Chapitre 184
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Traducteur : Nemui
Éditeur : Nemui
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◈ Le Champ de bataille de Friedrich
Chapitre 184 : Le siège de la Forteresse de Chatellerault (3)
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L’armée de la famille royale d’Arelia qui sortit de la forteresse comptait un peu plus de mille hommes. En nombre, elle ne représentait pas une menace majeure. Mais, sachant que les forces ennemies encore présentes dans la forteresse — morts et blessés exclus — étaient estimées à environ deux mille cinq cents hommes, en engager la moitié dans une offensive constituait une décision assez audacieuse.
Sans se soucier de l’affaiblissement de la défense des remparts, ils avaient préparé une grande partie de leurs forces au combat en rase campagne et étaient sortis au moment même où les renforts du Royaume d’Edelstein prenaient l’avantage. C’était comme s’ils avaient été convaincus que ces renforts surmonteraient forcément leur infériorité numérique et prendraient le dessus. Yorgos se demanda comment ils pouvaient faire autant confiance à des renforts étrangers, qui étaient encore leurs ennemis quelques années plus tôt.
« Cela dit, je ne pense pas qu’ils puissent renverser un rapport de forces aussi défavorable… »
Yorgos marmonna pour lui-même en observant la bataille qui faisait rage devant la Forteresse de Chatellerault.
L’armée de la famille royale d’Arelia, qui avait quitté la forteresse, affrontait de plein fouet les trois mille hommes que Yorgos avait déployés devant elle.
L’ennemi était désavantagé par le nombre, mais beaucoup de ses hommes étaient des soldats de métier, et ceux qui formaient l’avant-garde étaient des officiers et des soldats relativement bien équipés. Le premier rang avait même été doté de boucliers, preuve qu’ils s’étaient soigneusement préparés. Grâce à leur supériorité en qualité, ils tenaient brillamment tête aux trois mille hommes, composés pour la plupart de miliciens mal armés.
De plus, depuis le haut des remparts, les archers ennemis leur apportaient leur soutien. Profitant de leur position élevée, leurs tirs se révélaient d’une grande efficacité et aidaient l’armée sortie de la forteresse. À l’inverse, la plupart des trois mille hommes de Yorgos n’étaient que des fantassins. Ils comptaient peu d’archers et ne pouvaient presque rien faire contre ceux de l’ennemi, qui tiraient à couvert derrière les créneaux. Quant à la troupe sortie de la forteresse, les deux camps étaient désormais si proches qu’il était difficile de tirer en cloche.
S’ils parvenaient à déplacer rapidement l’arrière-garde et à encercler les hommes sortis de la forteresse, la situation pouvait encore changer. Mais ces miliciens peinaient déjà à manœuvrer en unité ; les déplacer de façon complexe relevait de l’impossible. Pire encore, les trois mille hommes face à la forteresse étaient commandés par un noble carunan à la tête de l’armée rebelle, qui n’avait aucune véritable expérience du combat. Faute de généraux, Yorgos avait confié cette unité à un noble dont le rang familial et la loyauté envers lui ne faisaient aucun doute. Mais dès le départ, il ne s’était pas attendu à ce que cet homme réagisse avec souplesse dans une telle situation.
Ainsi, les trois mille hommes face à la forteresse avaient l’avantage du nombre et ne seraient probablement pas vaincus. Mais ils ne parvenaient pas non plus à percer les lignes ennemies. Alors que Yorgos songeait à cela, la situation évolua de nouveau.
« …Faites sortir la cavalerie. Détruisez celle qui vient de quitter la forteresse. »
En donnant son ordre, Yorgos fixa les chevaliers de l’armée de la famille royale d’Arelia qui venaient de sortir de la Forteresse de Chatellerault. Ils n’étaient qu’une centaine, mais une charge montée bien placée sur le flanc de ses trois mille hommes, composés en majorité de miliciens, pouvait suffire à les mettre tous en déroute.
Pour empêcher cela, Yorgos engagea sa précieuse cavalerie, jusque-là gardée dans le camp principal. Comme son armée manquait de cavaliers, il avait rassemblé tous ceux qui savaient combattre à cheval et formé une unité de deux cents hommes. Celle-ci partit des abords du camp principal en direction de la Forteresse de Chatellerault pour abattre les chevaliers areliens.
Aussitôt après,
« Votre Majesté ! La cavalerie ennemie en renfort se dirige vers nous ! »
À cette annonce soudaine, Yorgos se tourna vers la droite. Une unité de cavalerie s’avançait vers le camp principal, passant à côté de la troupe de Zated, immobilisée par le gros des forces du Royaume d’Edelstein. Elle comptait environ deux cents hommes. Prenant de la vitesse dans la descente de la colline, ils se préparaient à charger.
La cavalerie arelienne avait bougé, Yorgos avait envoyé la sienne en réponse et, presque au même moment, alors qu’il ne restait plus de cavalerie organisée au camp principal, cette unité était passée à l’action. L’offensive était si bien coordonnée qu’on aurait dit qu’ils savaient à l’avance ce que feraient leurs alliés areliens.
« …Tss. »
Il avait éliminé l’épervier et les messagers. Les commandants des deux unités ne devraient pas pouvoir communiquer correctement. C’était du moins ce qu’il croyait. Alors pourquoi la comtesse Fargiere et le comte Hosenfeld combattaient-ils de concert, comme s’ils connaissaient les plans l’un de l’autre ? Un messager lui avait-il échappé ?
« Faites avancer les piquiers ! La cavalerie d’Edelstein contourne largement le champ de bataille ! Nous avons le temps de réagir ! Qu’ils forment calmement un mur de piques ! »
La cavalerie d’Edelstein cherchait peut-être à lancer une attaque surprise en profitant d’une brèche dans ses lignes ; elle contournait largement la troupe de Zated. Yorgos envoya donc des hommes de la réserve de son camp principal pour l’intercepter.
Ils étaient environ cinq cents et portaient de longues piques, plus de deux fois hautes comme un homme adulte.
Beaucoup étaient des miliciens, mais, pendant le siège de la Forteresse de Chatellerault, ils avaient été entraînés avec acharnement à une seule chose : se mettre en rang et former un mur de piques. Aussi les cinq cents hommes se rangèrent-ils assez rapidement pour faire face à la charge montée.
Sur un champ de bataille, une charge de cavalerie possédait la plus grande puissance de destruction. Un mur de piques serré ne pouvait certes pas la vaincre, mais il pouvait au moins l’arrêter. Une fois les chevaux ennemis immobilisés, Yorgos pourrait engager d’autres réserves du camp principal et encercler la cavalerie avec les piquiers.
Après avoir anéanti la cavalerie ennemie de cette manière, il enverrait ces hommes au secours de la troupe de Zated. Ils frapperaient le flanc du gros des renforts d’Edelstein et le mettraient en déroute.
Enfin, ils attaqueraient sur le flanc l’armée de la famille royale d’Arelia, qui avait imprudemment quitté la forteresse, et la vaincraient à son tour. Il ne resterait alors que peu de soldats ennemis dans la forteresse, et leur moral devrait s’effondrer. Il pourrait ensuite s’en emparer en s’appuyant sur sa supériorité numérique.
La victoire restait tout à fait possible. Sur cette pensée, Yorgos s’apprêtait à donner un nouvel ordre pour déplacer d’autres réserves du camp principal.
« …Qu’est-ce que c’est que cette attaque ?! »
Yorgos, qui observait avec attention les mouvements de la cavalerie d’Edelstein, ne put retenir son exclamation devant ce soudain changement de situation.
Les cavaliers de tête firent mine de préparer quelque chose, puis, l’instant d’après, un objet jaillit de leurs mains. Aussitôt, le centre de la formation de piquiers s’effondra. En voyant les hommes tomber, Yorgos comprit que la cavalerie ennemie avait utilisé une arme de projectile, probablement une sorte d’arbalète.
Brisé et privé de sa force, le mur de piques ne put arrêter la charge de la cavalerie d’Edelstein. Une large brèche s’ouvrit dans les rangs, laissant les ennemis traverser sans difficulté.
……
La cavalerie, forte d’environ deux cents hommes, était composée de soldats du Régiment Ferdinand de l’armée royale d’Edelstein, de chevaliers de l’armée royale d’Arelia, de troupes féodales et de mercenaires. Elle traversa sans difficulté l’unité de piquiers qui avait avancé depuis le camp principal ennemi.
Il s’agissait de petites arbalètes fabriquées par le Royaume d’Edelstein après analyse et reproduction des Arbalètes noires de l’Empire de Rigald. Comme les artisans n’avaient pas réussi à les reproduire parfaitement, elles étaient moins performantes, mais restaient largement assez meurtrières contre des miliciens légèrement équipés.
Plusieurs dizaines de carreaux tirés à cheval par les chevaliers du Régiment Ferdinand, qui menaient la charge, brisèrent le centre du mur de piques. Les miliciens, dont les armures ne valaient guère mieux que rien, tombèrent les uns après les autres, frappés par les carreaux.
Un mur de piques dont les pointes ne faisaient pas face à l’ennemi et dont les rangs étaient disloqués ne pouvait pas menacer une charge montée. Menés par Oliver, le commandant du Régiment Ferdinand, les deux cents cavaliers traversèrent sans peine les lignes des piquiers ennemis.
« Continuez d’avancer ! Le camp principal ennemi est tout proche ! »
À l’appel d’Oliver, les chevaliers du régiment répondirent d’une voix puissante et modifièrent leur formation. Ils passèrent de la masse compacte qui leur avait permis de percer les lignes des piquiers à un front destiné à piétiner le camp principal ennemi.
« Suivez nos alliés qui nous ont ouvert la voie ! Montrez la fierté des chevaliers du Royaume d’Arelia ! »
À leurs côtés, les chevaliers areliens menés par la baronne Mathilde Alembourg se mirent eux aussi en ligne. Les autres chevaliers se rangèrent à leur suite et avancèrent, s’apprêtant à prendre le contrôle du camp principal de l’armée de Yorgos sur un large front.
……
« Tss… Des tours ridicules. »
Yorgos jura sans cacher son irritation.
Les piquiers n’avaient servi à rien, et la cavalerie d’Edelstein continuait d’approcher. La cavalerie de la famille royale d’Arelia s’était repliée avant d’entrer en contact avec celle que Yorgos avait envoyée pour l’intercepter, afin de protéger le flanc de sa propre armée. Ses deux cents précieux cavaliers se retrouvaient donc momentanément inutilisés entre le camp principal et la Forteresse de Chatellerault. La troupe de Zated et celle qu’il avait placée face à la forteresse étaient entièrement absorbées par les combats et ne pouvaient pas bouger.
Il ne lui restait que les quelque huit cents réservistes qu’il pouvait encore déplacer. Yorgos s’adressa à eux.
« Guerriers des Mâchoires de Caruna ! »
À ses yeux, c’étaient les hommes qu’il avait lui-même formés et avec lesquels il s’était battu pendant de longues années. Sur les mille hommes de son armée privée, les Mâchoires de Caruna, huit cents restaient après ceux affectés à la troupe de Zated et à la cavalerie. Tous étaient des combattants d’élite sur lesquels il pouvait compter.
« Je suis à un pas de réaliser mon vœu le plus cher et de devenir enfin roi de Caruna ! Après la victoire, je vous accorderai à tous d’immenses récompenses ! Je donnerai à chacun de vous de l’argent, des terres et un titre ! Même si vous mourez, je promets d’accorder la même récompense à votre famille ! Écrasez cette unité ennemie qui cherche à faire obstacle à notre conquête ! »
À l’ordre de Yorgos, les guerriers des Mâchoires de Caruna répondirent par des rugissements. Ils coururent à la rencontre de la cavalerie qui approchait et se rangèrent pour faire face à la charge. Aucun ne trembla ni ne prit la fuite.
Avec ces hommes, ils arrêteraient même une cavalerie. Et s’ils n’y parvenaient pas, Yorgos ne voyait pas d’inconvénient à être emporté par la charge ennemie et à mourir avec son rêve brisé.
Sur cette pensée, Yorgos fixa la cavalerie ennemie.
Les deux cents cavaliers ennemis continuèrent leur galop, s’approchèrent des guerriers des Mâchoires de Caruna qui attendaient la charge et, juste avant le contact, interrompirent leur élan et obliquèrent.
« …Pourquoi ? »
Stupéfait, Yorgos marmonna.
Puis, en regardant autour de lui, il aperçut les chevaliers ennemis du camp principal qui approchaient par un autre côté que la cavalerie.
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