu l'as fait avant pour m'empêcher de poursuivre Mère imprudemment. Je comprends que c'était pour me protéger. Mais ça s'arrête là. »
Il prit une nouvelle inspiration, se stabilisant avant de prononcer les mots suivants.
Ce n'était pas quelque chose qu'il voulait dire, mais il devait poser des limites claires.
« Si tu touches à mes souvenirs une seule fois de plus, je te considérerai comme mon ennemie. »
Catherine se figea.
Ses yeux s'écarquillèrent comme si elle n'avait pas bien entendu.
« ...Ennemie ? » répéta-t-elle doucement.
« Oui », dit Isaac calmement mais fermement.
Ses lèvres s'entrouvrirent, l'incrédulité traversant son visage. L'expression manqua de le faire flancher.
Isaac fit de son mieux pour ne pas se concentrer sur ses yeux qui semblaient trahis.
Il ne voulait pas lui faire de mal. Mais il devait tracer une ligne quelque part.
« D'accord », finit-elle par dire, la voix redevenue calme. « Je ne toucherai plus à tes souvenirs. »
Puis elle sourit, et quelque chose changea dans son ton, le rendant plus tranchant, plus froid. « Mais tout le reste est permis. »
Isaac cligna des yeux. « Quoi ? Non. Ne touche pas à mon esprit, point final. »
« Tu as seulement parlé des souvenirs », répondit-elle nonchalamment.
Il soupira, frustré. « Catherine... »
Avant qu'il ne puisse finir, une chaleur étrange commença à monter dans son corps.
Son pouls s'accéléra.
« Qu'est-ce que tu as... »
Catherine se déplaça vers lui à quatre pattes, de manière séductrice.
« Est-ce qu'on peut éviter ça maintenant ? » demanda Isaac rapidement, essayant de se calmer, mais sa voix tremblait légèrement.
Elle ne s'arrêta pas.
Ses queues bougeaient derrière elle comme des ombres vivantes, et ses yeux étaient fixés sur les siens comme si elle regardait une proie qu'elle avait gardée pour la savourer, mais qu'elle allait maintenant dévorer.
« Isaac », dit-elle doucement, chevauchant ses cuisses et encadrant son visage de ses deux mains.
Il se figea. Le souffle de Catherine effleurait sa peau. Ses lèvres étaient à quelques centimètres.
« Même moi, j'ai des choses qui me mettent en colère », murmura-t-elle.
Ses pensées se dispersèrent.
« ...Qu'est-ce que j'ai dit de si grave ? » demanda-t-il, bien que les mots sortent de manière saccadée, mêlés à sa respiration rapide.
La chaleur en lui était presque insupportable maintenant.
L'intensité lui fit comprendre que, jusqu'à présent, Catherine n'avait jamais utilisé sa capacité à fond.
Il essaya de détourner le regard, mais ses yeux revenaient sans cesse sur ses lèvres.
Elles étaient douces, légèrement entrouvertes, et son regard suivait le léger mouvement qu'elles faisaient lorsqu'elle parlait.
Quand sa langue effleura brièvement ses lèvres, son esprit devint vide.
Une partie de lui hurlait de s'arrêter, mais une autre voix — plus calme, plus dangereuse — murmurait qu'un baiser ne ferait pas de mal.
« Juste un », disait-elle. « C'est ta sœur, mais pas par le sang. Juste un baiser. Elle est à toi de toute façon. »
« Ça fera aussi d'elle ton épouse, et tu obtiendras de nouvelles compétences. »
« Avec ses compétences, tu pourras protéger ton esprit contre elle. »
Avant qu'il ne s'en rende compte, ses bras avaient bougé d'eux-mêmes, s'enroulant autour de sa taille.
Son corps se pencha en avant, la chaleur pulsant en lui comme une drogue.
Les yeux de Catherine se courbèrent comme si elle appréciait sa lutte.
« Isaac... Je ne ferai pas le premier pas, mais peux-tu te retenir ? » murmura-t-elle.
Sa respiration devint plus lourde.
Il perdait le contrôle.
Chaque instinct lui disait que c'était mal — que quelque chose de terrible arriverait s'il cédait — mais son corps refusait d'écouter.
Ses lèvres étaient si proches maintenant qu'il pouvait presque goûter son souffle.
Et à cet instant, quelque chose au plus profond de lui s'agita.
Ce n'était pas de la luxure ou du désir, c'était le danger.
Un avertissement primal et lourd, comme une cloche sonnant aux confins de son esprit.
Son affinité avec la vie pulsa faiblement. Celle avec la mort aussi.
Les deux réagissaient en même temps.
« Ne le fais pas », murmura une voix dans son esprit, tranchante. « Ne l'embrasse pas. »
La chaleur dans son corps s'entrechoqua avec l'alarme glaciale qui parcourait ses veines.
Ses doigts tremblèrent légèrement autour de sa taille.
L'expression de Catherine changea.
Pendant une brève seconde, son sourire confiant vacilla et ses yeux s'adoucirent.
Elle se pencha davantage, assez pour que leurs fronts se touchent.
« Très bien, je ne te taquinerai plus pour aujourd'hui. »
Elle essaya de se reculer, mais Isaac ne la laissa pas faire.
Il se pencha en avant.
« Tu crois que tu peux continuer à me pousser comme ça et juste faire marche arrière quand tu en as envie ? » demanda-t-il.
Un éclair de surprise passa dans les yeux de Catherine. Elle essaya de se dégager, mais Isaac la retenait fermement.
« Isaac, ne... »