Chapitre 87
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Abood
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◈ Le Champ de bataille de Friedrich
Chapitre 87 : Les mercenaires du Nord
La marquise et sa fille avaient disparu.
On croyait que le convoi impérial avait été attaqué en chemin. De nombreux corps, ceux de gardes et de serviteurs, avaient été retrouvés. La marquise et sa fille semblaient avoir échappé à l’assaut initial, mais nul ne savait ce qu’elles étaient devenues.
Cette nouvelle, transmise par un faucon messager du Régiment Ferdinand, s’abattit sur la forteresse d’Arnsberg comme un coup de tonnerre.
Personne ne fut plus bouleversé que l’ambassadeur Christopher Langford lui-même. À l’annonce de la nouvelle, il resta muet de stupeur, puis paniqua, chancela sur ses jambes vacillantes et finit par s’effondrer, évanoui. On le porta jusqu’à sa chambre d’hôte.
« Ambassadeur, comment vous sentez-vous ? »
Ce soir-là, ayant appris que Christopher avait repris connaissance, Joseph prit le temps de lui rendre visite.
« … “Bien” n’est pas vraiment le mot que j’emploierais. »
Christopher répondit avec un faible sourire, la tête basse, assis sur sa chaise.
« Où en sont les recherches ? »
« On a retrouvé le corps d’un autre chevalier impérial plus profondément dans la forêt. En revanche, toujours aucune trace de la marquise ni de sa fille. Nous pensons qu’elles ont traversé la forêt et se sont enfuies vers le sud, dans la partie occidentale du domaine royal.
La cavalerie du Régiment Ferdinand passe actuellement la région au peigne fin. Lord Hosenfeld, qui était déjà arrivé à cette forteresse, est reparti prendre le commandement sur le terrain. Notre propre régiment a envoyé deux compagnies de cavalerie en renfort. »
« … Je vois. Je suis profondément désolé pour les problèmes que nous avons causés à votre royaume. »
« C’est à nous de vous présenter nos excuses. Qu’un tel incident se produise à l’intérieur de nos frontières, et sur l’une de nos routes les mieux gardées, est inexcusable. »
Il était impossible de surveiller parfaitement une frontière. Toutes les nations risquaient de laisser une petite troupe s’infiltrer, surtout en temps de guerre. Quelle que soit la qualité des défenses, on ne pouvait garantir une sécurité absolue à un dignitaire qui choisissait de traverser une telle région.
Malgré tout, en tant qu’officier d’Edelstein le plus haut gradé présent aux côtés de l’ambassadeur, Joseph ne pouvait se dispenser de présenter ses excuses.
Christopher secoua la tête aux paroles de Joseph.
« Non… C’est ma faute. J’ai parlé de concrétiser mes idéaux, et pourtant j’ai amené ma femme et ma jeune fille dans une zone frontalière où la guerre fait déjà rage. J’ai provoqué le Royaume d’Arelia tout en gardant ma famille bien-aimée auprès de moi.
Et j’ai choisi de rester ici, dans la forteresse, avec la majeure partie de notre escorte, en laissant derrière moi ma femme et ma fille. Je… Je suis un imbécile irrécupérable. »
Il s’interrompit et prit une profonde inspiration.
Le silence s’installa dans la pièce.
Des voix étouffées filtrèrent de l’extérieur. Des chevaliers et des soldats s’activaient, s’interpellant tandis qu’ils se préparaient à l’éventualité d’une seconde attaque, qui pourrait profiter du chaos actuel.
« Si j’avais seulement suivi votre conseil et m’étais retiré avec ma famille et toute l’escorte, même si nous avions été attaqués… les choses ne se seraient peut-être pas terminées ainsi. Au lieu de ça, je les ai laissées sans défense, j’ai fait tuer la plupart de nos gardes et laissé mourir jusqu’aux serviteurs.
Et maintenant, ma femme et ma fille sont toujours portées disparues. Tout est de ma faute. J’étais tellement obsédé par mes idéaux que j’ai complètement perdu de vue la réalité. »
« … Si l’on doit désigner un responsable, le premier coupable est le roi d’Arelia, qui a permis un acte aussi lâche et barbare. Pour ma part, je crois toujours aux idéaux dont vous parlez, ambassadeur. Et nous poursuivons les recherches avec tous les moyens dont nous disposons. Ce sera peut-être difficile, mais je vous en prie, essayez de ne pas perdre espoir. »
Sur ces mots, Joseph quitta la chambre d’hôte.
Il pouvait bien lui offrir autant de paroles réconfortantes qu’il le voulait : venant d’un général étranger comme lui, elles auraient peu de poids. Elles n’apaiseraient pas le chagrin de Christopher.
Mieux valait se concentrer sur la conduite des opérations…
Il estima que cela aiderait bien davantage Christopher.
・・・・・・
La région septentrionale du continent de Ludna était une terre inhospitalière où les humains peinaient à survivre. Elle était immense, mais peu peuplée.
Plusieurs tribus se répartissaient sur le territoire et formaient des communautés lâches, qu’on pouvait à peine qualifier de nations. Dans la plupart d’entre elles, le pouvoir royal était faible et les conflits entre tribus incessants.
Un an plus tôt, dans un petit royaume situé à l’ouest de la région septentrionale, un conflit avait éclaté après l’extinction de la lignée royale. S’ensuivit une lutte brutale, qu’on ne pouvait appeler autrement qu’une guerre civile.
Au terme du conflit, une tribu avait perdu bon nombre des siens, vu son territoire confisqué et été chassée de sa patrie, sans nulle part où aller.
Cette tribu était celle des Velec, dirigée par Ivar.
Convaincu qu’il ne leur restait plus aucune place dans le Nord, Ivar rassembla les quelque six cents survivants de son peuple et s’enfuit vers l’ouest, en direction de l’extrémité occidentale du continent. Ils dépensèrent presque toutes les richesses qu’ils avaient pu emporter de leur patrie pour affréter deux navires sur la côte, puis traversèrent la mer jusqu’au Royaume d’Arelia.
À présent, il ne leur restait que la force qu’ils avaient forgée en survivant dans ces terres hostiles.
Ivar réorganisa son peuple en compagnie de mercenaires et proposa directement ses services au roi d’Arelia.
Les tribus du Nord, qui vivaient davantage de la chasse et de la cueillette que de l’agriculture, comptaient de nombreux pisteurs compétents. Par chance, parmi les survivants, environ la moitié — quelque trois cents personnes — étaient des chasseurs expérimentés. Ils s’adaptèrent sans peine et devinrent de bons fantassins légers.
Conscient de leur potentiel, le roi d’Arelia leur accorda des contrats temporaires assortis de rations régulières, afin qu’aucun d’eux ne souffre de la faim.
À présent, pour éprouver leur valeur, les Mercenaires de Velec avaient été déployés dans cette opération. Ivar lui-même avait accompagné le marquis Robert Montesque avec une centaine de ses guerriers. Cinquante d’entre eux avaient été envoyés en territoire ennemi afin de capturer ou de tuer l’ambassadeur impérial et sa famille.
Tard dans la nuit du jour où la forteresse avait été attaquée, l’un des infiltrés, qui avait repassé la frontière faiblement gardée, revint faire son rapport.
« Vous les avez laissées s’échapper ? Vous avez lancé une attaque avec cinquante hommes, et c’est tout ce que vous avez obtenu ? »
Ivar fronça les sourcils et lança sa question d’un ton sec.
« N-Nous… enfin… »
Le soldat, qui semblait encore épuisé par le long trajet du retour, entreprit d’expliquer ce qui s’était passé.
Pour commencer, l’infiltration s’était déroulée sans encombre.
Pour les Mercenaires de Velec, des hommes endurcis par la vie dans les confins septentrionaux du continent, traverser ces montagnes et ces forêts du Sud était aussi facile qu’une promenade.
Tous avaient une excellente vision nocturne et pouvaient voyager même dans l’obscurité, à la seule lueur de la lune. Leur petit nombre leur avait permis d’éviter les patrouilles et de franchir la frontière en se dissimulant dans l’ombre comme dans la nature environnante.
Ils avaient pris position dans les bois, au bord de la route, attendant que l’émissaire impérial évacue la forteresse vers l’est. Pour repérer les déplacements du groupe, ils avaient envoyé des éclaireurs vers l’ouest.
Le lendemain, les éclaireurs étaient revenus avec une nouvelle étrange : quelque chose clochait dans le groupe impérial. Il comptait étonnamment peu de gardes et, lorsqu’ils l’avaient observé pendant une halte, l’ambassadeur lui-même était introuvable, alors que sa femme et sa fille étaient présentes.
À cette nouvelle, le commandant de l’unité avait divisé ses forces en deux.
Pensant que l’ambassadeur suivait peut-être le convoi pour une raison quelconque, il avait chargé trente-cinq hommes d’intercepter ce groupe supposé. Les quinze autres avaient été envoyés attaquer les cibles moins prioritaires : la femme et la fille.
Cette décision s’était finalement révélée être une erreur fatale.
Les trente-cinq hommes étaient restés embusqués à attendre un émissaire qui n’était jamais venu. Pendant ce temps, la petite équipe de quinze avait échoué dans son assaut, tout simplement parce qu’elle était trop peu nombreuse.
Ils avaient réussi à éliminer plusieurs gardes lors de l’attaque initiale. Cependant, les escorteurs qui restaient avaient opposé une résistance bien plus farouche que prévu, et même les serviteurs s’étaient battus avec un courage désespéré.
Trois des leurs avaient été tués. En contrepartie, ils étaient parvenus à massacrer la plupart des gardes et des serviteurs, mais la marquise, sa fille et quelques autres avaient réussi à s’enfuir.
Sur les douze survivants, dix s’étaient aussitôt lancés à leur poursuite. Un avait été envoyé prévenir l’autre groupe, composé de trente-cinq hommes. Et le dernier, le soldat qui se tenait maintenant devant Ivar, avait été chargé de revenir faire son rapport.
« Voilà tout ce que j’ai à rapporter. Je suis désolé. »
« … Inutile de vous en vouloir. Cet échec est la faute d’Acht, qui commandait l’unité. Et même cela se comprend. Personne n’aurait pu prévoir que l’ambassadeur impérial resterait à la forteresse. »
Ivar poussa un soupir en s’adressant au soldat, dont le visage était toujours déformé par la frustration.
Ils n’avaient appris que l’ambassadeur était resté à la forteresse d’Arnsberg que lorsqu’il était apparu sur les remparts, juste avant le début de la bataille. Ils avaient envoyé un messager recueillir des renseignements chez l’ennemi, et c’est ainsi qu’ils l’avaient découvert. Mais à ce moment-là, il n’y avait plus moyen de transmettre la nouvelle à l’unité infiltrée.
Ivar avait voulu qu’Acht, son jeune aide appelé à lui succéder bientôt au commandement, acquière de l’expérience et se forge ses propres états de service. Ivar approchait maintenant de la cinquantaine.
Et si les cinquante autres hommes restés avec le gros des troupes recevaient des ordres distincts du marquis Robert Montesque, Ivar devrait gérer la situation. Sans quoi, nul ne pouvait prévoir comment Robert traiterait les guerriers Velec placés sous ses ordres.
Pour ces deux raisons, Ivar était resté avec le gros des troupes et avait envoyé Acht en territoire ennemi avec la moitié des soldats. Avec le recul, pourtant, il semblait que cette décision n’avait pas été la bonne.
À sa place, j’aurais abandonné l’ambassadeur et pris cinquante hommes pour attaquer plutôt sa femme et ses enfants. Le résultat aurait été garanti. Mais Acht a tenu à réussir l’opération dans son intégralité, comme prévu, et n’a pas su s’adapter. C’est moi qui l’ai nommé à la tête de l’équipe d’assaut. Cette erreur est la mienne.
Après avoir ordonné au soldat de se reposer, Ivar se dirigea vers la tente de commandement pour rencontrer Robert. Il n’en avait pas envie, mais il était impossible d’échapper au compte rendu.
« … Alors, vous avez tout raté. Je vous reconnais le mérite d’avoir envoyé cinquante hommes légèrement armés au cœur du territoire ennemi, mais je suppose que vos talents au combat ne sont pas si remarquables, hein ? »
Dans la tente de commandement, Ivar exposa la situation. Le vieux général borgne le dévisagea, mais le visage d’Ivar resta impassible.
Même après avoir appris l’échec, Robert ne manifesta ni déception ni colère. En tant que commandant de cette offensive, il avait déjà atteint tous ses objectifs.
Tuer ou capturer l’ambassadeur impérial et sa famille n’avait jamais été qu’un objectif secondaire, destiné à éprouver les capacités des Mercenaires de Velec. Au mieux, leur réussite aurait humilié à la fois l’Empire de Rigald et le Royaume d’Edelstein.
Même si la famille de l’ambassadeur avait été tuée et que la famille impériale de Rigald était entrée dans une colère noire, cela n’aurait posé aucun véritable problème.
L’Empire était déjà empêtré dans un différend avec son voisin oriental. Ouvrir un autre front contre le Royaume d’Arelia aurait été une décision insensée.
Il était difficile de croire qu’ils déclencheraient une guerre sur deux fronts pour venger un noble inconscient qui avait cru bon d’emmener sa famille visiter une région frontalière entre des alliés et leur ennemi.
Au contraire, si la famille impériale ripostait avec des forces insuffisantes, cela jouerait en réalité en faveur d’Arelia. En conquérant le Royaume d’Edelstein, Arelia pourrait écraser les renforts de l’Empire et affaiblir ses forces armées. Une confrontation future avec l’Empire en serait d’autant plus facile.
Pour ce qui était des avantages secondaires tirés de la mise à l’épreuve des mercenaires du Nord, c’était amplement suffisant. Même en cas d’échec, ils ne perdraient que quelques mercenaires sacrifiables.
La famille royale d’Arelia avait exposé ces intentions à Ivar à l’avance, directement par la voix du roi Childebert Arelia lui-même. Le roi ne s’embarrassait ni de belles paroles ni de diplomatie évasive.
Il parlait franchement, sans rien cacher. Ivar appréciait cette qualité chez lui. Le roi lui inspirait bien plus confiance que ceux qui ne savaient que parler.
« Alors, chef des barbares, que comptez-vous faire ? Vous allez renoncer après un seul échec et détaler ? »
« … Certainement pas. Je prendrai personnellement la tête des forces restantes et tuerai la famille de l’ambassadeur ou la capturerai. Nous montrerons notre véritable valeur et rapporterons des résultats dignes de Sa Majesté. »
Ivar répondit d’un ton grave aux railleries de Robert.
« Vous avez besoin de renforts ? »
« Non. Nous repasserons la frontière seuls, au retour aussi. Il suffira que vous gardiez vos troupes ici, dans les plaines de Beiral, encore quelque temps et que vous empêchiez l’ennemi d’envoyer trop d’hommes participer aux recherches. »
« Je vois. Allez donc nous montrer cette “véritable valeur”. Enfin, si vous autres barbares voulez continuer à vivre aux crochets de Sa Majesté. »
« Bien compris. »
Robert ne prit pas la peine de cacher son mépris. Malgré cela, en tant que commandant, il veilla à assurer la coordination nécessaire. Ivar trouvait cette attitude impitoyablement pragmatique aussi séduisante que la franchise du roi.
Cette nuit-là, Ivar prit ses cinquante hommes restants et s’infiltra de nouveau dans le Royaume d’Edelstein, dissimulé par l’obscurité et la nature sauvage.
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