Chapitre 122
WeTried Translations
Traducteur : Nemui
Relecteur : Nemui
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Le Champ de bataille de Friedrich
Chapitre 122 : La chute de la forteresse
──────
Depuis les remparts de la forteresse d’Arnsberg, on voyait clairement le Régiment Ferdinand, pris dans une embuscade, battre en retraite.
Il avait subi de lourdes pertes au cours de ce repli sous le feu ennemi. Parmi les hommes restés en arrière pour former l’arrière-garde et morts jusqu’au dernier, il y avait une silhouette qui ressemblait au baron Eugen Stamitz, le commandant du bataillon de cavalerie. Et, à en juger par l’agitation qui régnait à leur quartier général, le héros lui-même, le comte Matthias Hosenfeld, semblait avoir été blessé, voire tué.
Ils ne pourraient donc plus revenir leur prêter main-forte.
« Monsieur le commandant de régiment ! Si cela continue… »
Interpellé par son adjudant, Joseph comprit ce que l’homme voulait dire, mais continua d’observer les combats avec une expression sombre.
Les unités ennemies qui avaient achevé leur poursuite étaient retournées à l’assaut de la forteresse et, comme auparavant, près de trois mille hommes avançaient vers les portes et les remparts. À l’ouest, les défenseurs, désormais moins de cinq cents après tant de pertes, étaient non seulement épuisés : leur moral avait lui aussi considérablement baissé.
Les renforts enfin venus à leur secours avaient été pris dans une embuscade ennemie, avaient subi de lourdes pertes et s’étaient repliés. Personne ne savait quand arriveraient les prochains. Dans ces conditions, il était déraisonnable d’espérer maintenir un moral déjà en berne.
La forteresse avait perdu son fossé sec. Comme auparavant, les ennemis atteignaient facilement les remparts et s’y accrochaient. Le pont-levis avait déjà été détruit sans avoir servi à quoi que ce soit, et à présent, le bélier ennemi ébranlait directement la porte.
Il ne restait que deux choix.
Perdre la forteresse d’Arnsberg, ou perdre à la fois la forteresse et le Régiment Hildegard.
« … Que chacun se prépare à battre en retraite ! Nous abandonnons la forteresse et nous replierons provisoirement vers l’est ! »
Joseph donna l’ordre, serrant le poing si fort qu’il faillit en faire couler le sang.
Les chevaliers de sa garde personnelle ouvrirent de grands yeux, stupéfaits, mais répétèrent aussitôt l’ordre du commandant de régiment et le transmirent à leurs voisins. Des messagers partirent également porter la consigne aux troupes qui défendaient l’est de la forteresse.
・・・・・・
Quelques heures après le début de l’offensive, la forteresse d’Arnsberg tomba.
Le Régiment Hildegard du Royaume d’Edelstein, qui défendait la forteresse, abandonna le secteur ouest. Il cessa de protéger les remparts et les portes, puis se replia vers l’est en incendiant tout ce qui pouvait brûler : bâtiments en bois, réserves empilées et autres provisions.
Les troupes aréliennes franchirent la porte ouest et pénétrèrent dans la forteresse, mais les incendies les plongèrent dans la confusion. Soudain, l’ennemi lança une sortie par la porte est, où les assaillants étaient peu nombreux. La cavalerie en tête, il força le passage vers l’est, et plus de la moitié des troupes qui défendaient la forteresse parvinrent à s’échapper. C’était une fuite magnifique, malgré leur qualité d’ennemis.
Lorsque tous les incendies allumés dans la forteresse furent éteints, que le nettoyage fut en partie achevé et que la prise des lieux fut terminée, le soleil était sur le point de se coucher.
« Seigneur Villeneuve, je suis heureuse de vous voir sain et sauf. J’imagine que votre côté n’a pas été épargné non plus. »
« En effet. Vous m’avez pris la moitié de mes forces en pleine offensive et, pour couronner le tout, nous avons dû encaisser la charge désespérée de l’ennemi. La Garde royale venait à peine de finir de se réorganiser, et voilà que nous manquons à nouveau d’hommes. »
Dans la forteresse, où flottaient encore l’odeur du sang et une tension qui n’était pas tout à fait retombée, Cecilia s’exprimait dans la salle de commandement aménagée dans le grand hall. Son sourire était si doux qu’il semblait déplacé. Patrick lui répondit par sa plainte habituelle, mais, au lendemain d’une victoire historique, son expression trahissait une certaine bonne humeur.
« La forteresse d’Arnsberg est enfin revenue aux mains du Royaume d’Arelia. »
« Oui. Cette victoire est due aux efforts de chacun des commandants aréliens. Seigneur Montesque, je vous ai moi aussi imposé un lourd fardeau. Je vous remercie. »
« … Vous n’avez pas à me remercier. J’ai moi aussi accompli mon devoir pour Sa Majesté le roi. Et puis, nous devons cette réussite aux combats acharnés de nos subordonnés. »
Robert répondit d’un ton froid, son œil unique empreint d’une certaine distance. Cecilia ne sembla pas s’en formaliser et hocha la tête avec le même sourire calme.
« Vous avez tout à fait raison. Commandants, officiers et soldats ont tous rempli leur rôle au péril de leur vie. C’est ainsi que nous avons remporté une grande victoire, qui restera gravée dans l’histoire du continent occidental. À l’image du seigneur Montesque, vous n’oubliez pas ceux qui se sont battus les armes à la main sur le front. Je devrais prendre exemple sur vous. »
À ces mots, Robert hocha la tête avec un agacement discret, puis regarda par la fenêtre la forteresse — ou, plus précisément, les chevaliers et les soldats qui s’y affairaient.
« Ceux qui se sont battus avec courage méritent une récompense. Pas seulement des honneurs, mais aussi des gratifications dont ils pourront profiter concrètement. »
« Bien sûr, je le comprends. La prise de la forteresse d’Arnsberg marque la fin de la série d’opérations que j’ai conçue. Ils recevront une indemnité supplémentaire, en plus de leur solde, ainsi qu’une permission suffisamment longue. »
Bien qu’ils fussent l’élite de l’armée du Royaume d’Arelia, après avoir conquis le Royaume de Novakia, marché sans relâche, puis encerclé et pris la forteresse d’Arnsberg, ils ne pouvaient pas poursuivre leur avancée et envahir le territoire du Royaume d’Edelstein.
À l’origine, ils s’étaient rassemblés en croyant participer à une revue militaire, avant d’être entraînés dans une invasion. Et alors qu’ils pensaient enfin pouvoir rentrer chez eux une fois cette mission achevée, on les avait aussitôt jetés dans le siège de la forteresse d’Arnsberg. Voilà près de six mois qu’ils étaient mobilisés sans avoir revu leurs familles. Même lors de l’assaut surprise contre la forteresse, Cecilia leur avait beaucoup demandé. Seule l’autorité de Childebert les avait maintenus loyaux, mais ils n’en restaient pas moins humains : leur épuisement physique et moral atteignait ses limites. Ils devaient être convenablement récompensés pour leurs efforts.
En outre, il était malvenu de laisser trop longtemps ces forces d’élite, qui formaient le cœur de l’armée, loin de la capitale royale et du domaine royal, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du pays. Des troubles risquaient d’éclater dans les régions frontalières autrefois sous domination étrangère.
Les troupes regagneraient donc le domaine royal pour un temps. Leurs rangs seraient compensés par les forces de Robert, encore peu aguerries au combat, par des unités de l’armée de l’Est revenant de la région conquise de Novakia vers celle de Loire, ainsi que par des contingents de nobles et des conscrits recrutés partout où l’on pouvait en trouver.
Ces forces suffiraient à tenir la forteresse et la ligne de ravitaillement arrière, mais elles ne seraient pas fiables pour pousser plus profondément dans le Royaume d’Edelstein. En face, la Garde royale et le Régiment Albrecht étaient toujours intacts, et les deux régiments qu’ils avaient repoussés avaient conservé plus de la moitié de leurs effectifs. Les contingents des nobles et les conscrits ne manqueraient pas non plus de se rassembler. Avec les troupes de Robert et une armée disparate, la victoire serait difficile. La situation n’avait rien à voir avec l’offensive contre le Royaume de Novakia, où ils avaient soigneusement réuni leurs forces à l’avance et anéanti la moitié de l’armée principale ennemie dès les combats frontaliers.
Ils avaient abattu un pays voisin et sécurisé la région frontalière d’un autre. Pour une seule opération, c’était déjà une avancée considérable.
Le camp arélien allait donc d’abord consolider cette immense tête de pont, tout en préparant la bataille décisive qui porterait le coup de grâce au Royaume d’Edelstein.
En attendant cette bataille décisive, le Royaume d’Edelstein ferait lui aussi tout son possible pour se préparer. Arelia devrait alors porter le coup final avec une offensive d’une ampleur supérieure à ces préparatifs. Une attaque de cette envergure nécessiterait une période de préparation adéquate, ce qui laisserait, en retour, à l’ennemi tout le temps de se préparer lui aussi.
Autrement dit, la bataille décisive finale deviendrait presque inévitablement une grande guerre, où les deux pays s’affronteraient de toutes leurs forces après avoir pris toutes les mesures possibles. La victoire ou non de Cecilia dans cette bataille déterminerait également si ses exploits seraient récompensés.
« Nous sommes à la fin du mois de juillet. Compte tenu du temps nécessaire aux préparatifs, une bataille décisive avant la fin de l’année sera difficile. Elle aura probablement lieu après la fin de l’hiver. Nous aussi, nous prendrons un peu de repos. Pour l’instant, nous pouvons reprendre notre souffle sans nous presser et… »
À cet instant, le baron Ivar Velec, qui commandait l’unité de chasseurs et avait mené des reconnaissances dans les environs tout en poursuivant l’ennemi en retraite, arriva en retard dans la salle de commandement.
« Veuillez pardonner mon retard. »
« Non, n’y pensez pas. Merci pour vos efforts. »
Dernier dans la hiérarchie et nouveau venu parmi les nobles du royaume, Ivar s’inclina poliment pour présenter ses excuses. Cecilia répondit avec magnanimité au nom des commandants réunis.
« Qu’en est-il de l’ennemi ? »
« Les deux régiments qui se sont repliés poursuivent leur marche vers l’est. Ils comptent sans doute se mettre hors de portée d’une nouvelle attaque surprise de notre part. À part eux, aucune force ennemie ne se trouve dans les environs. Mes hommes patrouillent et nous signaleront immédiatement le moindre mouvement. »
À la question de Cecilia, Ivar répondit d’un ton égal.
« … Et j’ai encore une nouvelle importante à vous annoncer. »
À ces mots, Cecilia haussa légèrement un sourcil.
« Nous avons au moins réussi à grièvement blesser le comte Matthias Hosenfeld. J’ai vu de mes propres yeux un carreau d’arbalète tiré par l’un de mes hommes atteindre le comte. Il n’a pas pu battre en retraite par ses propres moyens et on l’a emporté sur une civière. Il sera, au minimum, incapable de combattre pour un temps. Selon la gravité de sa blessure, il a peut-être péri au combat. »
« … Je vois. »
Après un instant de stupeur, Cecilia prit la parole.
Patrick et Robert tournèrent les yeux vers elle. Tous deux savaient que Cecilia était animée d’une obsession hors du commun : tuer le comte Hosenfeld.
« Vu la nature de sa blessure, même s’il survit, le comte Hosenfeld ne prendra peut-être pas part à la bataille décisive. Que le héros vivant d’Edelstein ne puisse pas combattre est une bonne nouvelle pour nous… Vous avez bien travaillé. Je rendrai compte de votre exploit à Sa Majesté le roi. Je vous demande de poursuivre les patrouilles et les reconnaissances avec votre unité. »
Contrairement, sans doute, aux attentes des deux hommes, Cecilia poursuivit d’une voix posée.
Pas encore.
Elle ne devait pas se réjouir trop tôt. La mort du comte Hosenfeld n’était pas encore confirmée.
Elle devait attendre l’annonce de sa mort pour laisser éclater sa joie, attendre d’avoir la certitude que l’ennemi de sa famille avait été vengé.
« Au fait, qu’avez-vous fait de la tête du baron Stamitz, qui commandait cette admirable unité chargée de mourir jusqu’au dernier dans l’arrière-garde du Régiment Ferdinand ? »
« Mon unité l’a récupérée. Nous avons également la tête d’un chevalier qui semble avoir eu le rang de commandant de bataillon. »
Ce fut Robert qui répondit à Cecilia ; sa question semblait destinée à détourner ses pensées.
« Bien. Préparez-vous donc à les rendre à l’ennemi… Nous devons répondre aux égards dont a bénéficié le seigneur Alanbure. »
Le baron Vincent Alanbure, subordonné de Cecilia, était autrefois mort au combat sur la route de montagne. L’ennemi lui avait rendu sa tête, ce qui lui avait permis de reposer dans le tombeau de ses ancêtres, comme il sied à un noble.
Les égards appelaient les égards, même envers l’ennemi.
Cecilia avait au moins cette fierté de chevalier.
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>