Chapitre 182
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Traducteur : Nemui
Éditeur : Nemui
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◈ Le Champ de bataille de Friedrich
Chapitre 182 : Le siège de la Forteresse de Chatellerault (1)
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Le siège défensif de la Forteresse de Chatellerault, sous le commandement de Cecilia, touchait à ses limites.
Estimant que le moral de ses hommes était complètement tombé, l’armée de Yorgos Caruna lança une offensive générale. Cecilia et ses troupes avaient résisté à deux assauts furieux, mais déploraient plus de cinq cents morts et blessés. Il leur restait moins de deux mille cinq cents hommes.
Ils avaient infligé deux fois plus de pertes à l’ennemi, mais la grande armée, forte de près de neuf mille hommes, demeurait une menace. Les officiers et les soldats commençaient à perdre leur volonté de combattre, épuisés par la longueur des affrontements ; la fatigue morale faisait plus de dégâts que les pertes en hommes.
Dans ces conditions, l’ennemi se préparait à lancer un troisième assaut. Cette fois, ils risquaient de ne plus pouvoir tenir et la forteresse pouvait tomber.
Si les renforts du Royaume d’Edelstein avaient vaincu l’armée rebelle qu’ils affrontaient et se dirigeaient vers Cecilia, leur arrivée ne devrait plus tarder. Mais elle ignorait tout de leur situation.
On ne pouvait utiliser les faucons messagers que s’ils connaissaient la direction à prendre et avaient une certaine idée de la géographie. Les renforts d’Edelstein ne pouvaient pas en faire usage sur les terres étrangères de Caruna. Cecilia avait envoyé son propre faucon à tout hasard, en lui indiquant une direction approximative et en espérant qu’il trouverait les renforts ; mais peu après, il avait été abattu par les flèches ennemies et s’était perdu.
Les deux portes de la forteresse étaient bloquées par les assiégeants. Quant aux messagers partis par la voie d’évasion secrète, ils n’étaient pas revenus : l’ennemi les avait peut-être interceptés. En somme, Cecilia et ses hommes n’avaient aucun contact avec l’extérieur, ignoraient où en étaient les renforts et ne pouvaient que tenir bon.
Cecilia se tenait dans la tour de défense située juste au-dessus de la porte sud de la forteresse, face au gros des forces ennemies. Si la générale elle-même ne se trouvait pas sur la ligne de front, ses troupes ne pouvaient plus garder leur moral ni leur discipline.
« Madame, nos préparatifs défensifs sont également terminés.
— Je vois. Beau travail. Comment vont les officiers et les soldats ?
— … Je dirais qu’ils sont à deux doigts du désespoir. »
Au rapport embarrassé de Rose, Cecilia esquissa un sourire amer.
« Ha ha ha, s’ils ne désespèrent pas encore, tout va bien. Nous nous en sortirons d’une manière ou d’une autre. »
Cecilia ne doutait pas que les renforts du Royaume d’Edelstein arriveraient à temps.
Leur commandant était le comte Friedrich Hosenfeld. Avant d’être son petit frère, c’était un général avisé d’un talent exceptionnel. Le héros vivant d’Edelstein. Jamais une simple armée rebelle composée principalement de miliciens ne pourrait le retenir indéfiniment.
Les renforts qu’il dirigeait arriveraient à coup sûr. Même s’ils débarquaient à l’instant…
« Madame ! Comtesse Fargiere ! »
À cet instant, un officier accourut le long du rempart depuis l’est de la forteresse. Il s’arrêta devant la tour où se tenait Cecilia et, sans même saluer, se hâta de faire son rapport.
« Une armée d’environ deux mille hommes est arrivée de l’est ! Elle porte l’étendard aux armes de la Maison Hosenfeld ! »
« … Il a donc fini par arriver. Digne d’un héros. »
Du haut de la tour, Cecilia vit les officiers et les soldats qui avaient entendu le rapport laisser éclater leur joie, et murmura ces mots. En se tournant vers Rose, elle vit que même son aide de camp, dont le visage était resté tendu jusque-là face à la crise, affichait un air soulagé.
Cecilia descendit de la tour et rejoignit les officiers et les soldats qui attendaient sur le rempart, prêts à défendre la forteresse. En regardant vers l’est, elle distingua bien une armée d’environ deux mille hommes qui approchait sous un drapeau orné d’une fleur de capucine.
« Les renforts sont là ! Réjouissez-vous, mes amis ! Cette fois, le héros vivant d’Edelstein est de notre côté ! »
À l’appel enthousiaste de Cecilia, les chevaliers et les soldats répondirent par des acclamations.
En nombre, ils n’étaient qu’environ deux mille. Les forces ennemies restaient nettement supérieures. Pourtant, ces renforts dont l’arrivée était incertaine avaient bel et bien fini par paraître ; cela seul avait suffi à regonfler un moral vacillant, au point de le rendre méconnaissable.
Ce n’était qu’un rétablissement temporaire du moral. Sans leur montrer bientôt une chance de victoire, les officiers et les soldats redeviendraient vite craintifs. Mais s’ils avaient retrouvé une fois leur volonté de combattre, c’était déjà suffisant. En coordonnant leurs mouvements avec les renforts du Royaume d’Edelstein, même une armée de près de neuf mille hommes n’était pas un ennemi si redoutable.
Après tout, celui avec qui elle allait se coordonner, c’était Friedrich. Son petit frère réfléchissait et commandait une armée comme elle.
……
« Votre Majesté, que devons-nous faire ? »
« … Rappelez Zated et les autres. Ne laissez que cinq chevaliers éclaireurs près de la porte nord et ordonnez-leur de signaler toute sortie de l’armée royale d’Arelia. »
Tout en observant le nouvel ennemi qui approchait par le nord-est, Yorgos répondit à son subordonné.
Deux mille des neuf mille soldats restants avaient été envoyés séparément pour bloquer la porte nord de la forteresse, empêcher l’ennemi de fuir et, lorsque le gros des troupes lancerait l’assaut, le contenir en menant une attaque de flanc. Zated, le confident de Yorgos, les commandait.
Il aurait préféré prendre la forteresse avant l’arrivée du nouvel ennemi, mais il n’avait désormais plus le temps. Ne pouvant se permettre de diviser ses forces et de perdre son avantage numérique, il allait rappeler Zated et préparer la bataille à venir.
D’après les éclaireurs, la nouvelle unité ennemie comptait environ deux mille hommes. Tandis qu’elle prenait position sur une colline en pente douce et mettait ses rangs en ordre, le détachement de Zated revint rapidement.
« Votre Majesté. Me voici de retour.
— Bien. À présent, nous allons combattre sur deux fronts. »
Yorgos accueillit Zated, qui s’approchait en le saluant, puis prit la parole.
Si l’armée royale d’Arelia s’échappait par la porte nord dégagée et prenait la fuite vers le nord, la queue entre les jambes, tant mieux. Il repousserait la nouvelle unité ennemie, qui comptait moins du quart de ses propres effectifs, poursuivrait à sa guise l’armée royale d’Arelia en déroute, piétinerait les anciens territoires du royaume d’Arelia, puis consoliderait ses positions dans la région de Caruna.
Si l’armée chargée de réprimer la rébellion par ordre royal s’enfuyait sans l’avoir écrasée, et si elle laissait même l’ennemi pénétrer dans les anciens territoires du royaume, l’autorité de la famille royale d’Arelia s’effondrerait. Les nobles qui lui étaient fidèles depuis des générations feraient défection, et le Royaume d’Arelia s’écroulerait. Après avoir restauré le Royaume de Caruna, Yorgos y enverrait son armée et soumettrait les différentes maisons nobles. Puis, après avoir conquis le Royaume d’Arelia — exploit que même ses ancêtres n’avaient jamais accompli —, il étendrait son pouvoir aux contrées voisines et bâtirait un vaste État unifié.
Cela dit, les choses ne se dérouleraient probablement pas aussi facilement. L’armée royale d’Arelia ne s’enfuirait pas. Elle s’allierait aux renforts du Royaume d’Edelstein et tenterait de le vaincre.
Cependant, leurs forces réunies ne dépassaient pas cinq mille hommes, soit environ la moitié des siennes. De plus, il avait traqué le faucon messager et les éclaireurs ennemis ; les commandants des deux armées adverses ne devraient donc pas pouvoir communiquer correctement.
Il savait qui étaient les généraux ennemis. L’armée royale d’Arelia était menée par la comtesse Cecilia Fargiere. Et, d’après les chevaliers de la région qui avaient aperçu l’étendard levé, les renforts du Royaume d’Edelstein étaient commandés par un certain comte Friedrich Hosenfeld.
Tous deux passaient pour des adversaires redoutables, réputés être des généraux avisés. Mais aussi brillants fussent-ils, ils ne pourraient pas coordonner efficacement leurs troupes sans discuter de leurs plans. Il les écraserait sous le nombre et les vaincrait l’un après l’autre.
« Inscrivons notre victoire dans l’Histoire. Ainsi, la restauration du Royaume de Caruna et la prise de contrôle de ces terres après la bataille iront plus vite. Tous se soumettront au puissant roi revenu d’au-delà des mers. »
« Vous avez parfaitement raison. Nous combattrons de toutes nos forces et offrirons à Votre Majesté une grande victoire. »
En échangeant ces paroles avec Zated, Yorgos sentit ses mains se crisper.
Encore un pas. Un seul pas de plus, et la restauration du Royaume de Caruna serait accomplie. Son souhait de toujours se réaliserait. Au-delà l’attendait un avenir glorieux.
……
« Monseigneur. Les troupes sont en ordre de bataille. Donnez l’ordre quand vous le souhaiterez.
— Alors, commençons. »
Friedrich répondit à Gregor, puis parcourut du regard les officiers et les soldats rangés devant lui.
Le Régiment Ferdinand. Les troupes territoriales des nobles. Les mercenaires. Tous avaient fait de la guerre leur métier. Nombre d’entre eux avaient participé à la bataille décisive contre le Royaume d’Arelia.
« … Officiers et soldats. »
Friedrich prit la parole devant l’armée silencieuse.
« Nous allons maintenant nous battre pour sauver le Royaume d’Arelia. Autrefois, nous étions ennemis. Mais les temps ont changé. Le Royaume d’Edelstein et le Royaume d’Arelia sont désormais entrés dans une ère où ils affrontent ensemble un nouvel ennemi… Peu importe avec qui nous combattons. Ce qui compte, c’est ce pour quoi nous nous battons. Notre patrie. Notre village. Notre maison et nos biens. Notre famille. L’honneur ou la récompense. Quels que soient vos objectifs, ils sont légitimes. Même si les vôtres diffèrent de ceux de vos compagnons, la menace qui se dresse devant eux est la même… C’est cette armée. Un ennemi qui a envahi l’ouest de Ludna, complote pour détruire ce que nous voulons protéger et s’agite pour s’emparer de ce que nous voulons obtenir. Aujourd’hui, combattons ensemble pour anéantir l’ennemi de tous ! »
L’exhortation du héros vivant d’Edelstein. Des paroles d’encouragement prononcées en personne. Les chevaliers et les soldats qui les entendirent répondirent avec ardeur. La colline où se tenaient les quelque deux mille hommes trembla sous leur cri de guerre plein d’entrain.
Alors, l’armée de deux mille hommes — les renforts du Royaume d’Edelstein — descendit la colline en gardant ses rangs. En réaction, une partie de l’armée de Yorgos Caruna se mit en mouvement.
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