Chapitre 71
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Abood
Discord :<a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://discord.com/yT4GsFAYRf"> </a><a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a><a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://discord.com/yT4GsFAYRf">
</a>
◈ Le Champ de bataille de Friedrich
Chapitre 71 : La vengeance d’une certaine jeune fille (2)
« … Je ne peux qu’imaginer votre frustration, Votre Grâce. »
Dans le carrosse qui quittait le château royal pour se rendre à la résidence de la Maison Fargiere, dans la capitale, Cecilia Fargiere répondit aux paroles du chevalier Celestan par un sourire amer.
« Merci, Celestan… Mais enfin, c’est ma faute, puisque j’ai échoué. Il n’y a rien à faire. »
À l’instar de son suzerain, le roi Childebert Arelia, Cecilia avait son propre objectif. Il était bien plus modeste que les ambitions du roi.
Vaincre le comte Matthias Hosenfeld. En tant que commandante et en tant que personne, c’était son désir le plus ardent.
« L’essentiel, c’est d’affronter le champ de bataille qui m’est donné et d’en sortir victorieuse. J’aurai alors une nouvelle occasion d’affronter le comte Hosenfeld… C’est le héros vivant d’Edelstein. Tant que je ne l’aurai pas tué, il ne mourra pas et m’attendra. »
Feignant de contempler le paysage de la capitale par la fenêtre, Cecilia voyait plutôt défiler dans ses yeux des souvenirs du passé. Les mains posées sur ses genoux, elle serrait les poings avec une force inutile.
Elle ne remarqua pas le regard légèrement compatissant que lui lança le chevalier Celestan, assis en face d’elle.
Le carrosse arriva bientôt à la résidence de la Maison Fargiere, et Cecilia pénétra dans le manoir en compagnie de Celestan.
Se sentant un peu lasse, elle congédia Celestan et les domestiques, puis s’enferma seule dans sa chambre.
Comme à son habitude, le visage impassible, elle s’approcha de la coiffeuse avant d’y abattre les deux poings.
La coiffeuse, lourde et luxueuse, amortit ses coups légers, qui ne produisirent presque aucun bruit. Seule une douleur sourde persista au bout de ses doigts.
« … Une fois encore, vous avez réussi à m’échapper, comte Hosenfeld. »
Fixant son reflet dans le miroir parfaitement poli, Cecilia marmonna pour elle-même. Ses yeux écarlates brûlaient d’une haine rouge sang et d’une envie meurtrière ardente comme des flammes.
Le duc de Bachstein avait été tout près du but. Si la forteresse d’Ostburg, conquise par ses troupes, n’avait pas été reprise, son plan aurait réussi.
Autrement dit, leur défaite était due au Régiment Ferdinand de l’armée du royaume d’Edelstein, qui avait récupéré la forteresse.
Une fois encore, le comte Matthias Hosenfeld s’était interposé. L’homme même avait fait échouer son ardent désir de le vaincre.
« Pourquoi ne pouvez-vous pas simplement vous laisser tuer ? Vous me devez bien ça. »
Malgré ses paroles, Cecilia gardait un sourire serein.
Elle avait appris que ni les larmes ni la colère ne changeraient l’issue des choses. Elle l’avait compris plus de vingt ans auparavant, alors qu’elle n’était encore qu’une enfant.
Lorsque Cecilia eut six ans, son père Gerald, alors chef de la Maison Fargiere, et sa mère Felicity, la comtesse, accueillirent leur deuxième enfant.
Pour Cecilia, c’était un petit frère. Pour Gerald et Felicity, c’était leur premier fils.
Bien que les titres de noblesse reviennent généralement à l’aîné, il était courant, dans les familles de militaires, que les fils héritent. À l’époque, Cecilia ne convoitait pas le titre et ne souhaitait pas devenir soldate. La naissance de son frère ne l’inquiéta donc nullement, et elle en fut sincèrement heureuse.
Pourtant, Gerald et Felicity ne purent se réjouir sans réserve. Les cheveux de leur fils étaient d’un rouge profond.
Qu’il s’agît d’un retour aux caractéristiques ancestrales ou d’un caprice divin, tout le continent de Ludna savait que certaines personnes naissaient parfois avec les cheveux rouges, bleus, verts ou violets. Ce phénomène ne se produisait que sur une génération et ne révélait aucune infidélité. Comme Cecilia, le garçon avait hérité des yeux rouges de leur père.
Mais les cheveux rouges étaient particulièrement mal vus.
Dans l’ancien royaume de Loire, les enfants nés avec les cheveux roux au sein des familles nobles étaient considérés comme de mauvais présages.
On disait qu’ils apportaient le malheur. Plus précisément, la défaite de leur famille ou la mort de leurs proches.
On racontait que des nobles, vaincus dans des luttes de factions, s’étaient donné la mort ; que de valeureux généraux avaient péri au combat ; certaines histoires allaient même jusqu’à prétendre que des membres de la famille royale aux cheveux roux avaient tenté d’usurper le trône en assassinant le roi et la reine.
Pour toutes ces raisons, les parents se préparèrent d’abord au pire.
Mais, finalement, Gerald accepta son fils roux.
Il le prénomma Maximilian et résolut de le chérir et de le protéger autant que leur aînée, Cecilia.
Après tout, ce n’était qu’une vieille superstition. Tous les nobles aux cheveux roux nés dans les familles royales ou aristocratiques n’avaient pas attiré le malheur sur leur maison. Si l’honorable Maison Fargiere se laissait influencer par de telles croyances et maltraitait son propre fils pour cette raison, tout le royaume se moquerait d’elle.
Les paroles de Gerald, qu’il semblait prononcer à moitié pour se convaincre lui-même, furent acceptées par tous, avec plus ou moins d’appréhension. La mère du nourrisson, Felicity, était celle qui s’inquiétait le plus.
Elle avait déjà fait une fausse couche. Trois ans auparavant, elle avait perdu l’enfant qui aurait dû être le petit frère ou la petite sœur de Cecilia. C’était pourquoi elle était obsédée par la nécessité de protéger à tout prix ce deuxième enfant, enfin né sans encombre.
Et peu après, la superstition devint réalité.
Lors de la bataille contre le royaume d’Edelstein, sur les plaines de Beiral, le farouche guerrier, le comte Gerald Fargiere, tomba au combat. Il fut tué par l’un des généraux ennemis, le comte Matthias Hosenfeld. L’armée du royaume de Loire fut mise en déroute et la forteresse d’Arnsberg fut prise.
Cette défaite, qui fit pencher lourdement la balance en faveur d’Edelstein, bouleversa toute la Maison Fargiere.
Peu après la naissance du nourrisson aux cheveux cramoisis, le chef de famille était mort. Beaucoup en vinrent à croire, certains plus ouvertement que d’autres, que l’enfant était bel et bien un présage de malheur pour la famille du comte. Certains murmuraient même qu’il avait causé la mort de Gerald.
Ces rumeurs finirent par parvenir aux oreilles de Felicity.
Même aux yeux de la jeune Cecilia, sa mère n’était pas une femme particulièrement forte de caractère. La perte de son époux, le chef de famille, et ces sombres rumeurs au sujet de son précieux nouveau-né la plongèrent dans la peur et la confusion. Elle se persuada que les membres de la maison pourraient tuer son enfant, qu’on disait porteur de malheur.
Quelques jours après l’annonce funeste de la mort du chef de famille, tard dans la nuit, Felicity plaça Maximilian dans un panier, le prit avec elle et quitta le manoir en empruntant un passage secret, prévu à l’origine comme voie de secours.
Pour éviter de déclencher un grand remue-ménage, les vassaux et les domestiques partirent à leur recherche. Lorsqu’ils retrouvèrent Felicity dans une ruelle, le lendemain après-midi, Maximilian n’était plus avec elle.
« Cet enfant est quelque part en sécurité. Je ne laisserai personne le tuer. »
Felicity répétait ces mots en riant d’un rire brisé et, quoi qu’on lui dise, refusait de révéler où se trouvait Maximilian.
On rechercha le nourrisson aux cheveux roux dans les environs de Toulouse, la capitale, mais on ne le retrouva jamais.
L’esprit de Felicity demeura brisé. On fit venir des médecins, mais elle ne se rétablit pas et finit par se donner la mort. Pour préserver le nom de la famille, les vassaux et les domestiques inventèrent une histoire à l’intention du public : le nourrisson était mort jeune, et la dame, accablée par la perte de son époux et de son fils, était tombée malade avant de succomber à son tour.
Cecilia avait perdu sa famille. Son père, sa mère et son petit frère nouveau-né : tous avaient disparu. Cherchant quelqu’un à blâmer pour cette tragédie, elle conclut que tout était de la faute du comte Matthias Hosenfeld, celui qui avait tué son père.
Son père était soldat et combattait dans une guerre. Il était tout naturel qu’il puisse être tué par l’ennemi.
Mais le comte Matthias Hosenfeld, l’ennemi qui lui avait pris sa famille, était lui aussi un soldat. Elle devait donc pouvoir le vaincre à son tour. Mieux encore, on devrait l’en féliciter. Après tout, il était un héros de la nation ennemie.
« … La prochaine fois, la prochaine fois, c’est moi qui vous abattrai de mes propres mains. Je vous arracherai votre nouveau fils, à vous qui m’avez pris ma famille. »
Le regard fixé sur son sourire dans le miroir, Cecilia parla.
Cecilia avait hérité très jeune de la direction de la Maison Fargiere. Elle avait cessé de s’accorder les caprices de l’enfance. Le jour des funérailles de sa mère fut la dernière fois qu’elle laissa libre cours à ses émotions ; à partir de ce jour, elle les dissimula.
Elle vécut de l’héritage de son père, grandit sous la protection des vassaux de celui-ci et, comme lui, devint soldate.
À force d’efforts acharnés et grâce au prestige de la Maison Fargiere, elle prit rapidement le commandement d’une force de la taille d’un bataillon. Au cours de l’une de ses nombreuses batailles, elle vainquit le fils du comte Hosenfeld. Elle avait fait un pas de plus vers la vengeance.
Mais cela ne suffisait pas encore. Sa cible principale, le comte Hosenfeld lui-même, n’était toujours pas tombée. Même aujourd’hui, vingt ans plus tard, il était encore en vie. Récemment, des rumeurs affirmaient qu’il avait adopté un orphelin. Depuis le début des hostilités à grande échelle, les informations venant du royaume d’Edelstein étaient devenues plus difficiles à obtenir, mais Cecilia avait tout de même réussi à apprendre cela.
Selon la rumeur, l’année précédente, lors de la bataille des Plaines du Nord, ce chevalier adopté par le comte Hosenfeld avait employé une stratégie semblable à celle de Cecilia et contraint l’un de ses détachements à battre en retraite.
La récente stratégie visant à reprendre la forteresse d’Ostburg ne ressemblait pas à une manœuvre que le comte Hosenfeld aurait imaginée. Cecilia y voyait plutôt une ruse sournoise qu’elle aurait pu concevoir elle-même. Elle était convaincue, par instinct, que le fils adoptif en était probablement l’auteur.
Le comte Hosenfeld semblait avoir recueilli un orphelin remarquablement intelligent. Après avoir lui-même tout pris à sa famille, il s’était constitué une nouvelle famille, et voilà que père et fils se dressaient tous deux sur le chemin de sa vengeance. C’en était exaspérant.
Cette pensée ne fit qu’attiser davantage sa soif de vengeance.
Vaincre le comte Matthias Hosenfeld et venger sa famille. Lui faire éprouver la même douleur que son père Gerald avait endurée, et infliger à son fils adoptif le même sentiment de perte que Cecilia connaissait : celui d’avoir perdu son père.
Elle y parviendrait, quoi qu’il arrive. Alors que son cœur, déjà meurtri, se couvrait de blessures plus profondes encore, la résolution de Cecilia se raffermit.
« … Bien. Pour commencer, le royaume de Novakia. Comment vais-je m’y prendre pour le conquérir ? »
S’éloignant du miroir de sa coiffeuse, Cecilia marmonna en se dirigeant vers Celestan, qui l’attendait à l’extérieur de sa chambre. Sa voix était légère et enjouée, comme si elle préparait une activité pour son jour de congé.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre serveur Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>